Droit de cuissage : quand la réalité républicaine dépasse la fiction.

12 Mai

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Les manuels scolaires de nos enfants sont remplis de falsifications des coutumes de nos ancêtres, avant la tragédie révolutionnaire. Le fameux « droit de cuissage » des seigneurs au lit de leurs vassaux ou de leurs serfs en est l’exemple le plus caricatural.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des écrivains et historiens comme Voltaire dans son Essai sur les mœurs ou Jules Michelet ont accrédité cette thèse. Ce dernier multiplie les détails à ce sujet dans La Sorcière :

« Le seigneur ecclésiastique, comme le seigneur laïque, a ce droit immonde. Dans une paroisse des environs de Bourges, le Curé, étant seigneur, réclamait expressément les prémices de la mariée, mais voulait bien en pratique vendre au mari, pour argent, la virginité de sa femme » et plus loin, parlant des seigneurs : « On voit d’ici la scène honteuse. Le jeune époux amenant au château son épousée. On imagine les rires des chevaliers, des valets, les espiègleries des pages autour de ces infortunés. — « La présence de la châtelaine les retiendra ? » Point du tout. La dame que les romans veulent faire croire si délicate, mais qui commandait aux hommes dans l’absence du mari, qui jugeait, qui châtiait, qui ordonnait des supplices, qui tenait le mari même par les fiefs qu’elle apportait, cette dame n’était guère tendre, pour une serve surtout qui peut-être était jolie. Ayant fort publiquement, selon l’usage d’alors, son chevalier et son page, elle n’était pas fâchée d’autoriser ses libertés par les libertés du mari. » Mais on sait le parti pris de ces auteurs contre l’époque de nos rois.

En vérité, nul n’a jamais retrouvé mention de cet usage dans le droit positif français, ni dans les coutumes de France, ni dans les archives publiques du contentieux civil ou fiscal, mais simplement d’un « usage » qui s’apparente davantage à une tradition populaire symbolique.

En revanche, « l’affaire Baupin » dont on nous rebat les oreilles depuis plusieurs jours révèle un authentique droit de cuissage républicain, principalement au sein du monde politique, qui s’ajoute aux obsessions révélées dans les affaires sexuelles successives de Dominique Strauss-Kahn. Souvenez-vous qu’à l’époque du procès du Carlton de Lille, le journaliste de France 24 Tony Todd avait écrit :  » Calme, confiant et souriant, Dominique Strauss-Kahn a quitté la cour, sans que les révélations sensationnalistes sur ses mœurs sexuelles soient parvenues à ébranler sa ligne de défense. Il a toujours présumé que les femmes étaient consentantes – pour du sexe brutal – , a-t-il déclaré à la Cour, en raison de qui je suis… «  » En raison de qui je suis… «  Tout est résumé dans ces mots. Le sentiment de toute-puissance que donne l’appartenance au monde politique, et les mécanismes d’emprise qui s’y attachent dans les relations entre les hommes et les femmes. Cela n’exclut évidemment ni le talent, ni l’intelligence, ni l’attirance qu’ils exercent. Qui dans ce cas viennent encore redoubler la responsabilité d’avoir profité de la faiblesse d’autres êtres humains.

Mais l’affaire Baupin résume aussi bien les caractéristiques d’un monde politique où le cumul des mandats, le clanisme et la professionnalisation, donc le carriérisme, conduisent à ce que les mêmes se côtoient pendant des années et que s’installe une dépendance malsaine entre individus. On est bien loin du lien féodal trainé dans la boue des livres d’école…

Le monde politique est sans doute aujourd’hui le lieu le moins civilisé de notre société : intimidations, menaces, soumission à la loi du plus fort y sont le lot commun. Le huis clos et l’entre-soi alimentent aujourd’hui la violence avec un corollaire révoltant, ceux qui sont chargés de faire la loi en tirent un sentiment d’impunité à nul autre pareil. Et, en prime, cette insupportable propension à faire la leçon à la Terre entière !

S’ils ne l’entendent pas, tôt ou tard ils seront balayés. 

Le 12 mai 2016.

