Petite réflexion pour ceux qui auraient perdu tout bon sens.

21 Fév

Le 21 février 2019.

(Merci à GJ)

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Le Royaume-Uni s’inspire des propositions du CER pour traiter la question brûlante du retour des djihadistes.

21 Fév

Souvenez-vous de ce que nous écrivions ici même il y a deux jours à propos du projet immonde de rapatriement dans notre pays des djihadistes prétendument Français : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/02/19/nous-le-redisons-avec-la-plus-grande-fermete-pour-nous-cest-non/ .

Eh bien sachez que le ministre de l’intérieur britannique, lui, nous a lu et a su en tirer des conclusions radicales dont notre propre gouvernement ferait bien de s’inspirer s’il avait un tant soit peu de courage.

Ainsi, une citoyenne britannique d’origine bangladaise, Shamima Begum, partie rejoindre le groupe Etat islamique en Syrie en 2015 et s’y trouvant actuellement dans un camp de réfugiés, vient d’être déchue de sa nationalité britannique. La décision du ministre de l’intérieur conservateur, Sajid Javid, a été notifiée dans une lettre reçue par sa famille mardi.

« Le ministre de l’intérieur a clairement affirmé que sa priorité était la sécurité du Royaume-Uni et de sa population », a souligné un porte-parole dans un communiqué. La famille de la djihadiste a annoncé examiner « toutes les voies légales pour contester cette décision », qui peut faire l’objet d’un appel.

« Je ne sais pas quoi dire », a réagi Shamima Begum, sur la chaîne ITV. « Je suis un peu sous le choc. C’est un peu bouleversant et frustrant (ndcer : quel culot !). Je trouve que c’est un peu injuste pour moi et mon fils », né il y a quelques jours. « D’autres personnes sont renvoyées au Royaume-Uni, je ne vois pas en quoi mon cas est différent », a ajouté Shamima Begum. « Est-ce simplement parce qu’il a été médiatisé ? » Le cas de la jeune femme a défrayé la chronique ces derniers jours au Royaume-Uni, en raison de son absence de regret pour avoir soutenu le djihad. La réalité la plus probable est que le gouvernement britannique, à la différence du notre, a enfin pris la mesure du caractère inacceptable du retour des djihadistes au pays et décidé que la meilleure riposte à cela était, tout simplement, la déchéance de nationalité ainsi que nous le revendiquons depuis des années. Faisant ainsi fi des prétendus engagements internationaux du Royaume-Uni, telle la convention de New York du 31 août 1961. D’ailleurs, ladite Shamima Begum, d’origine bangladaise par ses parents, née au Royaume-Uni, ne dispose pas de la double nationalité, et n’a jamais eu de passeport bangladais. Elle a expliqué réfléchir à demander la nationalité néerlandaise, son mari étant originaire des Pays-Bas. Ce dernier a été également fait prisonnier par les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Alors comment est-ce possible ? Grâce à la loi britannique qui, elle, prime le droit international. La Grande-Bretagne a en effet le pouvoir de déchoir un citoyen de sa nationalité s’il estime que cela relève de « l’intérêt général ». 

Shamima Begum, qui se trouve actuellement dans le camp de réfugiés d’Al-Hawl, dans le nord-est de la Syrie, avait annoncé la semaine dernière son intention de rentrer au Royaume-Uni après son dernier accouchement. Ses deux précédents enfants, nés après son départ vers la Syrie mais qu’elle a entrainé dans son parcours terroriste, sont morts de maladie et de malnutrition !

Qui douterait encore de son indignité à demeurer sujet de sa gracieuse Majesté?

Le 21 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Affaire Macron-Benalla : le rapport sénatorial est accablant.

21 Fév

Alors que l’ancien employé de l’Elysée a été placé mardi soir en détention provisoire pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire dans l’enquête sur les violences du 1er mai 2018 à Paris, ce rapport réclame notamment de nouvelles poursuites à son encontre. Voici résumés les points principaux de ce document de 120 pages (160 avec les annexes).

La commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla demande d’abord au bureau du Sénat de saisir la justice pour « faux témoignage » de la part d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase, ancien employé de La République en marche.

Concernant Alexandre Benalla, les sénateurs estiment que « contrairement à ses affirmations (ndcer: mais aussi de celles des plus importants membres du cabinet du président de la République), [il] assurait bien, dans les faits, une fonction de protection rapprochée du chef de l’Etat (ndcer: sans en avoir ni les compétences ni, tout simplement, le droit…sinon le fait du prince)« . Ils épinglent aussi ses déclarations sous serment sur ses passeports diplomatiques.

L’ancien chargé de mission et Vincent Crase sont aussi soupçonnés d’avoir menti sur le contrat de sécurité privé négocié avec un oligarque russe, Iskander Makhmudov.

Dans une lettre adressée au président du Sénat Gérard Larcher, la commission met également en cause le témoignage de trois hauts responsables à l’Elysée, Patrick Strzoda, Alexis Kohler et le général Lionel Lavergne, les soupçonnant d’« omissions », d’« incohérences » et de« contradictions ».

