Une honte dynastique.

18 Oct

Le Conseil dans l’Espérance du Roi est en colère. Il est même très en colère depuis l’annonce de la prochaine dispersion, par l’intermédiaire de la Société Sotheby, des trésors de joaillerie en possession d’une partie de la famille de Bourbon Parme (en particulier les filles du duc Elie) dont plusieurs bijoux ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette et ayant miraculeusement échappé à la fureur révolutionnaire. Bijoux dont aucun n’a été offert à la nation française par ses propriétaires ni même proposé à la préemption par l’Etat français.

C’est une honte que nous aurons bien du mal à pardonner.

Croix de l’ordre du Saint-Esprit

Cette vente aux enchères publiques aura lieu le 14 novembre prochain, à Genève. D’ici là nous vous proposons la lecture d’un excellent article de Christophe Vachaudez sur le sujet  :

http://www.eventail.be/component/k2/3835-dispersion-du-tresor-des-bourbon-parme#

Décoration de l’ordre de la Toison d’or

Le 18 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Ça va tanguer Place Beauvau.

18 Oct

Il y avait déjà eu le duo Gérard Collomb – Jacqueline Gourault dont on a vite compris que le rôle de la seconde consistait à alléger la lourde tâche du premier dans ses missions du quotidien et lui permettre ainsi de rentrer tous les week-ends à la maison !

Et voilà que le faux remaniement du gouvernement d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe nous inflige un nouveau tandem encore plus hétéroclite : un ministre que l’on qualifiera de « politique » (ami intime et de la première heure d’Emmanuel Macron, ex-dirigeant du parti présidentiel et ex-porte-parole du gouvernement) manifestement chargé d’un redécoupage électoral chirurgical et un secrétaire d’Etat plus « technicien« , ancien patron de la direction générale de la sécurité intérieure certes mais aussi, souvenez-vous, ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône entre 2015 et 2017, poste dans lequel il fut confronté à d’innombrables règlements de comptes liés aux trafics de drogue et d’armes de guerre, et dont il n’est jamais parvenu à venir à bout.

Les forces de l’ordre n’avaient plus vu telle combinaison depuis Charles Pasqua et Robert Pandraud, entre 1986 et 1988, une expérience qui reste très mitigée aux yeux des plus anciens. C’est pourtant avec un a priori assez positif que les deux nouveaux locataires de Beauvau ont pris leurs quartiers mardi après-midi. M. Castaner bénéficiant de sa proximité avec le chef de l’Etat pour prétendre être un interlocuteur crédible. M. Nuñez arrive, lui, précédé de sa réputation de spécialiste de sécurité, même si son passage à Marseille n’a pas été convainquant.

Mais le duo ne bénéficiera pas de la même mansuétude sur le plan politique. Christophe Castaner a été bizuté par la droite hier au Sénat, qui a peu goûté le ton d’une réponse sur les phénomènes de bandes, lors des questions au gouvernement. Les parlementaires ont quitté l’Hémicycle avant de l’attendre à la sortie pour lui offrir une bronca de bienvenue.

La journée était alors loin d’être achevée. Après avoir tenu leur première réunion de sécurité à Beauvau, le ministre et le secrétaire d’Etat ont rendu visite aux sapeurs-pompiers d’Argenteuil (Val-d’Oise). Le rythme des jours à venir ne devrait pas faiblir, avec notamment un déplacement dans l’Aude sur les lieux des inondations et une participation vendredi aux obsèques de la policière tuée en service lundi matin à Albi.

Mais d’autres questions d’actualité vont rapidement se poser car, au milieu de cet agenda chargé, Christophe Castaner et Laurent Nuñez doivent s’occuper de la structuration de cet insolite ministère bicéphale.

On en est même déjà étonné en découvrant que Stéphane Bouillon en sera l’homme-clé. Ce préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été nommé directeur du cabinet, poste qu’il avait déjà occupé sous le ministère de…Claude Guéant. Quant aux chefs de cabinet et autres conseillers « auprès de« , ils sont attendus au tournant. Politiques ? techniciens ? Qui vivra verra…

Il restera à trancher la répartition des tâches entre les deux entités. Laurent Nuñez sera-t-il là pour suppléer Christophe Castaner dans ses missions comme le fut Jacqueline Gourault ou bénéficiera-t-il d’attributions spécifiques ? Certains au sein des forces de l’ordre l’imaginent déjà dans un rôle de grand patron des polices, capable de réconcilier les nombreuses chapelles. Une étiquette de  » super-flic  » qui, à Beauvau, ferait sans doute beaucoup d’ombre au  » premier flic de France « .

Accrochez-vous, ça va tanguer.

Le 18 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Rome est prête à l’affrontement avec Bruxelles.

18 Oct

Lundi 15  octobre, l’Italie, à l’instar des 18 autres membres de la zone euro, a transmis à la Commission européenne son budget prévisionnel pour 2019. Or, si celui-ci affiche toujours un déficit public de 2,4  % du produit intérieur brut (PIB), comme annoncé fin septembre, l’institution communautaire devrait, dans un premier temps, envoyer mardi ou mercredi une lettre afin de  » demander des explications « au gouvernement de Giuseppe Conte.

S’ouvrirait ensuite une période de  » dialogue et de consultation  » d’une semaine pour essayer concrètement d’amener les autorités italiennes à revenir sur leurs décisions. Le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, devrait être dépêché à Rome, jeudi 18 et vendredi 19 octobre, avec cette mission ardue de gauleiter.

Si le gouvernement italien refusait de reculer, Bruxelles pourrait théoriquement lui réclamer la soumission d’un nouveau budget. Elle aurait jusqu’à fin octobre pour s’exécuter. Ce cas de figure ne s’est encore jamais présenté dans la zone euro, et la décision, radicale, devrait être prise par le collège de la Commission.

Mais les commissaires auront du mal à l’éviter s’ils veulent préserver leur crédibilité déjà passablement entamée. Ils ont reçu un soutien appuyé, et quasi unanime, des ministres européens des finances, réunis en Eurogroupe, lundi 1er  octobre à Luxembourg, où le ministre italien des finances, Giovanni Tria était apparu très isolé.

Il n’empêche, refuser le budget italien aurait en tout cas pour conséquence prévisible de déclencher une violente crise politique avec un gouvernement dont l’euroscepticisme constitue, depuis son entrée en fonctions, la principale ligne politique avec l’hostilité à l’encontre des migrants.

La Commission défend pour le moment une ligne dure, dans la mesure où elle estime que l’écart que représenterait un déficit de 2,4  % du PIB par rapport aux engagements italiens (0,8  % en 2019, l’équilibre en 2020) est bien trop important pour être toléré, car  » hors des clous  » du pacte de stabilité et de croissance, comme l’avait affirmé M.  Moscovici dès fin septembre.

Certes, le déficit italien demeurerait sous le plafond des 3 % fixés par ledit pacte, mais, en décidant d’un budget expansionniste, le pays risque de limiter sa capacité à soutenir le poids de son énorme dette publique (132 % du PIB), ce que redoute la Commission. Elle doute également que les mesures annoncées par le gouvernement Conte parviennent à provoquer un rebond de la croissance, comme ce dernier l’affirme.

Ces derniers jours, tous les moyens étaient bons pour éviter ce scénario. Des canaux de dialogue ont été activés, M. Moscovici multipliant les contacts avec Giovanni Tria. Il l’a vu de nouveau lors du G20 finances à Bali (Indonésie), vendredi.

Certains, à Bruxelles, misent aussi sur la pression des marchés financiers et le  » spread « , le différentiel entre le taux des obligations italiennes et allemandes à dix ans, pour faire reculer l’exécutif italien et empêcher la Commission d’endosser le rôle du  » méchant « . Vendredi, il a atteint 309 points de base. Aux dires des experts de l’UE, si ce différentiel continuait à croître pour s’approcher des 400 points, la situation pourrait devenir incontrôlable. Et c’est bien ce qui effraie la Commission européenne qui redoute une contagion à d’autres pays de l’Union

Elle espère également que les avis des agences de notation Moody’s et S&P sur la dette italienne, attendus fin octobre, accentuent sensiblement la pression sur Rome. Une dégradation de la note de la Péninsule par l’une des deux agences la ferait passer juste au-dessus de la catégorie  » spéculative « .

Cette stratégie – compter sur les marchés pour faire plier le gouvernement Conte – n’est cependant pas, elle non plus, sans risque. Elle pourrait déstabiliser des banques italiennes très exposées aux obligations souveraines nationales. De surcroît, une nouvelle crise bancaire italienne aurait tôt fait de se transformer en crise financière européenne…C’est sur ce risque que mise le gouvernement italien pour tenter d’assouplir la position européenne.

