BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (9/10 février 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

10 Fév

*  François Hollande rentre à Paris la queue entre les jambes !

David Cameron vient de remporter une victoire absolue sur la zone euro et l’Union européenne. Non content d’avoir proposé la tenue d’un référendum sur l’Europe, le Premier ministre britannique parvient à obtenir ce qu’il veut en termes budgétaires.

Grâce à la nomination de Mark Carney au poste de gouverneur de la Bank of England, le gouvernement britannique sait qu’il peut compter, lui, sur le soutien de sa banque centrale pour juguler l’austérité budgétaire. Chaque livre économisée sur le bras budgétaire sera redéployée sur le bras monétaire. Cette austérité sera ainsi sans effet sur l’économie Britannique.

A contrario, les pays de la zone euro se verront à nouveau accablés par une austérité supplémentaire, monétaire tout d’abord, sur leurs budgets nationaux ensuite, et aujourd’hui sur le budget de l’Union. A l’inverse de la Grande Bretagne, la zone euro ne pourra pas compter sur sa banque centrale pour contrer cette situation. Seule l’Allemagne d’Angela Merkel y trouve son compte dans sa volonté d’imposer « l’austérité pour tous« .

Cette défaite est lourde pour la France, et plus personnellement pour François Hollande. Après avoir été moqué par Mario Draghi au cours de sa dernière conférence de presse (le sarcastique « Oh…Hollande » ayant fait rire une salle comble de journalistes) suite à sa proposition de mener une politique de change, le président Français se retrouve défait sur la question du budget.

Le grand discours sur l’Europe tenu à Strasbourg le mardi 5 février a fait long feu. La politique de change fut proposée et repoussée car inadéquate. Une telle reforme ne peut en effet convenir qu’à une économie totalement tournée vers l’exportation, car elle exclut de fait la prise en compte du marché intérieur, primordial en Europe. Le pacte de croissance est quant à lui devenu une politique d’austérité en moins d’une semaine.

David Cameron fait cavalier seul dans une Europe dont il essaye manifestement de s’émanciper tout en lui dictant ses règles. François Hollande se retrouve aujourd’hui affaibli et se voit contraint de porter la seule réforme indispensable à la zone euro : la modification du mandat de la Banque centrale européenne. De la même façon que la Grande Bretagne, la zone euro doit modifier ses règles monétaires pour sortir de cette crise. David Cameron l’a compris.

Mais François Hollande n’aura rien ! Et les Français, non plus…Merci M. Hollande.

*  La nouvelle « novlangue » :

L’un des propres de l’homme est de parler : il est un être parlant qui entre en relation avec la réalité par le biais du langage. C’est l’origine de la culture, de l’histoire voire de la civilisation. Lorsque les mots sont manipulés au-delà du raisonnable…ils ne permettent plus de raisonner : lorsque les mots ne permettent plus d’entrer en contact avec le réel, la folie n’est pas loin.

Le projet d’ouvrir le mariage aux personnes de même sexe fournit son lot de manipulations du langage qui sera sûrement étudié par les savants des temps futurs. Pierre Bergé vient de donner un nouvel exemple de cette dévaluation des mots et du langage en dénonçant  un humus antisémite, antigay chez les opposants au projet de loi. L’assimilation en deux temps de l’opposition à l’extension du mariage aux personnes de même sexe à l’homophobie puis de l’homophobie au racisme et à

l’antisémitisme est un classique de l’argumentaire gay. La première étape a été la construction de la rhétorique de l’homophobie. Le mot est d’apparition récente (début années 1970) et s’il ne veut rien dire par lui même (peur du semblable ?) il a bien fallu lui donner un contenu. C’est précisément par analogie avec le racisme et l’antisémitisme que la notion a été construite alors que ces notions sont sans commune mesure. Le discours sur l’homme impliqué par le racisme et celui qui considère comme plus juste de ne pas ouvrir le mariage aux personnes de même sexe n’ont rien de commun, notamment parce que l’humanité ou la dignité des personnes homosexuelles ne sont pas niées comme le racisme et l’antisémitisme le faisaient pour une partie des êtres humains. En réalité, l’homophobie serait l’expression d’un vice plus profond de nos sociétés trop traditionnelles : l’hétérosexisme. Encore un mot qui ne veut pas dire grand chose par lui même mais qui permet de signifier que nos sociétés sont constituées sur le modèle hétérosexuel impliquant une oppression des minorités sexuelles et des minorités de genre (personnes homosexuelles, bi, transgenre etc.).

