Encore un tout petit effort, vous y êtes presque, madame Charolles.

8 Mai

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Valérie Charolles

Pour la philosophe et magistrate à la Cour des comptes Valérie Charolle, le Front national est le «fruit des institutions de la Ve République». Conçues pour un « homme providentiel », le général de Gaulle, nos institutions s’avèrent délétères en son absence et renforcent l’extrême droite, explique-t-elle. Elle veut donc en finir avec la « monarchie républicaine ». Nous aussi !

Dans une analyse publiée par Le Monde du 6 mai 2016, elle dresse un tableau sinistre des institutions actuelles de la Ve République pour mieux nous convaincre des bienfaits d’une…VIe République. Et même si l’on est en droit de s’étonner d’un tel aveuglement après tant d’échecs. On peut à ce sujet consulter H. Faupin et J. Godechot, Les Constitutions de la France depuis 1789, Garnier-Flammarion, Paris, 1970, dans lequel on trouve ce résumé de Jacques Godechot : « La France est sans doute le pays qui a connu le plus grand nombre de constitutions : quinze constitutions en cent quatre-vingts ans, soit en moyenne une toutes les douze années ! » Ajoutons-y les vingt-quatre révisions de celle d’octobre 1958, qui fixe le cadre des institutions de la Ve République, et nous sommes alors pris de vertige !

Nous vous proposons de lire d’abord l’intégralité de l’analyse de madame Charolles avant que nous n’y répondions :

 » Election après élection, depuis quarante ans maintenant, le Front national se renforce. La France n’est pas isolée : après une éclipse au sortir de la seconde guerre mondiale, la quasi-totalité des pays développés connaît une résurgence de l’extrême droite. Mais ce qui singularise la France, depuis le début des années 2000, c’est que le vote frontiste s’étend au point de faire craindre à chaque élection que ce parti s’empare du pouvoir.

Nos homologues n’ont pas la même angoisse face au résultat des urnes, à l’exception notable des Autrichiens dont le candidat d’extrême droite a dominé le premier tour de l’élection présidentielle le 24 avril et sera opposé à un écologiste lors du second tour le 22 mai, ou encore de ce qui s’est produit en Pologne aux élections présidentielle puis législatives de 2015, avec le parti ultraconservateur PiS.

Si l’extrême droite existe en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, elle n’a aucune chance d’arriver au pouvoir au niveau national. Même dans les pays démocratiques où elle réalise de bons scores (au Danemark, en Suède, en Norvège, aux Pays-Bas, en Grèce…), elle ne peut prétendre gouverner seule.

Et si cette particularité française était le fruit des institutions de la Ve République ?

La Constitution de 1958 a été pensée, de façon explicite, du discours de Bayeux de Charles de Gaulle à sa présentation par Michel Debré devant le Conseil d’Etat, contre les partis politiques. Ses institutions ont été conçues à un moment très particulier de l’histoire où, dans un pays en guerre civile, s’est imposé le recours à un homme providentiel (ayant lui-même connu deux conflits mondiaux et fait changer le cours de l’un d’eux pour le peuple français). C’est ce qui a donné à la Ve République le contour que nous lui connaissons, en particulier depuis 1962 et l’élection du président de la République au suffrage universel direct : un système présidentialiste, selon la formule du constitutionnaliste Duhamel.

Certes, la Ve République s’est adaptée, mais il n’est pas saugrenu de penser que, plus de cinquante ans après son adoption, elle a effectivement façonné les comportements politiques, ceux des électeurs comme ceux du personnel politique : la défiance vis-à-vis des « errements du régime des partis », selon la formule gaullienne, est le fond sur lequel prospère le Front national, qui s’appellera peut-être demain « les patriotes ». C’est cela qui fait son succès, la méfiance à l’encontre des partis politiques, et celle-ci est inscrite dans les gènes de la Ve République.

Un mouvement qui parvient à se positionner comme le parti antisystème a tout pour gagner dans un régime pareil. Or, c’est bien la place que nos institutions ont donnée au Front national. La révision constitutionnelle de 2000 avec le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, permettant à l’élection du président de la République de précéder celle des députés, est venue encore renforcer le fait présidentiel ; la multitude des révisions intervenues depuis 1992 (19, dont celle de 2008) n’a pas réellement empiété sur son rôle, même si l’article 4 consacré aux partis et groupements politiques a été légèrement étoffé.

Pensées pour un homme providentiel qui allait durer et qui inscrirait son projet dans l’histoire, les institutions de la Ve République et son droit électoral ont un effet particulièrement délétère sans cet homme providentiel. Combinées avec le régime électoral choisi, et en particulier le scrutin majoritaire à deux tours pour l’élection des députés, ces institutions font que l’on assiste à une succession de majorités tenues à un homme, qui s’opposent les unes aux autres, au moins dans les discours.

Aucune culture du compromis ou du consensus ne peut émerger d’un tel terreau ; tous sont vus comme compromissions et pertes de repères, faisant le jeu de ceux qui se proclament à l’extérieur du système. Et de fait, les institutions, Constitution et droit électoral pris ensembles, maintiennent l’extrême droite à l’extérieur de la sphère de la responsabilité au niveau national, voire de la sphère de la représentation. C’est faire le lit d’un discours irresponsable, sans que ses conséquences en apparaissent. Dans un tel contexte, la seule stratégie ne peut être que de gagner l’élection suprême.

