BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (27 mai 2016)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

27 Mai

Le trompe l’oeil du budget de l’Etat

Michel Sapin, notre ministre des Finances, nous raconte des balivernes. Le budget de l’Etat n’est pas sincère. Et ce n’est pas nous qui le prétendons, c’est la Cour des comptes qui l’affirme !

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Une maîtrise en trompe-l’œil ? Telle est la conclusion qui s’impose en effet à la lecture du rapport de la Cour des comptes, rendu public mercredi 25 mai, sur l’exécution du budget de l’Etat en 2015. En apparence, le déficit budgétaire (70,5 milliards d’euros) a été inférieur de 15,1 milliards à celui de 2014 (85,6 milliards) et de 4,4 milliards d’euros à celui de 2013. Toutefois, note la Cour, ces évolutions sont  » peu significatives « , du fait des éléments exceptionnels – programme d’investissements d’avenir (PIA) et versements au Mécanisme européen de stabilité (MES) – qui avaient dégradé le solde de l’année précédente.

La Cour des comptes présente une évolution annuelle du déficit budgétaire en éliminant les dépenses exceptionnelles, comme les versements au MES, et en prenant en compte les décaissements effectifs de l’Etat aux organismes gestionnaires des PIA. Après ces retraitements, elle établit le déficit budgétaire de l’Etat à 74 milliards d’euros. Soit à peine 300 millions d’euros de moins qu’en 2014 (74,3 milliards) et 5,2 milliards de plus qu’en 2013 (68,8 milliards).

Même s’il est vrai que  la montée en charge du crédit d’impôt compétitivité emploi s’est traduit par une diminution des recettes fiscales de 5,4 milliards d’euros par rapport à 2014 et que le pacte de responsabilité a aggravé le déficit de 5,1 milliards, il n’en reste pas moins que le déficit de l’Etat reste à un niveau élevé et que sa situation nette – correspondant à la différence entre ses actifs et ses passifs – continue de se détériorer.  » Elle est négative à hauteur de 1 115 milliards d’euros, soit l’équivalent d’environ quatre années de produits régaliens – les impôts – « , souligne la Cour. En une année, elle s’est dégradée de 93,3 milliards d’euros.

Si les recettes fiscales ont été proches de celles prévues en loi de finances initiale, la Cour des comptes se montre beaucoup plus dubitative sur le sujet des dépenses. Dans un chapitre intitulé  » une maîtrise des dépenses en demi-teinte « , elle observe que  » les conditions d’une maîtrise durable des dépenses de l’Etat ne sont pas réunies « .

 » En exécution, les “économies” se sont avérées faibles « , note la Cour des comptes. Tout est dans les guillemets car  » Cette notion d’“économies” ne correspond pas à l’usage habituel du terme « , ajoute-t-elle. En clair, le gouvernement évalue l’effet de mesures nouvelles par rapport à l’estimation de ce qu’aurait été l’évolution tendancielle des dépenses, à législation constante. Et, pour parvenir à afficher son  » chiffre magique  » de 50 milliards d’euros d’économies en trois ans, il a tendance à surévaluer l’évolution tendancielle.

 » Les véritables “économies” imputables à l’exercice 2015 se limiteraient donc à 1,7 milliard d’euros « , estime la Cour des comptes. Par surcroît, elles correspondent, pour 1 milliard d’euros, à des prélèvements sur le fonds de roulement de divers organismes bénéficiaires de taxes affectées (chambres de commerce et d’industrie, agences de l’eau, universités, fonds national de garantie des risques agricoles). Ces prélèvements, non reconductibles, ne constituent pas des économies structurelles. Au total, la Cour des comptes chiffre à 3 milliards d’euros les  » contournements de la charte de budgétisation  » opérés par Bercy dans la présentation de l’exécution du budget de l’Etat en 2015.

A court terme, c’est surtout grâce à des économies de constatation, notamment sur la charge de la dette, des artifices de présentation ou des mesures  » à un coup « , non reconductibles, que la dépense a pu être maintenue à un niveau permettant une très légère réduction du déficit. L’effort structurel, lui, est inférieur à ce qui avait été annoncé et, insiste la Cour des comptes dans sa conclusion,  » l’exercice 2015 est pauvre en mesures susceptibles de réduire les dépenses au cours des prochaines années « .

