BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (20 mars 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

20 Mar

I. L’inconséquent monsieur Fillon

ou le monde parallèle de nos excellences

 

François Fillon, la main droite sur le coeur

Que   » l’affaire Fillon  » soit un coup monté par quelques officines de gauche ou apparentées , en frappant sous la ceinture l’un des maillons faibles de la droite (mieux encore que dans une série de télé-réalité), ne devrait pas faire l’ombre d’un doute. Que François Fillon, en employant son épouse et deux de ses enfants comme assistants parlementaires, n’ai fait que pratiquer ce que la loi autorise (et que beaucoup d’autres parlementaires pratiquent aussi sans être à ce jour inquiétés – lire http://www.francetvinfo.fr/politique/bruno-le-roux-a-embauche-ses-filles-comme-collaboratrices-parlementaires-des-le-lycee_2106766.html) devrait sauter aux yeux. Que le chef de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, dans cette affaire, soit de  la sorte indéfendable n’est pas moins évident pour pour tout légiste honnête. Mais tout ceci bien sûr à condition que ces emplois n’aient pas été fictifs ce que seule l’enquête dira. En attendant, de grâce, pas de désinvolture dans cette situation non seulement calamiteuse pour son parti et son projet politique mais d’une violence inédite pour tous ceux qui le soutiennent. De grâce pas de  » Et alors ? « 

Mais que François Fillon, en vieux routier de la vie politique, de ses pièges et de ses arcanes, soit tombé avec autant de naïveté et peut-être hélas de cupidité, dans les filets de ce trouble personnage qu’a toujours été Jaffar (dit Robert) Bourgi* nous consterne et en dit long sur les faiblesse de celui qui prétend encore présider au destin de la France. Pour paraphraser son propre discours nous pourrions ici le questionner :  » Qui imagine un seul instant le général de Gaulle acceptant de se faire offrir par un ami pour plusieurs dizaines de milliers d’euros de vêtements de luxe ?  » Même si cet ami ne lui avait voulu que du bien… Et nous pourrions même ajouter, comme il le fit face à Nicolas Sarkozy :  » Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable.  »

Jaffar (dit Robert) Bourgi, la main gauche sur le coeur

 

Jaffar connaît de longue date François qu’il a feint de soutenir lors de la primaire de la droite et le candidat des Républicains est sans doute tombé sous le charme de ce vétéran de la  » Françafrique  » de Jacques Foccart, pourtant décrit comme sulfureux, voire tricard, et qui n’a pas son pareil pour faire croire qu’il est incontournable. Mais voilà aujourd’hui le candidat à la présidentielle humilié.

 » La scène politique française m’amuse « , raconte avec détachement le volubile Franco-Libano-Sénégalais… Entre François Fillon et Nicolas Sarkozy, il n’hésite pas un instant.  » On s’amuse mieux entre bandits, lâche-t-il à ceux qui l’écoutent. Nicolas est un vrai copain, un ami.  » Au point que certains se demandent aujourd’hui si la main de l’ancien président de la République n’est pas derrière le dernier rebondissement des affaires Fillon.

L’intermédiaire a servi des années durant Jacques Chirac puis Dominique de Villepin dont on sait qu’aucun des deux ne fut vraiment  » blanc-bleu « .  » Il n’est pas calculateur mais calculé et, ces dernières années, il a été utilisé pour servir des agendas et régler des comptes, veut croire un ancien chef de la diplomatie français. Il était vraiment à sa place dans l’ombre, en tant qu’intermédiaire soucieux d’entretenir des relations complexes entre la France et l’Afrique francophone.  »

Volubile et charmeur, Jaffar-Robert Bourgi peut parler des heures sans rien dire, peu avare de confidences invérifiables, et toujours fidèle à l’une de ses maximes préférées :  » Secret de deux, secret de toujours ; secret de trois, secret de tous « . Fils d’un commerçant libanais et gaulliste de Dakar, il s’est formé à la politique et aux manœuvres de l’ombre auprès de Jacques Foccart, le tout-puissant M. Afrique du général de Gaulle et de Pompidou. En 2007, alors qu’il lui remettait la Légion d’honneur, Nicolas Sarkozy aura ces mots :  » Je sais que, sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te conseillait jadis de rester à l’ombre pour ne pas attraper de coup de soleil.  »

Rapidement, Jaffar-Robert Bourgi se fait une place dans le milieu des intermédiaires entre la France et ses anciennes colonies. Son autre maître dont il tirera son influence et sa fortune se nomme Omar Bongo, indéboulonnable président du Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, en juin 2009. Cet Etat pétrolier d’Afrique centrale était le centre des opérations clandestines d’ordre militaire ou financier, en cash. Encore aujourd’hui, Robert Bourgi aime à citer les adages de celui qu’il appelait «  papa « . Avec une pointe de nostalgie de cette époque où il influençait le choix de l’ambassadeur de France au Gabon, faisait limoger un ministre de la coopération, orientait les soutiens financiers aux candidats à la présidentielle française….

