La difficile survie des parcs naturels à l’heure du tourisme de masse.

27 Juil

L’explosion du nombre de visiteurs oblige les parcs à subir un public souvent novice et à chercher un équilibre précaire entre activité économique et protection de l’environnement. Au point qu’une difficile question vient à l’esprit : du troupeau d’animaux ou du groupe de vacanciers, qui est le plus difficile à canaliser ? La réponse pourrait être désobligeante pour nos congénères !

Dans les parcs naturels, refuge des touristes français en quête d’espace, on fait cette curieuse expérience depuis le début de la pandémie de Covid-19 : « Autant on peut travailler avec les éleveurs pour éviter que leurs animaux aillent boire dans la rivière, autant c’est plus compliqué avec les touristes », constate Thibaut Thierry, directeur du développement du parc naturel régional d’Armorique (Finistère), qui s’étend de l’île d’Ouessant aux monts d’Arrée.

M. Thierry tente de protéger le couvert végétal et les berges de rivière dans la forêt de Huelgoat, monde de chaos rocheux, de korrigans et, désormais, de randonneurs. « Sur le littoral, cela fait des dizaines d’années que l’on gère la surfréquentation. En milieu forestier, on est moins à l’aise, ajoute M. Thierry. L’Office national des forêts avait récemment fait en sorte de favoriser la découverte de la forêt. Aujourd’hui, on doit déjà rationaliser les cheminements pour limiter la pression sur les milieux naturels. »

Les onze parcs nationaux et 56 parcs régionaux français sont aux prises avec l’explosion de leur fréquentation, souvent par une clientèle régionale saisie de passion pour la randonnée et la balade à vélo. L’attrait pour les parcs naturels n’a pas commencé avec le Covid-19 : les années 2010 avaient déjà marqué l’essor du tourisme vert, qui commençait à être exploité par les acteurs privés et encouragé par les parcs pour des raisons économiques. Mais le déconfinement de mai 2020 a fait sauter un plafond.

Cette explosion est visible à l’œil nu pour les locaux mais difficile à estimer, puisqu’il n’y a pas de porte d’entrée dans un parc naturel en France. Les éco-compteurs placés sur les chemins de randonnée enregistrent des hausses de 30 % de l’été 2019 à 2020 dans le parc national des Ecrins (Hautes Alpes et Isère) ou au cirque de Gavarnie, site majeur des Pyrénées. La hausse sera encore sensible cet été, si l’on en croit les chiffres de réservations en montagne. A l’été 2020, les stigmates du surtourisme ont fait leur apparition en altitude : parkings complets, querelles entre visiteurs, déchets, bouchons de randonneurs…

Les responsables des parcs insistent : ce n’est pas que les novices se comportent mal – ils les trouvent même de plus en plus soucieux de l’environnement –, c’est qu’ils ne sont « pas rompus aux gestes à adopter dans un milieu naturel protégé », dit poliment Michaël Weber, président de la Fédération des parcs naturels régionaux de France. Monter en tongs vers un lac de montagne ? Cueillir des fleurs ? S’approcher d’une chèvre qui paisse tranquillement ? Allumer un feu ou son enceinte portable ? Mauvaises idées. Les gardes des parcs et les services de secours de montagne ont fini l’été lessivés.

Les points de tension les plus préoccupants se situent le week-end à proximité des villes, notamment dans le Gâtinais français (Essonne), au sud de Paris, dans le Vercors (Drôme et Isère), près de Grenoble, et dans les Calanques, à Marseille. En été, ce sont les somptueuses îles d’Hyère (Var) – Porquerolles, Port-Cros, Le Levant… – qui souffrent. Pour la première fois cette année, une jauge d’accès à Porquerolles a été fixée par le parc national et la métropole toulonnaise, en accord avec les compagnies maritimes : 6 000 passagers par jour maximum, contre des pics de 12 000 constatés au mois d’août 2020. Bien assez pour ce caillou de 12,5 kilomètres carrés. Mais tout ceci donne une idée des calamités qui s’abattaient, grâce au tourisme de masse, sur les pays envahis par les touristes avant les restrictions dues à la pandémie. Et Jean Mistler avait bien raison lorsqu’il écrivait que

« Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux !« 

Ailleurs, on envoie des médiateurs à la rencontre des touristes, on cesse les campagnes de communication, ou on collabore avec l’application de navigation Waze pour éloigner les visiteurs des sites surfréquentés et leur recommander des alternatives. « Les solutions ne sont pas seulement réglementaires », observe Anne Legile, directrice du Parc national des Cévennes, le plus visité de France.

Chez elle, les discussions avec les professionnels du canyoning et les pratiquants de VTT ont permis de réduire la taille des groupes et d’interdire certains tronçons à préserver. Et les marques Esprit parc national et Valeurs Parc permettent de diriger les touristes vers des structures pratiquant le tourisme durable, parfois à l’écart des sentiers les plus fréquentés. Et pourtant, hormis les Calanques ou Port-Cros, aucun parc ne souhaite pourtant réduire les flux de visiteurs ! Because :

L’oseille.

