BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (1er mars 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

1 Mar

*  Faut-il s’indigner ?

Disons-le sans ambages, la démarche qui s’esquisse à l’égard des plus pauvres d’entre nous non seulement nous indigne (car pourquoi eux et pas l’ensemble des consommateurs) mais aussi nous inquiète (compte tenu des incertitudes qui règnent encore).

Les plats cuisinés qui ont été retirés de la vente en raison de la fraude sur la viande de cheval pourront être redistribués aux associations caritatives, qui seront informées de leur contenu, a indiqué jeudi le ministre de la Consommation, Benoît Hamon. Interrogé sur RMC, Benoît Hamon a précisé qu’il existait «une disposition réglementaire qui prévoit qu’on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d’étiquetage». Mais c’est là jouer sur les mots car il s’agit de bien plus que d’un défaut d’étiquetage. Ces plats contiennent en effet de la viande de cheval à la place de viande de boeuf, ce qui n’est pas en soi un obstacle à la consommation. Malheureusement nul ne sait aujourd’hui d’où viennent les chevaux utilisés ni s’ils étaient propres à la consommation (maladies, administration de médicaments, etc.). Les découvertes très récentes de viandes avariées chez certains fournisseurs de ces plats posent d’ailleurs question sur ce plan. Les distribuer avant d’être formellement rassurés sur leur qualité sanitaire n’est pas acceptable, même pour des raisons économiques.

«Ensuite, c’est aux associations de décider si oui ou non elles acceptent ces dons», a poursuivi le ministre. Mais «ceux qui bénéficieront de ces produits alimentaires ont droit à la réalité sur ce qu’ils mangent», a insisté le ministre. Il a reconnu qu’un tel don pouvait être coûteux pour ces associations, notamment dans le cas des produits surgelés qui nécessitent un transport frigorifique. «On peut aussi comprendre que les associations refusent», a-t-il admis. Bref, lançons un ballon d’essai, ça ne mange pas de pain, si l’on ose dire…

La semaine dernière, plusieurs associations avaient indiqué qu’elles seraient intéressées par ces produits à la condition que les garanties sanitaires soient réunies. «On reste sur la même position» ont confirmé jeudi les Restos du Cœur. «On ne ferme pas la porte, mais on attend des assurances», selon une porte-parole. «C’est aux professionnels de veiller à ce que le produit soit conforme à la règlementation sanitaire», a déclaré jeudi une porte-parole de la Direction générale de la concurrence, la consommation et de la répression des fraudes.

Mardi, la ministre de la lutte contre l’exclusion Marie-Arlette Carlotti rencontrera les associations en charge de l’aide alimentaire (Croix Rouge, Secours Populaire, Banques alimentaires et Restos du Cœur) «pour discuter de l’opportunité de récupérer ces produits». «Si un consensus est trouvé, il serait inutile d’ajouter le gaspillage à la fraude», précise la ministre dans un communiqué.

«L’ensemble des produits retirés des rayons ont été conservés et non détruits. Ils ont été stockés dans des chambres froides (…), respectant toutes les conditions sanitaires nécessaires», a assuré la Fédération du Commerce et de la distribution . «On est actuellement en discussions avec les associations caritatives et les administrations pour voir dans quelle mesure ces produits peuvent être donnés», a déclaré une porte-parole.

Ne nous donnons pas rendez-vous au prochain scandale sanitaire !

*  Une loi d’amnistie qui « interpelle » :

Le Sénat a adopté une proposition de loi communiste d’amnistie sur les délits commis dans le cadre de mouvements sociaux depuis 2007. Le PS en a limité la portée mais, comme on pouvait s’y attendre, le Medef dénonce « un appel au cassage » et la droite un geste « clientéliste ».

Une semaine après l’abrogation du jour de carence sur les arrêts maladie des fonctionnaires, l’adoption au Sénat, hier soir, de la proposition de loi communiste d’amnistie des délits et sanctions pour des faits commis lors de mouvement sociaux, relance les critiques sur les arbitrages d’un gouvernement soucieux d’apaiser les tensions croissantes avec les syndicats.

Lors des débats, le sénateur UMP Pierre Charon, ex proche conseiller de Nicolas Sarkozy, a donné le ton en accusant la gauche d’ « excuser ce qui ne doit pas l’être pour des raisons idéologiques et clientélistes. » Les sénateurs centristes se sont aussi opposés en vain à une « proposition inopportune, dangereuse » qui donne « un signal de mauvaise augure à tous les manifestants professionnels »« La violence devient excusable ? Silence assourdissant et irresponsable de François Hollande », a ajouté Valérie Pécresse (UMP) dans un tweet, ce matin !

