BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (3/4 août 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

3 Août
Voltaire

*  Sacré Voltaire !

Pour le clergé de la pensée unique et obligatoire, il est interdit de toucher à l’icône. Car Voltaire…est sacré ! Un comble pour celui qui hurlait qu’il fallait « écraser l’infâme » comme pour tous ceux qui revendiquent sa christianophobie. Et voici ce que vous pourrez lire dans Le Nouvel Observateur n° 2541 du 18 juillet 2013, sous les plumes de Nicolas Cronk* et Laurence Macé * :

 » Si vous demandez à un Anglais quel est le mot le plus célèbre de Voltaire, il répondra sans hésiter: « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »: « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » On peut acheter par internet des tee-shirts portant ce slogan. Cette « citation » est encore plus connue dans le monde anglo-saxon qu’en France, et pour cause: elle fut inventée par un Anglais! C’est l’écrivaine anglaise Evelyn B. Hall qui la forgea dans sa biographie de Voltaire parue en 1906, afin de résumer l’esprit de la tolérance voltairienne. Ce bon mot qui n’existait pas dans l’œuvre de Voltaire, il a fallu l’inventer!

De son vivant, Voltaire fut l’écrivain le plus connu en Europe, résumant à lui tout seul un faisceau de valeurs de liberté. Mais être une célébrité comporte le risque d’être utilisé, transformé, déformé. Moins de vingt ans après sa mort, la Révolution en fit l’un de siens: en tant qu’auteur d’une pièce sur Brutus, comment n’aurait-il pas approuvé la mise à mort du tyran? Symétriquement, la réaction politique et religieuse le présenta comme une figure diabolique, même si dès la Restauration des libéraux tentèrent de le récupérer, quitte à tronquer ses textes. Héros de la gauche et revendiqué par une frange de la droite, Voltaire devint à lui seul un « lieu de mémoire ». Il figure d’ailleurs dans l’ouvrage dirigé par l’historien Pierre Nora sur les lieux de la mémoire nationale.

La gauche a pris ses distances après la Seconde Guerre mondiale: trop sardonique, trop pessimiste sur la nature humaine, Voltaire commença à être accusé d’antisémitisme, de misogynie, d’homophobie, d’esclavagisme ou, plus récemment, d’islamophobie… Des griefs pour la plupart infondés. Certes, Voltaire ne s’est interdit aucun moyen pour s’enrichir – il a probablement spéculé sur le commerce des armes –, mais sa lettre de remerciement à un négrier de Nantes, si souvent citée comme preuve, est un faux reconnu. Plus généralement, il a tant écrit (lettres, libelles, essais) qu’il est très difficile de définir de façon simple sa pensée sur un sujet donné… et très facile de la trahir. Ainsi, dans le « Dictionnaire philosophique », son article « Amour nommé socratique » tourne-t-il entièrement autour d’un paradoxe énoncé dès la première phrase: comment un « vice destructeur du genre humain » peut-il être « si naturel »? Et en note, à propos de l’exécution d’un gentilhomme accusé de pédérastie, il s’exclame: « On doit proportionner les peines aux délits. » Condamner, oui, persécuter, non. (ndcer: Non mais !)

Quant aux religions, Voltaire dénonce les cultes établis qui refusent de se soumettre au crible de la raison et voit les hommes d’Eglise comme des charlatans. C’est le propos de sa tragédie « le Fanatisme ou Mahomet » (1742), violente charge contre ceux qui confisquent l’idée du divin pour l’utiliser politiquement. Néanmoins, contrairement à l’usage qui en est fait aujourd’hui, le fanatisme n’était nullement pour Voltaire une spécificité de l’islam. Au contraire, s’il n’éprouvait pour lui aucune sympathie particulière, l’islam avait l’avantage à ses yeux d’être moins idolâtre et moins superstitieux que le christianisme. (ndcer: Ben voyons ! On voit là qu’il avait tout compris à l’islam…)

Reste la question du judaïsme. Comme sur les autres sujets, Voltaire véhicule les pires clichés. Mais, s’il condamne le judaïsme comme religion intolérante et qui fut au fondement du christianisme, il dénonce aussi les persécutions dont sont victimes les juifs de son temps. Et, là encore, l’histoire des déformations est instructive. Tapez « Voltaire antisémite » sur Google, et vous tomberez sur le livre d’un certain Henri Labroue, « Voltaire antijuif ». L’ouvrage a toutes les allures d’un travail universitaire sérieux. Sauf que le catalogue de la Bibliothèque nationale de France nous apprend qu’il s’agit d’un patchwork polémique de citations publié à Paris en 1942 et financé par… Goebbels. Devenu largement accessible grâce au web, ce livre infâme est donc de la pure propagande nazie. Si chacun a son Voltaire, il convient de se méfier de celui qu’on vous propose. « 

* Nicholas Cronk, directeur de la Voltaire Foundation, est président de la Société des Etudes voltairiennes.