Ceux des roitelets africains qui sont encore vivants tiennent pourtant à distance cet intermédiaire flamboyant qui se vante d’être  » plus africain que français « . Son numéro de charme passe désormais moins bien chez eux. Malin, habile, il a pourtant su séduire et déjouer les guets-apens durant des décennies.

Mais il n’a jamais succombé à la frustration de l’intermédiaire fâché de ne pas apparaître à la lumière et de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Combien de porteurs de valises d’espèces servant à financer les partis politiques dans les années 1980 et 1990 ont été emportés dans les bourrasques judiciaires faute d’avoir su rester à leur place ? L’instinct de survie et l’intuition de Robert Bourgi l’ont toujours préservé, à ce jour.

 » A la mort d’Omar Bongo, il a perdu de son influence en Afrique francophone mais aussi en France, souligne le journaliste et écrivain Antoine Glaser. Il a réussi comme intermédiaire en Afrique du temps de la guerre froide mais l’Afrique mondialisée d’aujourd’hui, il ne la comprend plus. Robert Bourgi, ce n’est plus possible aujourd’hui.  »

L’avocat qui n’a jamais plaidé de sa vie continue toutefois de recevoir quelques conseillers de chefs d’Etat africains et des opposants dans son cabinet du 16e arrondissement. Le visiteur est scruté par le regard d’Omar Bongo dont les photos ornent les murs. Son terrain de jeu s’est rétréci. L’héritier autoproclamé de Foccart se contente du champ de bataille de la droite française. Il s’amuse comme il peut.

Mais que diable François Fillon allait-il faire dans cette galère vermoulue ? Il va sans doute le payer de sa défaite.

* Né le 4 avril 1945 à Dakar, au Sénégal, Jaffar (dit Robert) Bourgi appartient à une fratrie de 13 enfants, issus d’une dynastie libano-sénégalaise. Fils de Mahmoud Bourgi, un riche négociant en textile, qui a choisi d’émigrer du Liban en 1918, il est notamment le frère du juriste Albert Bourgi. Après des études au lycée Van-Vollenhoven à Dakar et des études de droit à l’université de Nice et à l’université Paris-I, il est docteur d’État en droit public (1978) et diplômé d’études supérieures en science politique. Bien qu’il ait prêté serment en 1993, Jaffar Bourgi est un avocat qui n’a jamais plaidé.

 

II. LA priorité…de toutes les priorités

Les candidats à la prochaine élection présidentielle, quel qu’ils soient, ont toutes sortes de priorités… à croire qu’il n’y a que des priorités (ce qui laisse un peu dubitatif) : l’emploi, le logement, la santé, la sécurité, l’environnement, le pouvoir d’achat… tout –dans une campagne- n’est que priorité, mais lorsqu’on aborde l’éducation on atteint des sommets : « l’éducation c’est LA priorité des priorités, parce que tout part de là ». Et c’est vrai, tout part de là ! Mais tout y revient aussi.

C’est le thème présidentiel par excellence. Sans une éducation performante, pas de lutte contre le chômage. Mais l’Education qu’ils appellent Nationale, c’est aussi la question du logement et de l’urbanisme avec la carte scolaire, de la désertification en milieu rural avec le maintien ou non des écoles dans les villages et jusqu’à la fabrique des citoyens. C’est donc aux enseignants que l’on demande non seulement de former les futures forces vives de la nation, taillables et corvéables mais si possible épanouis, mais aussi de régler, à la source, les questions de violence, d’enseigner le civisme, la vie en société, de sensibiliser les élèves aux questions d’environnement, de santé, de repérer les carences familiales, de corriger les inégalités sociales ou territoriales, etc.

Mais le corps enseignant, qui a beaucoup perdu de son prestige (la société ne le vénère plus comme à l’époque où il était le principal vecteur du savoir en même temps qu’il savait aussi tenir son rang et ne pas hurler avec les loups…), est vu comme une corporation privilégiée, parce que protégée statutairement. Il est aussi perçu en état de souffrance, écrasé sous le poids des problèmes de la société dont il est le réceptacle. Or, malgré ce changement de statut dans l’imaginaire collectif, on lui assigne toujours autant de missions de moins en moins réalisables. Pour les politiques, les enseignants doivent toujours être, comme on le disait à la fin du XIXe siècle, les hussards d’une République…moribonde ! Ajoutez-y le développement exponentiel de l’acculturation résultant du métissage ethno-culturel et vous comprendrez que l’instruction publique soit dans une impasse.

