De Lyssenko à la réalité paléontologique.

26 Oct

Il y a longtemps déjà que nous battons en brèche le dogme de l’origine unique de l’homme moderne qui serait apparu en Afrique puis aurait colonisé l’Asie et l’Europe en particulier, les faisant bénéficier de tout son patrimoine génétique (Lire « Homo scepticus ! » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/10/10/bulletin-climatique-du-week-end-1011-octobre-2015-de-la-republique-francaise/  et aussi « Et quand Néandertal remet les pendules à l’heure » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/05/27/bulletin-climatique-quotidien-27-mai-2016-de-la-republique-francaise/ ). Mais pour nous, l’air du temps ou l’idéologie de Lyssenko sont aux antipodes de la vérité scientifique !

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Il se trouve qu’une récente publication d’une importance considérable vient apporter de l’eau à notre moulin. Une fois encore, le CER était en avance sur son temps. De quoi s’agit-il ?

Après quatre ans de travaux, publiés dans la revue Cell (http://www.cell.com/cell/pdf/S0092-8674%2816%2931306-X.pdf), une équipe de chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS ont démontré que Européens et Africains répondent différemment aux infections. Une différence liée notamment à l’héritage que les Européens tiennent de l’Homme de Néandertal.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont décodé l’ensemble des gènes de la réponse immunitaire de 200 individus Européens et Africains. Plus précisément, ils ont séquencé la totalité de l’ARN (acide ribonucléique, macromolécule support de l’information génétique comme l’ADN) de ces individus pour caractériser la manière dont des cellules actrices de la réponse immunitaire innée, les monocytes, répondaient à l’attaque de bactéries ou virus (tel le virus de la grippe).

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Premier constat : Européens et Africains diffèrent dans l’amplitude de leur réponse immunitaire, notamment pour certains gènes impliqués dans les réponses inflammatoire et antivirale. Ces différences sont en grande partie dues à des mutations génétiques, différemment distribuées entre Africains et Européens, qui modulent l’expression des gènes de l’immunité. « Ce résultat permet de mieux comprendre la sensibilité de certaines populations à des maladies comme le lupus, dont l’incidence est plus importante en Afrique qu’en Europe« , explique l’Institut Pasteur dans un communiqué.

De plus, selon cette vaste analyse, certaines de ces mutations génétiques ont été favorisées par la sélection naturelle, aidant chacune de ces populations à mieux s’adapter à son environnement. Mais de manière surprenante, selon des processus indépendants jouant sur des gènes différents, la sélection naturelle a abouti, chez les populations d’Europe et d’Afrique, a un même résultat : diminuer la réponse inflammatoire. « Cet exemple d’évolution, dite convergente, vient confirmer que bien que protégeant efficacement des infections, une réponse immunitaire trop forte, comme dans le cas des allergies ou des maladies auto-immunes, est à éviter« , explique l’Institut Pasteur. « En fait, il y a une balance entre trop et pas assez de réponse immunitaire, dont le point d’équilibre peut varier selon l’environnement, précise Céline Bon, paléogénéticienne au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, qui n’a pas pris part à ces travaux. L’environnement des chasseurs-cueilleurs du paléolithique était beaucoup plus riche en micro-organismes et en pathogènes que celui de leurs descendants vivant dans une société moderne. D’où le fait que des variants autrefois bénéfiques peuvent aujourd’hui causer des allergies, par exemple. »

Enfin, les chercheurs ont étudié comment le mélange entre l’homme de Néandertal et les Européens a influé sur l’aptitude de ces derniers à répondre aux infections. En effet, l’on sait aujourd’hui que les Européens ont rencontré l’homme de Néandertal, et que leur génome porte aujourd’hui la trace de ce croisement. « On estime à 1,5-2% la proportion d’ADN Néandertalien dans les génomes des Hommes modernes eurasiens« , résume Céline Bon. Selon cette étude, Néandertal a en effet transmis aux Européens des mutations d’importance pour le contrôle de la réponse immunitaire, et notamment des mutations qui modulent l’expression génique suite aux infections virales. Ces mutations régulatrices ont conféré un avantage aux populations qui en ont hérité, ce qui explique aujourd’hui leur fréquence élevée parmi la population européenne.

« Évoluant depuis des millions d’années en Afrique, l’Homme moderne d’il y a 70 000 ans était sans doute très bien adapté contre les pathogènes africains. En revanche, quand il est sorti d’Afrique, il est entré en contact avec de nouveaux pathogènes qui étaient inconnus à son système immunitaire. La lignée néandertalienne était, elle, apparue des centaines de milliers d’années auparavant et était donc adaptée à ces pathogènes. Il est probable que le métissage avec Néandertal a permis de récupérer dans le ‘pool’ génétique des Hommes modernes des allèles permettant de mieux se défendre contre les pathogènes (visiblement les virus) non africains« , explique Céline Bon.

Pour cette spécialiste de l’homme de Néandertal, cette étude est d’un grand intérêt. « Bien que l’importance du métissage avec Néandertal pour le système immunitaire inné se soit révélée peu à peu depuis plusieurs mois, il restait difficile pour les chercheurs d’identifier dans les populations eurasiatiques actuelles un effet physiologique réel« , ajoute-t-elle. En 2016, deux études ont mis en évidence l’influence de Néandertal sur notre santé : la première montre que l’homme moderne a hérité des allergies il y a environ 40 000 ans, à la suite de croisements avec des Néandertaliens et Dénisoviens, la deuxième révèle un lien entre nos gènes hérités de notre cousin éteint et des troubles aussi vastes que l’addiction à la nicotine, la dépression, le dérèglement du métabolisme…

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« Ce qu’il faut retenir de ces travaux, c’est que le génome des Hommes modernes a été ‘purgé’ de l’ADN néandertalien par un mécanisme de sélection naturelle, mais pour quelques gènes, l’allèle néandertalien a survécu dans les populations eurasiennes actuelles dans une proportion non négligeable« , explique Céline Bon. « Deux (gènes) sont cités dans toutes les études : POU2F3 (prolifération et différenciation de cellules de la peau, les kératinocytes) et les TLR1-6 (complexe de gènes très importants associés à la réponse immunitaire innée)« , conclut la spécialiste.

Le 26 octobre 2016.

Pour le CER, Hippocrate Conseiller à la Santé publique.

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Une Réponse to “De Lyssenko à la réalité paléontologique.”

  1. Hervé J. VOLTO octobre 29, 2016 à 12:09 #

    Des chercheurs russe disent que l’arborigène d’Autralie pourrait descendre de l’homme de Néandertal et que l’Indo-européen -caucassien- pourrait descendre de l’homme de Cro-Magnon…

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