Le patronat est aussi monté au front. Très prompte à donner de la voix à l’approche des élections au Medef, Laurence Parisot s’est insurgée dès hier soir, sur BFM TV, contre « un signal en faveur de l’antagonisme, du conflit, un appel au cassage » alors que « c’est exactement le contraire dont nous avons besoin.» « La violence ou la dégradation de l’outil de travail ne sont pour finir, au regard de ce texte, pas si graves que cela et ne méritent plus en France en 2013 de sanctions ! Clémence pour les syndicalistes ! », a abondé ce matin la CGPME, évoquant une justice à deux vitesses et réclamant, « si ce texte scandaleux doit être maintenu, son élargissement aux dirigeants d’entreprises notamment pour les délits d’entrave ».

Anticipant ces attaques, le PS s’est attaché, lors des débats au Sénat, à chercher « un équilibre » entre « droit syndical » et « respect de la légalité républicaine », comme l’annonçait la veille, sans rire, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Ou, autrement dit, entre un geste assez marqué pour envoyer un signal à la gauche de la gauche et aux syndicats, CGT en tête, mais assez limité pour ne pas trop braquer l’opinion. Ne sont ainsi concernés que les faits commis entre le 1er janvier 2007 et le 1erfévrier 2013, période à laquelle la gauche estime que la concordance de la montée de la crise et de la mise en oeuvre par le précédent gouvernement d’une « politique pénale très répressive » a pu conduire à des condamnations excessives. Une exception symbolique et historique a toutefois été ajoutée : le texte amnistie les mineurs condamnés lors des grèves de 1948 et 1952, dont sept sont encore vivants.

Cette amnistie ne concernera que les faits passibles de 5 ans de prison au plus. Cela exclut du champ de l’amnistie les violences physiques, que les sénateurs socialistes et écologistes ont jugé central de ne pas cautionner. Pas de clémence non plus pour les atteintes volontaires aux personnes et les infractions commises à l’encontre des personnes dépositaires de l’autorité publique -menaces ou outrages à agents par exemple. Même logique de filtrage resserré dans le champ des bénéficiaires potentiels. Sont concernés les faits commis par des salariés, du privé comme du public, lors de conflits du travail et d’activités syndicales, y compris lors de manifestations, mais les professions libérales et les exploitants agricoles ont été exclus du champ de la loi. Les salariés licenciés pour une faute ayant fait l’objet d’une amnistie devront être réintégrés sauf, autre mesure tempérant le texte initial, s’il s’agissait d’une « faute lourde constituant une atteinte à l’intégrité physique ou psychique des personnes. » De même, les infractions commises lors de mouvement lié au logement seront amnistiables, mais pas celles intervenues dans le cadre d’actions liés à l’éducation, la santé, l’environnement et le droit des migrants.

« Exit donc les faucheurs d’OGM, désobéissants, antipubs, militants antinucléaires, Notre Dame des Landes, ligne THT, Base Elèves et RESF… », regrette dans un communiqué le Front de gauche. Il salue toutefois ce « premier geste » après que Jean-Luc Mélenchon a mis une forte pression sur les sénateurs socialistes, avec l’appui de la CGT, en manifestant hier devant le Sénat avant l’ouverture des débats. Pierre Laurent, leader du PC, se félicite d’un « acte de justice, de réparation qui va être entendu par les salariés qui veulent faire valoir leur droit à l’expression syndicale sans avoir la peur au ventre » mais appelle à « un élargissement de la loi dans les prochaines semaines. » Ben voyons !…

Anticipant aussi les accusations de laxisme et soucieuse de ne pas voir le débat tomber dans « la démagogie » et les « simplifications outrancières », la sénatrice socialiste Virginie Klès a aussi rappelé la portée réelle limitée d’une loi d’amnistie : « Une loi d’amnistie efface l’infraction mais n’efface pas les faits. Et surtout n’éteint pas l’action en civil et n’empêche donc pas la réparation en civil. Si une personne s’est contentée de briser une vitre, cette personne sera amnistiée. Elle devra payer une vitre neuve mais il n’y aura plus d’inscription sur son casier judiciaire ».

Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale. Le Front de gauche réclame son inscription rapide à l’ordre du jour.

En tout état de cause, il est évident que le pouvoir socialiste n’a pas mesuré la portée symbolique de cette loi. Dans le contexte économique et social où se trouve notre pays elle est un signal puissant et pourtant inconscient en direction des révoltes qui s’annoncent. Une brèche vient d’être ouverte dans les dernières lignes de protection de l’Etat républicain.

