« Rendre à Dieu ce qui est à Dieu » ; mais qu’est ce qui est à Dieu de nos jours ?

1 Nov

Le Beffroi a repris ses publications :

http://www.lebeffroi.eu/allez-debout/

Je suppose que chacun perçoit comme moi ce sentiment diffus et de plus en plus angoissant qui se répand actuellement dans la population belge comme ailleurs en Europe : rien ne va plus !

Et il faut bien reconnaître qu’à chaque disfonctionnement dénoncé, répondent comme en écho, des dénonciations semblables, si pas plus graves encore, dans l’ensemble des secteurs de nos organisations politiques, économiques et sociales. Chacun de nous, dans son domaine, peut décrire les aberrations du système, qui semblent le plus souvent acceptées comme une fatalité par les responsables (?).

Les attentats de ces derniers mois ajoutent évidemment leur dimension d’horreur à ce sentiment d’incurie et échauffent les esprits par le moyen le plus pernicieux, le plus nocif qui soit pour le vivre ensemble : la peur. La peur, même déraisonnable (et même surtout si elle est déraisonnable) est très mauvaise conseillère. Elle donne de l’épaisseur à l’angoisse, brouille les esprits et s’extériorise trop souvent par la colère et la haine.

J’ai essayé ici de prendre assez de recul pour pouvoir analyser calmement cette situation et, peut-être, proposer modestement une piste à suivre.

Durant ces dernières décennies, disons depuis la fin des années d’après-guerre, les « progressistes » qui gouvernent sous des logos divers mais en prétendant tous gérer nos vies, ont, en réalité, malgré des technologies en progrès fulgurants et leurs répercussions formidables sur notre santé et notre confort de vie, mené notre société à une régression catastrophique, une régression de civilisation.

Il faut bien constater en effet que, ayant perdu son âme, notre civilisation européenne, hellénique et judéo-chrétienne, se trouve aujourd’hui, sans force ni projet, de plus en plus impuissante face aux évolutions mondiales.

Ces derniers mois et ces dernières semaines, d’horribles événements sont venus confirmer cette impuissance face à une insécurité intérieure, provoquée par un ennemi extérieur. Cet ennemi qui nous nargue et nous assassine, ne dispose pourtant pas du centième de la capacité de puissance armée de l’Europe ni, bien entendu, d’un niveau comparable de technologie. Ceci confirme une évidence primordiale: c’est bien dans nos têtes et non dans nos moyens que se situe notre faiblesse.

Pour comprendre ce qui nous arrive, il me semble bon de reprendre les choses au début. A l’aube de notre ère, la maxime de départ, sur laquelle se construira au cours des siècles l’Occident Chrétien, le principe central qui a fondé notre civilisation est sans doute le suivant qui fit le buzz en son temps: « Oui, les hommes sont libres et égaux entre eux depuis le sénateur romain jusqu’au dernier des lépreux. Mais pour gérer cette liberté ils doivent rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Imaginez-vous la dimension proprement révolutionnaire de ce propos à une époque où des peuples entiers étaient esclaves et où les tyrans, les rois et les empereurs fricotaient sans vergogne avec les dieux, quand ils ne cherchaient pas pour eux-mêmes une parcelle de nature divine susceptible de lever toute limite à leur pouvoir ?

Cette formule de Jésus de Nazareth, signifie simplement qu’il est impossible de gérer la Cité sans accepter que certains éléments échappent à César. C’est-à-dire que si certains domaines sont du politique, et qu’il faut les accepter comme tels, sans interférence religieuse, il faut aussi les distinguer de ceux qui ne sont pas à la portée du politique. Car il existe, que nous le voulions ou non, hors de compétence des lois des hommes, en dehors du ressort de César, des valeurs universelles, appartenant certes à notre humanité, mais que l’homme, ses lois et ses organisations, ne peuvent pas ne pas respecter. Pour les juifs et les chrétiens ces valeurs appartiennent à Dieu, mais les agnostiques doivent aux moins accepter qu’elles appartiennent à l’universel. L’important est de comprendre que si l’homme les néglige, il ne reste de lui qu’un animal globalement plus doué que les autres.

« C’est le retour du cléricalisme que vous proposez ! » vont hurler certains. Non, certainement pas. Le cléricalisme est une déviance par laquelle des clercs instrumentalisent leur pouvoir d’influence sur les âmes pour s’arroger des privilèges matériels. Le cléricalisme est une escroquerie, mais ce n’est pas parce que l’Eglise est tombée dans ce travers à d’autres époques que nous devrions aujourd’hui jeter l’enfant avec l’eau du bain en refusant toute dimension spirituelle à la vie en société. Je pense au contraire qu’un régime de liberté ne peut fonctionner sans protéger un certain nombre de valeurs qui, par leur caractère universel, dépassent tout pouvoir temporel, même celui d’une éventuelle majorité dans l’opinion d’un peuple en démocratie. La dictature de la majorité n’est pas plus acceptable que celle des autres despotismes.

Et quelles sont donc ces valeurs qui sont selon vous au-dessus des lois ? La réponse est très simple : ce sont les valeurs de vérité, de justice, de respect et de don de soi qui ont inspiré nos lois et qui, avant-même la contrainte de la loi, imprègnent toute la conduite de l’honnête homme et nous mènent au Bien Commun.

Ce sont ces valeurs qui devraient être le but premier de l’éducation des enfants et qui justifient la pratique des vertus indispensables à la vie en société. Mais pour cela encore faut-il condamner le relativisme imposé actuellement par un matérialisme borné et son horrible cynisme social.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Je pense que, cassée par les horreurs et les crimes de deux guerres fratricides successives, n’osant plus regarder Dieu en face, l’Europe a cru pouvoir se passer de Lui. Et la génération suivante, celle de 68, privée de transcendance, s’est vautrée dans le cynisme du confort retrouvé. Par ailleurs et pour notre malheur, deux idéologies dominantes se sont objectivement alliées depuis l’après-guerre, le socialisme et le capitalisme. Tout les opposait sauf une chose, une horrible chose : le matérialisme. Et nous avons assisté ainsi à la victoire du consumérisme, de l’hédonisme, et de l’immédiat. Celle de la quantité sur la qualité, de la facilité sur l’effort, du superficiel sur le fond, du brillant sur le beau, du décor sur le vrai, du profit sur le projet, de la vulgarité sur la noblesse et, enfin, des droits sur le devoir.

Face à ce qu’il faut bien appeler une décadence, je crois que nous pouvons, que nous devons réagir. (En ce sens je suis profondément réactionnaire !) Je crois que nous devons retrouver notre liberté. Pas la fausse liberté de faire ce que nous désirons dès que nous en avons l’envie, mais la vraie liberté, celle du don de soi qui suppose deux éléments : d’abord accepter l’effort et la vertu pour se tenir debout, ensuite les valeurs universelles qui nous indiquent le chemin.

Allez, debout !

 

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