BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (16 novembre 2012)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

16 Nov

*  Où sont passés les 1 000 milliards d’euros de la BCE ?

Il y a un an, la BCE prêtait à des conditions très avantageuses (au taux de 1%) près de 1 000 milliards d’euros aux banques européennes en difficulté. Insuffisant pour stopper la crise. Pour comprendre, voyons ce que les banques ont fait de ces fonds.

Ces 1 000 milliards, on les avait presque oublié ! L’information s’était perdue dans la mémoire de la crise, au milieu des 19 sommets « de la dernière chance » et des plans d’austérité à répétition. Et pourtant, les sommes en jeu sont énormes. Souvenons-nous. En décembre 2011 et en février 2012, la Banque centrale européenne (BCE) prêtait – à des conditions très avantageuses – près de 1 000 milliards d’euros à plusieurs centaines de banques européennes.  La somme représente tout de même la moitié du PIB français. C’est-à-dire la moitié des richesses créées sur notre territoire pendant un an. Ou encore 7 000 euros par citoyen européen. Que sont devenus ces fonds ?

Revenons d’abord au contexte de décembre 2011. Les banques, qui manquent de « cash » et sortent d’un krach boursier, manquent aussi de confiance, et ne se prêtent plus entre elles. Or ces prêts  sont essentiels aux activités des banques, qui en ont besoin chaque jour pour équilibrer leurs comptes. Du coup, elles investissent de moins en moins, et ne prêtent plus aux Etats en difficulté qu’à des taux très élevés… En clair, l’économie est bloquée.

La Banque centrale décide donc d’agir, en prêtant massivement et à long terme à ces établissements. Le 23 décembre 2011, elle prête d’abord 489 milliards, sur trois ans, à 520 banques. Le 29 février 2012, elle prête encore 530 milliards, sur trois ans également, à 800 banques. Le tout à un taux très faible de 1%. On parle à l’époque de ces opérations – appelées officiellement LTRO (« long term refinancing operations », en français : « opération de refinancement à long terme ».) – comme du « bazooka » de la BCE, qui habituellement ne prête qu’à court terme (entre une semaine et trois mois). Le but ? Eviter que les banques ne fassent faillite mais aussi faire tourner l’économie réelle (en langage de la BCE, on appelle cela : « Soutenir l’apport de crédit aux ménages et aux entreprises non- financières »

Or la BCE ne communique pas sur l’usage de ces milliards prêtés et la Fédération française des banques assure que ces données sont confidentielles. Elle consent simplement à rappeler que les crédits accordés par les banques françaises ont augmenté en mai 2012, afin de convaincre que ces fonds ont servi l’économie réelle.

Mais ceci est faux puisque, depuis décembre 2011, les prêts aux ménages et aux entreprises ont ralenti, et ont même diminué en mai dernier dans la zone euro. Trop couardes, les banques ? « Les banques ont certes une aversion au risque élevé, mais il y a aussi une demande de crédit trop faible de la part des entreprises et des ménages « , nuance Urszula Szczerbowicz, économiste au CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). Et pour cause, étant donné la situation financière actuelle des particuliers.

En fait, une partie de ces sommes a fini dans « les poches » de quelques Etats…du nord de l’Europe  ! Même si, là encore, les données officielles manquent. Mais selon une étude de la banque JP Morgan, un tiers des sommes prêtées aux banques par la BCE auraient été prêtées ensuite aux Etats européens les moins à risque. Les banques réalisant, au passage, une intéressante plus-value.

En fait, les investisseurs ont généralement privilégié les placements les plus sécurisés et qui ne sont pas forcément les plus rentables. Certains investisseurs acceptant même des taux d’intérêt négatifs pour mettre en sécurité leur argent auprès du Danemark ou des Pays-Bas…

Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, le reste des sommes prêtées est en fait…revenu à la BCE !  Autrement dit, les banques acceptent d’utiliser des fonds empruntés à 1% à la BCE, en les plaçant à 0% au guichet de cette même BCE. Une situation ubuesque qu’explique la communication de la BNP : «  Nous avons privilégié le financement de l’économie réelle grâce aux fonds du LTRO. Ensuite, comme dans toutes lesbanques, les excédents éventuels ont été replacés à la BCE. Cela permet de sécuriser ces ressources. « 

Les banques préfèrent donc perdre de l’argent pour sécuriser leurs placements plutôt que de prendre des risques. « Les banques savent qu’elles devront rembourser les prêts accordés par la BCE. Ce sont des liquidités qui ne sont pas considérées comme des capitaux. Le problème de manque de capitalisation des banques reste entier, celles-ci n’osent pas prendre plus de risques », analyse un banquier.

Pour résumer, la Banque centrale européenne a procédé à des prêts massifs aux banques, pour éviter une banqueroute. Mais celles-ci n’ont finalement prêté ni aux ménages, ni aux entreprises, et si peu aux Etats périphériques. C’est un fiasco économique.

En tout cas tout cela n’a pas servi à grand chose, sinon à ridiculiser la BCE (qui garde le silence, peut-être une nouvelle forme d’omerta) et à rassurer les banques sur leur pouvoir de malfaisance, sans contrôle et sans contre-partie…Le citoyen n’a qu’à se taire et regarder le spectacle. Tôt ou tard, de toute façon, c’est lui qui paiera.