Mais cette confrontation porte en elle les germes d’une autre nature, qui préoccupe grandement les autorités bruxelloises : alimenter le procès en illégitimité d’une Europe dont les marchés seraient devenus le principal juge de paix. Dans une Italie chauffée à blanc par des années de rhétorique anti-européenne, une telle configuration pourrait avoir un effet explosif.

Pour l’heure, les deux vice-premiers ministres italiens, Matteo Salvini (Ligue) et Luigi Di Maio (Mouvement 5  étoiles, M5S,  » antisystème « ), ont multiplié les déclarations martiales pour faire montre de leur détermination. De fait, un recul face à Bruxelles ne pourrait se faire qu’au prix de gros dégâts politiques, étant donné qu’ils ont déjà dû renoncer à certaines de leurs promesses de campagne.

L’impôt sur le revenu en est un exemple : la  » flat tax  » à deux tranches (15 % et 20 %) pour tous les Italiens, voulue par la Ligue et inscrite dans le  » contrat de gouvernement « , a été renvoyée à des jours meilleurs. Quant au  » revenu de citoyenneté « , porté par le M5S, il tarde à être précisé. Reste la remise à plat de la réforme des retraites de 2011 qui fait figure de chiffon rouge pour Bruxelles et les marchés financiers, et sur laquelle le gouvernement ne saurait faire machine arrière sans perdre une bonne part de son crédit politique. Pour l’heure, les deux hommes forts du gouvernement italien se sont contentés de balayer les critiques d’un revers de main, en soulignant qu’ils avaient gagné les élections et jouissaient d’un taux de popularité record.

En définitive, les marges de manœuvre du gouvernement Conte apparaissent étroites et semblent mener à court terme vers un conflit sévère avec l’UE. Conflit que ni Matteo Salvini ni Luigi Di Maio ne paraissent redouter.

Le 18 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

N’hésitez pas à nous le faire savoir…

17 Oct

Si, par hasard, vous trouvez votre bonheur dans ce dépliant publicitaire :

Merci à François Romain.
Le 17 octobre 2018.

Le gouffre de l’éducation dite prioritaire.

17 Oct

Les années se suivent et se ressemblent. Nous savons depuis toujours qu’il n’y a aucun espoir d’améliorer le niveau des élèves venus du Maghreb ou d’Afrique, dans les bagages de leurs parents. Car c’est à la maison et au sein des familles, bien avant et bien plus qu’à l’école, que s’élaborent la connaissance et la culture. Et depuis toujours nous répétons, sans nous lasser, que l’éducation dite prioritaire (c’est-à-dire s’adressant à ces cibles-là) n’est qu’un gigantesque gâchis de compétences, d’efforts et d’argent public. Cela portait un nom dans l’antiquité grecque :

Le tonneau des Danaïdes

Et, une fois de plus, la Cour des comptes vient apporter une confirmation chiffrée à nos affirmations: les politiques d’éducation prioritaire ne parviennent pas à accomplir leur mission première, qui est de réduire les inégalités de départ dans la réussite scolaire des enfants. Dans un rapport publié aujourd’hui, mercredi 17 octobre, la Cour des comptes dresse un bilan négatif de cette politique de « différenciation » des moyens, née en 1981 (au bon vieux temps de la gauche unie et de François Mitterrand) avec les « zones d’éducation prioritaire » (ZEP). La conclusion est sans appel : l’écart de résultat au diplôme national du brevet entre un enfant scolarisé dans un collège relevant du réseau d’éducation prioritaire (REP) et un enfant d’un collège réputé plus favorisé reste situé entre 20 et 30 %  (dans le meilleur des cas) en français et en mathématiques alors que l’objectif est de « limiter à 10 % ces écarts de niveau ».

Certes, admet la Cour, les dispositifs prioritaires ont permis de les stabiliser, et la situation serait probablement plus préoccupante encore s’ils n’avaient pas existé. Mais ce n’en est pas moins un aveu d’échec dont le coût devient astronomique car, à l’entrée en 6e, les écarts sont déjà acquis. Un bilan adossé à une dégradation des conditions scolaires, qui sont en partie indépendantes de l’école elle-même. En effet, rappelle la Cour, ces dispositifs ne sont pas pensés pour remédier à une ségrégation socio-spatiale aussi forte qu’elle l’est aujourd’hui, à laquelle se greffe une ségrégation scolaire sans précédent – y compris du fait d’un « effet label », soit l’évitement des établissements REP et REP +, qui est fort dans les catégories favorisées qui l’ont compris et veulent à tout prix échapper à l’acculturation qui résulte de la mixité ethno-culturelle.

