Eminentissimum ac reverendissimum Dominum Benedicti XVI.

12 Fév

Hier, lundi 11 février, l’annonce de la renonciation du Pape au siège de Saint-Pierre a frappé comme la foudre. Et certains racontent même que la foudre est effectivement tombée hier sur le dôme de Saint-Pierre (comme devrait en témoigner la photo ci-dessous, si elle n’est pas le fruit d’un montage). Ne manquant pas de faire évoquer, par cette parabole, la part du diable dans…l’oeuvre de Dieu. 

 

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http://www.itinerarium.fr/la-foudre-frappe-le-vatican-le-jour-de-lannonce-de-la-demission-de-benoit-xvi/

Quoi qu’il en soit, cette part du diable se retrouve aujourd’hui dans les oeuvres du journal Libération qui consacre 11 pages à Benoît XVI, sous le titre provocateur et sordide (comme à son habitude) de Papus interruptus.

Mais 11 pages pour lesquelles les plumes ont été trempées dans le vitriol. A commencer par l’éditorial du directeur du journal, l’inénarrable Nicolas Demorand qu’il a même l’audace de rédiger en latin sous le titre « Cogitatio« .

Suivent d’autres propos tout aussi acides,dont ceux de Bernadette (la mal nommée) Sauvaget (c’est mieux…) intitulés « Benoît XVI, pape amovible« . Toute la perfidie de ce torchon est ici résumée. Le reste est de la même eau. On y trouve ironie grinçante, caricatures, jeux de mots grossiers tel celui-ci: « Joseph Ratzinger était le berger allemand« … Tout cela en dit long sur les douleurs que certains ressentent hors de la foi.

Mais le reste de la presse, elle aussi marquée par la grandeur de Benoît XVI, s’avère nettement plus laudatrice que Libération. Les mêmes mots reviennent dans de nombreux titres à propos de la décision du Pape: courage, panache, modernité, audace, humanité,etc.

Ainsi, Dominique Greiner, dans La Croix: « Élu en 2005 à une fonction à laquelle il n’aspirait pas, l’homme de foi a vu dans le choix du collège cardinalice un appel de Dieu auquel il ne pouvait se dérober. Au cours de son pontificat, les épreuves n’ont pas manqué et ont probablement pesé sur un organisme déjà fatigué. Benoît XVI peut se retirer avec la conscience du serviteur fidèle qui a accompli son devoir. Et c’est aussi en homme de foi qu’il a décidé de renoncer : que l’annonce soit faite un 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes et journée mondiale de prière pour les malades – voulue par Jean-Paul II – n’est certainement pas fortuit. »

Etienne de Montéty, dans Le Figaro: « Benoît XVI a sent que les défis de l’Eglise contemporaine excédaient ses forces« . Et de souligner l’humilité du Souverain Pontife.

Philippe Waucampt, dans Le Républicain Lorrain, qui souligne un aspect inattendu de la décision du Pape: « Benoît XVI est bien de son temps. Il symbolise la perte de repères des sexagénaires et plus – il a quatre-vingt-six ans – qui ont façonné une société dont la force centrifuge, sans précédent dans l’histoire humaine, fait qu’ils ne se reconnaissent plus dans l’ampleur de ses remises en cause permanentes. » En d’autres termes, le vertige face à la folie du monde.

Yves Harté, dans Sud-Ouest: « …cet immense théologien, cet intellectuel des plus brillants qui fut donné à l’Église laissera aussi comme souvenir celui de toujours rappeler comment « la foi peut éclairer la raison ». Benoît XVI eut le courage de jeter des ponts entre les religions révélées, le judaïsme, « frère aîné dans la Bible », ou l’islam, tout en ayant le courage de s’élever contre le martyre des chrétiens d’Orient. Mais on se souviendra surtout qu’un jour, lui, souverain de l’Église, se fit, dans la parole du Christ, à nouveau homme faible et souffrant. »

