BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (10 février 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

10 Fév

I. Nous ne serons sauvés que par nous-mêmes

Soucieuse de fermer la route de la Méditerranée centrale, empruntée en 2016 par 181 436 migrants et candidats à l’asile arrivés en Italie – essentiellement des Africains subsahariens qui ne sont donc pas des  » REFUGIES  » MAIS DE VULGAIRES MIGRANTS ÉCONOMIQUES qui ne nous apportent que la chienlit – , l’Union européenne doit atteindre une série d’objectifs :

1/ traiter avec un Etat libyen qui n’existe que sur le papier,

2/ faire respecter la protection de ces migrants par Tripoli (l’UE a-t-elle seulement entendu parler de la traite orientale ?) et

3/ tenter d’assurer la formation de gardes-côtes libyens capables d’enrayer l’activité des passeurs comme la lutte contre le trafic d’armes…(Lire « A Malte est né le Pinocchio d’or » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/02/06/bulletin-climatique-quotidien-6-fevrier-2017-de-la-republique-francaise/).

Un programme qui semble hors d’atteinte, comme l’a confirmé, lundi 6 février, une réunion des ministres des affaires étrangères, à Bruxelles. Ils devaient en quelque sorte «  traduire  » la déclaration signée vendredi 3 février, à Malte, par des chefs d’Etat et de gouvernement, surtout soucieux d’éviter une nouvelle crise migratoire, comme celle de 2015, et toutes les critiques qui s’ensuivraient.

Les ministres se sont, en réalité, limités à des appels pathétiques aux autorités libyennes, invitées à  » redoubler d’efforts  » pour faire respecter les droits des migrants dans les centres de détention. C’était déjà le sens d’une  » lettre d’intention « , signée jeudi 2 février par l’Italie et la Libye. Selon celle-ci, Rome s’engage à contribuer à l’amélioration des conditions de vie dans ces centres et à renforcer son soutien aux gardes-côtes libyens par une aide financière et un soutien aux ONG et aux institutions de l’ONU.

Le lendemain, le Conseil européen affichait son soutien à cet accord de principe, qui énonce que les camps de détention seront chargés d’accueillir des migrants,  » sous le contrôle exclusif du ministère de l’intérieur « (Libyen), en  » attendant leur rapatriement ou leur retour volontaire dans leurs pays d’origine « .

C’est la disposition la plus controversée du plan européen. Comment la Libye pourrait-elle traiter des demandes de candidats (abusifs) au statut de réfugié, alors qu’elle-même n’est pas signataire de la convention de Genève de 1951 ? Et que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’a pas de présence effective en Libye, en raison de l’insécurité qui y règne ?

 » C’est une fiction cynique et dangereuse, dénonce Arjan Hehenkamp, directeur général de Médecins sans frontières Pays-Bas, qui a récemment visité des camps libyens. On préconise le renvoi de migrants dans un pays jugé trop instable pour que les diplomates européens ou les agents de l’ONU acceptent eux-mêmes de s’y installer.  » Rappelons à M. Hehenkamp que cette fiction cynique et dangereuse porte un nom : l’Union européenne.

Les conditions de détention dans ces centres surpeuplés et la légalité de leur statut sont problématiques. La violence, l’insalubrité et la malnutrition y règnent. Ces structures sont, en réalité, maîtrisées par des entités non étatiques, et non par le ministère de l’intérieur.  » Nombre d’entre eux sont de facto liés à des milices « , met en garde Mattia Toaldo, expert au Conseil européen des relations internationales. Ces structures ne sont souvent que le maillon d’un vaste système de trafic d’êtres humains.  » Les milices rachètent souvent des migrants pour les livrer ensuite à du travail forcé ou les remettre sur des bateaux en partance pour l’Europe au prix fort « , affirme M. Toaldo. Quel aveuglement ! Ce n’est qu’un épisode de la traite orientale qui n’a jamais cessé.

