BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (27 octobre 2016)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

27 Oct

I.  » Un président ne devrait pas dire ça… »

Est le titre d’un livre de confessions publié par les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme chez Stock et dont tout le monde parle. Mais c’est aussi hélas ce que nous pouvons dire de l’annonce, relayée par François Hollande lui-même tant il en était ému, d’une baisse significative du chômage en France au mois de septembre !

Au neuvième mois de l’année, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, a en effet diminué de 66 300 en France métropolitaine, par rapport au mois d’août pour s’établir à 3,49 millions de personnes. Il s’agit là, en pourcentage, de la plus forte baisse enregistrée depuis novembre 2000. Et, pour François Hollande, qui a conditionné sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 à l’inversion de la courbe du chômage, ces chiffres sont providentiels.

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Tout à sa joie, le président, une fois n’est pas coutume, a commenté les statistiques publiées mardi par Pôle emploi et le ministère du travail sur sa page officielle Facebook : « Au-delà des chiffres qui peuvent varier de mois en mois, l’essentiel, c’est que des femmes et des hommes aient pu retrouver un travail et une stabilité (…). Ce sont ces choix qui expliquent les chiffres d’aujourd’hui. Mais je l’ai toujours rappelé, c’est la tendance qui compte. »

« Nous avons toujours souligné la très forte variabilité des chiffres mensuels et la nécessité de se concentrer plus rigoureusement sur les évolutions de moyen et long termes, a, pour sa part, réagi Myriam El Khomri, la ministre du travail, dans un communiqué. Nous nous réjouissons naturellement que ces dernières données viennent consolider une tendance de fond favorable. » Bref, tout va…mieux.

L’opposition a beau marteler qu’il « n’y a aucune durabilité », qu’« aux hausses massives se succèdent des baisses étranges », selon Eric Woerth, le secrétaire général du parti Les Républicains (LR), les bons résultats sont bel et bien là. Car sur les trois derniers mois, période de statistique la plus significative selon les économistes, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A a, lui aussi, baissé. Reculant de 35 200 personnes par rapport au trimestre précédant. Il s’agit certes là d’une baisse de 1 % seulement, mais d’une baisse quand même.

Si les économistes saluent la performance, tous s’entendent, tout de même, pour refroidir l’enthousiasme gouvernemental. « C’est une vraie baisse, mais ce n’est pas un effondrement du chômage », tient par exemple à rappeler Bertrand Martinot, coauteur d’Un autre droit du travail est possible (Fayard, 400 pages, 20 euros) et ancien délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle. « Le chômage diminue un peu car la situation macroéconomique est meilleure. Les taux sont bas, le pétrole est moins cher, ce qui redonne du pouvoir d’achat aux ménages et remplit un peu les carnets de commande des entreprises », souligne Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’université Lille-I.

Mais il y a aussi quelques esprits chagrins qui imputent cette baisse du chômage à un effet statistique du plan 500 000 formations supplémentaires (les personnes en stage sortent automatiquement de la catégorie A pour passer à la D). C’est pourquoi quelques précisions s’imposent.

1/ LE CHÔMAGE A AUGMENTÉ DE PRÈS DE 20% DEPUIS LE DÉBUT DU QUINQUENNAT

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Les chiffres de Pôle emploi, qui passent sous la barre de 3,50 millions pour la première fois depuis janvier 2015 – diminuant de 90.000 personnes depuis le début de l’année (-2,5%) et de 59.500 sur un an (-1,7%) -, ne compensent pas la hausse connue durant le mandat de François Hollande. En mai 2012, la France comptait 2,922 millions de chômeurs, et 3,49 millions en septembre 2016, soit une hausse de 19,42%.