« Dès la création des parcs régionaux en 1967, l’idée était de maintenir la compatibilité entre les activités économiques et la préservation de l’environnement,rappelle Didier Olivry, ancien directeur du parc naturel régional de Camargue. Le tourisme était vu comme un outil majeur pour maintenir les activités authentiques du territoire. Aujourd’hui encore, l’idée est que le visiteur l’enrichisse et non qu’il l’appauvrisse, en l’aidant à maintenir sa culture, sa gastronomie, son artisanat. » 

Hélas ! L’équilibre est délicat à trouver entre la protection de l’espace naturel, qui aura bientôt les atours d’une poule aux œufs d’or, et celle de l’activité économique. D’autant que les parcs n’ont aucune compétence touristique et s’étendent sur plusieurs intercommunalités, parfois plusieurs départements, dont les intérêts ne sont pas toujours convergents.

Ou comment redécouvrir la quadrature du cercle ?

Le 27 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Bien que nous ne partagions pas tous ses choix politiques…

26 Juil

Reconnaissons-lui beaucoup de bon sens « auvergnat » * dans les propos qu’il a tenu au Sénat à propos de la lutte contre le Covid-19 :

Le 26 juillet 2021.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

(*) https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Malhuret

Le désespoir des soignants tunisiens face à la violence de la pandémie virale.

26 Juil

La Tunisie a eu longtemps le meilleurs service de santé de toute l’Afrique du Nord avec un corps médical brillant et bien formé, essentiellement en France et par des enseignants français, ainsi que d’excellentes écoles d’infirmières et d’aides-soignantes. Mais, face à la pandémie due au Covid-19 et à la rapide paupérisation des hôpitaux depuis la désastreuse « Révolution du Jasmin » de 2010 (encouragée par la France et ses penseurs bornés), les soignants tunisiens n’en peuvent plus et baissent les bras.

Les hôpitaux sont saturés dans un pays qui enregistre toujours une moyenne de 150 à 200 morts par jour du Covid-19. Et la question qui vient aujourd’hui à l’esprit des soignants est celle-ci :

« COMMENT A-T-ON PU EN ARRIVER LÀ ?« 

Aux urgences de l’hôpital Mongi-Slim, en banlieue nord de Tunis, Nour Nouira, la chef du service, navigue entre une quarantaine de patients, installés les uns à côté des autres sur des brancards, dans des chambres de trois à six personnes« Le week-end dernier, nous en avons eu une cinquantaine, dont une dizaine que nous avons dû mettre dans la salle d’attente », dit-elle en se hâtant. Ce jour-ci, deux places viennent de se libérer en réanimation. Une petite respiration pour le personnel des urgences, épuisé.

Certains proches des malades aident à les ventiler. « Il n’y a qu’une aide-soignante pour tout le service et peu de paramédical », explique Nour, racontant le système D de l’hôpital, les dédoubleurs d’oxygène qui permettent de pallier en partie la pénurie de matériel d’oxygénothérapie en répartissant les sources entre les patients. « Ce qui est angoissant, c’est qu’on ne voit pas le bout du tunnel. Il y a des arrivées tous les jours et on doit à chaque fois faire des choix difficiles pour déterminer qui aura une place en réanimation », déclare une de ses consœurs, anesthésiste-réanimatrice.

Depuis plusieurs semaines, la flambée de l’épidémie de Covid-19 en Tunisie fait tanguer le système de santé. Confrontés à un manque de personnel, de lits de réanimation et d’oxygène, les hôpitaux sont saturés et les médecins à bout. Le pays ne produit que 100 000 litres d’oxygène par jour, alors que les besoins atteignent actuellement les 240 000 litres. Les dons internationaux pour former un pont maritime et aérien en oxygène se sont multipliés depuis plusieurs jours. La France a déjà offert trois unités aux hôpitaux de Sidi Bouzid, Sfax et Tataouine, qui permettront de produire de l’oxygène pendant près de quinze ans.

Mais à Mongi-Slim, c’est une bataille quotidienne pour s’assurer de pouvoir répondre à l’urgence. L’anesthésiste-réanimatrice de l’hôpital avoue son désarroi : elle et ses collègues doivent gérer une situation en flux tendu depuis le mois de mars. « La moyenne d’âge en réanimation est entre 40 et 50 ans, surtout avec le variant Delta. Dès qu’une place se libère, il y a un nouveau patient qui arrive. »

Parmi le flot de patients, elle ne peut oublier ces quelques femmes enceintes qui se sont présentées avec des lésions graves, malgré leur jeunesse. Parmi la dizaine reçue, « nous n’avons pu en sauver qu’une », regrette-t-elle, la voix brisée. Elle dit travailler « la boule au ventre » et s’inquiète des derniers événements susceptibles de provoquer un surcroît de contaminations : la fête religieuse de l’Aïd, marquée par les rassemblements familiaux, et la campagne de vaccination ouverte à tous pendant les festivités, qui a provoqué de gigantesques attroupements. « Nous ne savons pas encore quelles seront les conséquences de tout ça dans les prochains jours », dit-elle en regardant avec angoisse la liste de patients dans l’attente d’une place.

La solidarité du personnel lui permet de tenir, tout comme le sourire d’une infirmière, dépêchée avec d’autres aides médicales par la Mauritanie, qui, malgré son manque de moyens, a participé à l’élan de solidarité international déployé pour la Tunisie ces dernières semaines. Nour, elle, porte sur sa blouse un pin’s offert par son père où est écrit « Le travail, c’est l’honneur ».

La Tunisie, qui, en 2020, comptabilisait très peu de cas de Covid-19, enregistre aujourd’hui le taux de mortalité le plus élevé en Afrique et dans le monde arabe, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cette nouvelle vague – la quatrième depuis l’irruption du virus – entraîne 150 à 200 décès par jour, dans un pays de moins de 12 millions d’habitants. Pourquoi ?

