BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (15 mars 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

15 Mar

I. Il faudra faire le ménage au quai d’Orsay

Le rôle d’un ambassadeur est de représenter son pays, mais aussi de défendre sa politique. Si celle-ci ne lui convient pas (souvent parce qu’il est en réalité un militant d’une autre cause, nommé par copinage idéologique lors d’une alternance), c’est simple, il démissionne. Personne ne le retiendra car nul n’est indispensable.

C’est précisément ce que nous pensons lorsque nous entendons une de ces excellences affirmer dans un soupir : «  Justifier le bien-fondé du Brexit et démontrer que la France doit suivre cet exemple ou expliquer que le seul moyen de mettre fin à la guerre en Syrie est de renforcer le pouvoir de Bachar Al-Assad contredirait tout ce en quoi je crois et toute la politique que nous avons menée depuis des années  »

Nul ne croit vraiment à une victoire de Mme Le Pen mais, en vérité, l’hypothèse est dans toutes les têtes. La plupart se taisent, y compris pour ne pas donner de la crédibilité à ce scénario. Certains ont pourtant décidé, violant ainsi le devoir de réserve de tout haut fonctionnaire, de sortir du silence, comme l’ambassadeur au Japon, Thierry Dana, qui affirme dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 9 mars qu’il se refuserait à «  servir  » une présidence Le Pen.

 » Si les éléments de la tragédie française (le mot n’est pas trop fort !) qui se mettent en place devaient conduire à son élection, je me placerais en réserve de toute fonction diplomatique « , écrit cet ambassadeur rappelé récemment de Tokyo et dont la nouvelle affectation n’est toujours pas connue (1) et (2). D’où quelques ricanements parmi certains de ses pairs plus prudents.

C’est Thierry Dana, en homme d’affaire avisé

 » Un très beau texte  » a aussitôt réagi un autre renégat, l’ambassadeur à Washington, Gérard Araud. Interrogé par un journaliste du Washington Post sur les conséquences d’une éventuelle victoire de la candidate du FN, il évoque tout de go  » un désastre total « . Il rajoute que l’application du programme de Mme Le Pen, avec une sortie de la zone euro voire de l’Union européenne, entraînerait  » un séisme politique « .  » Cela signifierait l’effondrement de l’Union européenne, car l’Union européenne sans la France n’a aucun sens « , explique également M. Araud. Evidemment que ce serait un séisme. Mais seulement pour ceux qui n’ont jamais rien compris à la catastrophe que représente l’UE pour la plupart des pays qui la composent ou, pire, qui en sont complices pour de sombres motifs financiers.

Ce même ambassadeur qui, en novembre 2016, apprenant le triomphe de Donald Trump, avait tweeté  » un monde s’effondre sous nos yeux  » avant de l’effacer rapidement, rentre, lui aussi, à Paris, dans le cadre du grand mouvement d’ambassadeurs marquant la fin de la présidence Hollande. Esprit brillant, ce diplomate qui occupa nombre de postes de prestige ne cache pas aujourd’hui sa sympathie pour Emmanuel Macron. On s’en serait douté quand on sait qui sont les amis de celui-ci (Lire « Dis-moi qui sont tes amis …et je te dirai qui tu es » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/02/06/bulletin-climatique-quotidien-6-fevrier-2017-de-la-republique-francaise/).

De telles prises de position tranchant avec la traditionnelle réserve de mise au Quai d’Orsay ont aussitôt déclenché un intense débat interne même si nul n’a critiqué Gérard Araud pour son interview estimant qu’il est du devoir d’un diplomate de parler à la société civile. Ni Thierry Dana pour être sorti de son devoir de réserve.  » Je ne lui reproche rien tant le sujet est grave mais je conteste l’efficacité du procédé « , a néanmoins souligné, sur l’intranet du ministère, un haut fonctionnaire affirmant  » qu’afficher de tels états d’âme est non seulement maladroit mais ne représente pas une dissuasion contre le FN « . Nous ajouterons que c’est intolérable à ce niveau de responsabilité internationale et que de telles attitudes méritent de sévères sanctions. Elles seront prises.