« Sans doute qu’à la fin du mandat de François Hollande on sera à 9,3% de chômage, soulignait mardi soir à la radio Éric Hayer, directeur du département Analyse et Prévision à l’OFCE. C’est pile le taux de chômage quand il est arrivé au pouvoir« . « On peut toujours dire que la dynamique est meilleure à la fin du quinquennat et que l’économie française est sur un sentier de croissance bien plus élevé, mais tout ça reste extrêmement fragile« , a-t-il insisté.

De son côté, le député Les Républicains Éric Woerth et ancien ministre du Budget a dénoncé sur BFMTV une « escroquerie. François Hollande, c’est un million de chômeurs de plus en trois ans. Comment peut-on dire que c’est un pari réussi quand tant de gens souffrent du chômage ? » Au « Grand Journal » de Canal +, la candidate à la primaire de droite Nathalie Kosciusko-Morizet s’est également montrée sceptique : « Je ne crois pas« , dit-elle, « que quelques mois d’éclaircies, après 4 ans très dur, ça suffise« .

2/ TOUT LE MONDE N’EST PAS CONCERNÉ

L’embellie touche principalement les jeunes, avec une baisse de 5,3% du nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans en catégorie A (qui n’ont aucune activité). Sur un an, il diminue de 7,0% grâce essentiellement aux emplois subventionnés ciblés sur cette catégorie. En revanche, la situation des seniors (50 ans ou plus) s’améliore à peine (-0,2%) et reste dégradée sur un an (+2,4%).

Interrogé par RTL, l’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI, confirme que cette baisse est rendue, en partie, possible grâce aux emplois aidés. Les chômeurs de catégorie A sont donc en baisse, mais lorsqu’on s’attarde sur toutes les catégories « la baisse est moins forte, on est à 30 000 chômeurs de moins« . Dans ces catégories, il s’agit de personnes ayant trouvé un petit boulot, mais toujours à la recherche d’un CDI. « Il y a à la fois des gens qui travaillent un petit peu et d’autres qui ne travaillent plus du tout et que ça n’intéresse plus d’être inscrits au chômage« , explique-t-il. « Quand on regarde tous ces chômeurs, au sens large, ça n’a baissé que de 30 000 personnes, après une hausse de 97 000 personnes le mois d’avant. Donc si on regarde le chiffre brut, on est malheureusement à 6,57 millions de chômeurs en France, toutes catégories confondues. La réalité est donc beaucoup moins rose« , a-t-il déploré.

3/ GARE AUX FORMATIONS

Par ailleurs, même si elle est stable d’août à septembre, la catégorie D (qui regroupe les inscrits à Pôle emploi en formation mais également en maladie, donc non tenus d’effectuer une recherche d’emploi) a bondi de 6,3 % ces trois derniers mois et de 16,4 % sur un an. Un sursaut dû au plan de 500 000 formations supplémentaires pour les demandeurs d’emploi annoncé par François Hollande au mois de janvier.

4/ DES RÉSULTATS PAS UNIQUEMENT DUS À LA CONJONCTURE

De plus, les bons résultats de septembre, comme les mauvais d’août, ne sont pas uniquement dus à la conjoncture. Depuis le début de l’année, le nombre de jours ouvrés pendant lesquels les chômeurs sont tenus d’actualiser leur situation, sous peine d’être désinscrits d’office, est variable. Résultat : le nombre de personnes désinscrites pour « défaut d’actualisation » fluctue d’un mois sur l’autre, tantôt à la hausse tantôt à la baisse sur les chiffres mensuels de Pôle emploi, sans que les variations soient forcément en lien avec l’état du marché du travail. En septembre, 238 900 personnes ont quitté Pôle emploi pour ce motif, soit 66 500 de plus qu’en août et autant de personnes en moins sur les listes !

Le cabinet de la ministre du Travail Myriam El Khomri assure que cet aléa administratif n’a joué qu' »à la marge« . Cela joue au contraire « fortement » sur les variations mensuelles, estime pour sa part Bruno Ducoudré. Selon lui, « le changement des règles d’actualisation introduit beaucoup de volatilité« .

