Le Monde admet enfin que le CER avait raison à propos de la Libye. Il était temps !

20 Déc

Dans une analyse publiée dans le quotidien Le Monde daté du 18 décembre, Frédéric Bobin, le correspondant du journal en Tunisie (et en Libye où il lui est difficile de séjourner), dresse un tableau précis et particulièrement pessimiste de la situation en Libye depuis l’accord dit de Skhirat (Maroc) parrainé par les Nations unies, l’Otan et l’Union européenne. Son article est intitulé  » Un an après l’accord de Skhirat, la dérive de la Libye paraît inexorable  » (http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/12/17/un-an-apres-l-accord-de-skhirat-la-derive-de-la-libye-parait-inexorable_5050664_3232.html).Vous pourrez y observer qu’il reprend l’essentiel des observations et des critiques que nous avons formulées sur la question depuis ce fameux accord du 17 décembre 2015.

Voici au paravant quelques références qui vous seront utiles pour en juger :

« L’illusion de l’accord de paix en Libye »https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/07/15/bulletin-climatique-quotidien-15-juillet-2015de-la-republique-francaise/

« Le bourbier libyen » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/12/16/bulletin-climatique-quotidien-16-decembre-2015-de-la-republique-francaise/

« Entre la tribu et le tyran, leur coeur balance » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/09/15/bulletin-climatique-quotidien-15-septembre-2016-de-la-republique-francaise/

« D’ailleurs, l’intervention militaire de 2011 en Libye… » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/09/15/bulletin-climatique-quotidien-15-septembre-2016-de-la-republique-francaise/

« Et une casserole de plus pour Nicolas Sarkozy » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/09/17/bulletin-climatique-du-week-end-1718-septembre-2016-de-la-republique-francaise/

« Mais ce n’est pas mieux de l’autre côté de la Méditerranée » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/09/bulletin-climatique-quotidien-9-decembre-2016-de-la-republique-francaise/

Et voilà à présent de larges extraits de l’analyse de Frédéric Bobin :

 » Une année pour quoi ? Pour rien ? Le 17 décembre 2015, un espoir prudent s’était levé aux yeux de nombreux Libyens. A Skhirat, au Maroc, des délégations issues de camps politiques rivaux avaient signé un accord politique censé arracher la Libye au chaos post-Kadhafi. Les Nations unies s’y sont lourdement investies. Un an après, c’est le désenchantement face à la dérive de l’ancien géant pétrolier d’Afrique qui, loin d’être enrayée, se poursuit inexorablement. Fragmentation territoriale, emprise intacte des milices et déclin économique nourrissent un puzzle d’affrontements de basse intensité – la Libye n’est pas la Syrie – minant une partie des marches méridionales de l’Europe. Un bilan décevant pour un accord bâclé, mal conçu et qui, plutôt que la dissiper, a ajouté à la confusion.

 » La situation est pire depuis le 30 mars.  » Celui qui émettait ce jugement début novembre dans un entretien au journal en ligne Libya Herald n’est pas un dangereux opposant à l’accord de Skhirat. Il s’agit de Faïez Sarraj, le chef du gouvernement dit d' » union nationale  » enfanté par l’accord de Skhirat. Le 30 mars est la date de son installation effective à Tripoli. Dans cet entretien, M. Sarraj, l’homme supposé incarner la Libye réconciliée, se plaignait de l’absence de moyens financiers et de son incapacité à imposer son autorité, en somme de son impuissance. « 
Le seul acquis dont le gouvernement d' » union nationale  » peut se targuer – et il n’est pas mince – est l’éviction de l’organisation Etat islamique de la ville de Syrte. Une victoire ambiguë, car elle doit tout à la mobilisation de milices, et non d’une armée intégrée qui n’existe toujours pas. Le 6 décembre, une coalition de brigades – principalement issues de Misrata – a liquidé les dernières résistances de l’organisation Etat islamique à Syrte, à l’issue d’une offensive de plus de six mois au bilan très lourd : 700 morts chez les assaillants et 2 500 chez les djihadistes et les civils restés à leur côté. Washington y a apporté un puissant soutien aérien. L’élimination de l’organisation Etat islamique de sa place forte de Syrte, qui menaçait de devenir un Mossoul africain, était devenue la priorité des Occidentaux en Libye. C’est même cet impératif qui a précipité la signature de l’accord de Skhirat, un peu plus d’un mois après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Au risque de passer en force sans s’assurer que les signataires étaient vraiment ceux qui comptaient en Libye.