Forte de ce constat, la Cour des comptes analyse les différents leviers dont dispose l’éducation prioritaire pour remédier à cette situation. Le grand gagnant serait, selon elle, la réduction du nombre d’élèves par classe. Cette politique est portée par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, avec le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP et REP +. L’institution de contrôle estime qu’il faut aller plus loin et préconise son élargissement sur trois niveaux (en ajoutant soit la grande section de maternelle, soit le CE2) pour les établissements de REP +. Mais pourquoi pas de la maternelle à la sixième ?…

Les autres leviers comme les incitations destinées à stabiliser les équipes enseignantes dans ces établissements (primes, points pour les mutations) n’engrangent pas de phénomène durable. Car les enseignants aussi comprennent très vite qu’ils y perdent la santé. Physique et mentale !

Outre la réduction du nombre d’élèves par classe, elle plaide pour un recentrage des moyens sur l’enseignement primaire – historiquement, l’éducation prioritaire est centrée sur le collège – et sur les établissements les plus fragiles, les 350 réseaux REP +. Mais aussi pour une gestion des ressources humaines repensée pour attirer les enseignants, une allocation plus progressive des moyens pour éviter les « effets de seuil » de l’éducation prioritaire (dont on est soit bénéficiaire, soit pas). La Cour suggère, en outre, de donner plus d’autonomie aux établissements et d’accentuer l’évaluation. Ou comment faire simple quand on peut faire compliqué ?

Certaines recommandations rejoignent les pistes avancées par le ministre lors du lancement de la mission pour repenser l’éducation prioritaire, confiée le 3 octobre à l’universitaire Pierre Mathiot et à l’inspectrice générale de l’éducation nationale Arianne Azéma, où le ministre a évoqué la nécessité de sortir des effets de seuil. « Cette mission travaille en toute indépendance, assure un proche du dossier, et sera libre d’utiliser ou non ce qui lui semble intéressant dans le rapport de la Cour des comptes. »

Pour Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), si les préconisations proposées sont proches de la vision du ministre actuel, la Cour des comptes reconnaît la spécificité des territoires urbains fragiles, les « quartiers de la politique de la ville », auxquels est adossée l’écrasante majorité des réseaux REP et REP +.  Entendez qu’il s’agit plutôt, si l’on consent enfin à appeler un chat, un chat, de ces ghettos ethno-culturels qui sont autant de territoires perdus de la République (1)Alors que, au grand dam de l’OZP, le ministre semble souhaiter pour l’avenir une politique prioritaire qui engloberait les territoires ruraux, les DOM-TOM et les quartiers sensibles. Qui aurait l’avantage de masquer la réalité et de noyer le poisson…

Pour Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, les mesures proposées par la Cour des comptes s’inscrivent dans une tradition déjà ancienne pour « repenser » l’école prioritaire, où l’on cherche à mieux cibler les besoins pour être réellement efficace. Mais, selon lui, le problème mériterait un véritable changement de paradigme : « L’éducation prioritaire ne bénéficie qu’à 30 % des élèves défavorisés », rappelle-t-il. Ce qui, convenez-en est très cher payé. « Bien sûr que dans ces quartiers-là les difficultés sont plus importantes. Mais si l’on se contente de ça, on rate l’essentiel de la fragilité scolaire. » Le problème résiderait en partie dans l’ambition de réformer le système sans enveloppe supplémentaire.

