Un nouvel horizon indépassable ?

5 Mar

euro_banknotes_2002

Non seulement abandonner l’euro nous est interdit (les traités européens établissent qu’il n’est pas possible de sortir de l’euro !) mais, qui plus est, une telle décision serait, nous dit-on (au cas où nous ne l’aurions pas encore compris), catastrophique. Personne pourtant ne se pose simplement la question suivante : comment faisions-nous avant 2002 ?

À chacune de ses interventions, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, fustige la monnaie unique, responsable, selon elle, du chômage et de la faible croissance pénalisant la France. De plus en plus de Français, déçus de la mondialisation, sont convaincus par les arguments de la candidate à la présidentielle. Et pas seulement au sein de son électorat : puisque l’euro n’a pas apporté la prospérité promise, pourquoi ne pas tourner la page ?

Que répondent les eurolâtres ?

Quels impacts aurait une sortie de l’euro ?

Les défenseurs de la monnaie unique prétendent que, dès que l’hypothèse du  » Frexit  » deviendrait crédible, les entreprises et ménages les plus aisés chercheraient à placer leurs économies à l’étranger, pour en protéger la valeur. Avec l’argument suivant :  » C’est ce que les Grecs ont fait au printemps 2015 face au risque de “Grexit”, obligeant le gouvernement à instaurer un contrôle des capitaux pour stopper l’hémorragie, rappelle Grégory Claeys, du centre de réflexion bruxellois Bruegel. Résultat : la Grèce a replongé en récession.  » Mais la France est-elle la Grèce ? Non bien sûr mais les économistes ont quand même leur réponse.

Pénalisées par la fuite des dépôts et le contrôle des capitaux, les banques tricolores peineraient à se financer auprès de la Banque centrale européenne (BCE).  » Pour les aider, la Banque de France pourrait être contrainte – par le gouvernement ou par la panique financière – de se remettre à imprimer sa propre monnaie pour sauver les banques « , ajoute M. Claeys. L’équivalent d’un retour  » sauvage  » au franc, qui se produirait de facto bien avant que les négociations n’aient abouti. Mais c’est très exactement ce qui est souhaitable ainsi que le Conseil dans l’Espérance du Roi l’affirmait déjà dans son Consilium Consulte du 25 juillet 2012 : (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/07/25/consilium-consulte-n-2012005-du-25-juillet-2012-relatif-a-la-creation-monetaire/) puis dans notre article du 31 juillet 2012 intitulé « Quand les Francs retrouveront le franc » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2012/07/31/quand-les-francs-retrouveront-le-franc/) qui exposait les modalités pratiques de la réinstallation de notre monnaie nationale.

Mais les mêmes experts ajoutent que, à cause de notre important déficit commercial, le franc se déprécierait rapidement face aux autres devises, de 10 % à 30 %, selon les scénarios, faisant bondir le prix des importations. S’ensuivraient paraît-il des effets secondaires  » aux conséquences imprévisibles  » (et que d’ailleurs personne ne se hasarde à prévoir, comme lorsqu’ils alertaient préventivement contre les pseudo-conséquences du « Brexit »).  » Sans parler de la contagion à nos voisins, en particulier l’Italie, dans une situation bien plus fragile que la nôtre « , rappelle Michel Aglietta, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales. Et alors ? Puisque l’objectif est précisément de faire exploser l’ensemble du système pour sauver tout le monde.

Cela relancerait-il notre compétitivité ?

 » A moyen terme, une dépréciation du franc regonflerait la compétitivité des produits français, qui se vendraient moins cher à l’étranger « , estime Henri Sterdyniak, de l’Observatoire français des conjonctures économiques.  » Mais à court terme, nos entreprises devraient d’abord encaisser le choc lié à la hausse du prix des matières premières et composants qu’elles importent.  » Beaucoup de PME ne s’en remettraient pas à ce qu’il paraît. Sauf si le gouvernement d’alors anticipe et agit rapidement sur les charges des entreprises dans la cadre d’un contrat à durée limitée, permettant de passer le cap.

Et même si l’euro explose et que plusieurs pays reprennent leurs monnaies nationales, la concurrence redeviendra alors un facteur stimulant pour tous les entrepreneurs jusqu’ici anesthésiés et maintenus dans un conformisme tout aussi dangereux. C’est d’ailleurs l’un des résultats, quinze ans après, de la construction de la zone euro.

Les ménages seraient-ils gagnants ou perdants ?

L’inflation liée au retour du franc pénaliserait à court terme le pouvoir d’achat puisque les produits importés coûteraient plus cher. Sauf à réduire les importations (dont beaucoup ne sont qu’en apparence indispensables), ouvrant ainsi la voix à une précieuse et utile décroissance, mais en évitant de tomber dans le piège d’une augmentation trop importante des bas salaires qui affecterait le coût du travail dans les PME et les TPE. Des sacrifices seront donc à faire pour retrouver notre liberté et notre honneur. En sachant que ceux-là seront provisoires.