Dans une note interne, intitulée  » message du ministre aux agents « , le patron du Quai d’Orsay, Jean-Marc Ayrault, a tenu à rappeler les diplomates  » à leur devoir de réserve et au principe de neutralité « . Ce qui ne l’a pas empêché d’affirmer comprendre  » des inquiétudes à l’image de celles qui saisissent notre pays  » mais en oubliant que ce sont justement les inquiétudes en question qui alimentent les gros bataillons du Front national ! Il souligne aussi que,  » dans un contexte de montée du populisme, il convient de garder son sang-froid, sauf à prendre le risque de contribuer à alimenter la démagogie dirigée contre les fonctionnaires « , ce qui n’a aucun rapport avec la rébellion de quelques privilégiés dont on sait les abus qu’ils peuvent manifester dans l’exercice de leurs représentations diplomatiques : lisez, si vous ne l’avez pas encore lu, l’édifiant ouvrage que Franck Renaud leur a consacré :

Ce très professoral rappel au règlement a suscité un certain malaise dans les couloirs, inspirant de nombreuses parodies et d’infinis commentaires ironiques ou accablés. «  Je comprends mieux ce que me racontaient mes parents sur les capacités d’adaptation de l’administration française à tous les régimes « , ironise un jeune fonctionnaire.

Quelques ambassadeurs arrivés en fin de carrière sont prêts à démissionner plutôt que d’appliquer une politique contraire à leurs convictions mais le choix sera plus difficile pour les autres.

(1) Nous vous conseillons de lire la lettre ouverte que lui a adressé Bruno Gollnisch : http://www.frontnational.com/2017/03/lettre-a-lintention-de-lambassadeur-du-japon-monsieur-thierry-dana/

(2) Précisons que M. Dana, après un début de carrière entièrement consacré à la voie diplomatique, a estimé qu’il pouvait tirer un meilleur parti de ses compétences. En mai 2005, il a demandé à être mis en disponibilité pour créer une entreprise de conseil offrant ses services aux groupes et PME françaises dans leur stratégie d’expansion internationale et aux investisseurs étrangers en France. Mais, revenant à ses premières amours en prévision de sa fin de carrière, il obtient une prébende en remerciement de ses bons et loyaux services en faveur du gouvernement socialiste :  il est nommé Ambassadeur de France au Japon par décret pris en Conseil des Ministres le 11 juin 2014.

II. Le vent souffle sur la Macronie

Il y a quelques semaines encore, l’ex-ministre de l’économie accueillait chaque ralliement d’un élu avec le sourire. La moindre annonce était vécue comme une prise de guerre.  » Tous les soutiens sont bienvenus, de gauche comme de droite « , jurait-on alors chez les animateurs de son mouvement, En marche !

Aujourd’hui, le ton a changé. Ils ont lu le blogue du CER et compris qu’il était temps de se méfier des ralliements opportunistes de tout bord. Fini les déclarations enamourées.  » Que des femmes et des hommes disent “je soutiens” ne signifie ni qu’ils auront une investiture aux législatives, ni qu’ils seront membres d’un gouvernement, ni qu’ils infléchiront sur la ligne politique, a mis en garde Emmanuel Macron, le 10 mars, lors d’un déplacement à Bordeaux. On ne sert pas le couvert et le repas gratuit !  »

Après des mois de disette, le candidat voit les ralliements politiques se multiplier ces derniers jours : après les grands patrons et les financiers de tout poil, voici venir Bertrand Delanoë, Robert Hue, Jean-Louis Bourlanges, Patrick Braouezec ou Daniel Cohn-Bendit. Sans parler des indécis, comme Claude Bartolone ou Jean-Marc Ayrault, qui s’interrogent tout haut. Même Manuel Valls avance doucement vers M. Macron, avec lequel il entretient pourtant des relations exécrables. L’ex-premier ministre, qui avait promis de se ranger derrière le vainqueur de la primaire, a confié à ses proches être dans l’incapacité de soutenir Benoît Hamon, qui mène une campagne très à gauche.  » Je ne pourrais pas assumer autant de contradictions « , justifie-t-il dans Paris Match. Bref, la Macronie est devenue l’auberge espagnole de la politique !
Cet afflux est considéré avec méfiance au sein d’En marche !, où l’on y voit de l’opportunisme. Tiens, tiens…  » Il y a des gens qui nous rejoignent par intérêt, il ne faut pas être dupe, parce qu’ils trouvent que la soupe est bonne (…), il y avait beaucoup de gaullistes au lendemain de la Libération « , a raillé M. Macron dans l’émission  » Dimanche politique « , dimanche sur France 3. Même les membres du gouvernement, pourtant dragués depuis des mois, sont maintenant éconduits.  » Nous n’avons pas fait tout cela pour voir les mêmes têtes, a tranché l’ex-protégé de François Hollande. Le renouvellement et l’alternance, c’est quelque chose de clair.  » Et pourtant, les mêmes têtes sont bien là…