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En d’autres termes, beaucoup de manipulations de chiffres* dans le seul but d’enjoliver les résultats catastrophiques de la politique de François Hollande et de ses gouvernements…

* Mais le plus drôle est dans le fait que nous écrivions exactement la même chose il y a un an, jour pour jour ! (Lire « La manipulation des chiffres du chômage paie » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/10/27/bulletin-climatique-quotidien-27-octobre-2015-de-la-republique-francaise/

 

II. Le ministre de la justice a la pétoche

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Christiane Taubira

On dira ce que l’on voudra de Christiane Taubira mais, elle au moins, c’était un homme, un vrai ! On ne peut hélas pas en dire autant de son successeur, Jean-Jacques Urvoas. Sans prendre le temps de disposer d’une évaluation complète de l’expérimentation menée depuis début 2016 dans cinq unités consacrées aux programmes de lutte contre la radicalisation en détention, le ministre de la justice, a annoncé, mardi 25 octobre, qu’elles allaient fermer leurs portes dans les prochains jours… C’est un revirement spectaculaire du gouvernement qui montre ainsi combien il a peur des islamistes. La meilleure façon de leur voir pousser des ailes car, ne l’oubliez jamais, ces gens là ne respectent que ce qu’ils craignent.

Ces unités spécialisées pour détenus radicalisés ou en voie de l’être avaient été décidées par Christiane Taubira, alors garde des sceaux, après les attentats de 2015. Le principal débat soulevé par ce projet portait sur la pertinence d’un regroupement dans un même quartier de tels détenus.

La contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, jamais en reste de dhimmitude, avait d’ailleurs vertement critiqué ce choix dès l’origine, craignant notamment une émulation malsaine entre ces détenus distingués des autres. Certaines organisations syndicales de surveillants aussi. Mais le premier ministre Manuel Valls voulait les voir démarrer rapidement.

Les promoteurs du projet au sein de l’administration pénitentiaire plaidaient qu’un regroupement en un même quartier pénitentiaire permettrait une prise en charge plus efficace avec des équipes pluridisciplinaires (surveillants, conseillers d’insertion, intervenants extérieurs et psychologues) volontaires et spécialement formées.

Ces unités avaient commencé à fonctionner en janvier 2016. Elles ont même une existence légale depuis la loi du 3 juin sur la lutte contre le terrorisme qui les a rebaptisées unités de prise en charge de la radicalisation. Réparties sur quatre établissements – Fresnes (Val-de-Marne), Osny (Val-d’Oise), Fleury-Mérogis (Essonne) et Lille-Annœullin –, ces structures comptent 117 places mais n’hébergent aujourd’hui que 72 détenus dans des cellules individuelles.

Soucieux d’accompagner l’évaluation de cette expérimentation des meilleurs avis, M. Urvoas a mis sur pied, le 31 août, un conseil scientifique de lutte contre la radicalisation violente. Cet aréopage a-t-il seulement eu le temps de livrer des conclusions sur les unités spécialisées ? Evidemment non.

Le ministre a sans doute été impressionné par l’agression de deux surveillants de la maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise), le 4 septembre, par l’un des prisonniers de l’unité spécialisée. Le premier acte de nature terroriste en détention venait d’avoir lieu. Sept semaines plus tard, la question du regroupement des détenus, prévenus ou condamnés dans des affaires de terrorisme, est tranchée. Mais, comme toujours dans cette satanée république, en baissant sa culotte.

