Charles-Edouard Stuart (1720-1788), prétendant Stuart aux couronnes anglaise et écossaise. Le roi au-delà de la mer

31 Jan

220px-Prince_Charles_Edward_Stuart_by_Antonio_DavidBien loin des Highlands, c’est à Rome que Charles-Edouard Stuart s’éteint le 31 janvier 1788, exilé et presque oublié comme un roi sans royaume. La disparition du dernier rejeton des Stuart sonne le glas d’une lignée de rois maudits ; Jacques II d’Angleterre, son grand-père, s’est fait renverser lors de la Glorieuse Révolution de 1689 pour « intransigeance religieuse », Charles Ier, son arrière-grand-père a été exécuté en 1649 à l’instar de Marie Stuart, son arrière-arrière-grand-mère en 1584.

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« Prince Charlie », comme on le surnomme naît en 1720 à Rome, où son père Jacques-François a trouvé refuge. Héritier du trône d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse, le Chevalier de Saint-George ou le Vieux prétendant est un roi fantôme. C’est en 1701, au château de Saint-Germain en Laye où il demeure avec sa cour principalement écossaise et irlandaises (les « oies sauvages »), qu’il est proclamé roi alors que son cousin protestant Guillaume III d’Orange-Nassau règne sur le futur Royaume-Uni, dont hérite Anne, la sœur aînée du Vieux prétendant l’année suivante. Soutenu par le Saint-Siège, la France et l’Espagne, les interventions armées pour le restaurer sont toutes vouées à l’échec. Jacques-François Stuart reste le roi virtuel d’une dynastie d’exilés.

Charlie qui a tout du prince charmant chevaleresque, d’où son surnom de « Bonnie », présente, tant pour son père que pour ses partisans, un nouvel espoir, un nouveau souffle après tant d’années d’insuccès. Manifestant audace et fougue, Jacques-François baptise son fils le « Jeune prétendant », et l’autorise à agir en son nom pour reprendre le royaume de ses pères. Lorsque le cardinal de Tencin lui insuffle ce conseil : « Que ne tentez-vous de passer sur un vaisseau vers le nord de l’Ecosse ? Votre seule présence pourra vous former un parti et une armée ; alors il faudra bien que la France vous donne des secours », le jeune prince ne se sent plus de témérité et prépare son équipée.

Il s’assure d’abord du soutien des Jacobites écossais (partisans de Jacques II et Jacques-François Stuart). Ces Clans qui alimentent une haine profonde pour le roi George Ier de Hanovre, cet usurpateur, qui en plus d’être luthérien ne parle pas l’anglais, et encore moins le gaélique, cet imposteur qui a évincé cinquante prétendants catholiques légitimes, sont acquis à sa cause. Depuis 1707 et la signature du Pacte d’Union, l’Ecosse est rattachée à la couronne d’Angleterre et doit  subir une politique bien éloignée de ses intérêts. 
Il compte également sur l’aide de Louis XV et de la flotte française.

Les navires français sur lesquels il embarque pour mener à bien son raid se confrontent à une flotte anglaise belliqueuse et puissante. Force est de faire marche arrière. Trop motivé pour renoncer, Charlie débarque en Ecosse le 25 juillet 1745. Il a vingt-quatre ans et compte seulement sept compagnons, dits les « sept de Moidart ». Huit hommes pour reconquérir un royaume, cela ne pèse pas lourd. 
Vision romantique par excellence, la carrure assurée d’un jeune premier déchire le brouillard ambiant, et foulant la grève grise s’avance d’un pas décidé sur la terre spectaculaire du loch Nam Uamh. Une terre écorchée, dépouillée, féérique. Le domaine de ses ancêtres. Chez lui. 
Bonnie descendant du bateau sur les côtes écossaises, incarne le mythe du héros idéaliste à tel point qu’Alexandre Dumas confessera : « J’aimerais avoir inventé cette histoire »… 
Rallier à sa cause des armées n’est pas compliqué tant que les clans influents lui sont tout dévoués ; Les Mac Donald, Cameron, Stewart, Atholl, Mackintosh, tous acclament l’étendard rouge des Stuart qui flotte au vent au son des cornemuses qui résonnent dans la brume écossaise.

Les six premiers mois de reconquête sont victorieux et prometteurs. Les Catholiques bien sûr, mais aussi les Protestants défendent le  jeune prétendant. La bataille de Prestonpans en septembre 1745 est un triomphe. Bonnie parvient à lever des troupes suffisamment étoffées pour marcher sur Edimbourg, qui cède.

Si le roi George a mis la tête de Charlie à prix, ses fidèles ont foi en leur suzerain et veulent le voir gagner le trône qu’il brigue et qui lui revient. Fidélité et loyauté transpirent des témoignages de ses hommes, à l’image de celui-ci rapporté par Jean Raspail : « Dès que je vis Son Altesse Royale, notre prince si longtemps désiré mon cœur se gonfla de joie dans ma poitrine ». Mais la chance tourne. Alors qu’ils avancent vers Londres, les Clans désirent retrouver leurs Highlands, tandis que les Anglais fidèles à leur roi germanique ne lâchent rien. A Londres, pour le couronnement de George III, il s’entend dire par un quidam de la foule : « V. A. R. est le dernier être vivant  que je me serais attendu à trouver ici ». Et sa réponse princière : «  C’est la curiosité qui m’y conduit, mais je vous assure que l’homme qui est l’objet de toute cette pompe est celui que j’envie le moins ». Ou encore : « Mais je suis chez moi ! ».

L’année 1746 est celle des défaites, de l’écrasement. C’est l’hécatombe côté écossais. Les corps des Highlanders gisent sur les champs de bataille ténébreux, les cornemuses expirent dans un dernier souffle d’espoir condamné. Bonnie Prince Charlie parvient à réchapper au massacre.  Mais la cause et le rêve des Stuart de reprendre la couronne sont bel et bien perdus ; l’Ecosse est définitivement rattachée au trône d’Angleterre.
Recherché de toutes parts, le héros vaincu doit regagner la France incognito pour sauver sa peau. 
Il lui faut des alliés. Grâce à la protection de quelques familles amies et fidèles – les Walsh installés en France qui devaient soutenir sa traversée mais qu’un tempête avaient bloqués   –  Bonnie parvient à échapper à ses  poursuiveurs, et malgré mille menaces de prises, survit.

La belle Flora Mac Donald (sous le charme du beau prince ?) joue le rôle de l’Ariane de Thésée. Elle déguise Charlie en femme de chambre irlandaise et l’emmène à bord de son bateau sous le nom de Betty Burke, et en fait « le roi au-delà de la mer ». Une équipée romanesque qui a marqué les esprits et les livres d’histoires  avec ces vers de Sir Harold Boulton (1859-1935) devenus célèbres : « Speed, Bonnie boat, like a bird on the wing… »

Bonnie a échoué, certes, mais entre dans la légende populaire et littéraire. Après avoir gagné La France, son Italie natale l’attend. 
Que dire ? Un destin brisé par manque de moyens ? La roue qui devait tourner ? Un prince abandonné ? Un héros sans lendemain ? Laissons à François-René de Chateaubriand le mot de la fin, parce que c’est lui, et lui : « Il avait l’intelligence, le courage et la séduction; que lui a-t-il manqué ? La main de Dieu », Mémoires d’Outre-Tombe, 1848.

Albane de Maigret

http://www.bottin-mondain.fr/chronique-hebdo/n/Lettre-du-31%252F01%252F2014-%253A-Charles-Edouard-Stuart%252C-le-roi-au-del%25C3%25A0-de-la-mer_153/

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