Manque de respect des gestes barrières, lenteur de la campagne de vaccination, impossibilité du retour à un confinement total en raison de la crise économique, mauvaise gestion des restrictions sanitaires, etc… Les facteurs sont nombreux mais aucun de ceux-ci n’aurait été envisageable avant 2010 et la destitution du président d’alors, Zine el-Abidine Ben Ali.

Rafik Boujdaria, chef de service de médecine d’urgence à l’hôpital Abderrahmen-Mami, à Tunis, pointe un manque de préparation. La Tunisie avait pourtant été témoin des difficultés d’autres pays au début de la pandémie. « Nous avons perdu les fondamentaux au moment où il y avait peu de cas en Tunisie. Au lieu d’anticiper, nous avons préféré le slogan “Coexister avec le virus”, sans s’assurer que la population allait adhérer aux gestes barrières », dit-il. Tout s’est emballé avec l’arrivée, en juin, du variant Delta, qui a fait bondir la courbe des contaminations et touché les gens plus gravement, y compris des populations plus jeunes.

Encore très haute, la quatrième vague semble cependant avoir atteint un « plateau », selon Rafik Boujdaria, qui espère voir la situation se stabiliser mi-août. Mais, à la crise sanitaire, s’ajoutent les errements politiques qui dérangent de plus en plus les médecins. Ainsi, les déclarations du gouvernement, le 18 juillet, sur la réquisition des cliniques privées en ont agacé plus d’un. « Nous sommes déjà à 80 % de nos capacités destinées au Covid, donc ça veut dire quoi exactement nous “réquisitionner” ? », lance Amine Zargouni, médecin réanimateur à la clinique Saint-Augustin, à Tunis.

Déjà en octobre, le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, avait laissé entendre que l’Etat paierait la facture des malades soignés dans les cliniques, faute de place dans le public. Une déclaration à laquelle il n’a jamais donné suite ! « Et récemment, on nous a annoncé que nous devrions suspendre nos congés payés, alors qu’en France, les soignants ont eu des primes pour leurs efforts durant la crise. On ne comprend plus rien »,déplore l’anesthésiste de Mongi-Slim (Relisez donc ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/06/23/en-tunisie-lhiver-arabe-est-deja-la/).

En outre, la crise socio-économique latente fait craindre aux soignants la recrudescence des violences dans les hôpitaux. Jeudi 22 juillet, un médecin s’est fait tabasser par le fils d’une patiente décédée du Covid-19. La vidéo de son agression, filmée par les caméras de surveillance de l’hôpital, a fait le tour des réseaux sociaux.

« Nous avons maintes fois demandé une protection adaptée à cette situation de stress et de désespoir que vivent les Tunisiens face au Covid. La maladie tue rapidement, les gens ne peuvent pas voir leurs proches ou les enterrer correctement. Ce n’est pas la première fois que le personnel soignant est exposé à ce genre de violences », explique Sadok Boudaya, médecin en chirurgie thoracique, secrétaire général du syndicat de base hospitalo-universitaire.

Dans ce climat de tension, la chaîne de solidarité mise en place depuis le début de la pandémie constitue malgré tout un signe d’espoir. A Utique, bourgade rurale de 20 000 habitants au nord de Tunis, Jalel Ben Youssef, un médecin généraliste de 69 ans, aide comme il peut ses patients. Les trois pièces de son cabinet – la salle d’attente, le bureau et le patio – ont été transformées en mini-hôpital improvisé, où les malades peuvent venir utiliser gratuitement des concentrateurs à oxygène.

« Beaucoup de ces gens n’ont pas les moyens de louer un concentrateur [entre 100 et 600 dinars à la semaine, soit 30 à 180 euros], ou ont peur d’aller dans les hôpitaux. Alors, petit à petit, grâce à des dons d’habitants, nous avons proposé que les cas les moins graves viennent se faire suivre au cabinet », explique-t-il. Sur les 300 patients dont il s’est occupé depuis le lancement de l’initiative, seulement quatre ont dû être hospitalisés.

« Etant donné qu’on fait le diagnostic assez vite et qu’on les suit de près, cela permet d’éviter que leur état ne s’aggrave », poursuit-il, tandis que son infirmière asperge les pièces de désinfectant. Son objectif : soulager les hôpitaux débordés, à l’instar de l’organisation CoviDar, également composée de médecins, qui prend en charge gratuitement par télémédecine et en soins à domicile de nombreux patients, à un stade précoce de la maladie.

Mais quand le « système D » est la seule réponse possible des citoyens à l’incurie des dirigeants, c’est que le pays va très mal. Et là-bas, la conclusion est toujours la même : C’EST L’EMIGRATION.

Le 26 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

L’abîme des dettes européennes.

26 Juil

La pandémie au Covid-19 a remis les pendules à l’heure en matière d’orthodoxie financière au sein de l’Union européenne (UE). Fini les règles tyranniques imposées par quelques Etats au reste de l’Union, comme ce fut le cas vis-à-vis de la Grèce en 2015 par exemple.