Visiblement, la Cour des comptes et Bercy n’ont pas la même conception des économies. Nous non plus !

Après les joyaux de la couronne en 1887*

Le gouvernement français brade aujourd’hui nos bijoux de famille.

Pour des raisons économiques autant que diplomatiques, plusieurs des Instituts français à l’étranger, symboles de l’influence française, ont été ou sont vendus, suscitant d’intenses protestations

Quatre cents ans d’histoire… et 4 000 m2 à chauffer et à entretenir : c’est trop pour le budget français ! (mais plusieurs centaines de milliers de migrants clandestins incultes et sans formation à nourrir, loger, entretenir, soigner et enseigner ce n’est pas trop…). L’Etat a donc décidé de revendre la Maison Descartes, un beau bâtiment du cœur d’Amsterdam, édifié sur pilotis par l’architecte Adriaan Dortsman lors du Siècle d’Or des Pays-Bas. L’ensemble du Vijzelgracht, l’un des célèbres canaux de la capitale néerlandaise, abrite à la fois l’Institut français des Pays-Bas et le consulat général. Acquis en 1966 par la France, l’ancien hospice, devenu la Maison Descartes, devrait être fermé le 30 juin. Ses activités et ses cours de langue devraient être abandonnés, ses 30 employés néerlandais et professeurs licenciés.

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Maison Descartes à Amsterdam

L’Etat semble incapable d’assumer le coût d’une indispensable rénovation du bâtiment qui abrite une salle de cinéma, une médiathèque, une bibliothèque, ainsi qu’un centre du livre favorisant la diffusion de la littérature et la traduction d’ouvrages. Un promoteur néerlandais a décroché le contrat pour la revente du bâtiment, mais aucun candidat acheteur ne se serait manifesté à ce stade.

Parmi le personnel, la consigne de silence imposée est scrupuleusement respectée. L’ambassade est seule habilitée pour répondre aux questions sur cette fermeture qui devrait entraîner la cessation des activités de l’Institut français. La diplomatie française nuance les rumeurs alarmistes : cinq licenciements seulement interviendraient et  » tous les moyens  » devraient être dégagés pour maintenir les activités culturelles, après «  une période de transition «  – une affirmation mise en doute par des employés eux-mêmes : seules certaines branches d’activité seraient reprises par l’ambassade à La Haye et les cours de langue organisés, en partie, par l’Alliance française. Nous sommes près à les croire !…Une pétition – en anglais – pour le maintien de l’Institut a réuni quelque 4 000 signatures.

D’autres instituts culturels de prestige ont subi le même sort récemment, comme celui de Vienne, installé dans le magnifique palais Clam-Gallas, édifice néoclassique du début du XIXe avec un parc de 4,5 hectares contigu au lycée français (Lire « La vente des bijoux de famille s’accélère » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/08/29/bulletin-climatique-du-week-end-2930-aout-2015de-la-republique-francaise/). Sa vente au Qatar pour 25 millions d’euros, qui en fera son ambassade dans la capitale autrichienne, a été actée le 11 novembre 2015, suscitant de vigoureuses protestations.  » C’est un cas spécifique et aberrant, à la fois en raison du lieu symbole de la présence française à Vienne, en raison de l’acquéreur, mais aussi de la procédure suivie sans aucune transparence « , clame Jean-Yves Leconte, sénateur socialiste des Français à l’étranger, qui accuse le Quai d’Orsay et son ministre de l’époque, Laurent Fabius, d’avoir balayé toutes les alternatives crédibles.

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Palais Clam-Gallas à Vienne

On avait évoqué le regroupement dans ce palais du consulat et d’autres services officiels français, ou sa transformation, avec le partenariat d’entreprises françaises, en un lieu d’événements de prestige, tout en y maintenant l’Institut. » Ce bâtiment de 3 000 m2, classé monument historique, était difficile voire impossible à réadapter à un autre usage « , rétorque-t-on à Paris où l’on rappelle que les seuls frais d’entretien dévoraient l’essentiel du budget de l’Institut. D’où ce choix de vendre le prestigieux palais à ce riche petit pays du Golfe qui veut renforcer sa présence en Autriche et en Europe centrale au travers d’une procédure  » de gré à gré  » entre Etats. Mais les Autrichiens n’en veulent pas ! Ils l’ont montré lors des dernières élections présidentielles.