Et, pendant ce temps-là, les candidats assènent des programmes, encore des programmes et toujours des programmes…

Quand Marine Le Pen veut faire payer l’école publique aux enfants d’étrangers, c’est une bonne idée mais qui n’est pas réalisable à moins de changer…la Constitution. Quand François Fillon veut remettre de l’autorité à l’ancienne, avec le retour de l’uniforme, en finir avec ce qu’il appelle le « pédagogisme issu de 68 » ou quand il évoque, s’agissant de l’apprentissage de l’histoire, la nécessité d’un  » Récit National « , c’est aussi une bonne idée mais qui ne manquera pas de se heurter aux blocages des syndicats et d’une administration  » belkacemisée « . Quand Emmanuel Macron propose l’autonomie des établissements (proposition classiquement de droite) et la multiplication des possibilités d’expérimentation pédagogique à tous crins (propositions classiquement de gauche), il fait du Macron…pour tenter de plaire à tout le monde. Et pour tous les autres, c’est de la même eau. L’éducation est un  affichage chargé de symboles très parlants, un réservoir de slogans, au détriment de propositions simples et concrètes…mais il est vrai, moins rentables électoralement.

Reste à savoir ce qui restera des réformes menées ces cinq dernières années et, notamment, des plus contestées d’entre elles : les rythmes scolaires et le collège. Benoît Hamon est, sans surprise, le candidat de la continuité, lui pour qui l’école est le domaine dans lequel cette mandature a le mieux réussi.  » La gauche peut être fière de la politique qu’elle a menée depuis cinq ans « , estime l’ancien – et éphémère – ministre de l’éducation (d’avril à août 2014), qui met le cap sur la réforme du lycée.

Ses adversaires, eux, détricotent le quinquennat en matière d’éducation. La réforme des rythmes ? Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon promettent de l’abroger, quand François Fillon et Emmanuel Macron entendent laisser les communes trancher. Le  » collège 2016  » ? Abrogation chez M. Mélenchon et M. Fillon ; remise en cause partielle chez M. Macron, qui veut rétablir les classes bilangues. Comprenne qui pourra…

Mais quand accordera-t-on un peu de stabilité à l’instruction de nos enfants par leurs maîtres et de liberté à leur éducation par les familles ?

 

III. Terrorisme : encore un raté de nos pouvoirs publics

Le terroriste islamiste qui a semé la panique samedi 18 mars de Garges-lès-Gonnesse (Val-d’Oise) à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne) n’était pas un perdreau de l’année en matière de délinquance et de violence.

C’est lui à deux âges de sa courte vie

Âgé de 39 ans, Ziyed Ben Belgacem (peut-être un lointain parent de Najat !), ressortissant français né à Paris en février 1978, s’est illustré samedi, entre 7h et 8h30, en agressant au pistolet à grenaille des policiers effectuant un contrôle de routine de son véhicule à Garges-lès-Gonnesse (où il résidait) puis en tirant des coups de feu dans un bar de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) où il avait ses habitudes avant de voler le véhicule d’une voisine pour se rendre à l’aéroport d’Orly-sud où il s’est jeté sur une militaire qui participait à une patrouille de l’opération Sentinelle ! C’était beaucoup pour un seul homme bien qu’il ait crié à Orly :  » Mains sur la tête ! Je suis là pour mourir par Allah. De toute façon il y avoir des morts. « . Il n’y en eut, heureusement, qu’un seul : LUI.

Pourtant, le pire dans cette tragique histoire est que ledit Ziyed Ben Belgacem était déjà (selon l’expression consacrée)  » connu des services de police « . Son casier judiciaire fait état de neuf mentions, notamment pour des faits de violence, d’outrage, trafic de stupéfiants et recel.  » On notera plus particulièrement une condamnation à cinq ans d’emprisonnement pour des faits de vol avec arme, une condamnation à trois ans d’emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiants et une condamnation à cinq ans d’emprisonnement également pour des faits de trafic de stupéfiants « , a détaillé sans sourciller le procureur de Paris, François Molins. Au moment de l’attaque de l’aéroport d’Orly, Ziyed Ben Belgacem était d’ailleurs sous contrôle judiciaire auquel il ne se rendait pas sans la moindre intervention des services de police de son secteur !

Mais ce n’est pas tout. Les services de renseignement connaissaient également cet homme.  » Il avait été repéré comme radicalisé à l’occasion d’un passage en détention  » au début des années 2010, a expliqué François Molins.  » Dans le cadre de l’état d’urgence (en 2015), il avait l’objet d’une perquisition administrative qui avait amené la police à découvrir chez lui 4 clés USB et une carte SD dont l’exploitation n’avait rien donné « , a précisé le procureur. Croyez-vous que l’on ait envisagé, depuis, de le mettre hors d’état de nuire, au bagne, ou même seulement de le placer sous surveillance ? Croyez-vous que quelqu’un ait songé à une  » déradicalisation  » selon la méthode éprouvée de Manuel Valls ? Rien de tout cela, évidemment. Et cette  » Chance pour la France « , voyou notoire, sans emploi et ne vivant que de ses larcins et de ses trafics, danger terroriste potentiel devenu bien réel, bénéficiait toujours de sa nationalité française et de la bienveillance des autorités judiciaires.

Comme nous l’avons relevé hélas trop souvent, qui sont les véritables responsables des crimes commis par les terroristes islamistes sur notre territoire ?

 

Le 20 mars 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

 

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