« Tout témoignage mensonger devant une commission d’enquête parlementaire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende », rappellent dans leur lettre le président de la commission Philippe Bas et les deux co-rapporteurs, Jean-Pierre Sueur et Muriel Jourda.

Ces trois hauts responsables « ont retenu une part significative de la vérité à la commission » (ndcer: omission donc mais…mensonge quand même !), notamment « sur le périmètre de la mission de sécurité exercée par Alexandre Benalla », juge la commission d’enquête, qui demande donc au bureau du Sénat « de saisir le ministère public », qui pourra « procéder aux investigations qu’il jugera opportunes afin de déterminer s’il y a lieu de donner des suites judiciaires à ces déclarations ».

Mais il y a encore plus grave dans le rapport de la commission d’enquête sénatoriale. Pour les sénateurs, l’affaire Benalla a révélé une série de « dysfonctionnements majeurs au sein des services de l’État », qui ont pu « affecter » la sécurité du président et « les intérêts » du pays. Vous avez bien lu : affecter certes la sécurité du président (mais n’en fut-il pas responsable ?) mais aussi et surtout « LES INTERETS DU PAYS« . Dans cette affirmation, la responsabilité du chef de l’Etat apparaît considérable puisque le choix de cet entourage, fait de copains et de coquins, ne relevait que de son bon plaisir…

La commission justifie cette accusation grave par les « pouvoirs exorbitants laissés à un collaborateur inexpérimenté » dans le domaine de la sécurité du président, et « un sérieux manque de précaution dans la prévention des conflits d’intérêts de certains collaborateurs », en référence au contrat négocié avec un oligarque russe par Alexandre Benalla et Vincent Crase. Les sénateurs critiquent également « une confiance maintenue et une collaboration poursuivie après les graves dérapages commis par (Alexandre Benalla) le 1er mai 2018«  place de la Contrescarpe à Paris, ainsi qu’« une remontée d’informations défaillante au sein de l’institution policière et de l’exécutif » sur ces faits. Autrement dit, entre les lignes, ils critiquent la protection dont a bénéficié durablement ce voyou (y compris après que les violences dont il s’était rendu coupable avaient été révélées) de la part des plus hautes instances de la République. Faiblesse ou compromission ? La question reste posée. D’où notre appellation d’affaire Macron-Benalla.

Emmanuel Macron précédé d’Alexandre Benalla sur les Champs Elysées, le 14 juillet 2018 !

Devant la presse, le président de la commission, Philippe Bas, a insisté sur le fait que « de nombreuses erreurs, anomalies ou défaillances, ont été constatées », concernant la sécurité du président de la République et après avoir souligné que la sécurité du chef de l’Etat Emmanuel Macron « n’est pas une affaire personnelle; elle regarde tous les Français et doit être au niveau des meilleurs standards internationaux« .

La commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla formule en outre 13 préconisations dans son rapport. La plus percutante consiste à « mettre fin à l’expérience des collaborateurs ‘OFFICIEUX’ du président de la République« .

Les sénateurs suggèrent aussi de « conditionner le recrutement des collaborateurs » du président de la République à « une enquête administrative préalable » pour « s’assurer de la compatibilité de leur comportement » avec leurs missions futures. Outre ce renforcement de la « transparence », la commission veut améliorer les garanties pour « un haut niveau de sécurité » du chef de l’Etat et « renforcer les pouvoirs de contrôles du Parlement ».

La commission d’enquête reproche également à la présidence de la République d’avoir fait preuve de mansuétude à l’égard d’Alexandre Benalla« Il n’y aurait pas eu d’affaire Benalla si une sanction appropriée avait été prise dès le 2 mai 2018 par le licenciement de l’intéressé et l’information du procureur de la République », a notamment martelé Philippe Bas, lors de la conférence de presse organisée pour présenter le rapport.

Muriel Jourda, sénatrice LR du Morbihan, a estimé pour sa part que la mise à pied prononcée dans un premier temps à l’encontre d’Alexandre Benalla n’était « ni appropriée, ni proportionnée ». « Nous avons regretté l’incompréhensible indulgence de la hiérarchie d’Alexandre Benalla qui a conservé dans l’équipe de l’Elysée un collaborateur qui avait gravement manqué à son devoir (…) : ce qui frappe, en réalité, ce n’est pas tant la sanction qui a été infligée en mai que la confiance qui lui a été maintenue jusqu’en juillet« , a-t-elle ajouté, évoquant une « chaîne d’irresponsabilité » à ce sujet.

Les services du présidents de la République ont annoncé qu’ils répondraient dès aujourd’hui aux graves accusations de la commission d’enquête. Nous en jugerons la recevabilité et la pertinence. 

Mais, dès hier, le porte-parole du gouvernement, l’intarissable Benjamin Griveaux, a osé dénoncer « beaucoup de contrevérités » dans le rapport d’enquête du Sénat . « L’Elysée aura l’occasion d’apporter des réponses factuelles », a-t-il déclaré, précisant ensuite que cela sera fait « rapidement », mercredi ou jeudi. Hélas, pressé de questions sur ces « contrevérités« , le ministre a botté en touche, reconnaissant qu’il n’avait pas lui-même pris connaissance du rapport, mais qu’il n’en avait eu que des échos. Comment prendre au sérieux un tel personnage, manifestement de mauvaise foi et, surtout, irresponsable ?

