BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (17 juin 2016)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

17 Juin

Retour sur ce qu’ils appellent encore le baccalauréat

La session 2016 du baccalauréat a à peine commencé que les paris des crétins sont déjà ouverts : dépassera-t-on les 90 % de réussite au moins dans la voie générale et technologique ? Ploiera-t-on, cette année encore, sous une pluie de mentions qui ne trompe que les niais ? En d’autres termes historiques, tiendra-t-on l’objectif de  » 80 % d’une génération au niveau du bac  » assigné par l’ancien ministre de l’éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, il y a trente ans ?

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Avoir envie d’oublier, ne serait-ce que le temps du bac, le nombre faramineux d’élèves qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter à la fin de la scolarité obligatoire (16 ans) pour communier, collectivement, autour de ceux couronnés de lauriers à 18 ans, peut certes se comprendre dans un pays où l’idéologie l’emporte encore sur la dure réalité. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : les statistiques sur le baccalauréat, si elles constituent un baromètre pour les politiques, sont dramatiquement trompeuses à plus d’un titre.

Il y a d’abord ce cinquième d’une classe d’âge (23 %) qui ne décrochera jamais le bac – peut-être la seule frange de la jeunesse à mesurer, vraiment, à quel point il est resté, dans l’imaginaire collectif, la clé de toute perspective professionnelle digne de ce nom.

Car en être privé aujourd’hui est bien plus handicapant que dans les années 1960, quand 15 % seulement d’une génération pouvait se targuer d’être bachelière, et non, comme c’est le cas à présent, plus des deux tiers…pour un avenir bien plus incertain.  » Echouer en 2016, c’est ne pas atteindre ce qu’on attend de tous, résume le sociologue François Dubet. Le révélateur d’une sorte de faiblesse pas que scolaire, quasi morale.  » Alors que tant de beaux et bons métiers sont oubliés au profit de trop nombreux arrivants allogènes.

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Et puis de quel examen parle-t-on ? Parler du bac au singulier –  » une fiction juridique « , fait valoir l’historien Claude Lelièvre – n’a guère de sens, tant celui-ci est divers : les trois examens – bac général, technologique et professionnel –, inégaux socialement, sont loin de tenir les mêmes promesses.

On ne trouve, en terminale scientifique, que 32 % d’enfants d’employés ou d’ouvriers alors qu’en terminale professionnelle, 69 % des élèves sont de cette origine sociale, souligne le sociologue Pierre Merle. De façon complémentaire, 68 % des élèves en terminale S sont d’origine moyenne ou aisée ; cette proportion n’est que de 31 % dans la voie  » pro « . Avoir son bac dans certains milieux résonne, aujourd’hui encore, comme une vraie victoire : la moitié des bacheliers, estime-t-on, sont issus d’une famille où ni la mère ni le père ne l’ont obtenu. Le refrain est connu : le pari de la massification scolaire est en partie tenu, celui de la diversification, non.

Pourtant, c’est le bac professionnel et son succès qui expliquent l’envolée du nombre des bacheliers. Là encore, quelques chiffres valent mieux qu’un long discours : à vingt ans d’intervalle (entre 1995 et 2015), la part d’une classe d’âge obtenant cet examen professionnalisant est passée de 7,5 % à 22,5 %. Dans le même temps, la proportion d’une génération présentant le bac dans la voie générale ou technologique n’a pas – ou à peine – bougé (55 %).

Mais « donner le bac à tous » et entrainer de la sorte la baisse du niveau général est en soi un scandale. Les  » consignes d’indulgence données aux correcteurs « , comme le rappellent certains critiques, ne peuvent amener qu’à…l’indigence des connaissances !

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S’il peut sembler légitime de s’interroger sur les modalités d’évaluation – l’envol des mentions  » très bien « , les notes au-dessus de 20 sur 20… –, il faut accepter que la progression du taux de réussite n’exprime qu’un fait d’aujourd’hui : le bac n’est plus qu’un certificat de fin d’études secondaires.

Hélas, le baccalauréat a aussi une autre fonction, propre à la France : celui d’un examen d’entrée dans l’enseignement supérieur. Comme si ses trois voies mettaient les jeunes à égalité pour se projeter dans les études ; comme si l’orientation post-bac (en particulier dans les filières sélectives) n’était pas en partie jouée d’avance.