Dans notre Histoire, nombreux furent ces « petits faits », ces « décisions marginales » ou simplement « légères » qui firent sauter les verrous et favorisèrent les chocs les plus violents. Chacun devrait ici se souvenir de la métaphore de Benjamin Franklin:

 » À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou. « 

*  Ils ont appelé ça « une chance », c’est une honte pour la France :

Une fois encore des coups de feu ont été tirés à bout portant et ont blessé trois ouvriers d’une entreprise de BTP, le 18 février dans une cité de Pierrefitte-sur-Seine. La préfecture de Seine-Saint-Denis, maintes fois alertée sur les agressions subies sur les chantiers de rénovation urbaine dans les cités du département, a fini par réagir. Il était temps : c’est en effet la troisième agression grave en trois mois qui intervient dans le département. Tous les acteurs parlent d’une escalade de violences à l’égard des chantiers de rénovation lancés dans le cadre de la « politique de la ville ».

L’agression de Pierrefitte, dans ce quartier au doux nom de cité des Poètes, a été particulièrement traumatisante. Sur la vidéo filmée par les caméras de surveillance, un homme gros, casqué et cagoulé, entre dans l’Algeco où se préparent les ouvriers et ouvre le feu à quatre ou cinq reprises avant de s’enfuir en scooter, raconte leur employeur, la Coredif, une entreprise de travaux publics. Le chef de chantier et un conducteur de travaux ont été blessés aux jambes et hospitalisés. « On a l’habitude des insultes et des menaces mais c’est la première fois qu’on atteint ce niveau de violence », assure le directeur général de la société de BTP. Le chantier a été aussitôt interrompu, tout comme celui de l’entreprise GTM, filiale du groupe de Vinci, à quelques rues de là.

Dans cette même cité, en décembre 2012, deux agressions – un vol d’ordinateur et de portable, puis l’incendie de deux engins de travaux – avaient révélé le regain de tension autour de ce chantier de construction de logements HLM. Et voici deux ans, la première tranche de ce projet de réhabilitation avait été le théâtre d’une opération de racket organisé : quatre jeunes, d’origine étrangère, avaient été arrêtés et trois incarcérés pour extorsion de fonds sur cinq entreprises du bâtiment dont Coredif, la société à nouveau visée.

Alors voila où nous en sommes, en France: avec ses 42 milliards d’investissement en travaux, la rénovation urbaine a constitué depuis son lancement en 2003 une aubaine pour les quartiers. Les pressions sur les chantiers de rénovation ont toujours existé tant ces derniers constituent un enjeu pour les petits caïds : faire embaucher quelques jeunes ou prélever sa dîme sur le matériel de chantier est monnaie courante. Et les entreprises l’ont intégré dans leur budget.

Mais le chantage a changé d’échelle. Depuis quelques mois, les tensions et intimidations sont devenues systématiques et plus violentes. « Cela a pris des proportions inquiétantes et c’est devenu un système très organisé comme on peut le connaître en Corse », assure Stéphane Peu, président de Plaine commune habitat, office de HLM. Rares pourtant sont les entreprises qui portent plainte. Par prudence pour leurs salariés. Et aussi parce que, la rénovation urbaine étant vitale pour leurs carnets de commandes, elles préfèrent payer« Tant que ça ne touche pas l’intégrité des salariés, les entreprises n’en parlent pas et préfèrent s’arranger », reconnaît le dirigeant d’une entreprise de travaux publics et ancien patron du Medef local.

Dans ces quartiers miséreux et détériorés de la banlieue parisienne, les opérations de réhabilitation dérangent certaines activités souterraines. Le schéma est classique : c’est souvent dans ces cités enclavées, bâties comme des lieux clos dont les accès peu nombreux sont facilement contrôlables (un peu sur le modèle des médinas de la rive sud de la Méditerranée !) que les dealers installent leurs trafics. Quand, dans un quartier, il est décidé d’ouvrir une voie, d’aménager les halls ou simplement de revoir les parcelles de jardins, les travaux bouleversent les habitudes, les repères. Les dealers n’aiment pas le changement ni les intrusions dans leur monde« J’ai déjà vécu ça en 2000 en Seine-et-Marne et à Montfermeil. C’est fréquent dans le 93 », remarque le dirigeant de Coredif. Depuis quelques mois, plusieurs autres attaques de chantier ont défrayé la chronique locale, provoquant l’arrêt des travaux.

