» La colère des imbéciles remplit le monde  » (Georges Bernanos, dans Les Grands Cimetières sous la lune, 1938).

11 Sep

Un citation de Jean Birnbaum (une fois n’est pas coutume, nous puiserons nos sources à la gauche extrême), à propos du dernier livre de Jérôme Ferrari, nous en dit long sur les imbéciles qui prétendent mener le monde: « La bêtise est une force spirituelle. Elle n’a guère à voir avec l’ignorance: certains de ses fidèles les plus zélés ne sont-ils pas des puits d’érudition? La bêtise relève plutôt d’une perversion de la conscience: un mélange de désinvolture morale et de dégoût vigilant, qui conduit à haïr la liberté. Sans cesse les imbéciles se défilent, partout ils refusent de faire face. Une chose et une seule suscite leur mobilisation: la guerre à l’intelligence. » 

Or, dans son ouvrage, Jérôme Ferrari met en scène la confrontation de deux places fortes dont on peut affirmer qu’elles ont chacune une spécificité poliorcétique qui aurait passionné le maréchal de Vauban: la citadelle de l’Esprit-Saint, sur laquelle nous aurons à revenir, et la citadelle imprenable de la bêtise, dont nous venons de dire un mot. Et là, nous entrons de plein pied chez Saint-Augustin pour lequel le combat entre les deux puissances que sont le Bien et le Mal répond à celui qui oppose l’esprit et la bêtise.

La démonstration nous en est faite au travers des suites de la mise à sac de Rome le 24 août 410 par les troupes d’Alaric. Mais souvenons-nous d’abord qu’Alaric, roi des Wisigoths, fut aussi et longtemps un redoutable chef de guerre qui monnayait non seulement ses hommes mais aussi son âme à l’Empire romain finissant. Souvenons-nous combien ces mercenaires barbares, enrôlés dans les armées romaines par de faibles empereurs qui croyaient ainsi en être protégés, ont contribué à ruiner en quelques décennies plus d’un millénaire d’une culture exceptionnelle. Souvenons-nous que les barbares d’aujourd’hui ont déjà franchi nos portes Salaria, grâce aux mêmes trahisons…

Mais revenons aux suites du sac de Rome. Cette affreuse nouvelle parvint à Augustin, à Hippone (province romaine d’Afrique et siège de son évêché), avec le flux de réfugiés romains chassés par l’avancée des Wisigoth dans le sud de l’Italie. Et ce furent la série de sermons sur la chute de Rome : « Qu’appelez-vous la fin d’un monde? Rome a brûlé? Elle a donc brûlé une, deux, trois fois. Avec les Gaulois puis avec Néron. C’est une ville habituée à brûler. Pourquoi grincer des dents ? » répond Augustin avec une apparente indifférence. Les réfugiés se lamentaient, feint de s’étonner Augustin, « …mais la postérité ne voudra pas le croire, ils se déchainaient à l’envi tous les jours au théâtre pour tel ou tel histrion ». Mais que veut-il dire alors ? Que les effondrements, les crises qui ponctuent notre histoire collective se nourrissent de notre propre chair, de nos propres existences temporelles, dérisoires et secrètes. Ce sont nos croyances qui s’effondrent, nos faux espoirs ou nos rêves les plus fous comme les plus ridicules. La chute de Rome, mundi mater, n’est pas la fin du monde. Ce ne sont pas les mondes qui s’écroulent mais nous-même: « ce qu’il y a de mauvais ce n’est ni le ciel, ni la terre ni les eaux mais le destin obscure de nos propres existences ».

Comme le rappelait Frédéric Boyer, les Confessions de Saint-Augustin nous racontaient « cette somme d’aveux disparates de désirs brûlants insatisfaits et insatisfaisants, de mensonges, de projets avortés, de croyances creuses et décevantes, et dont le brillant récit signait du même coup la gestation d’un nouveau monde dans les ruines de ce temps ». A quoi sert de se lamenter sur la destruction de Rome et d’en charger (comme le faisaient alors des réfugiés romains récemment convertis dans les pas du Grand Constantin) un dieu chrétien incapable de la sauver ? Dieu n’a rien promis concernant les murailles et les vieilles pierres rappelle Augustin: « Aeterna promisit aeternus » ! ( l’Eternel ne promet que l’éternité ).

Et voila qui nous console d’assister à l’effondrement d’un monde. De notre monde. Mais qui nous rappelle aussi que l’histoire n’est jamais écrite sinon par nous même, par notre courage et notre volonté. Et, surtout, par notre foi. Ce sont nos pas qui tracent le chemin et, comme le pensait Bernanos, « l’espérance véritable est un désespoir surmonté« . C’est la raison d’être du Conseil dans l’Espérance du Roi.

le 11 septembre 2012.

Jean-Yves Pons pour le Conseil dans l’Espérance du Roi

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