Apparaît alors à l’université le scénario que l’on connaît : ségrégation entre les filières, certaines sélectives, d’autres non ; élimination de bon nombre de jeunes que l’on retrouve parmi ceux peinant à décrocher leur licence en trois ou quatre ans. C’est cela, aussi, que cachent les statistiques. Elles invitent à reposer les termes du débat, préalable à toute réforme du bac et du lycée qui y mène : non pas  » que vaut le bac ?  » mais  » quel est son sens ? « 

Ou, plus crument :  » pour quoi faire ? « 

Mais c’est bien pire sur la Côte d’Opale

Les mineurs non accompagnés qui sont de plus en plus nombreux et campent à Calais (Pas-de-Calais), Grande-Synthe (Nord) et dans cinq petites « jungles » voisines sont la proie des passeurs : ils sont violés, contraints de se prostituer, de voler, d’accomplir des corvées quotidiennes dans les camps ou d’aider à faire monter des migrants dans les camions…Et pour eux, le bac, n’est même pas un rêve.

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Trois sociologues ont passé quatre mois sur le littoral de la Manche et dans le Calaisis, explorant les campements jusqu’à Cherbourg (Manche). Ils y ont réalisé des entretiens approfondis avec des jeunes venus seuls d’Afghanistan, d’Afrique subsaharienne, d’Egypte, de Syrie ou du Kurdistan. Commandé par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), leur travail permet de comprendre qui sont ces centaines d’enfants et adolescents, comment ils sont arrivés et dans quelles conditions ils survivent.

« Pour trouver une place à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais) ou à Steenvoorde dans le département du Nord (deux des petits campements plus “humains” que Calais), le “droit d’entrée” est de 500 euros » (payés aux passeurs !), dit Alexandre Le Clève, un des auteurs de l’enquête. A Calais, certains jeunes Afghans paieraient aussi 100 euros comme droit d’entrée pour obtenir une place et la protection d’un passeur.

Les chercheurs ont mis au jour le système qui permet aux mineurs désargentés de s’installer malgré tout dans un campement et de tenter de passer au Royaume-Uni. « Les entretiens avec les jeunes filles éthiopiennes, érythréennes ou kurdes ont permis d’identifier un échange de services sexuels contre la promesse d’un passage outre-Manche ou en vue d’accéder à certains terrains », rapporte Olivier Peyroux, coauteur de l’enquête. « A Norrent-Fontes ou à Steenvoorde, des hommes et quelques filles ont abordé le sujet », insiste le sociologue. C’est le cas de Y., citée comme une « jeune de 16 ans qui cache son âge » parce qu’elle craint de se retrouver placée dans un foyer pour mineurs loin de la côte. « On est trente sous les tentes, a-t-elle expliqué. Quand on n’a plus d’argent…on s’arrange. »

Le travail des sociologues révèle que des femmes sont conduites des « jungles » des Hauts-de-France à Paris pour se prostituer avant d’être ramenées vers la côte et remplacées par d’autres la semaine suivante. Une vingtaine d’entre elles se prostitueraient aussi dans les bars de la « jungle » pour 5 euros la passe.

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Pour les garçons, ultra-majoritaires, la situation n’est pas plus enviable. Dans les jungles où l’on manque de tout, les corvées qui leur échoient sont nombreuses. Aller chercher l’eau, attendre aux douches pour le compte d’une tierce personne, faire la lessive, jouer le guetteur sur les aires contrôlées par les passeurs, faire monter les migrants dans les camions vers le Royaume-Uni… Les auteurs de l’enquête ont listé au fil de leurs entretiens toutes ces tâches auxquelles certains sont contraints pour espérer, à leur tour, un passage.

Les chercheurs notent que d’autres empruntent de l’argent pour payer le voyage, « ce qui fait craindre une exploitation économique une fois qu’ils sont passés outre-Manche », rappelle Olivier Peyroux, qui a souvent entendu ces adolescents expliquer qu’ils travailleront pour rembourser. C’est le cas d’Akar, un jeune Kurde irakien qui doit 9 000 euros à son frère coiffeur, qui vit au Royaume-Uni, ou de Zoran, kurde lui aussi, qui a une dette de 5 000 euros envers son père, resté en Iran. Mais qu’attend-on pour retrouver et punir ces parents négriers et proxénètes ?

Mais les efforts faits par France terre d’asile, dont les maraudes ont permis de mettre à l’abri 1 403 jeunes en 2015, se sont soldés dans 84 % des cas par des fugues. Trop éloignés de la « jungle » de Calais, les foyers ne répondent pas aux besoins des adolescents. Et dans les autres départements étudiés par les deux chercheurs, l’offre est encore moindre.

Le gouvernement français n’a pas donné suite au jugement du Conseil d’Etat du 23 novembre 2015, qui lui enjoignait « de procéder au recensement des mineurs isolés en situation de détresse et de se rapprocher du département du Pas-de-Calais en vue de leur placement ». Alors, ils sont à la dérive au lieu d’être reconduits chez eux.