*   L’endettement des ménages s’aggrave :

De plus en plus de Français peinent à honorer leurs factures. En 2012, selon un récent bilan effectué par l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), les difficultés quotidiennes liées au paiement du loyer ou des factures d’énergie sont devenues le premier élément déclencheur des nouvelles demandes d’aides adressées aux centres communaux d’action sociale (CCAS).

Ces établissements publics locaux chargés d’aider les personnes en difficultés, ont dû s’adapter à cette nouvelle situation. La plupart ont ainsi noué des partenariats avec les fournisseurs d’énergie pour essayer de prévenir les situations d’impayés et de précarité énergétique. « Aujourd’hui, les personnes se tournent vers nous, non pas à la suite d’un accident de la vie, mais parce qu’elles n’arrivent plus à faire face simplement aux charges courantes », analyse Patrick Kanner, président de l’Unccas. A la fédération des chambres régionales du surendettement social, un réseau associatif qui aide les ménages surendettés, le constat est tout aussi alarmant : « Il y a de plus en plus de ménages qui n’ont simplement plus les moyens de se loger, . Ils arrivent à payer un loyer « brut », mais pas à supporter les dépenses inhérentes à un logement comme les charges, les factures d’énergie ou d’eau.

Les familles se livrent alors à toutes sortes de bricolages budgétaire pour essayer de jongler avec les différents créanciers, jusqu’au jour où elles basculent dans le surendettement.

« Depuis quatre ans, nous n’avons quasiment plus de dossier « plan-plan« , type Cofinoga (du nom de l’établissement de crédit à la consommation). Les problématiques sont de plus en plus complexes, avec de multiples créances contractées auprès d’organismes financiers couplées à des dettes locatives et d’énergie. » Ces passifs sont souvent difficiles à recouvrer. « Les ménages endettés essaient de payer en priorité les établissements financiers avant les bailleurs sociaux ou les fournisseurs de gaz et d’électricité. Beaucoup pensent que ces prestataires vont être plus coulants, qu’ils n’expulsent pas ou ne coupent pas l’électricité ou le gaz ».

Cette dégradation de la situation, qui entame le noyau dur du budget des ménages, se concrétise aussi par l’explosion des budgets des Fonds de solidarité pour le logement (FSL). Institué dans chaque département, le FSL a pour vocation d’aider les personnes, par des prêts ou des subventions, à accéder ou à se maintenir dans leur logement. Or depuis la crise, c’est ce second volet qui prend le dessus. « Les deux tiers de notre enveloppe sont désormais consacrés à aider les personnes à étaler ou apurer leurs dettes », reconnaît le chef de service insertion et logement au conseil général de Mayenne.

En un an, le budget des aides du département pour le maintien dans le logement a ainsi augmenté de 11,5 %, et une rallonge sera sans doute nécessaire pour répondre à la demande. Ici comme ailleurs, les fonds sont désormais utilisés pour  l’urgence au détriment du préventif: « 22 % des personnes aidées sont des travailleurs pauvres, une catégorie en augmentation continue depuis deux ans et qui ne correspond pas normalement au public cible du FSL ».

Dans le secteur du logement social, si le taux d’impayés reste relativement stable, autour de 6 % au niveau national, d’autres signaux montrent les difficultés croissantes des locataires. Le nombre de personnes en procédure de rétablissement personnel, sorte de faillite civile, a bondi, passant de 28 000 à 48 000 personnes entre 2009 et 2011. Cette procédure qui a pour conséquence d’effacer les créances du débiteur, pèse sur le budget des organismes HLM. « Il y a deux ans, le montant des abandons de dettes représentait une perte de 50 millions d’euros ; aujourd’hui, elle est de 100 millions d’euros », calcule Patrick Kamoun, conseiller à l’USH.

A l’Union sociale pour l’habitat de la région Centre, où depuis sept ans, une étude très poussée est réalisée chaque année auprès des 30 bailleurs sociaux de la région, les perspectives sont aussi sombres. « Grâce à des efforts de prévention de plus en plus poussés, nous arrivons à endiguer le taux d’impayés, analyse le chargé de mission à l’USH Centre. En revanche, la dette moyenne des locataires, qu’ils soient encore en place ou déjà partis, continue à augmenter. »

En 2011, la part des locataires présents dans leur logement social et ayant des impayés de plus de trois mois représentait 5,79 % des logements occupés. Leur impayé moyen était de 1 652 euros par locataire contre 1 526 euros un an auparavant. L’ardoise est encore plus lourde pour les locataires déjà partis du logement, avec en moyenne 2 282 euros de dettes locatives.

Cette catégorie, qui augmente depuis plusieurs années, pèse désormais pour 9,92 % des logements du parc. Asphyxiés par les dettes, beaucoup sont expulsés, d’autres arrivent à partir à l’amiable ou disparaissent dans la nature en laissant derrière eux effets personnels, mobilier et objets divers. Ce phénomène de départs dits « à la cloche de bois » est difficilement quantifiable mais, de l’avis des bailleurs, il se développe avec la crise.