Dans ce grand rééquilibrage des moyens vers le premier degré, que la Cour des comptes appelle de ses vœux et que le ministère a déjà engagé avec les dédoublements de classe, l’inquiétude des acteurs de terrain se porte donc sur le collège et le lycée. Ce dernier ne fait pas partie des réseaux REP et REP + et est considéré comme « mieux » doté. Cette rentrée a vu naître plusieurs grèves perlées et mouvements de protestation dans des établissements souffrant de problèmes divers, notamment en Seine-Saint-Denis : la sécurité, au lycée Utrillo (Stains), le matériel et les moyens humains au lycée Mozart (Le Blanc-Mesnil), le manque de surveillants au lycée Jean-Zay (Aulnay-sous-Bois). Pour le collectif Touche pas à ma ZEP, qui milite pour le maintien de dispositifs prioritaires au lycée, la situation est de plus en plus préoccupante alors que les dispositifs prioritaires au lycée (le label « zone violence », par exemple) arrivent bientôt à échéance. Et pourquoi ? Tout simplement parce que personne n’a encore imaginé que tous ces déchets socio-culturels, dont beaucoup de racailles, après avoir échoué tout au long du primaire, finissent malgré tout par être accueillis au collège puis au lycée puisque personne n’a le courage de les orienter vers d’autres cieux…à défaut d’autres pays. Car, rappelez-vous que toutes ces plaisanteries coûtent quand même plus d’un milliard d’euros par an !

Et tout ça aux frais de la princesse c’est-à-dire…du contribuable. Etonnez-vous, après cela, que la pression fiscale soit devenue ce que nous en disions ici (2).

Le 17 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

(1) :

(2)

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/17/taxe-dhabitation-quand-le-gouvernement-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis/

Le cirque de la « mobilité partagée » dans Paris.

17 Oct

Autolib’ débranchées, Vélib’ immobilisés… En  2018,  » l’ancien monde  » de la mobilité partagée à la parisienne s’en est allé. Il n’était pourtant pas si vieux, ce monde. Le service Autolib’, suspendu le 31  juillet, datait de la fin 2011. Le Vélib’ de l’opérateur JCDecaux (remplacé depuis par Smovengo) avait, lui, investi les rues de la capitale en  2007. Certes, les deux systèmes n’ont pas connu le même sort. Les voitures grises de Bolloré ont été remisées dans une casse du Loir-et-Cher. Tandis que les vélos bleus et verts de Smovengo, certes convalescents, sont censés fonctionner pleinement début 2019, promet l’opérateur.

Il n’empêche que ces épisodes ont frappé les esprits. Pas seulement politiquement. Et bien au-delà du périphérique parisien. La  » mobilité partagée « , qui est censée prendre le relais, à plus ou moins long terme, de nos voitures individuelles polluantes, en a pris un coup. Or l’espace public dévolu à la voiture individuelle, justement, se réduit peu à peu, à Paris comme dans la plupart des villes occidentales. Une situation paradoxale qui s’installe sur le dos des habitants qui ne savent plus comment se rendre à leur travail, faire leurs courses ou tenter de rentrer chez eux…

Les déflagrations de 2018 ont ouvert une brèche. Le véhicule gris souris, stationné à une borne, est mort ; vive les objets roulants libres d’accès, accessibles d’un coup de pouce sur le smartphone, et de toutes les couleurs. Belle disruption. S’il ne fallait qu’un indice de cette modernité triomphante, le voici : presque tous les nouveaux services ont été affublés de noms à consonance anglaise ! 

Les acteurs internationaux de l’auto-partage, qui organisent leur congrès les 16 et 17  octobre à Paris, ne manqueront pas d’observer la bouillonnante mais bien peu réaliste marmite parisienne. La concurrence est vive. Moov’in, marque créée par le constructeur Renault et le loueur Ada, propose, en ce mois d’octobre, 100  Zoé et 20  Twizy, pour commencer. L’aubaine a attiré d’autres constructeurs, comme PSA, qui lancera ses véhicules Free2Move en décembre, ou Mercedes, qui déploiera Car2Go en janvier  2019. Selon M.  Missika, des BMW devraient s’ajouter au tableau. Le fonctionnement de tous ces véhicules – électriques – est basé sur le  » free-floating « , au contraire des Autolib’ : il n’y a aucune borne, et l’utilisateur peut les emprunter et les restituer n’importe où, à condition d’occuper un stationnement autorisé. On croit rêver mais, en réalité, on cauchemarde. 

A côté de ces nouveaux acteurs, Communauto, lointain héritier de l’auto-partage baba cool des années 1990, résiste. La société, qui siège à Montréal, propose depuis 2012 des véhicules thermiques à des stations fixes, destinés aux riverains qui ne possèdent pas de voiture mais en louent une de temps en temps.  » Le nombre d’abonnements a explosé depuis la fin d’Autolib’ « , jubile Marco Viviani, vice-président de Communauto.