Mais, sachez que ce ne fut pas la seule faute commise par Benjamin Griveaux lors de sa prise de parole. « Nous sommes très attachés à la séparation stricte des pouvoirs dans notre pays (…) Mais je trouve curieux que les assemblées aient à se prononcer sur l’organisation du pouvoir exécutif. Si le pouvoir exécutif se prononçait sur l’organisation du travail des assemblées, on crierait à la fin de la séparation des pouvoirs », a par ailleurs regretté M.Griveaux.

C’est oublier un peu vite que l’article 24 de la Constitution indique que « le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du gouvernement. Il évalue les politiques publiques ». Les sénateurs de la commission d’enquête sont donc constitutionnellement dans leur rôle lorsqu’ils s’interrogent sur le fonctionnement du pouvoir exécutif.

La République est décidément bien malade !

Le 21 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Hans Hermann Hoppe.

20 Fév

Permettez-nous de vous rappeler la publication de sept articles consacrés au grand penseur allemand Hans Hermann Hoppe dans Le Lien légitimiste, par notre ami Gérard de Villèle, et le grand plaisir que vous aurez à les lire (ou les relire). 

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L’ANARCHIE PLUS UN…

UNE PENSEE DE

HANS HERMANN HOPPE

ANARCHO-CAPITALISTE

OU, À DEFAUT, MONARCHISTE,

SES PENSEES SUR L’ECONOMIE,

L’IMMIGRATION, L’ETAT, LA MONARCHIE,

LA DEMOCRATIE, LA REPUBLIQUE,

L’ORDRE NATUREL…

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Voici désormais à votre disposition l’ouvrage de notre ami Gérard de Villèle, réunion de sept articles – 64 pages – consacrés au grand penseur allemand et publiés dans l’ancien Lien Légitimiste et annoncé ici (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/30/non-vous-ne-lavez-pas-encore-en-main/). Une mine de réflexions, un trésor de pensée.

Nous vous invitons vivement à l’acquérir pour la très modique somme de 9 euros + 4,20 € de port, soit 13,20 € auprès de

l’Association culturelle de Couilly-Pont-aux-Dames

41, rue de la Marne 77860 Couilly-Pont-aux-Dames

Courriel : denismoniquebataille@gmail.com

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Et, pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques lignes du dernier article de l’ouvrage, signé par Philippe de Lacvivier, sous le titre suivant : La grande fiction. L’Etat, cet imposteur (2)

La Révolution et la Restauration

Entre Etat et spoliation

 » La pensée du professeur Hoppe est un tremplin nous permettant de réfléchir sur l’histoire des rois de France, et de quelques manquements passés et difficultés futures. Après avoir pris notre temps supra, nous ferons beaucoup plus court ici.

Le roi de France a avant tout été le plus grand propriétaire terrien du royaume (ne vivant que du sien, un très large domaine), mais aussi, d’une certaine façon, le propriétaire éminent de certaines terres ayant été librement et volontairement placées sous sa protection par ses vassaux (pour rester général). Certains monarques ont cependant eu le grave tort…de vouloir devenir des chefs d’Etat. Hoppe nous fait bien comprendre ce glissement dans son long et passionnant chapitre De l’aristocratie à la monarchie et de la monarchie à la démocratie : pour renflouer ses caisses et gagner des territoires supplémentaires pour davantage de recettes futures, c’est un moyen parfait de s’approprier de façon illégitime et immorale la propriété d’autrui (de certains seigneurs ou communautés par exemple).

La révolution paraît les avoir punis avec violence; l’Eglise, irréprochable quant à elle, a sévèrement trinqué, sachant qu’elle se subdivise en réalités en une multitude d’évêchés, cures, bénéfices, communautés, abbayes, etc., propriétaires.

Mais la Révolution, dans son effort de spoliation, n’a fait que chasser le roi et prendre sa place, durcissant encore davantage un régime d’expropriation fiscale et de propriété publique. Elle l’a de fait généralisé et universalisé. Les biens nationaux sont une spoliation directe. Il fallait cependant les revendre pour renflouer les caisses (c’est tout de même très confortable de vendre pour sa pomme la propriété d’autrui !), mais aussi parce que  leur administration aurait été humainement difficile voire impossible, tout en pouvant sembler injuste (les propriétaires voisins auraient pu avoir peur d’être eux-aussi saisis). De plus, ces biens publics ne correspondaient plus à des recettes fiscales pour l’Etat qui, en les revendant tout de suite, touchait en revanche immédiatement leur valeur en capital (que le prix soit déprécié à cause d’une offre trop importante, peu lui importe, étant donné que ça ne lui a rien coûté) puis, par le biais de la fiscalité, une rente perpétuelle sur les acquéreurs et les acheteurs suivants…Belle opération, pour un investissement zéro !