Résultat, à la fin du premier trimestre de cette année, la dette publique de la zone euro a culminé à 100,5 % du produit intérieur brut (PIB), franchissant pour la première fois la barre des 100 %, selon les chiffres publiés jeudi 22 juillet par Eurostat. En France, où les montants d’endettement sont généralement plus élevés en début d’année – l’Agence France Trésor plaçant plus de dette auprès des investisseurs en cette période –, elle s’est élevée à 118 % du PIB, contre 100,8 % un an plus tôt. En Allemagne, elle s’est établie à 71,2 % du PIB et en Espagne, à 125,2 %. Elle a dépassé la barre des 150 % en Italie (160 %) et en Grèce (209 %). Pas de quoi pavoiser…

Ces hausses sont liées, bien sûr, à la récession déclenchée par la crise sanitaire. Celle-ci a gonflé les déficits publics en raison du tassement des recettes et, surtout, des mesures d’urgence et de relance déployées pour soutenir l’économie. En France, le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron a creusé le déficit jusqu’à 9,2 % du PIB en 2020. L’évolution imprévisible du Covid-19 complique les prévisions, mais d’après le gouvernement, ledit déficit devrait se stabiliser autour de 9 % sur l’ensemble de 2021. La dette publique, elle, pourrait baisser un peu, pour avoisiner 117,2 % du PIB.

Voilà qui ne manquera pas d’alimenter les débats tricolores, à moins d’un an de l’élection présidentielle. « Cette hausse est très forte, mais elle est à relativiser, et n’a rien à voir avec celle observée après la crise [financière] de 2008 », insiste Jean-François Robin, directeur de la recherche chez Natixis. D’abord, parce qu’elle est généralisée : l’ensemble des pays industrialisés ont vu leurs ratios d’endettement gonfler dans des proportions similaires, d’une quinzaine de points. « Cela limite les risques de “stigmatisation”, à savoir qu’un pays soit pris pour cible par les spéculateurs parce que la dette y aurait augmenté bien plus qu’ailleurs », ajoute M. Robin. C’est ce qui était arrivé à la Grèce en 2010.

Surtout, les taux d’intérêt sont aujourd’hui très bas : ceux à dix ans de la France tournent autour de 0,5 %, alors qu’ils dépassaient 4 % en 2008. « Cela change complètement la donne, explique Eric Dor, économiste à l’Iéseg, une grande école de commerce. Le taux moyen d’emprunt est aujourd’hui très inférieur à la croissance : dans ces conditions, il n’est pas difficile de stabiliser l’endettement. » Si le niveau de dette publique mondiale était de 95 % du PIB en 2020, contre 59 % en 1995, les taux d’intérêt payés par les Etats ont été divisés par deux, en points de PIB, sur la même période. « Dit autrement : la baisse des taux a été plus importante que la hausse de la dette », résume Jean-François Robin.

Vous l’aurez compris, il reste à savoir si les taux resteront durablement bas. Cela dépendra en grande partie de l’évolution de la croissance et de l’inflation. Certes, l’indice des prix a un peu remonté ces derniers mois (1,9 % en juin dans la zone euro, contre 0,9 % en janvier), en raison des tensions sur certaines matières premières et de la pénurie de certains composants informatiques. Mais combien de temps durera cette hausse ? « La politique très accommodante de la Banque centrale européenne limite les risques de remontée des taux », ajoute Nadia Gharbi, économiste chez Pictet AM. Dans ces conditions, estime-t-elle, les inquiétudes à court terme sur la dette sont excessives. « En revanche, je suis bien plus préoccupée par les discussions à venir autour des règles budgétaires européennes. »

En mars 2020, face à la pandémie et au besoin de soutenir les économies, la Commission européenne a en effet suspendu le pacte de stabilité jusqu’à la fin de 2022. Celui-ci est un cocktail de règles complexes, contraignant notamment les Etats membres à maintenir leur déficit public sous la barre des 3 % du PIB, et à ramener leur dette sous la cible de 60 % du PIB. Problème : si ces règles sont de nouveaux appliquées telles quelles en 2023, nombre de pays seront contraints de lancer des mesures de rigueur pour pouvoir rentrer dans les clous. « Au risque de briser la reprise, et de commettre la même erreur qu’en 2011, lorsque les politiques d’austérité avaient fait replonger la zone euro en récession », prévient Nadia Gharbi.

C’est pourquoi nombre d’économistes, notamment en France, militent pour une révision du pacte de stabilité. Par exemple, en excluant les investissements d’avenir du calcul du déficit public. Ou en instaurant de nouvelles règles portant plutôt sur les dépenses publiques. Une perspective qui n’enthousiasme guère les capitales du nord de l’Europe (les fourmis), redoutant que certains Etats du sud (les cigales) profitent d’un tel assouplissement pour relâcher leurs efforts

Hommage à Jean de La Fontaine

« Le sort du pacte de stabilité dépendra en grande partie du résultat des élections [fédérales] allemandes de septembre, jugent les économistes d’UBS, dans une note sur le sujet diffusée le 21 juillet. Si les Verts allemands sont ouverts à une réforme du pacte et pourraient faciliter un accord avec la France et l’Italie, les conservateurs et les libéraux y sont opposés. » 

En attendant, certaines voix s’inquiètent déjà de voir la France basculer du côté des mauvais élèves. « Il serait aventureux de faire reposer notre stratégie de finances publiques sur le maintien éternel des taux bas », a prévenu le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, le 9 juillet. Dans sa traditionnelle « lettre au président », il a appelé à limiter la croissance des dépenses publiques à 0,5 % par an, contre 1,1 % par an en moyenne sur la dernière décennie. De quoi ramener la dette publique à 105 % dans dix ans, d’après ses calculs.