Et les scooters électriques ne sont pas en reste. Des milliers de Cityscoot arpentent les rues de la capitale depuis juin  2016. Coup, filiale du groupe Bosch, propose aujourd’hui 1 700  engins et un positionnement un peu plus  » haut de gamme « , avance sa directrice pour la France, Maureen Houel. Enfin, depuis avril, les pots d’échappement de Troopy, trois roues et un moteur thermique, sillonnent les rues de…l’ouest parisien (bobo).

Du côté des vélos, le paysage ressemble à un champ de ruines. Il y a un an tout juste, alors que les stations Vélib’ de l’opérateur JCDecaux commençaient à être démontées, le nouveau venu Gobee. bike, opérateur chinois de bicyclettes en free-floating, espérait tout bouleverser. Un an plus tard, le chamboule-tout a effectivement eu lieu, mais pas comme prévu. En dépit d’un ratage monumental en début d’année, Vélib’ a survécu, il est vrai avec le soutien des pouvoirs publics, tandis que Gobee, confronté au vandalisme, a retiré ses vélos vert pomme deux mois après les avoir mis en circulation. Un autre opérateur, Obike, a jeté l’éponge, tandis que trois concurrents, Mobike, Ofo et Donkey Republic, tentent de tenir bon. On ne rêve plus, ces gens sont fous.

D’autant que, cerise sur le gâteau, il y a maintenant les trottinettes électriques en libre-service (le retour dans l’enfance si caractéristique de notre époque de débiles mentaux). La plate-forme américaine Lime en place des centaines, ou des milliers, sans vouloir révéler le chiffre exact. Elles sont concurrencées sur le pavé parisien par deux autres sociétés, Bird et Bolt. Pour compléter ce tableau, le californien Scoot promet d’investir Paris après San Francisco et Barcelone, avec à la fois des scooters électriques, des vélos et des trottinettes. Le tableau est complet !

Ainsi, le paysage post-Autolib’ attire aussi bien des start-upeurs soutenus par des investisseurs que des constructeurs ou équipementiers automobiles en quête de nouveaux marchés. Et pourquoi pas Uber, qui investit déjà dans des trottinettes à Santa Monica, en Californie, ou son concurrent Lyft.

Mais que restera-t-il de tout cela dans dix ans ? Ou dans seulement six mois ? Les clients détiennent une partie de la réponse. Pour l’heure, les opérateurs, tous modes de transport confondus, annoncent des résultats  » excellents « ,  » en hausse constante, mois après mois « , même s’ils ne dévoilent pas tous leurs chiffres. Et pour cause puisque ces annonces ne sont que des effets…d’annonce pour tenter de décourager d’éventuels concurrents.

Bref, tout le monde y croit fort. Etienne Hermite, directeur du chinois Mobike pour la France, annonce  » 5 000  vélos, loués chacun une à deux fois par jour « . Son modèle économique  » repose sur des coûts d’exploitation peu élevés et sur un produit de qualité, et non des vélos low cost « , détaille-t-il, dans une allusion transparente au fiasco de Gobee. bike.  » En juillet, nos trottinettes ont effectué 100 000  trajets « , soutient de son côté Arthur-Louis Jacquier, directeur de Lime, auparavant responsable pour l’Europe de… Gobee ! Il insiste sur la robustesse des trottinettes et mise sur  » l’appétence des Parisiens pour la mobilité intelligente et partagée « . Le même enthousiasme est de rigueur chez Coup, dans ses locaux à l’esprit très start-up de l’Est parisien, où travaille une quinzaine de personnes.  » La période est géniale, très excitante « (sic), se réjouit Mme  Houel, qui précise, à l’intention de ses concurrents, que Bosch, propriétaire de la marque,  » a les reins solides « .

On manque encore de recul pour déterminer si les autoproclamés  » successeurs d’Autolib’  » réussiront à emporter l’adhésion du public, et surtout parvenir à une certaine rentabilité. Selon M.  Viviani, chez Communauto, ce n’est pas gagné. Son concurrent Car2Go, présent depuis le début des années 2010 dans les grandes villes allemandes, à Milan ou dans certaines mégapoles nord-américaines,  » perd encore beaucoup d’argent « , affirme-t-il. Plusieurs services de Car2Go, à Toronto, Stockholm ou Copenhague, ont d’ailleurs fermé récemment.