Finalement, tout est langage et tout est politique. Aucune réalité n’existe en-dehors de ce jeu de volontés, qui vire au rapport de force (ce dont on s’étonne presque ces derniers jours). « 

Pour compenser l’homophobie latente de nos sociétés, il faudrait légiférer. Le levier juridique et politique des revendications est bien connu : il s’agit du principe de non discrimination. En effet, si certaines personnes ont accès à des services légaux, voire simplement non illicites, il devient insupportable que d’autres n’y aient pas accès. Que ce soit le mariage, l’accès à la parentalité (encore un néologisme), tout le monde veut tout et son contraire. Tout cela n’a plus grand chose à voir avec l’égalité. Pour mémoire, le Conseil constitutionnel a nettement rappelé que réserver le mariage à des personnes de sexe différent n’était pas contraire au principe d’égalité :

« le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général pourvu que, dans l’un et l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit ; qu’en maintenant le principe selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, le législateur a, dans l’exercice de la compétence que lui attribue l’article 34 de la Constitution, estimé que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d’un homme et d’une femme peut justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille… (V. aussi Cour EDH, 24 juin 2010Schalk et Kopf c. Autriche). »

Le droit est instrumentalisé afin de permettre à chacun d’obtenir la satisfaction de ses souhaits : l’avortement, la stérilisation comme l’assistance médicale à la procréation ou l’euthanasie, le mariage comme le divorce. Le principe de non discrimination permet à chacun d’exiger l’accomplissement d’actes licites au regard de la loi civile positive sans que personne ne puisse s’y refuser et l’État est là pour garantir la satisfaction des désirs de chacun.

A partir de là, les mots peuvent et doivent être remodelés pour exprimer ce que l’on souhaite être la réalité. L’homme a du mal à renoncer à la toute puissance et à une conception magique du langage. Les débats sans fin sur les mots père et mère, parents 1 et 2, notamment, sont l’expression de ce pouvoir attribué aux mots. Ce débat est sans fin car dès lors que l’on renonce à l’idée même de réalité et de vérité , tout est possible politiquement. La référence à la novlangue orwellienne est devenue un lieu commun mais peu ont vraiment entendu la leçon ! Les dérapages ne sont que les symptômes d’une dévaluation du langage. Les mots et le droit sont manipulés au point de perdre tout sens véritable. C’est pour cela qu’il n’est plus absurde de dire que le mariage pour tous, c’est le mariage pour personne ! Tout est possible, tout est vrai, tout et son contraire, au besoin en même temps. Il n’y a pas de raison ; il n’y a plus de raison.

Dès lors, pourquoi ne pas élaborer un mouvement de résistance qui consisterait en un refus, pour les catholiques (et d’autres sans doute), du mariage civil qui repose sur des règles révolutionaires obsolètes et sur  l’article 433-21 du Code pénal, tout aussi obsolète dans le contexte. Voilà qui mérite réflexion.

*  Ces gens-là n’ont rien appris ni rien oublié :

Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) a adressé mercredi une lettre au président de France Télévisions Rémy Pflimlin pour protester contre le contenu d’un magazine diffusé sur France 3 intitulé « Robespierre, bourreau de Vendée? » et selon lui « truffé d’erreurs et dangereusement orienté ».

Une copie de la lettre a été adressée à Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), selon un communiqué du PG, qui demande aussi que les historiens puissent bénéficier d’un droit de réponse.

« Pour la troisième fois en moins d’un an, France 3, chaîne de télévision du service public, a diffusé la semaine dernière, une émission nommée « Robespierre: bourreau de la Vendée ? », épisode du magazine historique « L’ombre d’un doute », présenté par M. Franck Ferrand« , écrit M. Mélenchon, coprésident du PG, dans une lettre cosignée par son secrétaire national Alexis Corbière.

« Le contenu de cet épisode est un offensant et grossier plaidoyer à charge contre la Révolution de 1789, truffé d’erreurs et dangereusement orienté vers une banalisation de l’idée de génocide« , expliquent-ils.