A tout cela s’joutent les problèmes liés aux factures énergétiques: 65 % des Français estiment que leurs factures d’énergie représentent une part importante des dépenses totales du foyer. Selon les chiffres du Médiateur, 42 % des usagers affirment avoir restreint leur chauffage chez eux au cours de l’hiver 2011 pour limiter leurs factures et 3,8 millions de ménages sont en situation de précarité énergétique, c’est-à-dire qu’ils consacrent plus de 10 % de leurs revenus à l’énergie.

Déjà, comme en Espagne, des suicides sont signalés lorsque ces malheureux se sentent étranglés et au bout des recours possibles. Le moment viendra, hélas, où la pauvreté ordinaire sera telle qu’elle ne sera plus vécue dans l’isolement et la solitude mais dans la violence. collective  Avec les conséquences que l’on peut imaginer.

*  La Grèce a toutes les « chances » de ne pas s’en sortir :

La Grèce est désormais l’otage des divergences entre ses bailleurs de fonds internationaux. Le Fonds monétaire international (FMI) et les Etats de la zone euro n’ont pu surmonter leurs désaccords, lundi 12 novembre à Bruxelles, au sujet de l’interminable sauvetage du pays.

« Nous avons clairement des vues différentes », a reconnu Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, à l’issue d’une réunion avec les ministres des finances de la zone euro. Une fois n’est pas coutume, elle a croisé le fer, face à la presse, avec le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Junker.

Peu avant, les grands argentiers avaient une nouvelle fois reporté les décisions qui s’imposent pour éviter le défaut de paiement, dès novembre, du maillon faible de l’Union monétaire, épicentre de la crise des dettes souveraines. Une nouvelle réunion de l’Eurogroupe est prévue le 20 novembre.

D’ici là, « il reste beaucoup de travail à faire », a martelé Mme Lagarde. Les Européens et le FMI ont reconnu les efforts de la coalition au pouvoir à Athènes, qui vient de faire adopter un nouveau train de réformes et d’économies. Ils sont d’accord pour donner deux années supplémentaires au gouvernement grec, afin qu’il ramène le déficit à moins de 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2016, et non plus 2014.

Mais, au grand dam des Grecs,  le ministre allemand des finances, réclame la mise en place d’un compte séquestre pour gérer les finances du pays. La Grèce a fait pourtant « des efforts budgétaires gigantesques, on ne peut pas rester indifférents à cela », a martelé son homologue français, Pierre Moscovici. Un constat que dresse également le rapport provisoire de la « troïka » des bailleurs de fonds d’Athènes (FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne), qui chiffre à 32,6 milliards d’euros le coût du délai de deux ans accordé à la Grèce.

Mais les Européens et le FMI divergent sur la meilleure façon de financer ce surcoût, afin de réduire l’endettement du pays sur les dix prochaines années. Ni les uns, ni les autres ne souhaitent payer ! En raison de la récession et des retards pris par le plan d’assainissement, la dette grecque devrait approcher les 190 % du PIB.

Pour Mme Lagarde, l’endettement doit être réduit, comme convenu lors de l’adoption du second plan d’aide au printemps 2012, à 120 % du PIB d’ici à 2020. A ses yeux, la meilleure façon d’y parvenir est de restructurer la dette détenue par les créanciers publics du pays – les Etats de la zone euro et la BCE, qui continuent de refuser cette perspective.

Le FMI n’entend pas débourser la prochaine tranche d’aide – soit 31,5 milliards d’euros d’ici à fin novembre – sans avoir réglé l’ensemble des questions en suspens, comme l’y obligent ses statuts. « Tous les chapitres du livre doivent être ouverts, et clos en même temps », a insisté Mme Lagarde : « Toutes les options doivent être explorées pour réduire la dette. » (NDCER:Revoici donc un scénario à l’Argentine…)

En tout cas,un forcing qui n’est pas du goût des Européens. « Il y a une forte probabilité que le délai soit repoussé à 2022″, a marmonné M. Juncker, à l’issue des débats. « On ne l’a jamais autorisé à dire cela », a commenté, très agacée, Mme Lagarde. Pour le président de l’Eurogroupe, toutes les options sont ouvertes, sauf celle d’une restructuration des dettes au détriment des Etats de la zone euro ou de la BCE.

Plusieurs alternatives sont aujourd’hui avancées par les Européens : une baisse des taux d’intérêt sur les prêts bilatéraux consentis par les Etats de l’union monétaire, un rachat de dette par la Grèce, un rééchelonnement de certaines créances ou des émissions par la Grèce de dette à court terme.

Faute d’une nouvelle tranche d’aide, cette dernière option devrait d’ailleurs être, comme en août, mise en oeuvre par Athènes pour honorer, vendredi 16 novembre, une échéance de remboursement (3,4 milliards d’euros). Ce qui reviendrait à creuser encore le déficit du pays.

Nous vous l’avions dit, les Danaïdes sont à l’oeuvre ! 

Le 16 novembre 2012.

Jean-Yves Pons.

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