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La traite orientale organisée par les tribus bédouines

Est-il possible d’humaniser ces centres avant de les financer, comme le préconise l’Italie ? Lundi, les Vingt-Huit ont condamné les violations des droits de l’homme et appelé à garantir  » un accès sans entraves et sûr  » à ces structures pour les travailleurs humanitaires. Des observateurs jugent que les Européens vont, en réalité, conforter les milices et les gangs.

Les gardes-côtes eux-mêmes ne sont pas dépourvus de connexions troubles. Selon des témoins, les seuls bateaux qu’ils saisissent en mer sont souvent ceux de passeurs qui ne bénéficient pas de protections assez élevées…L’UE, qui espère former plusieurs centaines d’hommes – quatre-vingts seulement l’ont été jusqu’ici –, concède, elle-même, que l’une des difficultés consiste à identifier préalablement des individus qui ne sont liés ni aux passeurs ni aux adversaires du fragile gouvernement de Tripoli. Et sans compter avec les collusions entre certains organismes prétendument humanitaires et les passeurs de migrants, comme nous l’avons révélé dans cet article : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/15/la-preuve-que-les-humanitaires-qui-aident-les-migrants-en-mediterranee-sont-complices-des-passeurs/ .

Une autre difficulté majeure pour l’UE est d’ordre politique. La Libye est fragmentée et les autorités de Tripoli n’exerçent qu’une tutelle formelle, circonscrite à quelques poches de la Tripolitaine (Libye de l’Ouest). Le gouvernement dit  » d’union nationale  » de Faïez Sarraj, soutenu à bout de bras par l’ONU et les Occidentaux, ne maîtrise guère un terrain livré aux milices et aux trafiquants de tout poil.

Les ministres européens encouragent donc désormais un dialogue entre M. Sarraj et son rival, Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrenaïque (est du pays), à la tête d’une force de quelques milliers d’hommes. Les Européens, même s’ils répètent que M. Sarraj incarne la seule autorité légitime, évoquent désormais la nécessité de rendre les institutions  » plus représentatives  » et se disent  » prêts à accompagner un changement politique « . COMMENT ET AVEC QUOI ?

L’Union européenne est, en fait, au cœur d’un jeu diplomatique qui implique aussi la Russie et l’Egypte. M. Haftar, formé à l’école soviétique, est très courtisé par Moscou, qui entend accroître son influence dans cette zone. Et Le Caire a récemment indiqué à la diplomatie bruxelloise – par l’entremise de la Hongrie – sa disponibilité pour aider à trouver une solution. En échange, toutefois, d’une aide financière et d’un appui pour le contrôle de ses frontières. Ben voyons ! Avec ces gens-là, ça finit toujours en discussions de marchands de tapis.

Le dernier casse-tête, pour les Européens, est la question du refoulement automatique de migrants vers la Libye. L’Italie avait conclu deux accords bilatéraux en ce sens avec Mouammar Kadhafi, en 2007 et 2009. D’autres pays ne sont pas hostiles à ce principe, malgré les objections formulées en 2012 par la Cour européenne des droits de l’homme.  » Ce serait grave pour les valeurs de l’Union d’en arriver là car, pour l’instant, la Libye n’est ni un pays stable ni un Etat de droit « , juge le ministre luxembourgeois des affaires étrangères, Jean Asselborn. Mais est-ce que le déferlement de ces hordes barbares sur notre continent n’a pas de graves conséquences pour les citoyens européens ? Alors, vous pensez bien que les  » valeurs  » de M. Asselborn, nous nous asseyons dessus…

Nous proposons d’ailleurs à M. Asselborn que son pays accueille TOUS les migrants venus de Libye et que l’UE n’aura pas refoulés pour respecter ses fameuses valeurs.