Le garde des sceaux estime aujourd’hui qu’il était temps de tirer les leçons. L’avantage de ces regroupements aura été d' » apaiser le reste de la détention et d’entraver le prosélytisme  » (Tu parles !), a expliqué M. Urvoas en conférence de presse mardi. Mais  » la prise en charge individualisée est plus difficile en raison de l’effet de groupe « . Qu’en langue de bois ces choses-là sont dites…

Le volet  » évaluation « , confié aux deux unités spécialisées de Fresnes et de Fleury-Mérogis, a en revanche été validé. M. Urvoas a annoncé, mardi, la création de six  » quartiers d’évaluation de la radicalisation  » – quatre en Ile-de-France et deux dans les régions de Toulouse et de Marseille – qui seront notamment réservés aux  » détenus dont la radicalisation est la moins construite (sic)« . Ils pourront accueillir cent détenus pour des évaluations qui dureront quatre mois (contre huit semaines aujourd’hui), et devront notamment être prêts à faire face à un éventuel retour de combattants de Syrie et d’Irak.

Les détenus radicalisés aux profils les plus dangereux seront eux bel et bien regroupés mais placés dans des quartiers aux plus hautes normes de sécurité. Comme ils sont indécrottables, les programmes de déradicalisation ne leur seront pas destinés. Ainsi, 300 places seront prévues dont 100 dans des nouveaux  » quartiers pour détenus violents  » dans des maisons centrales et 200 dans les cellules à l’isolement des quartiers disciplinaires de maisons d’arrêt.

Les autres détenus radicalisés seront répartis dans vingt-sept établissements, dans des conditions de détention ordinaires, mais ils feront l’objet d’une surveillance spécifique et de programmes individualisés de  » désengagement de la violence « . Ils ne seront ni isolés ni regroupés dans une aile de ces prisons, mais disséminés. Histoire de faire des émules !

Ce sujet sera le plus délicat à gérer pour l’administration pénitentiaire alors que la surpopulation carcérale atteint des records. Selon le dernier pointage annoncé par M. Urvoas, les prisons françaises comptent 349 personnes prévenues ou condamnées pour des affaires liées au terrorisme et 1 336 détenus (prévenus ou condamnés) dans des affaires de droit commun, mais identifiés comme radicalisés.

Une sous-direction de la sécurité pénitentiaire verra ainsi le jour en février 2017 avec en particulier la création d’un bureau central du renseignement pénitentiaire. Les effectifs du renseignement sont déjà passés de 75 à 186 personnes au cours de l’année 2015 et 51 postes supplémentaires sont inscrits dans le projet de budget 2017. Par ailleurs, les surveillants chargés d’assurer les transferts de détenus ou de les emmener à l’hôpital seront désormais armés.

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Et si, tout simplement, on les mettait au bagne à défaut de les renvoyer d’où ils viennent ?

 

III. De la peste eurolâtre au choléra onusien

Il n’y a pas que la Commission européenne qui nuise à la bonne santé des Etats européens. L’ Organisation des Nations unies (ONU) commet, elle aussi, des crimes. Le dernier en date étant l’épidémie de choléra déclenchée en Haïti par la faute de soldats népalais de l’ONU, en 2010 , et qui n’en finit pas de faire des dégâts.

Philip Alston, le rapporteur indépendant de l’ONU sur les questions d’extrême pauvreté et des droits de l’homme, n’a pas mâché ses mots devant l’Assemblée générale. L’attitude de l’organisation, qui a refusé de reconnaître pendant six ans sa responsabilité dans l’épidémie de choléra à Haïti ?  » Un désastre, dit-il, moralement condamnable, indéfendable du point de vue légal et contraire aux intérêts – de l’ONU – .  » Il dénonce aussi  » le voile de silence et la chape de plomb  » imposés par le département des affaires juridiques de l’ONU et les Etats-Unis, un des plus gros contributeurs au budget onusien, qui auraient tous deux poussé l’organisation à nier sa culpabilité en vertu de l’immunité dont elle dispose.  » Un scandale digne du Watergate, à mon avis « , avance-t-il.

Pourtant, aucun doute ne subsiste quant au rôle joué par le bataillon népalais de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) dans l’épidémie de choléra – la première depuis cent cinquante ans dans l’île – qui a provoqué la mort de 9 300 Haïtiens et fait plus de 800 000 malades.