Mais quid de l’inflation qui érode l’épargne des classes populaires et moyennes ? Il conviendrait de faire en sorte que le rendement de l’épargne suive au plus près l’inflation afin de réduire la fonte des bas de laine. Mais d’autres systèmes de placements, en particulier dans l’industrie, seraient alors à mettre en place pour aider conjointement les entreprises et les investisseurs.

Reste la question des obligations d’Etat à dix ans (OAT) contenues dans les livrets d’épargne et les contrats d’assurance-vie. Si le franc baisse et que les taux souverains montent, la valeur de ces obligations chutera. Banques et assureurs se retrouveraient donc pris en étau.  » Ils feraient face à de gros problèmes de liquidité, surtout si les Français s’en rendent compte et tentent de retirer leur épargne, explique Philippe Crevel, économiste au Cercle de l’épargne. Du coup, les retraits sur les contrats d’assurance-vie pourraient être bloqués, comme le permet la loi.  » Ce qui n’est pas faux mais sans doute temporaire.

En revanche, une flambée de l’inflation allégerait le poids des crédits immobiliers, qui affichent pour la plupart des taux fixes (1,35 % sur vingt ans, par exemple). Mais les taux des nouveaux prêts aux ménages et PME augmenteraient mécaniquement, en raison de la hausse de l’OAT, qui détermine le coût des crédits immobiliers. Et parce que nos banques devraient se financer à des taux plus élevés. Ne serait-ce pas alors le moment pour les Français de réfléchir à cette spécificité de notre pays : la propriété systématique du logement familial ? Et s’il existait d’autres solutions ?

Quant aux retraites, dans notre système par répartition, le montant des pensions, converti en franc, ne serait pas affecté à court terme. En revanche, l’impact à moyen et long terme serait plus incertain sur l’équilibre des régimes, puisqu’il dépend de l’évolution de l’emploi. Et ceci nous renvoie à l’un des chapitres précédents.

Enfin, le contrôle nécessaire des capitaux qui accompagnerait le retour au franc, tout comme la fuite au moins temporaire des investisseurs, limiterait bien sûr les déplacements hors du pays et ralentirait l’activité. Des mesures nouvelles portant sur le pouvoir d’achat et l’emploi s’avèreraient donc nécessaires. Mais la France a déjà connu cela et aucun Français n’en est mort.

Que se passerait-il pour notre dette publique ?

Puisque la dette publique est pour l’essentiel émise sous droit français, il suffirait d’une loi pour la convertir en francs bien que les agences de notation considèrent que cela équivaudrait à un défaut de paiement. Mais, en vérité, un départ de la France de la zone euro entrainerait un tel effet dominos que plusieurs pays financièrement bien plus exposés qu’elle seraient confrontés à un défaut authentique et bien plus patent. Cette boule de neige amènerait probablement à l’aménagement des dettes souveraines dans une grande partie de l’Europe voire du monde, rendant inopérants les éventuels recours des créanciers devant des tribunaux arbitraux pour se faire rembourser, comme ce fut le cas avec l’Argentine entre 2002 et 2015.

Dans tous les cas, cependant, les investisseurs étrangers exigeraient des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à la France. Ne serait-ce que pour compenser le risque que représente l’adoption d’une nouvelle devise. La Banque de France calcule ainsi que le coût du financement de notre dette grimperait de 30 milliards d’euros par an environ. C’est la preuve de la nécessité de changer nos mauvaises habitudes en la matière et de faire en sorte que la dette publique de notre pays soit détenue, pour sa plus grande part, par des Français et non plus des investisseurs étrangers et autres fonds de pension sans scrupule.

Une autre règle devrait être modifiée : l’obligation pour la Banque de France de prêter directement à l’Etat, ce qui lui est actuellement interdit. L’inflation qui pourrait naître de la fabrication de monnaie ainsi pratiquée interfèrerait bien sûr avec le pouvoir achat des ménages mais seulement pendant la période menant à l’équilibre des comptes publics.

Alors, finalement et dans l’intérêt de tous, la meilleure solution ne serait-elle pas dans l’abandon général de l’euro, monnaie unique, et la création d’une nouvelle monnaie, commune, avec un retour pour tous ceux qui le souhaitent aux monnaies nationales, permettant à chaque Etat d’adapter la situation financière à ses besoins spécifiques sans devoir subir les rigidités et autres diktats du système actuel dont la crise de 2008 a montré non seulement les limites mais, surtout, les graves conséquences ? Voilà la vraie question que tous les pays de l’Union européenne devraient se poser avant que la situation devienne explosive.

Le 5 mars 2017.

 

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