« Nous nous adressons à vous pour protester avec la plus grande fermeté contre le fond et la forme de cet épisode. Avec la majorité des historiens et universitaires, nous le jugeons scandaleux et absurde.Votre attitude est également condamnable lorsque vous conduisez le service public à rediffuser étrangement cette émission malgré sa grande médiocrité« , est-il ajouté.

Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière condamnent également l’utilisation « dans n’importe quels contextes et conditions historiques » du terme « génocide« , utilisé selon eux plusieurs fois dans l’émission.

« A ce titre, il n’est pas étonnant que Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front National, qui fut un des seuls responsables politiques à considérer publiquement que « les chambres à gaz sont un détail de la seconde guerre mondiale », soit aussi celui qui dès 1987 à déposé une proposition de loi demandant la reconnaissance du « génocide vendéen »« , selon Jean-Luc Mélenchon.

« Il est frappant de constater que la dernière diffusion de cette émission a eu lieu exactement la semaine où des parlementaires UMP et FN ont déposé une nouvelle proposition de loi reprenant la même proposition que M. Le Pen. Cette émission a indiscutablement servi de caisse de résonance à leurs mensonges« , estime le coprésident du PG.

A la lecture de cette lettre de M. Mélanchon, il devient évident que Reynald Sécher a bien raison d’aller plus loin encore que le génocide et de parler, en ce qui concerne le drame vendéen, de mémoricide. Les conventionnels sont encore parmi nous…

*  Et la bonne surprise du jour :

Les adversaires du mariage pour tous bloquent les Champs Elysées

 
Frigide Barjot et des adversaires du Mariage pour tous sur les Champs Elysées, ce dimanche matin.

Frigide Barjot et des adversaires du Mariage pour tous sur les Champs Elysées, ce dimanche matin. (photo THOMAS COEX. AFP)

Concert de klaxons, drapeaux bleus, blancs, roses et voiture de mariés: plus de 200 opposants au mariage homosexuel ont organisé dimanche un «happening» sur les Champs Elysées.

Ils étaient environ 250 à bloquer momentanément la célèbre avenue de la capitale, a-t-on appris de source policière, la figure de proue des opposants au texte sur le mariage homosexuel Frigide Barjot, évoquant de son côté la présence de «plus de 400 voitures».

Rendez-vous avait été donné à la presse au petit matin devant le Conseil d’Etat, près du Palais-Royal.

Frigide Barjot, vêtue de son désormais incontournable sweat-shirt rose, y a réclamé que le Conseil rende public son avis sur la question qu’elle juge «tenu secret» ce qui illustre, dit-elle, une «volonté de ne pas dire la vérité aux Français».

Selon elle, «la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire administratif a rendu un avis qui dit clairement les choses sur le fait que le mariage a été explosé par la volonté d’égaliser les couples de même sexe avec les couples de sexe différents».

Les membres de l’institution y «soulignent que cela crée une différenciation irréductible entre les mariages de personnes de sexe différent et les mariages de personnes de même sexe en faisant disparaître la présomption de paternité. C’est très grave», dit-elle.

«Il va falloir le dire aux Français, cette loi (…) institue que la filiation est changée et que donc la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation par autrui) se trouvent inévitables», estime l’humoriste catholique, bien que ces questions ne figurent pas dans le texte.

*  Mais « la France ne peut pas périr, car le Christ aime encore les Francs ! » (Henri comte de Chambord) :

Intelligentsia. Entre France et Russie, archives inédites du XXème siècle

Une excellente exposition organisée par l’Institut de France, et terminée le 11 janvier, mais passée totalement inaperçue tellement elle dérangeait la pensée conforme et obligatoire. Raison de plus pour en parler ici.

