New-York n’est pas l’Amérique et Saint-Germain-des-Prés n’est pas la France.

12 Nov

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Après la gifle qu’il viennent de recevoir au travers de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les médias américains ont entamé leur auto-critique. Mais pensez-vous que les nôtres en soient capables ? Poser la question, c’est hélas y répondre !

Les médias ont-ils failli dans leur couverture de l’élection américaine ? Quatre jours après l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le débat continue d’agiter les rédactions américaines, où beaucoup ont vécu l' » Election night  » comme un échec. Un échec des sondages bien sûr mais aussi un échec de la couverture médiatique de la campagne électorale et des analyses qui auraient dû en être tirées.

Aux premières heures de cette vague d’introspection, mercredi matin, plusieurs médias, comme le New York Times et le Washington Post, s’étaient eux-mêmes reproché de ne pas avoir suffisamment prêté attention à la colère des classes populaires blanches, ou de ne pas avoir considéré comme une hypothèse sérieuse que le candidat républicain parvienne à rassembler une majorité de grands électeurs.

 » Nous devons nous souvenir que New York n’est pas le monde réel, a ainsi déclaré le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet. Il nous faut faire un bien meilleur travail en allant sur le terrain, et parler à des gens différents de ceux à qui nous avons l’habitude de parler.  » Comme nous aimerions entendre cela sur nos propres plateaux TV et nos médias radiophoniques ou le lire dans notre presse nationale…

Mais pourtant d’autres responsables de médias contestent l’idée que les journalistes n’ont pas bien rendu compte de l’opinion.  » L’élection de Trump ne peut se résumer à l’échec d’une presse qui serait abîmée « , a écrit le commentateur des médias de Politico, Jack Shafer.

Ceux-là mettent en avant d’autres explications : l’obsolescence des techniques sondagières, les effets de bulle créés par les réseaux sociaux et la défiance d’une partie importante de la population envers les médias, qui s’interrogent aujourd’hui sur la façon dont ils pourront travailler avec la nouvelle présidence. En cause aussi, l’efficacité des soutiens du candidat républicain sur le terrain numérique, pour répandre ses assertions ou contrecarrer les articles les plus critiques. Un peu facile comme explication quand on sait que la plupart du temps les médias du système n’aspirent qu’à entendre ou voir ce qu’ils pensent eux-mêmes et sans même imaginer que l’on puisse penser autrement ! C’est en tout cas et à coup sûr le cas des nôtres. En voici un exemple : 

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et un autre :

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et encore : 

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Trump est-il le produit de Facebook et de Twitter ? Certains le pensent, tel le doyen de l’école de journalisme de Berkeley à l’université de Californie, Ed Wasserman :  » Trump a réussi à diffuser son message en contournant les règles de vérification habituellement en vigueur, a-t-il observé sur le magazine Advertising Age. Une large gamme de médias dépourvus d’autorité ont eu de l’influence, alors que les médias dont l’autorité provient d’une vérification des faits n’en ont pas eu tant que ça.  » Entendez que seule la pensée conforme et obligatoire a, pour ces gens-là, droit de cité.

En France, ces questions résonnent davantage, à quelques jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre, le 20 novembre.  » Je me méfie des procès en sorcellerie qu’on mène immédiatement après les événements, avance Catherine Nayl, la directrice générale adjointe à l’information du groupe TF1. Mais oui, les médias américains ont été engagés dans cette élection, ils n’ont pas vu venir le succès de Donald Trump, pas plus que les instituts de sondages, et tout cela nous rappelle à nous, Français, la situation de 2005 lors du référendum sur la Constitution européenne.  » Mais peut-être ferait-elle bien de se demander POURQUOI ? La réponse est pourtant simple : les médias officiels sont en réalité de simples militants. Ils croient tellement en leur cause qu’ils la défendent sans même se donner le temps d’imaginer qu’il peut en exister d’autres…Et quand ils parviennent à l’imaginer, elles ne peuvent être à leurs yeux qu’anecdotiques. C’est ce que nous appelons  » VOULOIR FAIRE NOTRE BONHEUR MALGRÉ NOUS  » !

«  C’est l’histoire qui se répète, pense également Hervé Béroud, le directeur général de BFM-TV. Tout le monde pense au Brexit et aux montées des populismes en Autriche ou en France. Cela nous ramène au 21 avril 2002.  » Vous imaginez ? L’horreur absolue. La question est pour lui, avant tout, celle des outils de sondage :  » Il est excessif de dire qu’on est passé à côté du phénomène Trump. Mais il est vrai qu’une frange de la population passe au travers des sondages. Pour les médias, cela devient une vraie question.  » On peut en effet le dire.