Sur cet héritage, et l’alourdissement de l’appareil étatique, de nouveaux problèmes naissent. On le voit avec la Restauration qui a sans doute été un échec à cause de la conservation de ce patrimoine révolutionnaire (et non par manque de libéralisme, comme l’Université républicaine voudrait nous le faire accroire, trop heureuse de nous voir nous fourvoyer et collaborer inconsciemment à ses idées). Louis XVIII n’avait plus rien d’un propriétaire (si l’on excepte une petite fortune…placée en Angleterre…au cas où…) : il n’était qu’un chef d’Etat. En bref, il était piégé par le système, captif de la Révolution.

Quelques bons principes étaient demeurés : devant la dette publique laissée par Bonaparte, le comte de Villèle eut le courage de réduire les contributions directes et de ne pas augmenter les contributions indirectes. Sur un plan strictement comptable, c’était gagnant à moyen terme et à long terme – l’Histoire l’a montré. Mais les quatre vieilles de 1791 et les droits réunis ont cependant été conservés dans les faits, en dépit de certaines promesses…

Cette question de la propriété royale et de la chefferie d’Etat est surement au coeur de ce qui différencie une véritable royauté d’une monarchie républicaine libérale : l’Europe est un beau théâtre de cet état de fait. Là où l’on croit pouvoir taxer et faire la loi, il n’y a que ruines des têtes couronnées.

Le plus inextricable est la question du comment faire la Restauration. Les biens qui appartenaient au roi ou à l’Eglise ont été rachetés par une multitude de nouveaux propriétaires, qui y ont mis le prix et pensaient les acquérir de façon juste et licite. Impossible de les déloger, bien sûr. Peut-être reste-t-il la possibilité de privatiser la propriété publique pour le roi ?

Une voie à explorer, bien qu’elle ne soit pas sans problème. Le patrimoine des fonctionnaires ou, pour nous cantonner aux responsables les plus conscients, des apparatchiks de la Révolution, d’ailleurs, relève-t-il du privé ou de la propriété publique ? Hoppe mise sur le privé, puisqu’il y a eu achat (même avec de l’argent exproprié) et transaction volontaire. Quant aux levées de fonds, comme pour le jeune duc de Bordeaux gratifié par les Français du château de Chambord (une belle preuve de spoliation révolutionnaire), pourraient-elles seulement suffire ? Et nous pourrions multiplier les interrogations. Si ces problématiques ne sont pas résolues, il sera inutile de penser à une Restauration, car elle serait aussi brève que les deux précédentes… »

Philippe de Lacvivier, Le Lien légitimiste n°71 de septembre-octobre 2016.

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans-Hermann_Hoppe

(2) Hans Hermann Hoppe, La Grande Fiction. L’Etat, cet imposteur, Fleurance, Editions Le Drapeau blanc, 2016, 204 pages, 17 euros.

Le 20 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Le maréchal Haftar est bien l’homme fort nécessaire à la Libye.

20 Fév

Après de nombreux articles consacrés à la situation en Libye et aux différents intervenants dans cette terrible affaire, qui dure depuis bientôt dix ans (…grâce aux gravissimes erreurs de Nicolas Sarkozy et de ses sbires), nous avons rapporté récemment ce que la France doit à la collaboration du maréchal Haftar dans son action aérienne contre un important convoi de rebelles tchadiens, au début du mois de février. Nous décrivions à ce propos la progression des troupes du maréchal Haftar dans le sud du pays et, en particulier, au Fezzan.

Il est clair aujourd’hui que cette progression de l’armée nationale libyenne (ANL) se précise et, surtout, s’intègre dans un vaste plan de reconquête de l’ensemble du pays que nous appelions de nos voeux afin de redonner enfin vie à cet important pays de la rive sud de la Méditerranée mais aussi de mettre un terme à la traite négrière transméditerranéenne qui s’achève toujours…chez nous.

Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de la Cyrénaïque (est) et commandant suprême de l’Armée nationale libyenne (ANL), n’a cessé d’avancer ses pions ces derniers jours dans le Fezzan, la vaste région désertique du sud de la Libye. Mercredi 6 février, son porte-parole a annoncé la conquête du champ pétrolier de Sharara, jusque-là tenu par des groupes locaux touareg. La prise de ce gisement, un des plus importants du Sud libyen, prolonge les récentes percées territoriales de l’ANL autour et à l’intérieur de Sebha, le chef-lieu du Fezzan. Ces opérations altèrent notablement l’équilibre des forces politico-militaires en Libye en projetant les forces de Haftar dans cette région du Sud-Ouest où elles étaient jusque-là peu présentes. Elles s’inscrivent dans une offensive plus globale dont la finalité pourrait être la prise de Tripoli, suggèrent la plupart des observateurs. « Il va essayer de grignoter progressivement des positions en direction de Tripoli », souligne un diplomate occidental en poste à Tunis.

« Le camp pro-Haftar va sûrement gagner en confiance et se trouver moins bien disposé à l’égard des négociations politiques », anticipe Claudia Gazzini, analyste principale d’International Crisis Group pour la Libye. Selon elle, Haftar devrait notamment formuler de nouvelles « exigences financières » relatives à la redistribution des revenus pétroliers, que la Cyrénaïque juge trop déséquilibrée, à son détriment. Afin d’appuyer sa requête, Haftar devrait rouvrir le champ de Sharara – aujourd’hui fermé – et en transférer la gestion à la compagnie nationale pétrolière de Tripoli, un geste qui devrait lui valoir la sympathie de la communauté internationale.