Des ventes immobilières qui signent un changement d’époque. Le réseau culturel français, l’un des plus importants au monde, avait été pensé lors de sa création au début du XXe siècle, en termes de  » rayonnement  » de la France.  » Ce concept était cohérent avec notre idée de l’époque sur la puissance, qu’elle fût militaire, économique, technologique « , relève Michel Foucher, géographe et diplomate, auteur notamment d’un Atlas de l’influence française au XXIe siècle (Robert Laffont). L’approche aujourd’hui est différente, privilégiant l’influence, au travers de l’interaction et de la réciprocité. A l’heure où l’on peut se procurer un DVD ou un livre en français sur Amazon, la diplomatie culturelle française en Europe vise de plus en plus à  » une présence hors les murs  » fondée sur des partenariats et des opérations transversales, plutôt qu’au maintien de structures coûteuses et d’une utilité relative.

 » Les communautés françaises à l’étranger sont volontiers conservatrices et ces instituts cristallisent souvent l’attachement au pays d’origine « , reconnaît un ancien ambassadeur. A Berlin, la mobilisation de l’opinion – et l’ire discrète mais efficace des autorités allemandes – a finalement bloqué le projet de vente annoncé en avril 2013 de la  » Maison de France  » sur le Kurfürstendamm, symbole de la relation franco-allemande et de la vie culturelle de l’ex-Berlin- Ouest. MERCI !…

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Maison de France à Berlin

Même si elles déchaînent les passions, les ventes de ces instituts ne représentent pourtant qu’une petite partie de la mise à l’encan des bijoux de famille.  » Il y a beaucoup plus de résidences d’ambassadeurs ou même d’ambassades vendues « , souligne le ministère des affaires étrangères, rappelant  » qu’il ne s’agit pas de la politique immobilière du Quai d’Orsay mais de celle de l’Etat. Le but de ces opérations vise à adapter un réseau diplomatique français représenté dans 183 pays, le troisième du monde après avoir été longtemps le deuxième derrière les Etats-Unis, et désormais la Chine. Certaines représentations françaises sont devenues trop petites ou au contraire trop grandes alors que Paris met certains postes en sourdine afin d’augmenter sa présence dans les pays émergents.

Le ministère des affaires étrangères a ainsi récolté entre 2006 et 2015 quelque 700 millions d’euros à travers plus de 200 opérations immobilières dont certaines furent très contestées, touchant à des lieux très symboliques du prestige de la France comme la résidence de l’ambassadeur de France à l’ONU, somptueux duplex de dix-huit pièces sur Park Avenue à New York, vendue 51 millions d’euros. France Domaine, le service du ministère des finances chargé de l’ensemble du patrimoine immobilier de l’Etat, évalue à 5 milliards d’euros celui du Quai d’Orsay, dont un milliard au Liban, pour l’essentiel des biens religieux ou scolaires difficilement cessibles.

La République détruit la France et ruine les Français.

* À l’instigation de Benjamin Raspail. Souvenez-vous de lui dans vos prières.

Quand la Cinquième colonne est à la barre

Une jeune femme, « secourue » mardi sur un bateau au large de la Libye (Lire « SOS-Méditerranée…fait la manche » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/05/25/bulletin-climatique-quotidien-25-mai-2016de-la-republique-francaise/), a donné naissance à un petit garçon mercredi à bord du navire humanitaire Aquarius. « Le bébé, Destiné-Alex, est né mercredi à 17h05, ici à bord, et c’est la première naissance à bord d’Aquarius« , s’est félicitée Ruby Pratka, responsable canadienne de la communication terrain de SOS Méditerranée, l’ONG qui affrète le navire Aquarius pour « secourir » les migrants en mer. Comprenez qu’il ne  s’agit en aucun cas d’un navire de « sauvetage » mais d’un des navires chargés de pratiquer la traite négrière au profit d’esclavagistes européens. 

