Hocine Louanchi. In memoriam M. Zenou. Hommage aux Harkis morts pour la France.

17 Déc

Hocine Louanchi

6 h · Arles, Provence-Alpes-Cote d’Azur ·

Monsieur Zénou est mort.

Monsieur Zénou, c’était moi voisin, et je l’aimais beaucoup. Il vient de mourir d’un AVC à 77 ans. Monsieur Zénou était harki, il était donc combattant du côté de la France pendant la guerre d’Algérie, le côté qui a perdu. Il eut la chance de pouvoir s’exiler en France en 1962, beaucoup d’autres furent abandonnés sur place et furent massacrés.

Exilé en France avec sa famille, on ne peut pas dire que la République a été très généreuse avec lui et les autres harkis rescapés. Ils ont été parqués dans des constructions temporaires miteuses qui ont duré des décennies. Pourtant chez eux aucune rancoeur contre la France, au contraire ils sont fiers d’être Français. A mon sens ils sont bien plus Français que moi, eux ils ont tout perdu, tout risqué pour la France.

Monsieur Zénou était musulman, comme tous les autres harkis que je connais, il y en a pas mal là où j’habite, certains sont de bons amis à moi. Musulman comme beaucoup sont chrétiens, culturellement, sans réelle pratique religieuse autre que la célébration de certaines fêtes en famille. Des couscous et des pâtisseries très sucrées, qu’ils viennent chaque année apporter en portions généreuses à ma mère. Je n’ai jamais vu aucun voile ou aucune barbe dans ces familles, leurs femmes sont très libres, elles sont même très féminines, les plus jeunes ont des bons boulots. Les enfants et petits enfants portent tous des prénoms arabes, ça ne les empêche pas d’être bien intégrés, même s’ils ont du souffrir j’imagine de temps à autre du racisme ordinaire. Aucun ressentiment chez eux contre la France. Ils se sentent français, sans doute plus que moi.

Monsieur Zénou venait d’un petit bled de 5000 habitants au fin fond de l’Algérie, Beni-Mezline. Je ne veux pas récupérer sa mort politiquement, mais simplement dire qu’il montrait modestement avec sa famille l’exemple que l’Islam n’est pas nécessairement incompatible avec les valeurs de la République : il me semble que par leur sacrifice ils l’ont largement démontré.

Selon wikipedia le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu, victimes de représailles car abandonnés à leur triste sort sur place par la France, fut estimé selon les sources entre 10 000 et 150 000. Actuellement, les historiens s’accordent à évaluer de 60 000 à 70 000 le nombre de morts. Le 14 avril 2012, Nicolas Sarkozy a officiellement reconnu la responsabilité du gouvernement français dans « l’abandon » des harkis après la fin de la guerre d’Algérie en 1962. François Hollande reconnaîtra lui aussi « les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France » le 25 septembre 2016.

Paix à son âme, et à celle de tous ces musulmans anonymes tombés pour la France et que l’on a oublié.

On parle beaucoup de réécrire le roman national de nos livres d’histoire et notamment le temps des colonies : il serait juste de leur accorder une place d’honneur, une place qui établirait un bel exemple historique de lien possible entre le monde musulman et la République. Il y a eu beaucoup plus d’harkis qu’il n’y aura jamais d’apprentis djihadistes.

François Serrano

https://www.facebook.com/hocine.louanchi.1?fref=nf

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