Alors qu’il envisage de nommer une femme au poste de premier ministre, M. Macron a fait savoir que ce ne sera ni Marisol Touraine ni Ségolène Royal, qui l’avait pourtant pris sous son aile.  » J’ai beaucoup de respect pour ces deux femmes, mais elles n’ont pas vocation à avoir des responsabilités dans un gouvernement qui serait le mien, parce qu’il faut faire monter de nouveaux talents « , a-t-il expliqué à l’hebdomadaire Femme actuelle.

Seul Jean-Yves Le Drian trouve grâce aux yeux de l’ex-banquier et pourrait se voir proposer une place. Officiellement parce que son quinquennat au ministère de la défense est  » exceptionnel  » , ce qui n’est pas faux. Officieusement parce qu’il permet à M. Macron de renforcer son image sur les sujets régaliens, où il manque de lest.  » On est bienveillants mais pas cons, justifie un parlementaire macroniste. Certains qui cherchent à nous rallier aujourd’hui nous ont craché dessus lors de la primaire. Ce n’est pas en accueillant des branches pourries qu’on va reboiser.  »  » Accumuler ne rend pas nécessairement plus fort, abonde Arnaud Leroy, député (PS) des Français de l’étranger. Il y a des gens avec qui on n’a pas envie de travailler.  »

Au-delà de l’emballement lié aux sondages, cette fermeté s’explique par la peur de M. Macron d’être associé au quinquennat. Depuis plusieurs semaines, ses adversaires martèlent que l’ex-ministre est «  l’hologramme  » (le mot à la mode) de François Hollande. Repousser ses ministres et prôner une alternance  » claire  » apparaissent comme autant de tirs de barrage.  » Mais ce n’est pas la meilleure façon d’amener les gens à voter pour vous « , grince un membre du gouvernement. Le camouflet infligé à Ségolène Royal a notamment du mal à passer.  » C’est troublant (…), cela trahit un personnage qui ne se préoccupe que de lui. Car s’il y en a bien une qui s’est mouillée pour Macron, c’est elle !  » dit-il en ne voyant pas le degré de narcissisme de l’ex-ministre de l’économie.

Cette intransigeance est aussi le révélateur d’un déséquilibre qui inquiète en interne. Depuis son lancement, En marche ! a été surtout rejoint par des élus de gauche : ils sont deux fois plus nombreux à avoir apporté leur parrainage à M. Macron. Au 13 mars, sur 1 266 signatures, 46 % provenaient d’élus PS, PRG, PCF, EELV et divers gauche. Les élus UDI, MoDem, LR et divers droite étaient 22 % (ce qui donne tout de même une idée de l’aveuglement de la droite et du centre) le reste provenant d’élus indépendants ou dont l’appartenance partisane est inconnue.

Or, l’OPA d’Emmanuel Macron sur l’Elysée ne peut réussir qu’à la condition de rester sur une ligne de crête entre gauche et droite. «  Il faut s’assurer que la dynamique et la pluralité du mouvement sont préservées « , reconnaît Corinne Erhel, députée (PS) des Côtes-d’Armor. Preuve de cet embarras, M. Macron a demandé aux élus de l’aile droite du PS de ne pas le rejoindre d’un bloc, alors que le courant des  » réformateurs  » préparait une tribune en ce sens, qui devait être publiée le 10 mars.  » Macron nous a dit ne pas souhaiter de ralliement collectif. Il avait peur d’apparaître comme une recyclerie du PS « , explique l’un des signataires. À mourir de rire…

Reste que plusieurs élus de droite se font désirer. Lors de sa venue à Bordeaux, le candidat a espéré un signe d’Alain Juppé. Mais il a eu beau le qualifier de  » grand responsable politique « , l’ex-premier ministre a indiqué sur Twitter que  » même passager, – il – ne quitte pas le navire dans la tempête « . Quant à Jean-Louis Borloo et à Dominique de Villepin, présentés comme près à le rallier…ils n’ont toujours pas franchi le Rubicon.

III. Et nos prisons sont toujours plus remplies

Croyez-vous que les juges de la République française soient plus sévères que leurs collègues européens et que la détention des malfrats et autres criminels soit chez eux une monomanie ? Vous en doutez et vous avez raison. Le nombre de violences commises par des voyous voire des assassins remis en liberté contre toute logique est là pour le démontrer.

Pourtant, alors que le nombre de détenus en France au 1er mars devrait atteindre, un nouveau record historique, la population carcérale en Europe connaît une évolution inverse. Selon l’étude annuelle du Conseil de l’Europe publiée mardi 14 mars, le nombre de personnes détenues dans les prisons européennes a enregistré une baisse de 6,8 % en 2015.

Thorbjorn Jagland, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, s’en félicite. Il y voit  » une évolution positive « , selon le communiqué diffusé par l’organisation intergouvernementale. Car cela correspond aux recommandations du Conseil en matière de politique pénale. M. Jagland réaffirme ainsi qu’  » un recours accru à des sanctions alternatives n’entraîne pas nécessairement une augmentation du taux de criminalité mais peut aider à la réinsertion des délinquants et à la résolution du problème de la surpopulation carcérale « . La seconde partie de l’argumentation de M. Jagland est évidente (tant il est vrai qu’à mettre moins de monde en cellule réduit le nombre de prisonniers !) mais, pour ce qui est de la première, nous restons dubitatifs…

Hélas pour le Conseil de l’Europe, la France est un des pays à prendre le contre-pied de cette politique. Au 1er février 2017, les prisons françaises comptaient 69 077 détenus, soit 5,4 % de plus qu’au 1er septembre 2015, date retenue dans l’étude du Conseil de l’Europe. Le paradoxe de la situation française est que pendant les trois ans et demi passés à la chancellerie par Christiane Taubira, de mai 2012 à janvier 2016, la volonté gouvernementale était de limiter le recours à l’incarcération, en particulier pour les courtes peines. Mais les juges, indépendants, en ont décidé autrement. Nous allons voir pourquoi.

Qu’elle nous disait…

La contrainte pénale, mesure phare de la réforme voulue par Christiane Taubira et voté en août 2014, destinée à recommander une alternative sur mesure à la prison, est un échec. Cette sanction ne représente aujourd’hui que quelques pourcents des peines correctionnelles prononcées.

La comparaison avec les autres pays européens est éclairante. Selon les données du Conseil de l’Europe, le nombre de détenus pour 100 000 habitants est de 98,3 dans l’Hexagone alors que la moyenne européenne est de 134,7. Mais cette moyenne réalisée sur quarante-quatre pays est largement marquée par le poids de la Russie (439 détenus pour 100 000 habitants) et la Turquie (220) qui, à elles deux, totalisent 58 % du nombre des personnes incarcérées dans les établissements pénitentiaires de toute l’Europe.

Si l’on compare aux pays d’Europe occidentale, la France recourt davantage à la prison que l’Allemagne (77 détenus pour 100 000 habitants), les Pays-Bas (53) ou même l’Italie (86) mais moins que la Belgique (113), l’Espagne (137) et surtout le Royaume-Uni (147). Dans ce groupe de sept pays aux traditions carcérales différentes, seule la France connaît ces dernières années une tendance régulière à la hausse du nombre de personnes détenues.

Paris est périodiquement pointé du doigt par l’institution de Strasbourg pour son incapacité à résoudre les problèmes de surpopulation carcérale. Avec une densité carcérale de 113,4 détenus pour 100 places, la France est un des quinze pays à ne pas respecter la règle de base sur la condition carcérale. Le programme pour l’encellulement individuel annoncé en septembre par le gouvernement ne pourra pas, dans la meilleure des hypothèses, être achevé avant dix ans. Mais, en vérité, le problème n’est pas là où on voudrait nous le montrer.

Scènes de la vie ordinaire dans nos prisons

En effet, la France a  une autre particularité, bien plus conséquente que partout ailleurs. La très grande majorité des délinquants et des criminels appartiennent à des groupes ethno-culturels venus d’ailleurs (et parfois de très loin) avec des traditions de violence particulièrement prégnantes. Au point que, malgré un laxisme endémique du monde judiciaire, il est difficile de renoncer à l’incarcération de ces populations inassimilables.

Mais qui aborde le sujet sous cet angle de bon sens ?

Le 15 mars 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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