Maître de conférences à l’université de Rouen/CEREdI, Laurence Macé en est la secrétaire générale.

C’est dans des articles de ce genre que l’on trouve la démonstration des manipulations de la vérité auxquelles se livre la pseudo-intelligentsia officielle qui veut à tout prix oublier que le « Grand Homme » n’était qu’orgueil, méchanceté, haine, mépris de la terre entière, violence, mensonge, trahison, parjure, etc. Et que pour lui tout était bon pourvu que cela soit au service de son égoïsme. Le refus d’admettre l’antisémitisme de Voltaire n’en est que l’un des aspects, parmi les plus caricaturaux. Pourquoi ne citer que l’ouvrage d’Henri Labroue (dont le « patchwork polémique de citations« , comme ils le disent, n’en est pas moins fait de citations…authentiques !) et oublier celui, autrement plus argumenté et indiscutable de Xavier Martin ** ? Professeur d’histoire du droit, c’est un de nos meilleurs spécialistes des idées du XVIIIe siècle sur lequel il a écrit depuis longtemps de très puissants ouvrages. Il n’a pas les honneurs médiatiques car il a un tort au pays de la tolérance affichée : il n’aime pas le siècle des Lumières. C’est une faute impardonnable. Il le connaît trop bien pour ignorer ce qui en fait toute la « modernité », le sectarisme que cache le grand discours sur la tolérance, les poses et les mots d’ordre de ces « philosophes » à la solde du grand homme.

Ce Voltaire méconnu est accablant pour l’« académisme universitaire ». L’auteur entend par cette formule (pp. 152 et 155) l’autorité prétendue de la plupart des spécialistes reconnus de Voltaire, des manuels et des recueils de textes que ces spécialistes patronnent, et de l’opinion publique gouvernée par eux. Ce sont ces spécialistes, ce sont ces gens-là qui, démontre-t-il, entre- tiennent sciemment la méconnaissance de Voltaire et protègent à tout prix l’image d’un Voltaire imaginaire, tolérant et bienveillant. Comment y parviennent-ils ? En dissimulant les textes. 

C.Q.F.D.

** Xavier Martin, Voltaire méconnu : Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800), éd. Dominique Martin Morin, 2006 (ISBN 9782856523032 et 9782856523070)  

*  Tu causes, tu causes !

Alors que l’exode de nos enfants, fuyant un pays de moins en moins accueillant…pour eux mais qui l’est de plus en plus pour tous ceux qui n’ont rien à y faire et qui, d’ailleurs n’y font rien d’autre qu’y semer le malheur, devient de plus en plus préoccupant, l’éditorial du Monde du jeudi 1er août 2013 rappelle à François Hollande l’une de ses promesses de campagne tout en pointant du doigt le peu d’espoir que la République offre désormais à ses forces vives (voir aussi notre article dans https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2013/06/11/bulletin-climatique-quotidien-11-juin-2013-de-la-republique-francaise/) :

 » Si je reçois le mandat du pays d’être le prochain président, je ne veux être jugé que sur un seul objectif : (…) est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu’en 2012 ? Je demande à être évalué sur ce seul engagement, sur cette seule vérité, sur cette seule promesse ! (…) Ce n’est pas un engagement à la légère que je prends. C’est pour mobiliser toute la nation par rapport à cet enjeu. » C’était le 22 janvier 2012 au Bourget, le candidat François Hollande s’adressait à une jeunesse »trahie », « sacrifiée, abandonnée, reléguée » et proclamait : « C’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. »

Un mois avant son élection, le 4 avril 2012 à Rennes, M. Hollande avait confirmé cette « seule priorité  » en annonçant qu' »un grand ministère d’Etat consacrera cette ambition ». Mais en lieu et place du « ministère de l’éducation, de la jeunesse, de l’avenir » promis, le gouvernement s’est retrouvé classiquement et banalement doté, avec Valérie Fourneyron, d’une ministre des sports… et de la jeunesse. Aujourd’hui, un jeune de moins de 25 ans sur quatre est au chômage et, selon une étude du cabinet Deloitte, 27 % des  jeunes diplômés  veulent travailler hors de France, contre 15 % en 2012. La jeunesse reste « sacrifiée, abandonnée, reléguée ».