En octobre 2012, à la cité Karl-Marx (ça ne s’invente pas mais, après, on s’étonne…) au centre de Bobigny, un ouvrier est frappé de plusieurs coups de marteau. Quinze jours plus tard, des jeunes menacent à nouveau sérieusement les ouvriers. Le chantier est arrêté.

Aux Francs-Moisins à Saint-Denis, le 30 janvier, c’est aussi sous la menace d’une arme blanche que deux individus font descendre un ouvrier de son tractopelle. Engins incendiés ou ouvriers molestés, le mois de janvier a été particulièrement violent sur les chantiers de Saint-Denis. Les entreprises sont par ailleurs soumises à un racket systématique. Dans un quartier, c’est une société de gardiennage « locale » que les caïds locaux conseillent pour surveiller le matériel. Coût annoncé : 150 euros la nuit pour protéger une machine à goudron.

Sur un autre quartier, l’entreprise doit changer l’ensemble des fenêtres des 450 logements. « Les racketteurs ont touché 80 000 euros après avoir revendu les châssis à un ferrailleur »témoigne un élu. Les noms des cités sont tus, « par sécurité pour les salariés », dit la ville. Même les sociétés d’éclairage ont pris des mesures de prudence et ne travaillent que « de 5 heures du matin, moment où les dealers se couchent, à midi, heure à laquelle ils se lèvent »témoigne un patron local. Car les mesures de rétorsion sont devenues plus violentes : « On ne raye plus les voitures ni ne crève les pneus, on tire »raconte un adjoint municipal.

Les entreprises victimes de ces chantages ne souhaitent pas témoigner. Ni Vinci, Eiffage, Bouygues, ni ISS Espaces verts « ne souhaitent réagir sur le sujet ». Les élus se sont aussi longtemps tus. « De la police aux patrons en passant par les bailleurs et les élus, tout le monde a fermé les yeux. Il faut aujourd’hui réagir et une vraie réponse policière et judiciaire face à cette dérive mafieuse » a-t-on entendu dire récemment sur le sujet !

Jusqu’où iront la lâcheté et l’impéritie du pouvoir républicain qui sévit en France ?

*  Mais « la France ne peut pas périr, car le Christ aime encore les Francs ! » (Henri comte de Chambord) :

 
La Oración en el huerto con el donante Luis I de Orleans (después de la restauración), ¿Colart de Laon? Temple graso, 56,5 x 42 cm, 1405 -07 – 1408. Madrid, Museo Nacional del Prado

La Oración en el huerto con el donante Luis I de Orleans (después de la restauración), ¿Colart de Laon? Temple graso, 56,5 x 42 cm, 1405 -07 – 1408. Madrid, Museo Nacional del Prado

Le 11 février, le Musée du Prado a dévoilé avec fierté La Oracion en el huerto con el donante Luis I de Orleans [« La Prière dans le jardin des oliviers avec le donateur Louis Ier d’Orléans »], « l’une des plus importantes découvertes de la peinture primitive française, a annoncé l’institution madrilène. Le nombre de peintures françaises de cette époque est très faible. Et très peu, voire aucune, n’atteignent la qualité et l’importance de celle-ci. D’où son caractère exceptionnel. »

Cette peinture, qu’aucun musée n’a jamais exposée, trônait jusqu’à l’année dernière dans le salon d’une famille madrilène d’origine française. Elle aurait été réalisé quelques mois à peine avant ou après la mort du duc d’Orléans, en 1407, assassiné dans les rues de Paris sur ordre de son cousin et rival politique, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur.

Rien ne laissait présager que le tableau, déposé au Prado en février 2011 pour une expertise, avant une possible mise aux enchères, recélait tant de surprises. Sa propriétaire a toujours vu l’oeuvre chez elle. Elle ne sait ni quand ni comment elle est arrivée dans sa famille installé en Espagne à l’époque napoléonienne.

Quoi qu’il en soit, l’oeuvre a tout de suite attiré l’attention de Pilar Silva et de la restauratrice Maria Antonia Lopez de Asiain. Dans la moitié supérieure, le Christ agenouillé sur une colline adresse une prière au Seigneur. Dans la moitié inférieure, sur le quart droit, se trouvent les apôtres Jacques, Pierre et Jean. Sur la gauche, en revanche, rien. Ou, plutôt, une masse de terre. Une épaisse couche de peinture marron qui contraste avec la finesse du reste de l’oeuvre. « J’ai tout de suite pensé qu’il y avait quelque chose sous la peinture, et nous l’avons donc passée sous infrarouge », raconte Pilar Silva. Et son intuition est bonne.

Grâce à une radiographie de l’oeuvre, l’équipe du laboratoire technique du Prado découvre que sous l’épaisse couche de peinture marron sont dessinés deux personnages : un homme agenouillé au sol et une femme qui le protège.

