Billet d’Aquilée : le revers de la médaille.

18 Août

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La saison touristique s’annonce exceptionnelle cette année en Italie. Pourtant, les habitants commencent à se plaindre des conséquences de ces autres hordes, bien différentes certes de celles qui débarquent à Lampedusa ou en Sicile en provenance de Libye mais porteuses elles aussi de bien des désagréments. Rappelant à ceux qui l’auraient oubliée cette lucide affirmation de Jean Mistler :  » Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux. »

C’est ainsi que, sur le sentier côtier spectaculaire qui relie les villages médiévaux des Cinque Terre, accrochés aux falaises de la côte ligure dans le nord-ouest de l’Italie, la circulation des touristes est devenue un problème grave. Niché entre mer et montagne, large d’à peine 30 cm par endroits, ce sentier rocailleux est présenté comme un must dans tant de guides touristiques que sous le soleil brûlant de ce matin d’août, ça coince entre les villages de Monterosso et Vernazza. Hardy Yang, un étudiant chinois de 18 ans venu avec sa famille depuis la province du Yunnan, ne s’en plaint pas pour autant : « Les mots me manquent, c’est tellement magnifique, lâche-t-il. Et vous savez, en Chine, il y a partout autant de monde… » Est-ce une raison pour que les tongs y remplacent les espadrilles ?

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Parc national inscrit au patrimoine de l’Unesco, les Cinque Terre comptent environ 5 000 habitants mais ont attiré…2,5 millions de touristes l’année dernière. Et il pourrait y en avoir jusqu’à 20 % de plus cette année, les craintes liées aux attentats et à l’instabilité en Tunisie et en Turquie ayant détourné vers l’Italie une partie des touristes.

D’autres perles italiennes comme Venise, Florence ou Capri subissent la même pression, qui pousse certains à réclamer des mesures pour limiter l’accès à certains sites saturés de touristes. « La relation entre les visiteurs et les habitants risque de devenir conflictuelle », a récemment prévenu le maire de Venise, Luigi Brugnaro, qui réclame avec d’autres responsables locaux la possibilité de limiter l’accès à certains sites.

Au parc des Cinque Terre, Vittorio Alessandro, président du parc national, a annoncé cette année un plan pour contrôler le nombre de visiteurs et un nouveau système de billets : l’accès aux sentiers est désormais payant (7,5 euros) et le train coûte plus cher pour les touristes que pour les habitants, le surplus encaissé servant à entretenir les sentiers. L’initiative a poussé certains de ses détracteurs à agiter le spectre d’un numerus clausus, qui verrait des touristes bloqués par des barrières sur les routes ou empêchés de monter dans les trains.

« Nous n’avons pas de portails, nous n’avons pas de barrières, le parc est ouvert, les gares sont ouvertes », assure M. Alessandro. Mais les 43 km2 du parc sont « un territoire petit et fragile, et oui, il faut rationaliser les flux ». « Le paysage ne peut être préservé que s’il y a des gens qui y vivent, sinon cela devient seulement un décor de cinéma », ajoute le président du parc. Les efforts se concentrent maintenant sur une expansion du trafic ferroviaire, afin de mieux répartir dans la journée le flux des départs et des arrivées. Malgré l’augmentation du nombre de visiteurs, ce système a permis de limiter les embouteillages dans les ruelles et d’éviter une densité trop dangereuse sur les quais des petites gares.

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Navire de croisière dans la lagune de Venise !

Reste le défi des navires de croisière et de leurs impressionnantes vagues de voyageurs en excursion. « Ils descendent à terre en grands groupes et se déplacent en paquets concentrés, sur des périodes très courtes », explique M. Alessandro. « Un tourisme durable doit bénéficier à la zone, aux hôtes et aux visiteurs, mais quand le tourisme est aussi rapide et frénétique, il ne laisse rien au territoire », déplore-t-il.

Selon Chiara Gasparini, une guide née dans la région, la renommée des Cinque Terre a bénéficié à la plupart des habitants, d’autant que l’intérêt croissant en Asie a rallongé la saison jusqu’aux mois d’ordinaire plus calmes de janvier et février. « Évidemment, cela dépend à qui on pose la question, reconnaît-elle. Mais c’est grâce au tourisme que les gens peuvent rester et travailler dans leur village. » Camilla Leconte, une touriste française, a vu la région se transformer depuis 30 ans qu’elle y vient. « En mieux ou en moins bien ? Je ne sais vraiment pas… »

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C’est pourtant la question qu’il faudra bien finir par se poser.

Le 18 août 2016.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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