En vérité ces gens sont fous à moins qu’ils soient intéressés au succès de la traite négrière…

II. Grèce : que de temps perdu

À l’acmé de la crise financière grecque, notre diagnostic était déjà sans appel : si l’Union européenne avait vraiment l’intention de sauver l’économie du pays elle devait accepter le sacrifice  d’un allègement significatif de sa dette. Hélas, sous la férule de Wolfgang Schäuble, le redoutable et obstiné ministre allemand des finances, aucun accord n’a pu se faire sur le sujet.

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Mais voici que l’on entend enfin une première petite note de musique discordante, celle du Fonds monétaire international (FMI), enfin touché par le réalisme (à moins que ce soit par la lecture de notre blogue !).

Depuis sept ans, les relations sont tumultueuses entre le FMI et Athènes. Mais, ces deux dernières années, l’institution a cherché à se démarquer de son image de grand méchant loup. Depuis des mois, elle assure ne pas réclamer à la Grèce plus d’austérité. Le Fonds se pose en revanche comme l’allié d’Athènes sur le terrain d’un allégement significatif de la dette hellène, une solution dont les Allemands et quelques autres pays Européens, ne veulent toujours pas entendre parler.

Dans un communiqué publié lundi 6 février, le FMI a révélé pour la première fois des divergences apparues entre ses directeurs. La plupart des directeurs se sont  » ralliés  » au diagnostic des équipes, mais  » certains  » ont exprimé  » des opinions différentes sur la trajectoire budgétaire et la viabilité de la dette « , est-il écrit.

La déclaration ne précise cependant pas quels  » directeurs  » – autrement dit quels pays – se sont ainsi démarqués. Mais cette transparence est inhabituelle alors que le conseil d’administration du FMI délibère généralement dans la plus grande confidentialité, en privilégiant la voie du consensus. Elle traduit le caractère ultrasensible du soutien à la Grèce au sein du FMI. Certains de ses Etats membres, parmi lesquels des émergents agacés par une crise qui n’en finit pas, ne souhaitent guère voir l’institution remettre au pot.

 » La plupart des directeurs ont estimé que, malgré les énormes sacrifices de la Grèce et le généreux soutien des partenaires européens, une nouvelle aide pourrait être nécessaire pour restaurer la soutenabilité de la dette « , poursuit le communiqué.

Dans une autre référence à cette dispute l’opposant aux créanciers européens, le communiqué de lundi note que, selon  » la plupart des directeurs « , la Grèce n’a pas besoin d’un nouvel effort de consolidation budgétaire, compte tenu de l’ajustement «  impressionnant  » qu’elle a réalisé et qui devrait lui permettre de dégager un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts) de 1,5 % du PIB à moyen terme.

Pourtant,  » certains  » pays membres du FMI plaident pour un excédent primaire de 3,5 % d’ici à 2018. Cet objectif est celui fixé par les Européens dans le cadre de l’actuel plan d’aide. Dans ses dernières prises de position publiques, le FMI affirmait qu’une telle cible était presque impossible à atteindre pour la Grèce et sous-entendait une austérité budgétaire telle qu’elle pèserait sur la croissance et ferait de nouveau déraper la dette.

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Il ne fait aucun doute que les dissonances exprimées par le FMI vont compliquer encore le dialogue entre les créanciers. L’Allemagne continue de réclamer que le FMI participe à l’actuel plan de soutien, arguant que sa présence renforce la crédibilité de ce sauvetage pour les marchés financiers. Pour autant, Berlin refuse d’envisager toute restructuration substantielle de la dette. Résultat : rien n’avance dans cette affaire et pourtant l’heure tourne dangereusement pour la Grèce qui va avoir besoin d’un nouveau prêt dès le printemps pour ne pas sombrer dans une nouvelle crise financière. Que de temps perdu et que de misère supplémentaire sur les épaules des citoyens grecs.

Quand ils y repenseront, dans quelques années, ils conviendront que nous avions raison : le  » Grexit  » les auraient libérés de leurs chaînes sans que les sacrifices en soient plus douloureux. L’esclavage n’est jamais la solution.

 

Le 10 février 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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