In this photo taken on Friday, April 15, 2016, 13-year-old Imran, his nickname, an unaccompanied minor from Laghman in Afghanistan, leaves the Jungle Book Restaurant for Kids, set up by volunteers on the main passageway through the makeshift migrant camp in Calais in northern France. Imran, who says he has been at the squalid camp for five months, tries most nights to jump into a truck hauling freight across the English Channel to join his uncle in Britain. All across Europe, there is a growing shadow population of thousands of under-age migrants who are living on their own, without families. They hide silently and in plain sight, rarely noticed in the crowd. Nobody even knows how many of them there are -- Europol estimates broadly that at least 10,000 kids have gone missing from shelters or reception centers. (AP Photo/Elaine Ganley)/ASIA314/16139427127258/PICTURE MADE AVAILABLE Friday, April 15, 2016/1605181416

Mercredi 15 juin, les dix associations les plus présentes sur les « jungles » ont signé un communiqué commun larmoyant, s’inquiétant que « l’Etat et le conseil départemental du Pas-de-Calais ne semblent pas du tout avoir pris la mesure de la gravité et de l’urgence de la situation et ne peuvent abandonner ces enfants qui ont fui la guerre et l’horreur ». Eux aussi demandent la mise en place de structures adaptées en urgence. Mais refusent d’accepter l’idée que le mieux pour tous ces gamins, comme pour nous, c’est le retour à la maison.

L’Etat a préféré mettre l’accent sur la procédure inique de regroupement familial, autorisant quelques dizaines de mineurs dont la famille très proche vit outre-Manche à gagner légalement le Royaume-Uni. Plusieurs dizaines de dossiers sont ouverts, quelques jeunes ont rejoint leur famille, mais le processus est très lent et les sociologues sont convaincus que ces cas portés par la France ne feront pas avancer la cause de la majorité de jeunes échoués là. D’autant que le Royaume-Uni n’en veut pas !

Ils évaluent leur nombre à 500 au moment où ils ont enquêté. Toutefois, compte tenu des passages outre-Manche, plus d’un millier d’adolescents séjournent dans le nord de la France au cours d’une année. « Si je prends l’exemple des jeunes Afghans, les plus nombreux sur les sites – ils seraient entre 100 et 200 à Calais –, ils sont souvent envoyés par le père pour rejoindre au Royaume-Uni un oncle qu’ils connaissent à peine. Il s’agit de les mettre à l’abri de l’enrôlement et d’assurer un revenu à la famille restée au pays », rappelle Olivier Peyroux. Qu’est-ce d’autre que de la traite négrière et même, dans certains cas, du proxénétisme.

Les deux universitaires ont observé que beaucoup d’entre eux n’arrivent pas à sortir de cette mission qui leur est confiée. Aussi vivent-ils les violences de Calais, après celles qu’ils ont souvent déjà connues sur la route, comme une sorte de fatalité.

Mais l’enquête permet aussi de comprendre que Paris fonctionne comme une base arrière où ces migrants mineurs reviennent, soit pour repartir vers un autre port ouvrant la voie tant espérée de l’Angleterre, soit pour aller vers le nord de l’Europe via l’Allemagne et le Danemark, soit simplement pour gagner de l’argent.

Pauvre France, Terre d’asile…de fous  !

 

Mais « La France ne peut pas mourir, car le Christ aime encore les Francs » (Henri, comte de Chambord)

Soutenons le Musée du Louvre !

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La maison de vente Christie’s mettait aux enchères à Paris deux pleurants issus du tombeau du duc de Berry et datant du début du 15ème siècle. Il s’agit de deux œuvres réalisées par Jean de Cambrai qui était l’un des grands sculpteurs de son époque. Le tombeau de Jean de France, duc de Berry (frère du roi Charles V) comptait initialement 40 pleurants.

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Lors de la révolution, le tombeau qui avait été transporté dans la cathédrale de Bourges fut endommagé. Il ne resta plus que 29 pleurants. Le sculpteur Jean de Cambrai n’en avait réalisé que cinq en marbre, les autres sont l’œuvre d’Etienne Bobillet et Paul Mosselmann.

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Portrait de Jean de France, duc de Berry, dans les Très Riches Heures

Les deux pleurants ont été adjugés à 5.025.000 € mais ont été immédiatement préemptés par le musée du Louvre qui dispose à présent de deux semaines pour confirmer son achat. Dans le cas contraire, il sera définitivement adjugé à l’acquéreur de Christie’s.

IL FAUT REUNIR CETTE SOMME…

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Jean de France, duc de Berry

Le 17 juin 2016.
Jean-Yves Pons, CJA.

 

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