La figure féminine est rapidement identifiée comme sainte Agnès, reconnaissable à la brebis qui l’accompagne. L’homme doit être le commanditaire du tableau, celui à qui il est dédié. Mais qui est-il ? Pilar Silva se plonge dans une étude documentaire et historiographique. Le cadre est en chêne baltique, un bois noble qui laisse penser que le donateur est une personne très importante. Le ciel d’un bleu dense, constitué de pigment lapis-lazuli, représente un autre signe de la richesse du commanditaire. Ses habits, avec de larges manches recouvertes de feuilles d’or, correspondent à la mode en vigueur à la cour royale française dans les années 1400-1415, où, entouré de son frère le duc d’Orléans, règne le roi Charles VI, qui a sombré dans la folie.

Pendant ce temps, l’analyse scientifique du tableau débouche sur une très bonne nouvelle pour Maria Antonia Lopez de Asiain. « Une couche de vernis séparait la peinture originale de l’aplat marron, ajouté sans doute deux siècles plus tard,explique la restauratrice qui travailla durant un an sur l’oeuvre. Ce vernis était essentiel pour permettre de restaurer la peinture originale sans l’endommager. Il garantissait aussi que cette partie du tableau était en bon état, et même en meilleur état que le reste. »

Pour découvrir l’identité du donateur, Pilar Silva s’intéresse à sainte Agnès. Elle apprend qu’elle fut la patronne des ducs de Milan, mais aussi la protectrice du roi Charles V. « J’ai eu une intuition : le donateur devait être Louis Ier d’Orléans (1372-1407), fils de Charles V et marié à Valentine Visconti, fille du duc de Milan. Par son père et son épouse, il avait une double raison d’être sous la protection de sainte Agnès. »

Une intuition n’est pas suffisante. Aucun tableau de Louis Ier d’Orléans n’existe. Pilar Silva finit par trouver une preuve lors d’un voyage à Paris, en épluchant les ouvrages sur l’époque à la Bibliothèque nationale de France. Sur une miniature, elle reconnaît la forme particulière des feuilles qui se trouvent sur les manches des habits du donateur : des feuilles d’ortie.

Tout concorde alors pour désigner le donateur comme étant Louis Ier d’Orléans. « Il avait pris pour devise l’ortie, symbole héraldique de l’épine de la mort, à mesure qu’augmentaient ses ambitions politiques et ses désaccords avec les ducs de Bourgogne, son oncle Philippe le Hardi et son cousin Jean sans Peur. »

Restait à déterminer qui en fut l’auteur. Pilar Silva est convaincue qu’il provient de l’école parisienne car la ligne, le style, le rythme et la composition du tableau sont très différents des tableaux bourguignons ou flamands. Il est « plus élégant », les personnages sont « plus fins », les plis des vêtements plus « délicats ». Une chose est sûre : aucun des rares tableaux de l’époque n’est réalisé par la main qui a peint cette oeuvre conservée à Madrid.

Pilar Silva penche alors pour Colart de Laon« peintre reconnu et valet de chambre de Louis Ier d’Orléans de 1391 jusqu’à sa mort ». Mais aucune peinture de cet artiste ne nous est parvenue. Son nom est donc accompagné d’un point d’interrogation sur le cartel qui accompagne l’oeuvre accrochée dans le musée.

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Une Réponse to “BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (1er mars 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.”

  1. alaintexier mars 2, 2013 à 6:14 #

    Courrier reçu dans ma BAL.

    L’Etat est l’incarnation juridique de notre vouloir-vivre ensemble. Il est fondé sur le principe d’autorité que les services publics doivent mettre en œuvre pour garantir notamment notre sécurité.

    Si la première mission de l’Etat est d’assurer notre liberté, chaque citoyen en contre- partie doit être responsable de ses actes et être sanctionné en cas de transgression de la loi.

    Le vote d’une proposition de loi par le Sénat qui amnistie les infractions passibles de cinq ans d’emprisonnement, commises lors des mouvements sociaux entre le 1er janvier 2007 et le 1er février 2013, est une insulte au principe de responsabilité et ouvre la porte à toutes les dérives.

    Comment s’étonner alors que des malfrats assassinent des policiers qui, par définition agissent dans le cadre d’un service public et sont les défenseurs de notre liberté :

    le gouvernement socialiste joue une nouvelle fois les apprentis sorciers, il sape l’autorité de l’Etat, il favorise les comportements anti-sociaux, il conduit la France à la loi de la jungle.

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