A l’origine de cette exposition, l’Institut de France. Xavier Darcos, Président de l’Institut français et Commissaire général pour la France de l’Année « France Russie 2012, langues et littérature » nous en dit quelques mots:« (…) Cette exposition donne naturellement à voir les séductions et illusions de l’idéologie soviétique, l’engagement de la littérature dissidente et les efforts de propagande, mais aussi, bien plus généralement, les regards divers portés en France sur la Russie : regards enthousiastes et critiques qui ont entretenu débats et polémiques au sein de la société française pendant près d’un siècle. Elle vient aussi utilement rappeler que, précédées par la passion ancienne et jamais démentie du public français pour les lettres russes du XIXe siècle, les relations culturelles entre la France et la Russie ne se sont nullement étiolées au long de ce ‘court XXe siècle’ qu’ouvre la révolution d’Octobre et que clôt l’effondrement du bloc soviétique en 1991 (…) ».

Et voici comment elle fut fortuitement découverte par le webmaître du blogue regardnaif (http://regardnaif.wordpress.com/) :

En flânant dans Paris, on tombe parfois sur des merveilles, simplement parce qu’on le temps et qu’on accepte de perdre une bonne heure à découvrir une exposition dont on ignorait l’existence. Ainsi, aux Beaux-Arts, l’exposition Intelligentsia fait typiquement partie de celles qu’on aurait ignorées délibérément. Pourtant quand on se trouve devant avec un billet pour aller voir Dürer à l’étage du dessus, ce malheureux Dürer qu’on avait snobé lors d’un précédent voyage à Nuremberg. On cède à la tentation et on va découvrir les errances françaises à Moscou de 1917 à 1990. Les pièces à conviction prouvant l’erreur et l’aveuglement s’accumulent. Lettres, affiches, coupures de journaux, tout accuse nos glorieux et irréprochables intellectuels. D’ailleurs personne ne les a prévenu que leurs séides de Moscou leur mentaient. Les exilés étaient bien trop occupés à organiser des bals folkloriques pour le carneval (remarquer la belle série d’affiches du bal de l’Ours dans un recoin).

Pour bien comprendre, nous pouvons simplement retranscrire cette lettre, dont l’original était affiché sans autre commentaire que la date:

Cher camarade Staline,

A la veille de mon départ de Moscou, je tiens à vous adresser mon salut le plus cordial. Dans mon séjour trop bref en URSS, que ma mauvaise santé a limité, j’ai pris contact avec le puissant peuple qui, au prix de combats incessants, contre mille obstacles, reconstruit, sous la direction du Parti Communiste, avec un élan héroïque et ordonné, un monde nouveau. J’ai admiré sa saine vigueur, sa joie de vivre, son enthousiasme, en dépit des privations et des difficultés peu à peu surmontées qui rehaussent encore le pris de ses grands travaux.

Je pars avec la conviction vérifiée de ce que je pressentais déjà en venant: que le seul vrai progrès du monde est indissolublement lié avec les destins de l’URSS, qu’elle est le foyer brûlant de l’Internationale prolétarienne, qui doit devenir et qui sera un pour le genre humain, et que le devoir impérieux est, dans tous les pays, de la défendre contre tous les ennemis qui menacent son essor. A ce devoir, vous le savez, cher camarade, je n’ai jamais manqué, je ne manquerai jamais, aussi longtemps que je vivrai.

Je vous serre la main et, par votre intermédiaire, je serre les mains innombrables du grand peuple, à qui je me sens fraternellement attaché.

Romain Rolland.

Naturellement, on attend avec impatience une exposition aussi dégagée des contingences idéologiques et des massacres annexes sur le thème Kollaborieren, les précurseurs de l’amitié franco-allemande, même si je doute qu’un thuriféraire d’Adolphe qui aurait écrit en 1935 ou 1941 une telle prose puisse bénéficier de la même indulgence des dictionnaires et encyclopédies que ce grand humaniste de Romain Rolland.

Avez-vous remarqué avec quelle légèreté et quelle amnésie l’on nous parle aujourd’hui de ce compagnon de route du stalinisme ? Et comment, en douce, vient de paraître son inédit « Journal de Vézelay » (1) que Le Monde des livres appelle une « Lumière retrouvée« …

Non seulement nous « sommes la jeunesse du monde « , comme le proclamait François-Athanase Charette de La Contrie, mais nous devons être aussi « la mémoire du monde ».

(1) Journal de Vézelay 1938-1944, de Romain Rolland, édité par Jean Lacoste, Bartillat, 1 176 p., 39 €.

Le 10 février 2013.

Jean-Yves Pons.

 

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