Bien d’autres encore. Mais nous croyons devoir finir avec celui que l’on n’attendait pas. Dans une sorte de repentance improbable, Henri Tinc, l’ancien du Monde qui finit sur Slate.fr, écrit:

 » Ainsi, après un règne aussi long et dense que celui de son prédécesseur, il va trouver sa place avec une liberté désarmante: non pas celle de mauvaise copie de l’original Jean Paul II, «politique» et «prophète», mais celle de pape «docteur de la foi» qui, sans nuire à l’autorité de sa fonction, fait ce qu’il sait faire, dit ce qu’il a à dire, s’en tient à l’«essentiel», veille à l’unité de son Eglise, gère son temps avec parcimonie, renonce à des ambitions démesurées comme la réforme, cent fois promise, de la Curie romaine, ou à des voyages aventureux…

Le charme de son écriture et de son éloquence lui gagnera une popularité dans les milieux catholiques qui semblait inimaginable le jour de son élection. Si ce changement de style qu’il aura ainsi introduit a longtemps dérouté les nostalgiques d’un Jean Paul II omniprésent et universel, il aura réjoui ceux pour qui la charge de Pierre suppose plus de détachement, une parole aussi ferme, mais plus mesurée…

Benoît XVI est-il jamais sorti de son rôle de théologien, de penseur et d’enseignant? A t-il pris un jour la mesure que son rôle était aussi fortement politique? Il n’a procédé à aucune réforme de fond, mais son bilan pourrait s’ordonner autour de trois points: primo, il aura interpellé la culture moderne sur son blocage à l’égard de Dieu. Deuxio, il a tout fait pour préserver l’unité de l’Eglise en direction des traditionalistes, en levant les excommunications des évêques schismatiques, en dialoguant avec eux —mais ce fut un échec— et des chrétiens orthodoxes, protestants, anglicans et autres frères séparés. Tertio, il a respecté, mais dans un style plus sobre, la grande intuition de son prédécesseur: maintenir le dialogue avec les religions non-chrétiennes, le judaïsme et l’islam en particulier…

A l’intérieur du monde catholique, Benoît XVI a consolidé l’œuvre du pape polonais, faisant prévaloir une interprétation plus authentique et conservatrice du concile Vatican II (1962-1965). Dès le discours à la Curie de décembre 2006, il plaidait pour une interprétation du concile «en continuité» avec la Tradition de l’Eglise, et non en rupture.

L’intention était claire: faire prévaloir une identité catholique plus forte au sein d’une société moderne et d’une Eglise où règne la plus grande confusion des esprits. La réaffirmation de l’identité chrétienne dans une Europe mal en point restera le premier axe de son pontificat.

Elle passe par une expression publique plus forte de l’Eglise, ce qui ne veut pas dire tentative d’hégémonie. Défense de la vie, du mariage traditionnel et de la famille, condamnation de l’avortement, de l’euthanasie, des unions homosexuelles, des recherches sur l’embryon à des fins thérapeutiques : sur tous ces sujets, Joseph Ratzinger fait preuve d’une intransigeance totale, comme le prouve le combat qu’il livre à la «dictature du relativisme » et au  « laïcisme » de la société occidentale…

Des défis démesurés se présentent aujourd’hui sur la table du futur pape: la crise sans précédent de la foi et des pratiques religieuses en Europe ; la prolifération des sectes évangéliques dans les continents du tiers-monde; la progression de l’islam. Autrement dit, la marginalisation et la mise au ban du Dieu chrétien. C’est cela qui hantait Joseph Ratzinger depuis ses premières années d’enseignement en Allemagne et qu’il a développé dans ses nombreux écrits et documents. Le pape Ratzinger était l’homme de la petite musique mozartienne. Il n’était pas taillé pour affronter les drames wagnériens de la planète. Cela donne la mesure de la tâche qui attend son successeur. »

 

Prions !

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