La réaction des adversaires traditionnels de Haftar, particulièrement dans la métropole portuaire de Misrata, en Tripolitaine (ouest), où beaucoup le dénoncent comme une figure prétendument « putschiste », demeure la grande inconnue. Dimanche 10 février, un rassemblement de groupes « révolutionnaires » a eu lieu à Gharian, au sud de Tripoli, où furent dénoncés les tenants d’un « coup d’Etat militaire », une allusion visant Haftar. Dans ce contexte, la pression devrait s’intensifier sur le chef du gouvernement d’« accord national », Faïez Al-Sarraj, basé à Tripoli mais surtout candidat des instances internationales. Ce dernier risque de se trouver de plus en plus écartelé entre Haftar, qui a toujours contesté sa légitimité tout en acceptant de discuter avec lui lors de sommets diplomatiques hors de Libye, et les factions anti-Haftar, qui tendent à lui reprocher sa faiblesse vis-à-vis du maréchal.

Dans le Sud libyen, le tableau militaire reste néanmoins fluide. La plupart des observateurs s’accordent à penser que les récentes avancées de Haftar dans la région stratégique de Sebha ont été favorisées par le désenchantement général des habitants vis-à-vis des autorités centrales de Tripoli. « La population se sentait totalement abandonnée de Tripoli », explique à Tunis un Libyen originaire de Sebha, membre de la tribu arabe des Ouled Slimane. Privée de services publics et exposée à la montée de l’insécurité liée à de nombreux gangs criminels, une partie de la population semble avoir accueilli sans hostilité, sinon avec faveur, l’ANL. Déjà établies sur la base militaire de Brak al-Shati et l’aérodrome militaire de Tamanhint, situés dans la région de Sebha, les forces de Haftar ont ainsi pu s’introduire au cœur même du chef-lieu, jusque-là contrôlé par des milices tribales rivales (Lire « La tribu ou le tyran, entre les deux leur coeur balance » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/09/15/bulletin-climatique-quotidien-15-septembre-2016-de-la-republique-francaise/).

La grande question est toutefois de savoir si le maréchal Haftar va pouvoir se projeter au-delà, notamment vers les localités de Mourzouk, au sud, et Oubari, à l’ouest, respectivement places fortes des ethnies toubou et touareg. Quels que soient ses atouts militaires, Haftar ne peut s’affranchir de la complexe équation tribale du Sud libyen. Il n’est pas anodin que le gouvernement de Faïez Al-Sarraj ait nommé mercredi une figure militaire touareg, Ali Kanna, commandant de la « zone militaire sud », avec pour objectif annoncé de rétablir l’autorité de Tripoli dans la région. Ce qui, aujourd’hui, tient surtout du rêve même si, dans l’aire qui s’étend de Sebha à la frontière algérienne, M. Kanna, un ancien hiérarque de l’armée de Kadhafi, espère pouvoir mobiliser en sa faveur les solidarités touareg. Mais sa tâche sera rendue difficile par les divisions internes chez les Touareg, une faction d’entre eux soutenant déjà le maréchal Haftar.

En revanche, le patron de l’ANL risque de se trouver confronté à l’influence qu’exercent les Toubou entre Sebha et les frontières nigérienne et tchadienne, une zone traversée par les routes migratoires en provenance d’Afrique subsaharienne et abritant notamment les groupes de l’opposition armée tchadienne. C’est l’une des raisons qui l’ont amené à coopérer avec les troupes françaises (avec lesquelles il entretient de bonnes relations) début février.

A Sebha, les forces de Haftar vont évoluer sur un terrain ethnique hautement volatil, marqué en particulier par la rivalité entre les Toubou et la tribu arabe des Ouled Slimane. Cette dernière ayant pour une grande partie rallié l’ANL de Haftar, le maréchal risque d’apparaître comme l’instrument d’une « revanche arabe » contre la minorité des Toubou, qui avait renforcé son emprise locale depuis la révolution de 2011. Aussi l’avenir de la présence de l’ANL de Haftar dans le Fezzan est-il lié, selon les analystes, à sa capacité à absorber en son sein la plus grande diversité de factions ethniques et à redresser son image de force à dominante arabe. Il paraît l’avoir compris et oeuvre en tout cas en ce sens.

Il reste enfin une hypothèque géopolitiquement plus délicate. Plus Haftar progresse vers le sud-ouest du pays, c’est-à-dire vers la frontière algérienne, plus la réaction d’Alger risque de peser dans la balance. A priori, les autorités algériennes ont toutes les raisons de s’inquiéter de cette avancée vers l’ouest d’un chef militaire connu pour sa proximité avec l’Egypte, dont les ambitions régionales ont longtemps télescopé celles de l’Algérie. La suspicion d’Alger peut en outre se nourrir des liens entre Haftar et Paris, qui met ses avions de surveillance et de reconnaissance au service de l’ANL.