Pour sa part, la Cour des comptes redoute la trajectoire de la dette hexagonale, « en décalage avec la plupart de nos partenaires européens », note-t-elle dans son rapport sur les finances publiques, paru le 22 juin. Elle observe que la dette tricolore serait quasi stable jusqu’en 2024, alors que « les dettes italienne et espagnole reculeraient de plus de 7 points de PIB et que les Pays-Bas et l’Allemagne verraient leur dette reculer d’environ 3 points de PIB ». Toute la question sera de savoir si le surcroît de dette française sera utilisé à bon escient, en particulier pour financer la transition écologique et soutenir le système de santé, mis à rude épreuve par la pandémie.

Le prochain quinquennat s’annonce à très haut risque financier et économique. Donc social…

Le 26 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Emmanuel Macron rejoint notre point de vue.

26 Juil

A propos des réticences des uns ou même du refus des autres vis-à-vis de la vaccination contre le Covid-19, voici un extrait de ce que nous écrivions le 19 juin dernier sur notre blogue (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/06/19/vaccination-des-soignants-contre-le-covid-19-la-lutte-des-classes/) :

 » Pour Jean-Baptiste Fassier, chef du service de médecine du travail aux Hospices civils de Lyon, la question est « prématurée » : « Comme sur la vaccination en général, il y a un gradient social, souligne le médecin. Les plus hésitants ou qui refusent sont ceux qui ont le niveau d’études ou de qualification le moins élevé, à nous de trouver les bons mots et de continuer à faire de la pédagogie. »

Une notion à ne pas confondre avec les refus de cette vaccination dans certains milieux, dont hélas beaucoup des nôtres, qui dans une démarche conspirationniste échevelée, préfèrent attendre de bénéficier gracieusement d’une prochaine immunité collective obtenue grâce au civisme des autres… Ni très responsable ni très glorieux. « 

En visite en Polynésie française ce week-end, le chef de l’Etat à rejoint notre opinion avec ses propres mots :  « La liberté où je ne dois rien à personne n’existe pas », tance-t-il. Elle « repose sur un sens du devoir réciproque : si demain vous contaminez votre père, votre mère ou moi-même, je suis victime de votre liberté alors que vous aviez la possibilité (…) de vous protéger et me protéger (…) Ce n’est pas ça la liberté, ça s’appelle l’irresponsabilité, l’égoïsme ».

Dont acte.

Le 26 juillet 2021.

2024… c’est demain.

25 Juil

Ne serait-il pas temps de reprendre nos esprits face au projet de prochains Jeux olympiques à Paris ? (Tout est là : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/09/16/nous-ne-sommes-plus-les-seuls-a-refuser-les-jeux-olympiques-de-2024-a-paris/).

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO) de Tokyo semble devenue le dernier endroit où s’afficher pour les entreprises partenaires. Le géant de l’électronique Panasonic a annoncé, mardi 20 juillet, l’absence de ses dirigeants à l’événement prévu le 23 juillet. Seul son président Kazuhiro Tsuga fera le déplacement, en sa qualité de vice-président du comité d’organisation Tokyo 2020.

L’annonce de Panasonic suivait celles du constructeur automobile Toyota, du géant de l’alimentation Ajinomoto ou encore du brasseur Asahi Beer. Même Masakazu Tokura, président de la puissante confédération patronale Keidanren, a choisi, « en tant que citoyen », de rester chez lui et de « regarder l’événement en famille à la télévision ».

Cette bouderie du monde des affaires nippon traduit un embarras certain à l’égard d’un événement dont, aujourd’hui, une majorité de Japonais ne veut pas, qui s’accompagne d’une aggravation de la pandémie de Covid-19 et qui tourne au fiasco financier comme en termes d’images pour ses partenaires.

Ces JO avaient pourtant été présentés aux milieux économiques, dès la sélection de Tokyo en 2013, comme le symbole de la reconstruction du Japon après le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de 2011. Les Jeux devaient signer l’entrée dans une nouvelle ère marquée par le retour de l’Archipel sur la scène mondiale grâce à l’activisme de l’ancien premier ministre, Shinzo Abe (2012-2020) – lui aussi absent de la cérémonie d’ouverture – et sa politique de relance économique baptisée «Abenomics», le tout symboliquement auréolé de la montée sur le trône impérial, en 2019, d’un nouveau souverain, Naruhito .

Portées par cette perspective, enivrées par le souvenir du succès des jeux de 1964 et aiguillonnées par l’influente et omnipotente agence de publicité Dentsu, partenaire promotionnel exclusif des JO, qui a rompu avec la tradition de n’avoir qu’une compagnie par secteur comme sponsors, 70 entreprises japonaises ont déboursé 2,5 milliards d’euros pour les soutenir, trois fois plus qu’à Rio de Janeiro en 2016. Elles ont aussi accepté d’ajouter 250 millions d’euros pour financer le report d’un an de l’événement, décidé en mars 2020 à cause de la pandémie de Covid-19.

La pandémie n’ayant fait que s’aggraver en raison, notamment, d’une gestion calamiteuse du gouvernement japonais, les Jeux sont devenus un objet de ressentiment, voire d’hostilité, pour les Japonais. Les compétitions débutent en pleine recrudescence des cas – 4 943 le 21 juillet (4 fois moins pourtant que chez nous), contre 3 191 une semaine plus tôt – malgré l’instauration d’un « état d’urgence » dans les départements les plus touchés, dont Tokyo.