Autolib’ a toutefois habitué ses utilisateurs à la facilité : emprunter et rendre une voiture à n’importe quelle borne, sans oublier la place de stationnement garantie à l’arrivée.  » En  2007, bien avant Autolib’, nous avions testé l’intérêt des Parisiens pour l’auto-partage, se souvient Nicolas Louvet, directeur du bureau d’études 6T. Les gens étaient prêts à retirer la voiture dans un parking souterrain et à l’y remettre après usage. Dix ans plus tard, après l’épisode Autolib’, ils veulent prendre le véhicule dans la rue et pouvoir le déposer où ils veulent. « 

Car le succès d’un mode partagé ne dépend pas seulement de la pertinence de l’offre, du confort du véhicule et des prix pratiqués. Son positionnement dans la ville compte aussi. A l’automne 2017, lorsque les vélos jaunes, verts et orange des compagnies de free-floating ont débarqué, on s’est soudainement inquiété de la disponibilité sur les trottoirs de Paris, envahis depuis des années par les scooters stationnés et sur lesquels les piétons peuvent de moins en moins circuler en sécurité.

Avec la multiplication des services, l’espace se fait toujours plus rare et les mouvements motorisés toujours plus nombreux, au risque de contredire l’impératif de mobilité durable. Pour être rechargées, les voitures de Moov’in doivent regagner un garage Renault. Le transfert des batteries des scooters électriques s’effectue en camionnette, tout comme la régulation des vélos. Quant aux trottinettes, elles sont récupérées dans les rues, chaque soir, et restituées, chaque matin, par des auto-entrepreneurs qui circulent pour la plupart en voiture…Nous le disions,

Ces gens sont fous !

Or, comme le rappelle volontiers l’économiste Frédéric Héran,  » l’espace public n’est pas gratuit « . Il a fallu le concevoir, il faut l’entretenir, le nettoyer, s’assurer de sa disponibilité. C’est la raison pour laquelle la Ville de Paris demande aux opérateurs de voitures de verser une redevance de 300 euros par voiture et par an, en échange du stationnement. La municipalité a également fait signer aux opérateurs de trottinettes, scooters et vélos une charte les invitant à  » éduquer  » leurs clients. Une redevance pour occupation de l’espace public pourrait même leur être imposée, ce qui fait bondir M.  Hermite, chez Mobike :  » Nous rendons un service public, et sans recevoir aucune subvention ! «  Pour placer les divers objets roulants, la ville de Paris propose de définir  » des endroits qui, dans la ville, ne sont aujourd’hui pas exploités « .

Mais la question de l’espace public ne se résume pas à la façon dont les trottinettes sont rangées ou pas sur le trottoir. Tant que l’espace urbain n’aura pas radicalement changé, ces nouvelles mobilités demeureront marginales. C’est aussi le constat de M. Louvet, qui rappelle ces simples chiffres :  » En Ile-de-France, chaque jour, depuis quinze ans, on compte au total 42  millions de déplacements : 15  millions se font à pied, 15  millions en voiture, 10  millions en transports en commun. Le reste, scooters, vélos, trottinettes et autres gyropodes, se partagent les 2  millions de déplacements restants.  » Une start-up décidée à inonder le marché parisien se contentera-t-elle d’une part aléatoire de ces 2  millions de trajets ?  » Ça m’étonnerait que les investisseurs qui misent des millions sur les trottinettes ou les vélos se nourrissent d’une aussi petite marge « , observe M.  Louvet.

Du pipeau, vous dis-je. Mais du pipeau qui coûte cher.

Le 17 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Taxe d’habitation : quand le gouvernement se prend les pieds dans le tapis.

17 Oct

Et démontre que toutes ses annonces cherchant à convaincre qu’il diminue la pression fiscale ne sont que des mystifications.

Pas de chance. Au moment où les contribuables reçoivent leur avis d’imposition à la taxe d’habitation, le gouvernement espérait pouvoir communiquer sur les effets concrets de ses mesures en faveur du pouvoir d’achat. Grâce à l’abattement de 30  % appliqué dès cette année, 80 % des ménages devraient, en principe, voir leur taxe d’habitation (TH) baisser, en moyenne, de  200  euros. Las, cette diminution est contrecarrée, dans un nombre important de cas, par les hausses de taux décidées par les communes.

Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux soient submergés de messages dénonçant la  » propagande «  et les  » mensonges «  du gouvernement, adressés parfois par des personnalités en vue.  » Elle est où la baisse ? « , s’indignent ceux qui ont vu le montant de leur TH augmenter d’une année sur l’autre, accusant le gouvernement de tromperie.