Certes, on n’est pas en présence d’un exode massif des jeunes cerveaux qui, dès leurs études, goûtent aux charmes de la mondialisation. Et la crise n’est pas l’unique raison de l’augmentation de l’envie de travailler à l’étranger. Le principal mal français réside dans l’échec scolaire qui grossit les rangs de ceux qui arrivent sur le marché du travail sans diplôme et qui n’ont, évidemment, pas les moyens financiers de choisir l’expatriation. Si la mobilité, y compris internationale, peut être souhaitable, la hausse des velléités de travailler hors de France sonne comme une alerte et, pour le président de la République, comme un rappel.

En dépit des promesses rien ne change pour la jeunesse. Il reste quatre ans à M. Hollande pour réaliser son ambition et il n’est pas resté inerte. Malgré les contraintes budgétaires, il a confirmé sa priorité à l’éducation nationale, avec 60 000 postes supplémentaires prévus en quatre ans, mais ce choix quantitatif peut-il, à lui seul, venir à bout de l’échec scolaire ? Le président a lancé des « emplois d’avenir » pour les jeunes en mal d’insertion, et inventé le « contrat de génération », mais les emplois aidés sont une panacée, pas forcément une solution.

Mais la fracture générationnelle est toujours là. Le 12 mars à Dijon, M. Hollande en a fait « un risque pour notre cohésion nationale ». « Faites confiance aux jeunes, a-t-il lancé, parce que vous permettrez à la confiance dans le pays de revenir. » Il faut aussi que les jeunes retrouvent cette confiance en leur avenir qui fait tant défaut. Cela ne se fera pas sans réformes tant du système éducatif que du marché du travail. Président, n’oubliez pas votre promesse ! « 

Comme chacun devrait s’en souvenir, « les promesses des politiciens de la République n’engagent que ceux qui les écoutent » !

*  Mais « la France ne peut pas périr, car le Christ aime encore les Francs ! » (Henri comte de Chambord) :

La Vie de Sainte-Catherine d’Alexandrie entre à la BNF

Ce manuscrit, classé trésor national, a pu être acquis grâce au mécénat.

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L’exceptionnel manuscrit enluminé de la Vie de Sainte-Catherine d’Alexandrie a été acquis par la Bibliothèque nationale de France grâce au mécénat des entreprises Aristophil et Septodont, du Cercle de la BNF, de la Fondation B.H. Breslauer et de l’Association du mécénat de l’Institut ainsi que des participants au dîner annuel organisé par la BNF en faveur des acquisitions patrimoniales.

« Totalement inédit, ce manuscrit était resté jusqu’à ce jour inconnu du monde de l’art, a déclaré le président de la BNF Bruno Racine en remerciant les donateurs. Ce chef-d’œuvre de notre patrimoine pourra ainsi rester sur le sol national ».

Le manuscrit de la Vie de Sainte-Catherine d’Alexandrie, composé de 54 feuillets en parchemin, a été réalisé à la fin du Moyen-Âge pour Marguerite d’York, sœur du roi d’Angleterre Edouard IV et épouse de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.

Cliquez ici

Outre sa provenance illustre, le manuscrit est remarquable en raison des quatorze miniatures, accompagnées de bordures décorées de fleurs et de rinceaux, illustrant les épisodes de la vie de sainte Catherine d’Alexandrie, peintes vers 1474 par l’artiste Simon Marmion.

Après l’acquisition en 1987 par le Getty Museum de Los Angeles de deux œuvres illustrées par Simon Marmion, qui faisaient partie à l’origine du même ensemble, c’était la dernière occasion de faire entrer un tel chef-d’œuvre dans les collections nationales.

Caravage,Sainte Catherine d'Alexandrie

Caravage, Sainte Catherine d’Alexandrie


Le 3 août 2013.

Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (3/4 août 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.”

Trackbacks/Pingbacks

  1. A propos de la fuite des jeunes cerveaux. | conseil dans l'espérance du roi - août 9, 2013

    […] L’exode de nos enfants, qui souhaitent les meilleures études et en valoriser au mieux les fruits, est non seulement un fait préoccupant comme jamais dans notre histoire mais c’est aussi un casse-tête pour le gouvernement en place qui préfère offrir des "emplois prétendument d’avenir" et des "emplois francs" sans avenir aux pires des enfants des autres ! Pas étonnant alors que le Landerneau politique s’en émeuve et que articles et éditoriaux fleurissent dans la presse, même la mieux pensante et la moins disante ( lire à ce sujet notre billet dans https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2013/08/03/bulletin-climatique-du-week-end-34-aout-20…). […]

  2. BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (15 août 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE. | conseil dans l'espérance du roi - août 15, 2013

    […] BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (3/4 août 2013)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE. […]

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