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« L’accouchement s’est passé comme dans un rêve » (l’expression n’est pas trop forte !), a précisé Ruby Pratka, « et le bébé est né en très bonne santé, et la mère aussi. Ça a été un grand soulagement, et une grande joie pour nous tous. Dans l’abri des femmes et des enfants, ça dansait, ça chantait, ça fêtait ! C’était vraiment beau à voir« . La responsable de la communication de SOS Méditerranée a précisé que « les parents ont donné le deuxième prénom Alex en l’honneur de notre capitaine qui s’appelle Alex Moroz« . Nous sommes en effet très loin du sauvetage en mer :

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« Les parents sont Camerounais« , a-t-elle précisé. « Leur parcours est le même que beaucoup des Camerounais qui sont à bord. Ils sont partis par la Libye, où ils ont dû vivre enfermés en raison de la situation sécuritaire. Ils sont allés jusqu’à la frontière libyenne où ils ont été abandonnés par leurs passeurs, ils ont dû se débrouiller seuls. Moi je suis étonnée que la femme ait si bien pu vivre tout ça dans sa condition. »

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Nous sommes en larme !

L’accouchement a eu lieu alors que l’Aquarius faisait route vers la Sardaigne, avec des centaines d’autres migrants secourus dans la journée. « On ne sait pas encore si le bébé va avoir la nationalité italienne« , a expliqué sans rire Ruby Pratka. Comme s’il était évident d’ « AVOIR » la nationalité X ou Y parce qu’il suffit ne venir au monde dans un navire affrété par des négriers et alors que l’on est accompagné de ses deux parents de nationalité camerounaise !…« On ne sait pas encore si on était à ce moment-là dans les eaux italiennes ou internationales« , a-t-elle même osé préciser.

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Destiné-Alex et ses géniteurs

Vous comprenez maintenant pourquoi il ne s’agit pas de « sauvetage » mais de complicité dans la traite négrière et le « Grand Remplacement » ?

 

Et quand Néandertal remet les pendules à l’heure

Comme nous y insistons régulièrement (Lire « Homo scepticus !« : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/10/10/bulletin-climatique-du-week-end-1011-octobre-2015-de-la-republique-francaise/), le dogme d’un foyer unique d’apparition de l’homme moderne (en Afrique de l’Est) commence à être remis en question…non sans résistance de la part de ceux qui en ont fait leur principe idéologique autant que leur gagne pain. Mais l’hypothèse contraire de la multifocalité souffre de la difficulté qu’il y a encore à mettre en évidence des fossiles en bon état de conservation dans des régions plus septentrionales qui ont affronté des conditions climatiques et géologiques bien moins favorables. Peut-être n’est-il pas inutile de citer ici le texte du paléontologue Yves Coppens : « l’Afrique n’est pas le seul berceau de l’humanité moderne » (Sciences et Avenir n°722). Or nous allons voir que les choses avancent à grands pas.

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S’aventurer dans les profondeurs d’une grotte, y faire reculer l’obscurité, une torche à la main. Trouver une vaste salle hérissée de stalagmites. Les briser par centaines. Les assembler pour ériger de petits enclos circulaires, tout en gardant vivante la lueur vacillante du feu — pour retrouver le chemin du retour à l’air libre. « Il y a quelques années, dit Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l’université de Bordeaux, je n’aurais jamais cru que l’homme de Néandertal, que j’étudie depuis trente ans, en soit capable. » Tant on tenait cet ancêtre pour primitif. C’est pourtant bien ce qu’il décrit dans un article signé par une équipe internationale, et publié dans la revue Nature jeudi 26 mai : il y a 176 500 ans, l’homme de Néandertal a construit d’énigmatiques structures à plus de 300 mètres de l’entrée de la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Il s’agit de la plus ancienne construction jamais découverte aussi loin de la lumière du jour.

Vallée de l’Aveyron à hauteur de la grotte de Bruniquel vue depuis le village de Bruniquel, Tarn-et-Garonne. Cette grotte, découverte en février 1990, comporte des structures aménagées qui viennent d’être datées d’environ 176 500 ans. Cette découverte recule considérablement la date de fréquentation des grottes par l’Homme, la plus ancienne preuve formelle datant jusqu’ici de 38 000 ans (Chauvet). Elle place ainsi les constructions de Bruniquel parmi les premières de l’histoire de l’Humanité. UMR5199 DE LA PREHISTOIRE A L'ACTUEL : CULTURE, ENVIRONNEMENT ET ANTHROPOLOGIE 20160048_0008