Dans la capitale, les hôpitaux recommencent à saturer et les réseaux sociaux bruissent de critiques, s’interrogeant entre autres sur le traitement des coups de chaleur qui habituellement représentent jusqu’à plusieurs milliers d’hospitalisations quotidiennes durant les mois de juillet et août. Mais, au Japon comme chez nous, le tri des malades est à l’ordre du jour !

Les sponsors comptaient sur les JO pour présenter au monde leurs dernières innovations. Toyota devait promouvoir ses technologies robotiques et ses véhicules à hydrogène, NEC son savoir-faire dans la reconnaissance faciale. Il s’agissait aussi de faire progresser les « marques ». Récemment choisi par la fédération internationale World Rugby comme partenaire de la Coupe du monde de rugby à la place d’Heineken, le brasseur Asahi devait inonder les sites de compétitions de son produit-phare, la bière Asahi Super Dry.

La pandémie et l’absence de spectateurs ont ruiné ces ambitions comme les alléchantes possibilités d’affaires attendues. Certes, les ventes de téléviseurs, principalement à diodes électroluminescentes organiques (OLED) de 65 pouces, explosent. Le distributeur Yodobashi Camera en a écoulé deux fois plus au premier semestre qu’à la même période de 2020, ce qui profite à Panasonic. La belle affaire…

L’équipementier sportif Asics, qui a aménagé un grand centre de présentation des technologies sportives dans le quartier branché d’Harajuku, à Tokyo, devra vraisemblablement tirer un trait sur l’augmentation attendue de 70 % de ses ventes entre la mi-mai et la fin des compétitions.

Les compagnies aériennes ANA et JAL ne pourront pas bénéficier de la manne touristique et voir leurs revenus grimper, comme ce fut le cas pour la compagnie sud-coréenne Korean Air, dont les gains ont crû de 7,2 % au moment des JO d’hiver de Pyeongchang en 2018. Ayant déjà subi un effondrement de ses activités en 2020, l’agence de voyages JTB doit, de son côté, rembourser les billets et séjours vendus avant la décision de ne pas accepter la présence de spectateurs.

Au-delà de l’aspect purement financier, le huis clos et l’impopularité des JO en ont fait un repoussoir aux yeux des sponsors qui s’inquiètent pour leur image et ne veulent pas s’aliéner la population. D’après une étude du quotidien économique Nihon Keizai Shimbun, les tweets négatifs contenant les mots « Olympiques » et « Toyota » ont dépassé, au début du mois de juillet, les tweets positifs contenant ces mots. Le constructeur a renoncé à diffuser des publicités pendant les compétitions.

Asahi Beer est même allé jusqu’à proposer l’interdiction de la vente d’alcool pendant les compétitions, « afin de contrer les éventuelles critiques de la population alors que les restaurants et bars doivent, depuis la fin avril, fermer à 20 heures et stopper la vente d’alcool à 19 heures », a expliqué l’entreprise au Nihon Keizai Shimbun. L’assureur Tokio Marine et le géant de la photo Canon ont renoncé à leurs stands le long de la « promenade olympique ».

Bref, un fiasco auquel l’agence Dentsu comme les consultants recrutés pour réfléchir à l’impact de ces Jeux sur leur image ne savent pas quoi répondre.

La célèbre devise du baron Pierre de Coubertin, « plus vite, plus haut, plus fort », modernisée récemment par l’ajout du mot « ensemble », s’est finalement transformée en « plus coûteux, plus contesté, plus politique ». C’est ce dont nous ne voulons pas en 2024.*

Le 25 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

(*) Vous noterez que Emmanuel Macron ne l’a pas encore compris, les yeux rivés sur l’adage romain « PANEM ET CIRCENSES ». C’est ce qu’il ressort de son entretien accordé vendredi dernier au quotidien sportif L’Equipe (https://www.lequipe.fr/Tous-sports/Actualites/Paris-2024-une-ceremonie-d-ouverture-des-jo-sur-la-seine/1272681) : il a annoncé que la cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024 se tiendrait « sur la Seine », lors d’un événement que le chef de l’Etat souhaite « vraiment unique et révolutionnaire ».

La cérémonie, qui se tiendra le 26 juillet 2024, « se fera sur des barges sur la Seine en utilisant aussi ses berges et tout ce que la Seine offre comme cadre urbain », a détaillé le président, soulignant « le travail avec l’équipe de Tony Estanguet [président du comité d’organisation des JO de 2024], la ville de Paris, les autres collectivités, l’ensemble des services de l’État ».

Et, à propos de la devise modifiée du baron de Coubertin, vous pourriez lire ceci : https://www.francetvinfo.fr/les-jeux-olympiques/tokyo-2021-avec-la-nouvelle-devise-olympique-le-cio-en-perd-son-latin_4715445.html

 » Il faut prendre du recul… »

24 Juil

Un homme de 26 ans a été tué par balles dans le courant de la nuit de vendredi à samedi dans une cité des quartiers nord de Marseille, considérée comme un haut lieu du trafic de stupéfiant, a-t-on appris samedi de source policière.

Les faits se sont déroulés vers 23 heures 30 cité des Oliviers dans le 13e arrondissement. Appelés par des riverains, les policiers ont découvert le corps d’un homme autour duquel se trouvaient une cinquantaine de personnes. La victime, âgée de 26 ans, gisait devant l’entrée de son domicile. Son corps présentait plusieurs impacts de balles, notamment à la tête et à l’abdomen, et plus d’une dizaine d’étuis de calibre 9 mm ont été découverts au sol.