Un an après, la Libye paie le prix de cet accord bâclé au nom de l' » urgence « . Si le gouvernement de M. Sarraj ne peut fonctionner normalement, c’est qu’il n’a toujours pas été investi par le Parlement siégeant à Tobrouk (est), l’assemblée élue en juin 2014 et reconnue par la communauté internationale. Et cette obstruction n’est pas près d’être levée tant que les parlementaires de Tobrouk resteront sous l’influence du maréchal Khalifa Haftar, chef en titre de l’Armée nationale libyenne (ANL) et homme fort de la Cyrénaïque, la région orientale qui recèle les principales réserves d’hydrocarbures. L’attitude hostile du maréchal n’est pas surprenante : une des clauses de l’accord de Skhirat visait précisément à déloger cette figure militariste controversée du commandement suprême de l’armée. Etait-il possible de faire valider un accord par les amis de sa principale victime ? L’ONU et les capitales occidentales l’ont naïvement cru. Et prenant aujourd’hui conscience de ce vice originel, elles laissent entendre que rien  » n’est gravé dans le marbre « , après avoir affirmé que l’accord était intouchable. Cela fait beaucoup d’inconséquences.
Il ne faut pas s’étonner dès lors que Faïez Sarraj s’épuise dans cette situation. Non seulement son autorité se limite à la Tripolitaine (ouest), mais elle se perd dans les luttes intestines. A Tripoli, Faïez Sarraj est en conflit ouvert avec le directeur de la banque centrale, Sadiq Al-Kébir, lequel refuse au nom du respect des procédures de lui débloquer les financements souhaités. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, a dû organiser une réunion à Londres fin octobre pour tenter – en vain – de réconcilier les deux hommes. Plus récemment, des tensions sont apparues entre Faïez Sarraj et son ministre de la défense, Mahdi Al-Barghathi, à l’occasion d’une tentative avortée par des groupes armés de reprendre le Croissant pétrolier – la principale plate-forme d’exportation du brut – au maréchal Haftar qui l’avait conquis en septembre. Selon International Crisis Group (ICG), Mahdi Al-Barghathi serait l’un des inspirateurs de cette attaque au sujet de laquelle Faïez Sarraj a nié toute responsabilité. A l’impuissance en matière financière, ce dernier ajoute celle sur la maîtrise des armes. Il dépend plus que jamais des milices qui ont autorisé son installation à Tripoli et se heurte à un ministre de la défense récalcitrant.

Un tel enlisement n’est pas de bon augure. Il renforce non seulement l’aile dure islamiste qui reproche à Faïez Sarraj d’avoir été  » imposé par les Occidentaux « , mais aussi les faucons militaristes autour du maréchal Haftar, qui dénoncent le chef du gouvernement comme otage des Frères musulmans, lesquels demeurent influents en coulisses. Face à cette confusion qui s’installe, l’initiative semble appartenir au maréchal Haftar qui courtise plus que jamais la Russie – il vient d’effectuer sa deuxième visite de l’année à Moscou – dans un contexte nouveau créé par l’évolution de la crise syrienne et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Dopé par un environnement géopolitique qu’il juge favorable à sa cause, celle d’un régime militaire débarrassé de l’islam politique s’inspirant de son mentor égyptien, le maréchal Sissi, Khalifa Haftar ne va pas cesser d’avancer ses pions. Rendant chaque jour plus moribond l’accord de Skhirat. »

On ne saurait en effet mieux rappeler ce que nous disons depuis un an et demi !

Le 20 décembre 2016.

Pour le CER, J-Y Pons.

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Une Réponse to “Le Monde admet enfin que le CER avait raison à propos de la Libye. Il était temps !”

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  1. actualitserlande - janvier 16, 2017

    […] Les Nations unies et les pays occidentaux s’évertuent depuis plus d’un an à maintenir en Libye un gouvernement fantoche au travers de ce qu’ils appellent l’accord de Skhirat (ville de la côte marocaine). Peine perdue, comme nous n’avons cessé de le répéter et comme en témoignent nombre d’articles publiés sur notre blogue (Lire « Le Monde admet enfin que le CER avait raison à propos de la Libye » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/20/le-monde-admet-enfin-que-le-cer-avait-rai…). […]

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