Vallée de l’Aveyron à hauteur de la grotte de Bruniquel

La surprise de ce spécialiste témoigne de l’extrême rareté des vestiges laissés par Homo neanderthalensis sur le continent européen, qu’il a pourtant occupé entre – 400 000 ans et – 40 000 ans, jusqu’à l’arrivée d’Homo sapiens, qui, selon les classiques, le supplante rapidement. Cette stupéfaction rétrospective traduit aussi peut-être des préjugés, conscients ou non, dont ce cousin à la réputation de brute épaisse a longtemps fait l’objet. « La découverte de Bruniquel apporte une perception différente de Néandertal : 140 000 ans avant Homo sapiens à Chauvet, il s’était déjà approprié le monde souterrain, souligne Jacques Jaubert. Je suis impressionné et respectueux devant cette exploration primitive. »

Est-il si surprenant que cet homininé robuste n’ait pas eu peur du noir ? Ce gaillard, qui maîtrisait le feu, inhumait ses morts et se parait d’ocre, taillait aussi la pierre et affrontait les bêtes (ours, rennes, bisons, mammouths, etc.) et le climat féroces de son époque. Ce n’était pas un poltron.

« Quand il y a une ressource à exploiter, les gens sont moins réticents », témoigne Sophie Verheyden (Institut royal des sciences naturelles de Belgique), qui l’a observé dans des cavernes au Mexique et au Yémen. La spéléologue et spécialiste de l’étude des spéléothèmes (stalactite et stalagmite), à qui l’on doit la redécouverte de Bruniquel, se demande si les beaux reflets des roches calcaires (calcites) n’ont pas fait partie de l’attrait exercé sur Néandertal par cette caverne, qui en est tapissée.

Mais tenons-nous-en aux faits : au début des années 1990, un jeune spéléologue de la région, Bruno Kowalscewski, découvre, en surplomb de l’Aveyron, l’entrée d’une grotte de la taille d’un terrier de lapin, qu’il désobstrue, pour tomber sur une vaste galerie, habitée jadis par des ours bruns qui y ont laissé leurs traces. L’étude en est confiée à François Rouzaud, conservateur en chef du patrimoine de Midi-Pyrénées, en 1992-1993, qui procède au relevé de structures faites de stalagmites. Le carbone 14 donne une date de plus de 47 000 ans, aux limites de cette méthode de datation. Les résultats, publiés dans une revue de spéléologie, resteront assez confidentiels, tout comme les débats pour savoir si Homo sapiens ou Néandertal est l’auteur des constructions. La mort de François Rouzaud scellera pour presque vingt ans la grotte à la science.
Jusqu’à ce qu’en 2011, Sophie Verheyden la visite. Découvrant les structures enrobées par la calcite, elle comprend qu’il serait possible de les dater avec de nouvelles méthodes, en analysant leur extrémité et la base des stalagmites qui ont poussé dessus. En 2014, une campagne de prélèvement est organisée, les propriétaires privés de la grotte l’ayant rouverte aux scientifiques. Des échantillons sont confiés à Hai Cheng, « pape » chinois de la datation à l’uranium-thorium, qui révèle une ancienneté insoupçonnée : 176 500 ans, à 1 000 ans près. « Vertigineux ! Inouï ! », les chercheurs sont stupéfaits.

Il faut confirmer : au printemps 2015, les analyses se poursuivent. Les 400 « spéléofacts » qui constituent les structures circulaires représentent 112 mètres linéaires de stalagmites, plus de 2,4 tonnes de matériau. On dénombre 18 points de chauffe, avec des éléments minéraux modifiés par le feu — probablement pour éclairer la scène. « Le feu, c’est la preuve qu’il s’agit bien d’une fréquentation humaine », souligne Dominique Genty (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, CNRS), qui, comme Sophie Verheyden, reconstitue les climats anciens à l’aide des spéléothèmes. Quel temps faisait-il à Bruniquel il y a 176 000 ans ? « C’était une période glaciaire, mais relativement humide, puisque de l’eau s’écoulait dans la grotte, dit-il. Il y a aussi beaucoup de pollens d’arbre à cette période. »

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Stalagmites organisés en cercles dans la grotte de Bruniquel

Comprendre la fonction de telles structures circulaires est un défi. Cela démontre une nouvelle fois le peu de connaissances que nous avons des comportements des humains archaïques du Pléistocène, qui sont presque uniquement documentés par les outils de pierre et les restes de gibiers.
Mais les querelles ne manqueront pas sur l’interprétation du comportement de ces Néandertaliens car les débats sur la modernité de Néandertal divisent la communauté scientifique. Certains le voient comme un humain archaïque naturellement supplanté par l’homme moderne venu d’Afrique, d’autres veulent en faire son égal malchanceux – comme une figure anachronique du bon sauvage exterminé par un colonisateur sans scrupule. En réalité, la génétique a récemment bouleversé ces conceptions figées en montrant que ces deux humanités s’étaient croisées, mêlées et peut-être aimées, au point que nous portons dans notre ADN, encore aujourd’hui, quelques pourcents d’ADN néandertalien. Le fondement même de la multifocalité de l’apparition de l’homme et…le bon sens même.