Les policiers ont débuté une enquête de voisinage pour trouver d’éventuels témoins de l’agression. « Il s’agit de tirs ciblés« , a indiqué la police, jugeant toutefois prématuré de parler de règlement de compte, la victime étant connue pour des délits n’ayant aucun lien avec le trafic de stupéfiants !

La brigade criminelle de la police judiciaire de Marseille a été saisie de l’enquête par le parquet de Marseille. Les Bouches-du-Rhône et Marseille en particulier connaissent depuis le début de l’été une flambée de violence et cet homicide porte à huit le nombre de personnes tuées en un mois (sur 15 depuis le début de l’année), la plupart liées au trafic de stupéfiants.

Cette bouffée de violence n’est cependant pas « inédite« , pour le directeur de la zone sud de la police judiciaire, Eric Arella, selon qui la « tendance (…) n’est pas sur une explosion« . « Sur la période 2010-2016, nous étions sur une moyenne de deux règlements de comptes par mois, nous somme passés à une moyenne d’un par mois depuis 2017, loin du pic de 2016 et ses 29 morts, le sommet depuis 30 ans« , avait déjà précisé le policier, début juillet. Même si, pour nous au CER, c’est plutôt une bonne affaire que ces règlements de compte car ils permettent de réparer l’indigence de la justice.

Tout va donc très bien !

Et c’est d’ailleurs l’avis d’une autorité de référence, la préfète de police des Bouches-du-Rhône, Frédérique Camilleri : « Il faut prendre du recul, sur un temps long nous n’assistons pas à quelque chose d’inhabituel« , insiste-t-elle en évoquant « un phénomène de focalisation médiatique » !

En d’autres termes, vive Marseille !, la capitale des trafics en tout genre et du crime organisé… Mais, attention, n’en faites pas « un phénomène de focalisation médiatique« .

Le 24 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

A nos amis de province ou des beaux quartiers parisiens :

24 Juil

Si vous voulez découvrir le Paris cosmopolite et multiculturel qui est maintenant le notre, par la grâce de nos élites et de nos gouvernements successifs, n’hésitez pas, faites-y une plongée en empruntant le RER B ou regardez à la rentrée le prochain film d’Alice Diop, sur Arte, intitulé « NOUS« . Tout un programme…

En attendant, en voici la modeste bande annonce :

https://cineuropa.org/fr/video/398220/

Le 24 juillet 2021.

L’éternelle ambivalence du « soft power » hébreu.

24 Juil

Bien difficile de faire la part des choses. Est-elle seulement possible ? Existe-t-il même une différence entre la volonté permanente de protéger le peuple juif et la nécessité de contrôler à cette fin le reste du monde ? Qui peut aujourd’hui répondre clairement à ces questions ? Et ce n’est pas l’affaire « Pegasus » qui nous y aidera…

Parcourir la liste des cibles du logiciel de surveillance Pegasus, un service fourni par l’entreprise israélienne NSO Group à une dizaine d’Etats du Proche-Orient, d’Afrique, d’Europe et d’Asie, c’est suivre une histoire de la diplomatie israélienne. Ces données, vastes mais encore partielles, partagées par l’organisation Forbidden Stories et Amnesty International avec dix-sept médias, accompagnent depuis une décennie l’expansion tous azimuts du « soft power » israélien. Elles en constituent une face sombre, discrète mais assumée.

Fondée en 2009, au moment du retour au pouvoir de l’ancien premier ministre Benyamin Nétanyahou (2009-2021), NSO a bénéficié de l’élargissement des relations diplomatiques d’Israël. Un moment est emblématique : juillet 2017. M. Nétanyahou accueille Narendra Modo à Tel-Aviv. C’est la première fois qu’un chef du gouvernement indien se rend dans le pays en vingt-cinq ans de relations diplomatiques. M. Modi est une prise de choix dans l’effort que mène M. Nétanyahou pour diversifier les alliances d’Israël.

Puissant, ultranationaliste, autoritaire et populiste, l’Indien vient signifier l’ouverture à Israël d’un marché en plein essor, et ne cherche pas à s’appesantir sur l’occupation des territoires palestiniens. Peu de temps après que les deux hommes ont posé pour les photographes, les pieds dans l’eau de la Méditerrannée, l’Inde fait pour la première fois l’essai du logiciel espion Pegasus. Depuis lors, elle n’a cessé d’en user, moins contre de potentiels terroristes que contre des opposants, des journalistes et diverses ONG droit-de-l’hommistes.

Le service fourni par NSO pèse peu face aux contrats d’armement traditionnels qu’Israël et l’Inde négocient en 2017, portant sur des missiles et des systèmes de défense antiaériens, et évalués à 1,7 milliard d’euros. Mais M. Nétanyahou l’affirme, lui qui a cherché dès 2009 à favoriser la recherche et l’enseignement en matière de cybersécurité, et à mieux l’intégrer aux organes de défense : « Le cyber est une menace sérieuse et un business très lucratif. »

Globalement, « sur les 5 à 7 milliards d’euros que représentent annuellement les exportations militaires d’entreprises israéliennes, le cyber n’occupe qu’une portion modeste : à peine 3 % à 4 % », estime Eitay Mack, juriste et expert des exportations d’armes israéliennes, qui milite pour davantage de transparence dans ce domaine.

Cependant, NSO et ses concurrents occupent un secteur d’avenir dans lequel Israël investit largement. Ils ont surtout le mérite d’alimenter le récit, mis en avant dès 2009 par M. Nétanyahou, d’un pays courtisé sans relâche à travers le monde pour son expertise en matière de technologie, de renseignement et de contre-terrorisme.

