Haro sur le populisme.

15 Jan

 

Dans moins de quatre mois, la France aura un nouveau président. A moins que ce soit une présidente et c’est bien cela que redoutent tant les tenant du système et de ses prébendes. Du côté de la gauche radicale, on espère bien sûr le succès de Jean-Luc Mélenchon.

Les deux candidatures, de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélanchon, ont un point commun : elles remettent en cause les traités européens et le régime actuel de concurrence exacerbée entre pays et territoires, ce qui séduit beaucoup des laissés-pour-compte de la mondialisation mais pas que ceux-là. Elles ont aussi des différences essentielles : en dépit d’une rhétorique clivante et d’un imaginaire géopolitique parfois inquiétant, Mélenchon conserve malgré tout la vieille et cataleptique inspiration internationaliste et révolutionnaire.

L’incroyable dans cette campagne présidentielle, c’est que toutes les autres forces politiques – et les grands médias qui leurs sont autant de complices– se contentent de fustiger ces deux candidatures en les qualifiant de  » populistes « , sans même s’interroger sur le pourquoi du comment. Cette nouvelle insulte suprême de la politique, bien connue aux Etats-Unis, occulte une fois de plus la question de fond. Car le populisme n’est rien d’autre qu’une réponse confuse mais légitime au sentiment d’abandon des classes moyennes et populaires des pays développés face à la mondialisation et la montée des inégalités.

C’est pourtant la stratégie du déni que s’apprêtent à suivre les candidats de la droite libérale (Fillon) et du centre (Macron) qui vont défendre le statu quo intégral sur le traité budgétaire européen de 2012. Celui dont François Hollande ne voulait paraît-il pas mais qu’il a avalé sans barguigner ! Ils prétendent incarner le cercle de la raison : quand la France aura regagné la confiance de l’Allemagne, de Bruxelles et des marchés, en libéralisant le marché du travail, en réduisant les dépenses et les déficits, en supprimant éventuellement l’impôt sur la fortune et en augmentant la TVA, alors il sera bien temps de demander à nos partenaires de faire un geste sur l’austérité et la dette.

Le problème, c’est que le traité de 2012 est une erreur monumentale, qui a enfermé la zone euro dans un piège mortifère. L’expérience historique montre qu’il est impossible de réduire une dette publique de ce niveau sans faire appel à des mesures exceptionnelles. Sauf à se condamner à des excédents primaires pendant des décennies, ce qui grève durablement toute capacité d’investissement.

Entre 1945 et 1955, c’est par un mélange d’annulations de dettes, d’inflation et de prélèvements exceptionnels sur le capital privé que l’Allemagne et la France ont pu rapidement se débarrasser d’une dette similaire. C’est ce qui leur a permis d’investir dans la croissance. Faute de le faire aujourd’hui,  le retard d’investissement et le décrochage de la productivité déjà observés en Italie finiront par s’étendre à la France et à toute la zone euro (il y a déjà des signes en ce sens). Mettant ainsi fin à une utopie ruineuse.

Mais il faut aussi accepter de se plonger dans la primaire organisée par la gauche dite pompeusement de gouvernement. Hamon et Montebourg semblent peut-être un peu plus enclins à entendre ce discours que Valls ou Peillon, à condition qu’ils dépassent leurs postures sur le revenu universel et le  » made in France « , et qu’ils formulent enfin des propositions précises pour remplacer le traité budgétaire de 2012. Mais autant leur demander de se renier puisque tous ont trempé dans sa ratification.

En d’autres termes, à défaut d’une démarche volontariste associant une sérieuse autocritique et une démarche authentique de  » Franxit « , il y a fort à parier que le prochain président de la République (ou le suivant) soit…une présidente.

Le 15 janvier 2016.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :