BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (8 mars 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

8 Mar

I. Macron : l’hécatonchire de la politique

Certains y verront du sens politique alors qu’il ne s’agit que d’opportunisme. Et pendant que François Fillon tente de sauver sa candidature à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron multiplie les appels du pied à ses électeurs. Lors d’un meeting à Caen, samedi 4 mars, l’ancien ministre a appelé ceux  » du centre et de la droite qui aujourd’hui doutent, sont blessés, se sentent floués  » à le rejoindre. C’est l’attrape tout de la campagne électorale.

 » Le renouveau démocratique, nous en avons furieusement besoin – mais – il ne sera pas (…) dans la rue au Trocadéro « , a justifié le candidat du mouvement En marche !, en référence à la manifestation de soutien au candidat du parti Les Républicains organisée dimanche à Paris. Et d’ajouter pour vendre sa marchandise :  » Les valeurs dans lesquelles vous vous retrouvez, elles sont ici, rejoignez-les « .

Jusqu’ici, l’ancien protégé de François Hollande réservait ces appels aux électeurs de la gauche, des partis écologistes et du centre ; il les a d’ailleurs renouvelés à Caen. Mais les démêlés judiciaires de François Fillon et la cacophonie qui s’en est suivie à droite sont autant d’aubaines qu’il n’entend pas laisser passer.  » Les électeurs de l’UDI et même une partie de ceux de LR sont aujourd’hui orphelins, ils cherchent vers qui se tourner, il faut leur parler « , assume un proche du champion d’En marche ! Ben voyons…

Lors de son meeting, M. Macron a multiplié les signaux à destination du camp conservateur. Le revenu universel de Benoît Hamon ?  » Non merci ! (…) Je ne fais pas partie du camp des défaitistes « , a-t-il assuré, avant de lancer qu’il ne voulait  » plus entendre qu’il est plus intéressant de ne pas travailler que de travailler dans notre pays « . Une phrase très applaudie, comme lorsqu’il a répété que lui élu, les chômeurs perdraient leurs indemnités en cas de refus de deux emplois successifs.

Mais il en faut pour tout le monde. Alors, haro sur le régime social des travailleurs indépendants (RSI), honni par les patrons de PME.  » Plus de 2,5 millions d’entrepreneurs du quotidien prennent des risques pour faire et créer. Pour eux, nous supprimerons le RSI « , a promis Emmanuel Macron. Bravo ! Personne ne le regrettera. Sauf que…les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Il a également rappelé qu’il comptait réformer le code du travail.  » Nous irons au bout de la réforme des prud’hommes « , a-t-il notamment expliqué, alors que le plafonnement des indemnités prud’homales avait été écarté lors de la préparation de la loi El Khomri, faute d’accord avec les syndicats. Il est à croire que ses mentors Bernard Arnault, Patrick Drahi et quelques autres grands patrons avaient écrit son discours !

Plus risqué, Emmanuel Macron s’est aussi permis d’égratigner les écologistes.  » Je n’ai jamais considéré que le nucléaire était une maladie « , a-t-il lancé devant l’ex-ministre de l’environnement Corinne Lepage, assise au premier rang, aux côtés du député européen Jean-Marie Cavada et du député socialiste de la Manche, Stéphane Travert. Une petite phrase qui a fait jaser sur les réseaux sociaux, même si l’ancien ministre de l’économie a également plaidé pour un développement des énergies renouvelables. Comprenne qui pourra.

Il n’y a plus de doute, Emmanuel Macron est bien un fils d’Ouranos et de Gaïa.

 

II. Ce qui devait arriver…arrivera

Nous avions annoncé la probable implosion de l’UDI, minée de l’intérieur par les manoeuvres troubles de son président, Jean-Christophe Lagarde et victime de la diversité des courants qui la composent depuis le départ de Jean-Louis Borloo (Lire « UDI : pour qui sonne le glas » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/02/bulletin-climatique-quotidien-2-decembre-2016-de-la-republique-francaise/). Eh bien nous y sommes !

Jean-Christophe Lagarde

L’échec d’Alain Juppé à la primaire de le droite et du centre avait déjà fortement déstabilisé l’UDI qui avait pourtant beaucoup fait en sa faveur, en particulier en activant ses réseaux allogènes de banlieue, venus voter en masse pour celui qui apparaissait comme leur meilleur allié. Hélas pour Jean-Christophe Lagarde, son poulain fut mis sévèrement en échec face à François Fillon dont il fallut, à contre-coeur, se résoudre à soutenir la candidature aux présidentielles.

Mais, survint alors  » l’affaire Fillon « , cabale fomentée par le pouvoir avec l’aide des médias et instrumentalisée par la justice. Aussitôt, l’UDI se sentit pousser des ailes…jusqu’à la décision d’Alain Juppé, lundi 6 mars, de renoncer à être candidat à la présidence de la République en remplacement de François Fillon ! Une majorité de la coalition centriste, emmenée par son président, Jean-Christophe Lagarde, avait, dès le 1er mars, pris ses distances avec François Fillon. Dans un premier temps, le député de Seine-Saint-Denis avait indiqué que l’UDI suspendait sa participation à la campagne du candidat Les Républicains (LR) avant, deux jours plus tard, de lui retirer son soutien.

 » Il faut que LR change de candidat pour avoir une chance de gagner, réaffirmait M. Lagarde lundi. On voit bien que François Fillon ne rassemble plus personne.  » Mais, quelques heures plus tard, le comité politique de LR renouvelait  » à l’unanimité  » son soutien à M. Fillon, mettant ainsi un terme aux scénarios de substitution que tentaient d’échafauder ceux qui souhaitaient  » débrancher  » le vainqueur de la primaire.

Pour l’UDI, qui devait réunir son bureau exécutif, mardi à 19 heures, le coup peut être fatal. Beaucoup de ceux qui rejettent désormais la candidature de M. Fillon misaient sur M. Juppé. Certains plaidaient même pour un «  tandem  » Juppé-Borloo. Ces derniers jours, le fondateur de l’UDI, entre deux déplacements en Afrique – il a reporté son départ pour la Guinée –, a été abondamment consulté mais il n’a pas l’intention de replonger dans le bain politique. L’ancien ministre n’entend pas, pour l’heure, adouber tel ou tel candidat.  » La question se pose au-delà de l’élection présidentielle. Il faut se projeter à fin juin, au moment du vote de confiance au nouveau gouvernement, estime-t-il. Y a-t-il une majorité possible et laquelle ? Peut-on encore dire aujourd’hui que c’est la droite et le centre ? A bien des égards, ça me semble difficile.  »

M. Borloo, qui a fait allégeance à Emmanuel Macron dans le sillage de François Bayrou, son vieux rival, laisse entrevoir son souhait d’  » une recomposition politique entre des forces de gauche modernes et une droite progressiste « .  » Nous sommes peut-être à l’aube d’un bouleversement qui ne s’arrête pas à la présidentielle « , prédit-il.

Mais l’éclatement de l’UDI apparaîtrait dès lors inéluctable. Car sa composante dénommée Les Centristes, conduite par Hervé Morin, se range fermement derrière la candidature de François  Fillon.  » Lagarde a annoncé que l’UDI se retirait de la campagne sans qu’aucune instance ni personne ait été réuni, s’insurge le député de Loir-et-Cher Maurice Leroy. Il s’est mis tout seul dans un corner. Nous, nous sommes sur une ligne claire de soutien à Fillon et d’un accord avec LR.  » Et l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy de conclure :  » Selon moi, mardi soir, l’UDI aura vécu.  »

En vérité, l’échéance a été repoussée. De quelques semaines ou, au plus, de quelques mois car il faut bien composer si l’on veut obtenir des circonscriptions électorales en juin ! Et c’est ainsi que l’UDI a adopté mardi soir, à l’issue d’un bureau exécutif, une motion (48 voix pour, 10 contre) qui précise :   » Nous prenons acte du souhait de François Fillon, candidat légitime issu de la primaire, de poursuivre sa campagne.  » Ce rabibochage donne évidemment lieu à (quelques) conditions…non coercitives car le parti attend maintenant des gestes de la part de François Fillon. Il souhaite  » des initiatives de rassemblement en direction de l’UDI, comme des élus LR, qui avaient souhaité un changement de candidat.  »

Mais ne vous y trompez pas, une fois les élections présidentielles et législatives passées, le marais retrouvera ses odeurs putrides.

III. Migrants : il faut commencer par hausser le ton

le reste suit

C’est ce qu’a fait Donald Trump avant même son arrivée à la Maison blanche. Mais comme ils se sont aperçus que le président des Etats-Unis fait ce qu’il avait dit qu’il ferait…c’est la panique chez les immigrés et l’exode a commencé avant même toute mesure coercitive à leur égard. Le premier pays à s’en apercevoir et à payer au prix fort l’ouverture de ses frontières, c’est le Canada : « A ceux qui fuient les persécutions, la terreur et le guerre, les Canadiens vous accueilleront quelle que soit votre foi. La diversité est notre force. #Bienvenue au Canada« , avait imprudemment déclaré le Premier ministre, Justin Trudeau, sur son compte Twitter fin janvier 2017 (https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/les-réfugiés-sont-les-bienvenus-au-canada-assure-justin-trudeau/ar-AAmmO5m).

Justin Trudeau accueillant des migrants

Dans la campagne de Montérégie, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Montréal, un ballet inhabituel de véhicules de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) répond à un autre : celui de migrants qui franchissent la frontière canado-américaine, à pied, en évitant soigneusement les douanes.

Le Québec compte trente postes frontaliers (sur 117 au Canada) pour plus d’une centaine de routes québécoises menant à la frontière. Le chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle, est l’une des voies privilégiées pour les passages illégaux. Depuis deux mois, près d’un millier de personnes ont bravé le froid pour mettre un pied au Canada via cette petite route. A l’échelle du Québec, 2 527 avaient fait de même en 2016, un chiffre qui a quadruplé en trois ans.

Passage clandestin de migrants entre les Etats-Unis et le Canada

La filière est de plus en plus connue : la grande majorité arrive légalement aux Etats-Unis avec un visa de touriste ou d’étudiant en provenance de pays comme le Soudan, la Syrie, l’Erythrée, le Yémen, le Tchad, l’Arabie saoudite, la Turquie…Puis ils achètent des forfaits de 10 000 à 15 000 dollars (de 9 500 à 14 000 euros) à des passeurs. A New York, par exemple, ils prennent l’avion ou le car pour Plattsburgh, puis un taxi pour la cinquantaine de kilomètres les séparant d’un point d’entrée discret au Québec.

A un poste-frontière, on les refoulerait, en vertu d’une entente canado-américaine sur les tiers pays sûrs qui exige le dépôt d’une demande d’asile dans le premier pays d’accueil. Du coup, ils passent ailleurs qu’aux douanes, obtenant de facto le droit de poser leur candidature au statut de réfugié au Canada. Le Québec dispose de 813 km de frontière avec son voisin américain, soit 10 % de celle du Canada tout entier.  » C’est une situation unique et cette frontière est complètement poreuse « , souligne Jean-Pierre Fortin, président du Syndicat des douanes et de l’immigration (SDI), qui regroupe 10 300 agents canadiens.

La frontière est marquée par une zone déboisée de quelques mètres de large.  » C’est la cut line, tracée sur la plus longue frontière démilitarisée au monde « , explique François Doré, ancien lieutenant de police québécois. Sa maison se situe à 2,5 km.  » Je marche tous les jours sur ce chemin. Depuis l’été dernier, c’est l’explosion des passages clandestins. L’effet Trump, peut-être. Celui d’un réseau de passeurs bien organisé, sûrement.  »

Certains jours, cet hiver, 60 à 80 personnes ont traversé le fossé, au bout du chemin Roxham. Un douanier américain leur montre parfois la direction du Canada.  » Il n’est pas illégal de vouloir sortir des Etats-Unis « , note M. Doré. Ce n’est pas comme chez nous où les autorités s’offusquent du départ de quelques migrants ! Ceux qu’il a vus  » passent surtout le matin, en groupe de six à huit adultes et enfants, avec des valises étiquetées d’Afrique ou du Moyen-Orient, des poussettes parfois. Les policiers aident à porter les bagages. Et des bébés « . Ils transportent à la douane de Saint-Bernard-de-Lacolle. Là, nouveau ballet de voitures de police à l’arrière d’un bâtiment de fouille de camions qui accueille le contingent de migrants du jour. L’Agence des services frontaliers du Canada (AFSC) prend le relais de la police, vérifie les papiers d’identité, prend les empreintes digitales, procède aux enquêtes de sécurité. La plupart sont relâchés après un jour ou deux, le temps de remplir les demandes d’asile. Ensuite, ils devront attendre une audition pour l’obtention du statut de réfugié. Dix pour cent environ ne s’y rendent pas, selon l’AFSC. Ils se perdent dans la nature et viennent grossir les rangs des immigrants illégaux au Canada. Le gouvernement fédéral a admis en 2015 avoir perdu la trace de 44 000 personnes s’étant vu refuser le statut de réfugié.

Sans compter ceux qui passent entre les mailles du filet frontalier : criminels et contrebandiers qui ont leurs propres réseaux pour passer la frontière depuis les Etats-Unis. Jean-Pierre Fortin déplore que  » le gouvernement n’ – ait – pas de plan concret pour faire face à une situation qui s’aggrave « . Avec les beaux jours, il prédit une accélération du rythme de ces entrées.

Si l’administration Trump met à exécution sa menace d’expulsion d’immigrants sans papiers aux Etats-Unis, il y a fort à parier qu’ils seront nombreux à prendre la route du Nord. La GRC affirme maîtriser la situation mais le SDI tire s’alarme :  » On est déjà en manque cruel d’effectifs, souligne M. Fortin, avec plus de 1 000 postes supprimés sous l’ancien gouvernement conservateur. Et il faudrait avoir 300 à 400 nouveaux agents douaniers pour constituer une vraie patrouille des frontières.  »

Vous voyez bien qu’il suffirait d’un peu, un tout petit peu, de volonté politique et d’une grosse voix pour que ça change chez nous…

 

Le 8 mars 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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