Ce point d’intersection entre le commerce de NSO et la diplomatie israélienne a atteint un sommet dans le golfe Persique. Le groupe israélien a fourni ses services aux Emirats arabes unis au moins dès 2016, puis en Arabie saoudite et au Bahreïn dès 2017. Comme d’autres entreprises de défense israéliennes, il a bénéficié de relations sécuritaires discrètes et anciennes, fondées sur une hostilité commune à l’influence de l’Iran et de la Turquie dans la région. Celles-ci n’ont cessé de se renforcer ces cinq dernières années, notamment en matière de renseignement (Ne manquez pas de relire ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/07/le-monde-le-decouvre-mais-le-cer-lannoncait-deja-en-2013/).

Pour ce faire, « NSO s’est appuyé sur d’ex-responsables du Mossad [le service israélien de renseignement extérieur] passés dans le privé, qui font bénéficier les entreprises israéliennes de leurs liens établis de longue date à Abou Dhabi et dans le monde arabe parmi les familles régnantes »,explique Yossi Melman, journaliste spécialiste du renseignement au sein du quotidien israélien Haaretz.

M. Nétanyahou a encouragé ces rapprochements sécuritaires sans relâche, dès 2009, y voyant notamment un moyen de marginaliser la question palestinienne dans le monde arabe. Ses efforts ont abouti en septembre 2020 à l’établissement historique de relations diplomatiques avec les Emirats et Bahreïn, sans que ces monarchies exigent en retour aucune concession d’Israël en faveur des territoires palestiniens occupés. En décembre 2020, ce fut le tour du Maroc. Le royaume entretient lui aussi depuis des décennies des liens de renseignement avec Israël et faisait usage depuis trois ans du logiciel espion de NSO.

Les informations de Forbidden Stories confirment une hypothèse évidente dès l’établissement de ces discrets contrats : ces Etats ont pour l’essentiel utilisé Pegasus à des fins de surveillance et de répression politique intérieure. « L’armée ne pouvait ignorer que ces régimes étaient problématiques. Lorsque vous leur vendez Pegasus, vous savez qu’il sera principalement utilisé pour préserver le régime et supprimer la dissidence », souligne M. Melman, le spécialiste du renseignement.

L’autorisation de la vente du logiciel à l’Azerbaïdjan, qui en a fait usage contre des journalistes dès 2018, obéit en partie à la même logique. Le régime de Bakou fournit de longue date aux services israéliens un poste d’observation privilégié sur l’Iran voisin. L’Etat hébreu lui a également vendu des drones d’attaque, une arme qui s’est avérée d’une importance capitale à l’été 2020 dans sa guerre victorieuse contre l’Arménie voisine au Haut-Karabakh.

« En son temps, le premier ministre David Ben Gourion favorisait les “alliances de la périphérie” [un rapprochement régional avec l’Iran et la Turquie, loin de pays arabes voisins hostiles]. Israël est aujourd’hui plus fort, il n’y a plus de menace existentielle et Nétanyahou nous a fait basculer dans une doctrine de la Micronésie : des alliances avec de petits pays dans le seul but de gagner des votes aux Nations unies », estime M. Mack.

Les ventes de NSO et leur opacité ont suscité plusieurs actions en justice en Israël, pour l’heure sans suite. Des critiques ont notamment été exprimées par des membres du comité pour les affaires étrangères et de défense au Parlement, qui dispose d’un droit de regard sur la législation encadrant les ventes d’armes mais qui n’en discute pas le détail. Cependant, NSO jouit d’une réputation d’acteur fiable, travaillant en toute transparence avec l’armée.

Ses négociations commerciales et ses exportations sont d’ailleurs soumises à des licences du ministère de la défense, aux critères opaques, dans lesquelles le ministère des affaires étrangères est également impliqué, de manière marginale. Ces contrats ne vont pas sans garde-fou : son logiciel ne peut pas cibler de numéros en Israël, ni aux Etats-Unis ou en Russie, deux pays jugés trop sensibles !

Et, si les services israéliens peuvent craindre que des mises à jour du système d’exploitation des téléphones d’Apple effectuées à la suite des révélations en cours ne compromettent leurs propres opérations de surveillance, l’Etat paraît se soucier avant tout aujourd’hui d’agents moins contrôlés. Depuis un an, la presse israélienne s’est ainsi fait l’écho de débauchages d’anciens employés de NSO dès 2017 par une firme concurrente, Dark Matter, basée à Abou Dhabi et dirigée par le renseignement émirati… C’est donc une affaire qui marche.

Selon le quotidien Yediot Aharonot, ces jeunes experts, formés notamment dans la prestigieuse unité 8200 du renseignement militaire israélien – un vivier essentiel pour NSO et le secteur technologique privé –, ont été approchés à Chypre, où sont basées des entreprises de sécurité israéliennes aux activités plus grises. Contre salaires mirobolants, ils ont mis leur savoir-faire au service d’une société étrangère, s’attirant des accusations de… trahison.

Une autre forme de prolifération, qui ajoute à nos interrogations du début de cet article.

Le 24 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Bergoglio ? Vous avez dit Bergoglio…

23 Juil

Et si vous voulez vous faire du bien (à moins que ce ne soit vous remettre les idées à l’endroit), ne manquez pas de lire cette tribune d’Antoine Michel, sur le site Vexilla Galliae :

Le 23 juillet 2021.