Dans les faits, c’est vrai, la baisse est censée profiter dès cette année à 18  millions de foyers, hors les 6  millions qui en étaient déjà exonérés ou bénéficiaient d’abattements. Pas de baisse, en revanche, pour un célibataire dont le revenu fiscal de référence dépasse 28 000  euros, un couple sans enfant ou une personne seule avec un enfant ayant  un revenu supérieur à 45 000  euros, le plafond étant augmenté de 6 000  euros par enfant supplémentaire.

A cela s’ajoutent d’autres facteurs de hausse potentiels. Tout d’abord, des changements de situation individuelle. Deuxièmement, la taxe d’habitation est basée sur la valeur locative du logement et réévaluée chaque année. Enfin, et surtout, les communes et les intercommunalités, qui perçoivent les recettes de la TH, ont la liberté d’en augmenter – ou d’en baisser – le taux. Sachant que la baisse progressive, qui sera de 65 % en  2019 puis de 100 % pour les ménages concernés en  2020 sera entièrement compensée pour les communes par un dégrèvement établi sur les taux votés par les collectivités en  2017.

C’est ce qui s’est produit cette année dans 6 027  communes, selon le fichier de recensement des éléments d’imposition à la fiscalité locale (REI) exploité par Le Figaro du 12  octobre. Soit un peu plus d’une commune sur six ayant décidé d’augmenter leur taux de fiscalité directe. Certaines ont procédé à une hausse de plus de 30 %, comme à Grand-Charmont (Doubs), ou de plus de 20 %, comme à Puget-sur-Argens (Var).

En moyenne, comme le souligne Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, dans un entretien au Figaro, l’augmentation moyenne de la TH en  2018 s’élève à 0,49  point. Il rappelle qu’en 2017, 7 300  communes avaient décidé une hausse du  taux, pour une progression moyenne de 0,73  point. Ainsi, 55  communes de plus de 10 000  habitants ont voté des augmentations de TH et ce ne sont pas celles qui sont les plus en difficulté.

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Le phénomène est donc loin d’être exceptionnel. On assiste plutôt à un mouvement de modération des hausses de fiscalité locale qu’à une baisse véritable. Et ce pour plusieurs raisons. D’une part, les collectivités ont amorcé une dynamique de maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement. D’autre part, en  2018, la baisse de leurs dotations de fonctionnement engagée sous le précédent quinquennat a été stoppée. Enfin, à l’approche des élections municipales de 2020, les élus ont plutôt tendance à éviter d’afficher des hausses d’impôts locaux.

Il n’en fallait pas moins pour que l’affaire prenne une dimension politique, du fait de la déflagration entre la communication gouvernementale et les hausses constatées et largement répercutées. Interrogé jeudi 11  octobre au Sénat, Edouard Philippe n’a pas caché son agacement.  » La taxe d’habitation a effectivement baissé pour 80 % des contribuables. Sauf lorsque des communes, informées de ce que la mesure s’accompagnait d’un dégrèvement, ont choisi, librement sans doute, de remonter leur taux, a-t-il défendu. Chacun assume ses décisions. « 

L’épisode est révélateur de la sensibilité sur les questions fiscales et de la perception qu’en ont les contribuables. Il préfigure à moindre échelle ce qui ne manquera pas de se passer début 2019 avec la mise en œuvre du prélèvement à la source. Une opération à haut risque pour l’exécutif car, inévitablement, c’est sur les ratés et les dysfonctionnements que se braqueront les projecteurs.

Ajoutez à cela le fait que, cette année, 13.000 communes ont augmenté leur taxe foncière. C’est important car, avant de régler la taxe d’habitation, les propriétaires doivent s’acquitter de leur taxe foncière… Les contribuables qui optent pour le paiement en espèces, virement ou chèque avaient jusqu’à ce lundi soir pour la payer. Ceux qui optent pour le paiement en ligne sur la plateforme impôts.gouv.fr ont jusqu’au 20 octobre.

Depuis plusieurs années, la taxe foncière continue d’augmenter, mais le rythme n’est pas exceptionnel par rapport aux années précédentes. En cinq ans, celle-ci a progressé de 12% en moyenne.

Et tout ça pour accueillir, nourrir, loger et…blanchir des millions d’immigrés. On marche sur la tête.

Le 17 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.