« Bruniquel, qui est une découverte fascinante, nous montre que les structures circulaires faisaient partie de la culture matérielle des Néandertaliens », explique Wil Roebroeks, de l’université de Leyde (Pays-Bas). Il rappelle qu’une équipe française, dirigée par Marylène Patou-Mathis (Muséum national d’histoire naturelle), a décrit en 2012 une construction circulaire faite d’os de mammouths, en plein air, en Ukraine, datant de 45 000 ans. Elle aurait pu servir de base pour un abri néandertalien.

« Nous mettions en évidence que des Néandertaliens faisaient déjà ce que des Homo sapiens feraient plus tard », remarque Marylène Patou-Mathis, pour qui la découverte de Bruniquel s’inscrit dans un ensemble de résultats récents de la recherche allant dans ce sens. A Krapina, en Croatie, on a retrouvé des restes de serres d’aigle vieilles de 130 000 ans, qui avaient visiblement été liées entre elles pour en faire un collier. La chercheuse évoque aussi la grotte d’Abric Romani, en Espagne, ou des aires de couchage, de cuisine et de débitage bien distinctes et vieilles de 60 000 ans ont été identifiées. Certains pensent même que Néandertal mettait des pierres dans l’âtre pour chauffer ensuite l’eau d’un petit bassin creusé dans le sol.

Vue générale de la salle dans la grotte de Bruniquel, Tarn-et-Garonne en 1992/93. Cette grotte comporte des structures aménagées datées d’environ 176 500 ans. L’équipe scientifique a développé un nouveau concept, celui de "spéléofacts", pour nommer ces stalagmites brisées et agencées. L’inventaire de ces 400 spéléofacts montre des stalagmites agencées et bien calibrées qui totalisent 112 mètres cumulés et un poids estimé à 2,2 tonnes de matériaux déplacés. Ces structures sont composées d’éléments alignés, juxtaposés et superposés (sur 2, 3 et même 4 rangs). Cette découverte recule considérablement la date de fréquentation des grottes par l’Homme, la plus ancienne preuve formelle datant jusqu’ici de 38 000 ans (Chauvet). Elle place ainsi les constructions de Bruniquel parmi les premières de l’histoire de l’Humanité. Ces travaux ont été menés par une équipe internationale impliquant notamment Jacques Jaubert de l’université de Bordeaux, Sophie Verheyden de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB) et Dominique Genty du CNRS, avec le soutien logistique de la Société spéléo-archéologique de Caussade, présidée par Michel Soulier. UMR5199 DE LA PREHISTOIRE A L'ACTUEL : CULTURE, ENVIRONNEMENT ET ANTHROPOLOGIE 20160048_0007

Vue générale de la salle dans la grotte de Bruniquel

« Je pense depuis longtemps que les Néandertaliens avaient les mêmes capacités cognitives que les hommes modernes contemporains, estime, lui aussi, le paléoanthropologue Bruno Maureille (CNRS Pacea Bordeaux). Mais avec Bruniquel, on a des données très solides pour l’affirmer. » Il s’interroge sur la fonction de ces structures, qui ne répondent apparemment pas à une « perspective matérielle ». « Il y a autre chose derrière… » Mais quoi ? Au plus profond d’une grotte, ne faut-il pas chercher du côté du rituel ou du symbolique ? Pour lui aussi, la découverte de Bruniquel « est intrigante, et souligne avant tout que leur culture matérielle, y compris leur “architecture’’, n’a tout simplement pas survécu en plein air. »

Pour en savoir plus : http://www.dailymotion.com/video/x4ce4sl

Comme leurs prétendus « ARTS PREMIERS  » ils ont tellement voulu que l’  » HOMME PREMIER  » naquit en Afrique…

 

Le 27 mai 2016.

Jean-Yves Pons, CJA.

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