Dans un contexte sahélo-saharien en pleine évolution, où la France intervient désormais militairement pour soutenir le gouvernement de N’Djamena, au Tchad, contre des groupes d’opposition basés au sud de la Libye, l’affaire devient encore plus sensible. La carte dont Alger dispose pour faire prévaloir ses intérêts dans cette région frontalière est pour l’instant Ali Kanna, le général touareg réputé proche des Algériens et dont nous parlions plus haut.

Il est clair qu’une unification des diverses composantes libyennes, sous l’autorité du maréchal Haftar, serait non seulement la meilleure voie vers la pacification de ce patchwork ethnique extrêmement inflammable mais aussi la meilleure façon de mettre un terme aux trafics (d’armes et de stupéfiants) comme aux migrations en provenance de l’Afrique subsaharienne et qui transitent par la Libye.

Mais il restera encore à verrouiller le Maghreb et l’Egypte…Nous avons du pain sur la planche avec tous ces gens-là.*

Le 20 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/13/faudra-t-il-une-fois-de-plus-oublier-palerme/).

Emblèmes et symboles à l’école : on juge l’arbre à ses fruits.

20 Fév

C’est un amendement de dernière minute, mais qui n’a pas fini de faire parler de lui. Déposé par Eric Ciotti, député Les Républicains des Alpes-Maritimes, et voté dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 février, quelques minutes avant la clôture de la première séance d’examen du projet de loi « école de la confiance » à l’Assemblée nationale, il prévoit de rendre obligatoire l’affichage du drapeau français, du drapeau européen et des paroles de La Marseillaise dans toutes les classes du premier et du second degré. On se demande bien où Eric Ciotti a pu aller chercher cette idée aussi « sotte que grenue » de l’obligation du drapeau européen !

Les journalistes en service commandé prétendent que le dépôt et le vote de cet amendement ont créé un tollé dans l’hémicycle, pourtant particulièrement clairsemé. Les députés de la majorité se sont plaints d’un vote trop rapide, et ont réclamé une seconde délibération. Elle interviendra à la fin de l’examen du texte, d’ici à vendredi.

A la reprise de la séance, mardi 12 février, d’autres amendements concernant les symboles républicains ont été défendus : la droite parlementaire a demandé de rendre obligatoire la levée hebdomadaire du drapeau et la pratique de La Marseillaise. Plusieurs autres amendements se focalisaient sur la pratique de l’hymne national. Ils ont tous été rejetés tant le patriotisme est désormais étranger au mouvement La République en Marche. Un seul amendement a été adopté mardi, malgré un avis défavorable du gouvernement ( ! ), qui instituait l’obligation d’avoir, dans toutes les écoles, des cartes de la France où figurent les territoires ultramarins, à la demande des députés d’outre-mer. « On pourrait tapisser les murs de la classe de bonnes intentions », a déclaré le ministre au cours de ces débats faisant sans doute allusion au fait que, comme l’enfer, l’Assemblée nationale en est pavée…

L’amendement sur l’hymne et les drapeaux a suscité d’emblée une certaine émotion parmi les enseignants, peu enclins depuis la Révolution a soutenir les expressions de l’emblématique nationale. La présence de symboles républicains est déjà inscrite dans la loi, rappellent-ils en chœur. Les drapeaux tricolore et européen figurent déjà au fronton des écoles et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen doit être affichée dans les établissements, comme le prévoit l’article L111-1-1 du code de l’éducation. « Le drapeau est un symbole peu intéressant en soi », juge en outre Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp, syndicat majoritaire dans le premier degré. « Ce qui compte, c’est le travail autour de la citoyenneté » démontrant ainsi, s’il en était besoin, que cette syndicaliste confond manifestement deux mots essentiels : emblème et symbole (dommage pour une enseignante à laquelle est confiée l’instruction de nos enfants). Mais qu’en plus, elle ignore le deuxième alinéa de l’article 2 de la Constitution de 1958 qui précise que « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. »

Que dira-t-elle lorsque nous aurons obtenu ce que nous réclamons depuis toujours : le rétablissement des armoiries de la France ?

Lire « La face volontairement cachée de l’identité de la France » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/08/15/la-face-volontairement-cachee-de-lidentite-de-la-france/)

Dans l’hémicycle, le député Eric Ciotti a défendu l’affichage obligatoire du drapeau français en rappelant les incidents qui ont suivi l’attentat de Charlie Hebdo*, lorsque des élèves musulmans avaient refusé de participer aux minutes de silence à la mémoire des victimes – 200 incidents avaient à l’époque été répertoriés. Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Syndicat général de l’éducation nationale de la Confédération française et démocratique du travail (SGEN-CFDT), rappelle qu’à l’occasion de ces incidents, son syndicat avait déjà défendu l’idée qu’il fallait « donner la possibilité de mener des projets citoyens et de vivre les valeurs de la République en actes », par opposition à la simple exposition des élèves aux symboles, qui ne constitue pas un gage d’adhésion à ces valeurs. « Les valeurs de la République s’apprennent tout au long de la vie », ajoute Rodrigo Arenas, président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE, classée à gauche) : « Ce n’est pas parce que l’on applique une grille identitaire qu’on va apprendre les valeurs républicaines » a prétendu ce collabo.