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Tout commence en 2010, peu de temps après le violent tremblement de terre de janvier à Haïti. En octobre, des casques bleus sont stationnés au nord de la capitale Port-au-Prince, dans un camp où les installations sanitaires sont défaillantes. 1 075 soldats népalais, porteurs de la bactérie du choléra, se trouvent parmi eux dans le cadre de la mission pour la stabilisation « Minustah ».

Rosalyn Chan, principal auteur des travaux de l’Université de Yale (Connecticut), racontait cette année-là sur RFI : « Notre étude a montré qu’il y a eu d’importantes négligences dans le traitement des eaux usées du camp des soldats népalais. Il y a eu une fuite vers la rivière et c’est ce qui a contaminé les ressources en eau. Alors oui ce n’était pas intentionnel, mais les Nations unies auraient dû faire plus attention ». Car, la bactérie « Vibrio cholerae » s’est alors retrouvée dans un affluent du plus grand fleuve d’Haïti, l’Artibonite, dans lequel la majorité des Haïtiens s’approvisionnent en eau, pour se laver et pour boire.

Responsable moralement mais pas légalement, l’ONU a donc annoncé, lundi 24 octobre, sa  » nouvelle approche  » vis-à-vis de cette crise du choléra avec la mise en place d’un fonds de compensation de 400 millions de dollars (367 millions d’euros) dont la moitié ira aux victimes et aux communautés touchées. Les 200 millions restants devront permettre des travaux d’assainissement.

Des questions restent en suspens : qui payera ? Les Etats membres se sont montrés très réticents. Et comment indemniser les victimes, puisqu’elles n’ont pas été enregistrées ? «  Il va falloir trouver les listes, les vérifier, être aussi sûr que possible que ce sont des listes complètes « , indique David Nabarro, conseiller spécial de l’ONU en charge des négociations avec le gouvernement haïtien, qui reconnaît la complexité de la tâche.

Le secrétaire général Ban Ki-moon doit présenter son plan d’éradication du choléra à l’Assemblée générale, début novembre. A quelques semaines de quitter son poste, osera-t-il aller plus loin que les  » profonds regrets  » exprimés ces derniers mois, et présentera-t-il des excuses officielles au nom de l’organisation ? Alors que Haïti enregistre une recrudescence alarmante de l’épidémie dans le sud du pays, ravagé il y a trois semaines par l’ouragan Matthew, certains osent encore l’espérer.

Nous aussi.

 

IV. Mais « La France ne peut pas mourir, car le Christ aime encore les Francs » (Henri, comte de Chambord)

À ne manquer sous aucun prétexte : à Angers jusqu’au 6 novembre 2016

 » Jean Lurçat, L’éclat du monde « 

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Angers, l’hospice Saint-Jean, Musée Jean-Lurçat

Exposition inédite au Musée des beaux-arts d’Angers, où a été restaurée l’immense danse macabre de Jean Lurçat (1892-1966), saisissant écho aux drames qui ensanglantent le Proche-Orient. Intitulée Le Grand Charnier, cette fresque murale – gouache, crayon et pastel – de 7,31 mètres de long sur 4,40 mètres de haut, datée de 1959, est le carton préparatoire, à l’échelle un, de la troisième tapisserie de la tenture Le Chant du monde. L’œuvre maîtresse de Lurçat (367 m2), en dix panneaux monumentaux, recouvre, elle, les murs de l’ancien hospice Saint-Jean, devenu Musée Jean-Lurçat depuis son acquisition, en 1967, par la ville d’Angers.

TENTURE DU CHANT DU MONDE, OEUVRE DE JEAN LURCAT EXPOSE A L'HOPITAL SAINT JEAN. LE GRAND CHARNIER.