 » Les sondages réclament un travail d’explication, rappelle Mme Nayl. Or celui-ci est trop complexe à présenter au sein d’un journal télévisé : c’est pourquoi TF1 n’en produit pas.  »  » C’est dur de s’en passer, ils sont tellement partout, juge de son côté Michel Field, directeur exécutif de l’information de France Télévisions. Il faudrait en faire un usage plus modéré, c’est ce que nous essayons de faire, avec des choses plus qualitatives. « 

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A l’image de leurs homologues américains, les dirigeants de médias français s’interrogent aussi sur leur capacité à prendre le pouls de la société sur le terrain.  » Cela repose la question de nos capteurs médiatiques, qui permettent d’avoir une vision juste des mouvements profonds, selon M. Field. Dans les médias, le maillage d’expertise a été restreint. Le Web a aussi réduit le rapport au terrain. « 

 » Nous devons nous poser, tout le temps, la question de la représentation de la société française, affirme Mme Nayl. On s’est beaucoup gaussé du travail de TF1 sur la proximité et les régions. Mais nous sommes représentatifs de cette France à qui on ne tend pas le micro, grâce à notre réseau de bureaux dans les régions, aux côtés de la presse quotidienne régionale. « 

Dans cet esprit, M. Field identifie  » un problème d’incarnation de la diversité de la société à l’écran  » et  » une homogénéisation sociologique liée aux écoles de journalisme « . Autant de questions déjà évoquées en 2002 et en 2005 mais restées sans réponse.

Le patron de l’information de France Télévisions se demande «  comment intéresser des gens au débat public, alors qu’il est délaissé, honni, comment faire entendre du “disruptif” ?  » Sur ce point, Hervé Béroud déplore l’homogénéité des spécialistes invités sur les plateaux :  » En France, ce n’était pas facile de trouver des pro-Trump et la quasi-totalité des intervenants étaient anti-Trump (NDCER: encore eut-il fallu aller les chercher là où ils sont et non pas systématiquement au sein de la bien-pensance et de la Clintonmania de Saint-Germain-des- Prés !) . C’est une question pour la campagne française : malgré ce qu’on dit sur la présence d’Eric Zemmour dans les médias, le poids du Front national dans les paroles d’intervenants à la télévision n’est pas équivalent à son poids dans les urnes.  »

Une question qui fait écho à la situation des médias américains vis-à-vis de M. Trump, qui a surtout été porté par des médias partisans. Comment éviter une telle configuration en France ? BFM-TV a sa réponse :  » Dire :“Il ne faut pas donner la parole aux soutiens du FN”, c’est suicidaire, pense M. Béroud. Cela ne fait qu’augmenter le fossé. « 

Un excellent exemple de cette stupide obstination en est l’image inverse que nous a donnée l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Il est le seul média en France et même en Europe à avoir interviewé le futur président des Etats-Unis, en février 2016.

 » Nous avons tout de suite perçu la curiosité du vote Trump « , commente rétrospectivement le patron de l’hebdomadaire, Yves de Kerdrel, pour qui cette victoire est  » une revanche des peuples « .  » Les médias français feraient bien de faire un examen de conscience « , savoure-t-il aujourd’hui.

Et si, tout simplement, les médias officiels acceptaient enfin ce qui, à leurs yeux, est l’inacceptable ?…

Le 12 novembre 2016.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA

 

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2 Réponses to “New-York n’est pas l’Amérique et Saint-Germain-des-Prés n’est pas la France.”

  1. Hervé J. VOLTO novembre 12, 2016 à 10:32 #

    New York n’est pas l’Amérique et Paris n’est pas la France ! Le vote Trump : les médias Français feraient bien de faire un examen de conscience, car ils risquent avec Marine Le Pen de ne pas suffisamment prêter attention à la colère des classes populaires de souche, de ne pas considérrer comme une une hypothèse sérieuse que le candidat FN parvienne à rassembler une majorité d’électeurs. Que cette dernière se prépare bien : elle risquera elle-aussi comme D. Trump des constestations de rue, Coco Bel Oeil passant aux voies de fait quand il n’a plus d’audience… mais une opportunité hitsorique se profile. mais Marine a un atout : Marion ! Tiens bon !!!

  2. Hervé J. VOLTO novembre 12, 2016 à 10:34 #

    Propos de bistrots : Trump ! il semble bien que les américains aussi aient les couilles pleines.

    Propos de salon de thé : Le vote Trump ! il semble évident que le peuple américain, lui aussi, ressente une profonde exaspération…

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