A l’instar de la députée George Pau-Langevin (Parti socialiste), qui dénonçait dans l’hémicycle une mesure imposée aux professeurs dans l’espace de la classe, le président de la FCPE juge que cet amendement relève d’un « très grand mépris pour les personnels éducatifs, pour qui les valeurs du drapeau et le sens de La Marseillaise sont un travail éducatif quotidien. » Pourtant, au vu de la terreur qui règne dans la plupart des salles de classes et qui est engendrée par les trop nombreuses « Chances pour la France » accueillies par la République, nous sommes en droit de douter de l’efficacité de ce travail éducatif !

D’ailleurs, les parlementaires impliqués dans l’amendement Ciotti ne sont pas dupes et Catherine Nave-Bekhti, rappelait que, dans l’exposé de l’amendement, les parlementaires ont fait figurer l’idée qu’il fallait « rappeler symboliquement » l’attachement de l’école aux valeurs républicaines. Ajoutant : « C’est une manière de dire que les enseignants n’en font pas assez. Alors que c’est inscrit dans tous les programmes de toutes les matières, comme enseignement et comme pratique. »

Et c’est alors qu’arrive la botte secrète de Mme Popineau ! « Si on a de l’argent, il faut l’employer pour faire vivre les valeurs de la République concrètement » qui interroge le coût de production de ces affiches destinées à rejoindre chaque salle de classe des écoles, collèges et lycées. Mais aussi les commentaires perfides de la FCPE, première fédération (de gauche) de parents d’élèves, pour qui « Monsieur Ciotti et ses soutiens ne sont pas en phase avec les besoins de l’école aujourd’hui. L’engagement de l’école devrait plutôt être de trouver des enseignants, des remplaçants pour ceux qui sont absents, des assistants qui accompagnent les élèves handicapés, l’accès libre à la restauration scolaire… la liste des priorités réelles des élèves et de leurs parents est longue » s’agace son président, Rodrigo Arenas.

Certains voient même dans ce vote une façon de rassembler autour de la loi, puisque l’amendement a été déposé par des députés de l’opposition. « Cela ressemble à un amendement politico-politicien, on est très loin de ce qu’attendent les personnels », fait remarquer Jean-Rémi Girard, le président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC) qui va même jusqu’à poser une question essentielle : « Les députés n’ont-ils pas mieux à faire ? ». 

Sans doute, M. Girard. Mais s’ils ne le font pas dans le contexte que nous connaissons et qui met les écoles dans lesquelles vous prétendez enseigner sens dessus dessous, quand le feront-ils ?

Terminons par une remarque intéressante tant elle en dit long sur les pensées de nos parlementaires car elle interroge l’entente trouvée entre la majorité LREM et les députés LR, qui ne réclamaient pas l’affichage du drapeau européen, mais uniquement celui du drapeau français. L’amendement modifié, qui a finalement été voté, fait mention à la fois du drapeau français et du drapeau européen. En d’autres termes, le mariage de la carpe du lapin, entre les « somewhere » et les « anywhere » !(https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/30/le-blanc-de-la-cocarde-saccorde-si-bien-au-jaune-des-gilets/)

Amusant non ?

Le 20 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Mais sans préciser qui étaient les auteurs de ces « incivilités« …

Retour sur la démographie africaine (même si cela ne sera sans doute pas suffisant pour ouvrir les yeux de nos compatriotes).

20 Fév

Ceux qui nous lisent avec assiduité savent combien nous sommes attentifs aux problèmes liés à la démographie africaine et, par voie de conséquence, à leurs répercussions de fait ou à venir sur les pays européens (et le notre en particulier). Nous allons apporter aujourd’hui quelques éléments supplémentaires à notre réflexion afin que, comme dans d’autres domaines politiques, nul ne puisse prétendre…qu’il ne savait pas. Ici comme ailleurs et comme toujours depuis sa fondation, il y aura bientôt sept ans, le Conseil dans l’Espérance du Roi prend date.

La population actuelle du continent africain est estimée (car les chiffres officiels sont loin d’être fiables – et plutôt sous-évalués -) à près de 1,3 milliards d’individus. Mais les projections établies par les organismes internationaux spécialisés envisagent que la situation va considérablement évoluer avec une population qui devrait avoisiner les 2,5 milliards en 2050 (soit presque le double) et qui pourrait même quadrupler très rapidement pour atteindre 4,4 milliards d’individus en 2100…malgré le sida. Alors qu’un homme sur six vit aujourd’hui en Afrique, plus d’un sur trois y vivrait dans un siècle !

Voilà pour l’aspect quantitatif le plus simple mais aussi le plus édifiant mais arrêtons nous aujourd’hui sur quelques aspects qualitatifs de ces problèmes démographiques.

Une première chose est certaine, l’Afrique est à la traîne vis-à-vis de ce que les démographes appellent « la transition démographique« . C’est regrettable, car les forts taux de fécondité en Afrique subsaharienne sont un facteur de fragilisation des Etats. Tant que le taux de croissance des régions ouest et centre restera de 2,7 % par an alors qu’il est de 1,2 % au niveau mondial…les investissements nécessaires ne pourront pas se faire puisqu’ils ne profiteront pas du « dividende démographique » avec moins d’enfants et plus d’adultes au travail. Et alors que d’autres pays du même continent ont commencé à réduire (modestement) la croissance de leurs populations.