Le Grand Charnier

Sur ce carton au fond noir, marbré de gris très sombre, on croit voir la main de l’artiste traçant, avec autant de fureur que de dépit, l’univers à la dérive, avec sa constellation de crânes et de squelettes humains tournant autour d’un soleil qui pleure des larmes de sang ; des oiseaux comme des poissons et autres espèces animales, il ne reste que les os ou les arêtes. Couronnant l’ensemble, le grand bouc décharné figure la malédiction biblique.

Lurçat écrit en 1963 :  » Le Grand Charnier traduit la mort générale… N’oubliez pas qu’à 20 ans, j’étais en tranchées au Mort-Homme près de Verdun… Le monde, ce monde que nous pétrissons si lentement et si durement de nos mains, aura été rongé par ce bouc lépreux et bigle et la Ronde, qui eût pu n’être qu’une ronde fraternelle, ne sera qu’une ronde infernale. Et l’Homo sapiens ni plus ni moins qu’un alchimiste imbécile. « 

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L’homme d’Hiroshima

Dans la lignée de Goya (Les Désastres de la guerre) et de Picasso (Guernica), Lurçat est hanté par les guerres et leurs cortèges funestes, obnubilé par l’horreur des camps d’extermination nazis – son fils adoptif a été torturé par les Allemands jusqu’à la mort – et horrifié par – c’est ainsi qu’il intitule l’une de ses œuvres – La Grande Menace nucléaire. En 1957, son Homme d’Hiroshima se consume, rigide, pétrifié, défiguré par un champignon atomique vert. Un manifeste de laine de quatre mètres sur trois, destiné à être vu de tous. Du street art avant l’heure.

Pourquoi Angers ? C’est là qu’en 1938 Lurçat découvrait pour la première fois la tenture de l’Apocalypse, accrochée aux murs de l’évêché. Une BD de laine illustrant le récit de Jean, dernier texte de la Bible, qui parle de la cavalerie infernale au bord du grand fleuve Euphrate ou de la chute de Babylone envahie par les démons. Long de 140 m (il en reste 100), haut de 6 m, l’ouvrage a été tissé à la fin du XIVe siècle d’après les dessins de Jean de Bruges, pour Louis Ier, duc d’Anjou, frère de Charles V. Autant d’images, échos de l’actualité.

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Angers, la Tapisserie de l’Apocalypse

Ce trésor inestimable, qui a gardé l’éclat à peine passé de ses rouge garance, jaune gaude et bleu guède, est déroulé le long des remparts du château d’Angers. Devant ce qu’il considéraitcomme  » un des chefs-d’œuvre les plus extraordinaires de l’art français « , Lurçat crut  » lire nos lendemains « .

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Le Chant du Monde

Cette leçon de l’Apocalypse marquera toute son œuvre créative. L’artiste qui réhabilita la tapisserie adoptera la manière médiévale de l’art mural, ignorant la perspective et les lignes de fuite. Il peuplera ses tableaux d’un bestiaire fantastique symbolisant les frayeurs, les dangers, la mort. Ses soleils brûlent plus qu’ils ne réchauffent. L’espoir est mince pour l’homme, être fragile et vulnérable.

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Le Chant du Monde

Pouvoir confronter le carton du Grand Charnier – une restauration financée par la municipalité pour 19 000 euros –, la tenture du Chant du monde et la version médiévale tissée de l’Apocalypse aux planches gravées en 1496-1498 par Albrecht Dürer offre une occasion unique. D’autant que sont aussi réunies dans l’exposition, outre trois fresques murales, les petites gouaches peintes par Lurçat dans le secret de son atelier parisien de la Villa Seurat et les céramiques, dons de Simone Lurçat en 1988.

 

Le 27 octobre 2016.

Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (27 octobre 2016)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.”

  1. Hervé J. VOLTO octobre 29, 2016 à 2:57 #

    Si Marine Le Pen accède à la Présidence de la république en 2017, les banlieues risquent de se soulever et leurs habitants de se rebeller : d’où un risque de guerre civile ! Si Marine Le Pen n’est pas élue en 2017, ce sont les Français qui risquent de se révolter…

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