Le parallèle avec les Etats-Unis, autre démocratie présidentielle, n’infirme pas cette thèse, bien au contraire. Les scores de Donald Trump, candidat à la primaire républicaine qui affiche un positionnement extrémiste, montrent les risques de surenchère qu’entraîne une forte personnalisation du pouvoir dans des périodes où les sociétés sont tentées par le rejet du système.

Mais, si Donald Trump était élu, il ne disposerait pas des mêmes pouvoirs que Marine Le Pen en France : le rôle du Congrès, du Sénat, ainsi que celui des Etats fédérés et de la Cour suprême, l’existence d’élections à mi-mandat tempèrent les pouvoirs du président américain. Les deux mandats d’Obama l’ont cruellement rappelé à ceux qui attendaient d’un homme nouveau une reconfiguration de la politique des Etats-Unis.

La réponse institutionnelle n’est évidemment pas la seule à donner au vote d’extrême droite mais elle est la plus puissante, celle qui peut modifier en profondeur notre rapport à la politique car elle en changera les règles du jeu. Il n’est pas sûr que cette réponse puisse advenir de la classe politique actuelle, forgée par la Constitution et le droit électoral des cinquante dernières années, habituée au cumul des mandats et à leur succession, et qui a tôt fait d’intégrer le vote frontiste dans ses calculs. Mais il est clair que d’autres institutions sont nécessaires si nous ne voulons pas que la Ve République tienne sa promesse, celle de la mise à l’écart des partis politiques de gouvernement.

Et, par-delà la question du Front national qui tire avantage de cette situation, il s’agit aussi de savoir larguer les amarres par rapport à notre héritage monarchique : un pouvoir plus disséminé, moins hystérique, n’est-ce pas ce dont nous avons besoin pour cesser de vivre la politique sur le mode de l’invective et la poser sur le mode de l’efficacité ? Dans son discours de Bayeux, de Gaulle rappelait la formule de Solon sur la question de la meilleure Constitution : « Dites-moi d’abord pour quel peuple et à quelle époque. » Aujourd’hui, nos institutions ne correspondent ni au temps ni aux hommes. Il est grand temps d’y faire face.

Valérie Charolles  »

Dire qu’il n’y a pas de pertinence dans l’analyse de Valérie Charolles serait mentir. En particulier lorsqu’elle rappelle que la  » La Constitution de 1958 a été pensée, de façon explicite (…) contre les partis politiques « , en réaction à l’impuissance et à l’inertie chroniques de la IVe République qualifiée à juste titre de  » Régime des partis « . Le général de Gaulle ne disait-il pas dès 1947 : « des petits partis qui cuisent leur petite soupe au petit coin de leur feu » (discours de Vincennes, 5 octobre 1947) ? En revanche, lorsqu’elle affirme que «  la Ve République s’est adaptée « , elle dit en réalité que les partis  » de gouvernement  » ont mis nos institutions sous tutelle et en coupe réglée grâce au compérage de deux d’entre eux qui prétendent à un pseudo-Front républicain mais que nous appelons simplement et avec réalisme, l’UMPS ! Il y a donc bien eu détournement de la volonté du général de Gaulle.

De même, lorsqu’elle écrit que  » Un mouvement qui parvient à se positionner comme le parti antisystème a tout pour gagner dans un régime pareil. Or, c’est bien la place que nos institutions ont donnée au Front national.  » Elle n’a pas tort. Mais la cause en est ce que nous venons de préciser : l’arrogance et la tyrannie de l’UMPS. Elle en fait d’ailleurs le constat…sans le savoir :  » Aucune culture du compromis ou du consensus ne peut émerger d’un tel terreau ; tous sont vus comme compromissions et pertes de repères, faisant le jeu de ceux qui se proclament à l’extérieur du système « , nous dit-elle.

Et nous en arrivons au coeur du problème institutionnel français.  » Pensées pour un homme providentiel qui allait durer et qui inscrirait son projet dans l’histoire, les institutions de la Ve République et son droit électoral ont un effet particulièrement délétère sans cet homme providentiel. » Madame Charolles approche de la prise de conscience ! Comme nous le lui disions…elle y est presque.

Car, lorsqu’elle affirme que  » d’autres institutions sont nécessaires si nous ne voulons pas que la Ve République tienne sa promesse, celle de la mise à l’écart des partis politiques de gouvernement « , elle ne comprend pas (encore) qu’il n’y a qu’une alternative : le Roi. Pour lequel la Constitution de 1958 prendrait toute sa signification.

Lui seul pourra mettre un terme à cette schizophrénie institutionnelle et reléguer le Front national dans les oubliettes de l’Histoire.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le Front national, qui l’a bien compris, est un parti républicain…

Alors, Madame Charolles, quand nous rejoignez-vous ?

Le 8 mai 2016.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, Ministre de la Maison du Roi, Conseiller aux affaires intérieures, à l’ordre public et à l’organisation du territoire.

 

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