Plusieurs éléments expliquent ces trajectoires différentes. Les faibles progrès de la médecine et de l’hygiène qui ont maintenu très longtemps une mortalité infantile à des niveaux particulièrement élevés dans la zone subsaharienne, ce qui a poussé les couples à avoir beaucoup d’enfants pour tenir compte de ce risque ; le manque d’accès à une planification familiale proposant des méthodes modernes de contraception ; et enfin (pour ne pas dire surtout), les pesanteurs sociales et culturelles, favorables aux mariages précoces.

Pourtant, quelques frémissements apparaissent en faveur d’une meilleure gestion de ce dernier problème même s’il reste à savoir si la radicalisation islamique en cours n’y mettra pas rapidement un terme. Il y a par exemple quelques initiatives intéressantes, y compris en matière de planification familiale, menées par les Affaires islamiques au Tchad par exemple. Mais elles sont encore limitées et pas assez valorisées. Il faudrait pouvoir faire davantage pour atteindre un effet de masse critique, car si l’on arrive à convaincre durablement les chefs traditionnels, toute la communauté suivra. Mais, pour toucher le fin fond des zones les plus archaïques, ce n’est pas sur Twitter ou à la télé que cela se joue ce qui rend la partie difficile par manque d’intervenants.

L’affaire est d’autant plus difficile à mener que, longtemps, la plupart des gouvernements africains ont mené une politique de…l’autruche. Et même si les choses semblent changer dans quelques pays du centre comme le Niger ou le Bénin qui s’attaquent à la discrimination économique et sociale à l’égard des femmes et des filles. Et avec même, au Niger, l’initiative présidentielle de l’école des maris et des futurs maris…qui a du pain sur la planche !

Car, en Afrique, rien ne se fera tant que l’homme ne changera pas d’attitude vis-à-vis de son épouse, de sa fille, de sa mère, de sa voisine. L’un des problèmes prioritaires est en effet le mariage précoce, qui empêche les jeunes filles de finir leurs études secondaires et les expose à une longue période de procréation. Certains pays ont certes pris des lois pour criminaliser ce phénomène, mais ne les font pas respecter. ll faut notamment convaincre les marabouts, dont certains célèbrent ce genre d’union en dehors des mairies.

Ainsi, malgré l’engagement du chef de l’Etat, Mahamadou Issoufou, c’est au Niger, l’un des pays les plus pauvres au monde, que le taux d’enfants mariés est le plus élevé : 76 %, contre 40 % en Ethiopie par exemple, tandis qu’au Cap-Vert tout proche, le problème est insignifiant. Ces mêmes barrières sociales tirent la prévalence contraceptive vers le bas : 18 % des femmes ont accès aux services de planification familiale au Niger, 38 % en Ethiopie, 60 % au Cap-Vert.

Malheureusement, la communauté internationale et l’Union européenne en particulier agissent sans discernement dans ce domaine alors qu’elles devraient réfléchir à ces questions démographiques comme à des axes géopolitiques essentiels. Ces problèmes d’éducation, de santé, existent depuis des décennies, mais les moyens d’y répondre n’ont jamais été à la hauteur. Il faudrait un gigantesque plan international pour régler les problèmes du Sahel ou du lac Tchad, pour ne prendre que ceux-là. Essayer de limiter les procréations à quatre enfants par femme en moyenne, cela prend beaucoup de temps et demande un changement de comportements, de valeurs, un travail profond qu’il faut accompagner avec de la patience et de la méthode. Or rien ou presque n’a été fait dans ce sens et il est déjà très tard pour espérer réduire ce raz-de-marée démographique.

Prenons l’exemple du lac Tchad et des pays qui le bordent : il a perdu 90 % à 95 % de sa superficie depuis 1970 alors que la population de ce bassin a été multipliée par trois ou quatre dans le même temps. Cette population fragilisée est acculée à la migration ou à la radicalisation. Un maire local racontait il y a peu avoir 300 naissances par jour dans sa commune. Cela représente 6 classes de 50 élèves, soit une école de plus par jour, et derrière il faut un établissement secondaire. Qui pourrait croire que l’on peut, en Afrique, construire aussi vite ?

Résultat, l’instruction public ajoute par ses carences aux difficultés d’ordre culturel ou religieux. Comment peut-on donner une éducation de qualité aux jeunes quand 40 % d’entre eux seulement sont scolarisés ? Cela signifie, par rapport aux pays développés, deux fois plus d’efforts pour les Etats les plus démunis !

Et pourtant, 2050 (quand la population africaine aura doublé)…c’est demain. alors, que croyez-vous qu’il arrivera ? Poser cette question n’est-ce pas y répondre ?*

Le 20 février 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Question subsidiaire : que font nos responsables politiques pour prévoir et mettre sur pied les réponses qu’il faudra bien apporter à cette tragédie humaine et à ses conséquences en terme de déplacement des populations concernées (sauf à accepter de disparaître) ?

RIEN, COMME D’HABITUDE.