Pour le CER, Jean-Yves Pons.

 

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3 Réponses to “Droit de cuissage : quand la réalité républicaine dépasse la fiction.”

  1. Fabrice Beaudoin-Quéré mars 19, 2017 à 10:17 #

    Bonsoir, sauf erreur de ma part, l’illustration de votre article représente le mariage par procuration d’Anne de Bretagne et Maximilien d’Autriche, ici représenté par un émissaire: Il n’y est donc pas question de « droit de cuissage » mais d’un « mariage par procuration »!

    • conseilesperanceduroi mars 21, 2017 à 9:40 #

      Vous avez parfaitement raison concernant la gravure du XIXe siècle figurant dans cet article. Elle représente bien le mariage par procuration d’Anne de Bretagne et Maximilien d’Autriche. L’auteur de la gravure semble avoir fait un amalgame avec le fameux droit de cuissage tel qu’on l’imaginait à cette époque. C’est évidemment une erreur.
      Dans notre article, cette gravure n’était qu’une illustration évocatrice mais…mal choisie.

  2. alaintexier avril 25, 2017 à 4:00 #

    Les mensonges de l’Histoire

    Le droit de cuissage

    Faux ! Le droit de cuissage n’est qu’un mythe, colporté par les philosophes des lumières, puis complaisamment repris par les auteurs républicains du XIX° siècle, à qui nous devons déjà plusieurs fariboles célèbres, telles que « nos ancêtres les Gaulois », « au Moyen âge, les gens ne se lavaient pas », etc.

    Mais qu’est ce que ce fameux droit de cuissage dont nous discutons aujourd’hui ? Selon certains auteurs, le seigneur médiéval avait le droit de passer la première nuit de noces avec la femme d’un de ses vassaux, sujets ou serfs.

    Cette étrange coutume fut dénoncée pour la première fois au cours du XVIII° siècle par les philosophes de lumières. Voltaire, dans le Dictionnaire philosophique, à l’article « Cuissage ou Cullage », révéla que certains seigneurs du Moyen âge n’auraient pas hésité à avoir des relations sexuelles avec les épouses de leurs sujets. Toutefois, Voltaire indiquait lui même que cette pratique tyrannique ne fut jamais approuvée par la loi…

    Ce n’est qu’au cours du XIX° siècle que le droit de cuissage apparut sous un nouveau jour, sous la plume de certains auteurs. Ainsi, ces derniers, sans même se baser sur des sources d’époque, fustigèrent sans retenue cette soi-disante coutume moyenâgeuse.
    Mais rappelons qu’à cette date, l’objectif de ces auteurs républicains était de « noircir » l’époque médiévale et d’encenser la République, afin que les jeunes générations ne souhaitent pas retrouver une France d’avant la Révolution.

    Outre les fariboles énoncées au début de cette page, ces auteurs dénoncèrent en outre le droit de ravage, selon lequel un seigneur avait le droit de dévaster les champs de ses sujets ; ainsi que le droit de prélassement, autorisant le noble à faire éventrer un de ses serfs afin de s’y réchauffer les pieds ! (deux droits intégralement chimériques, évidemment.)

    Toutefois, si en France le droit de cuissage n’a jamais existé, plusieurs textes du Moyen âge attestent l’existence du cullage, ou formariage. Cette loi interdisait à un sujet de se marier hors de la seigneurie, interdiction néanmoins levée en échange du versement d’une taxe (en latin, cullage se dit cullagium, ce qui signifie « collecte. »).

    Cet impôt au nom si tendancieux ne fut plus d’usage dès la Renaissance. Ainsi, lorsque Voltaire écrivit son article dans le Dictionnaire philosophique, personne ne se souvenait plus de la fonction première de cette taxe.
    L’homonymie frappante de cet impôt avec une certaine partie de notre anatomie, la méconnaissance des uns et la malhonnêteté doctrinale des autres, transformèrent peu à peu cette taxe en ce fameux droit de cuissage tant décrié…
    ___________________________________

    http://www.histoire-fr.com/mensonges_histoire_droit_cuissage.htm

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