BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (24 mars 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

24 Mar

I. Les candidats à la présidentielles face aux maires de France

Comme les dix autres prétendants à l’Elysée ou leurs représentants, le candidat d’En marche ! a joué sa partition au studio 104 de la Maison de la radio, à Paris, à l’invitation de l’Association des maires de France (AMF) devant quelque 800 édiles, mercredi 22 mars. Mais l’ancien ministre de l’économie s’est attiré des huées sur deux mesures phares de son programme.

Il a d’abord rappelé qu’il demanderait aux collectivités de s’engager  » dans une trajectoire de baisse des dépenses de fonctionnement de dix milliards d’euros sur cinq ans « .

Etant donné que les concours de l’Etat aux collectivités ont été diminués d’environ dix milliards d’euros depuis 2014, M. Macron s’est engagé  » à ne plus baisser les dotations (…) de façon unilatérale « . En revanche, il a exhorté les maires à  » prendre leurs responsabilités  » pour diminuer eux-mêmes le train de vie de leur commune.  » Il va falloir qu’il éclaircisse vite ce qu’il veut faire « , prévenait François Pupponi, maire (PS) de Sarcelles (Val-d’Oise), perplexe sur la façon dont M. Macron compte convaincre les élus de se serrer la ceinture.

Des sifflets ont aussi fusé lorsque M. Macron a rappelé son projet  » de supprimer la taxe d’habitation pour 80 % des ménages « , une taxe  » injuste socialement qui pèse d’abord sur les classes moyennes « , a-t-il plaidé. «  L’Etat compensera – aux municipalités – à l’euro près ces dégrèvements à hauteur de 10 milliards « , a-t-il précisé. Mais comme Bercy rembourse traditionnellement mal les pertes de recettes fiscales des collectivités, les édiles craignent un marché de dupes.

M. Macron a toutefois indiqué que  » les maires conserveront leur liberté d’augmenter les taux « . Dans ce cas, «  les éventuelles augmentations ne seront pas prises en charge par l’Etat mais par les contribuables « , a-t-il prévenu. L’inquiétude d’une grande partie de l’auditoire mercredi n’en restait pas moins palpable.  » Macron est brillant. Mais j’ai eu l’impression qu’il tire ses idées du cocon de l’ENA « , confiait à l’issue de son audition Marie-Agnès Sibertin-Blanc, maire (LR) du village de Popian (Hérault), proche de François Fillon.
A la tribune, l’ex-premier ministre n’a d’ailleurs pas manqué de cibler la proposition de suppression de la taxe d’habitation de M. Macron.  » Qui peut croire aujourd’hui que l’Etat, dans la situation financière qui est la sienne, sera en mesure de compenser intégralement et sur une période longue 10 milliards de recettes perdues par les collectivités ? « , a lancé le candidat LR.

Quant à Benoît Hamon, il a promis  » qu’il n’y aurait pas de baisse des dotations sous le quinquennat « .  » Réduire le budget des communes n’aura qu’une conséquence : creuser les inégalités, accroître les ségrégations et approfondir le désenchantement démocratique « , a soutenu le candidat du PS.

En désaccord sur les questions financières, M. Hamon a, en revanche, convergé avec M. Macron et M. Fillon sur la nécessité de mettre en place des  » relations partenariales  » entre l’Etat et les collectivités. Il souhaite instaurer  » l’obligation de consulter les élus locaux pour tout avant-projet de loi qui les concernerait « . Mais c’est bien là la moindre des choses ! Le député (PS) des Yvelines a également défendu le vote d’une loi qui garantirait à tout citoyen de pouvoir accéder à un bouquet de services publics (écoles, crèche, gare, poste…) à moins de trente minutes de chez lui.

Au nom de Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, François Cocq, adjoint (Front de gauche) à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), a promis le maintien des dotations de l’Etat à leur niveau actuel. Même engagement de David Rachline, maire (FN) de Fréjus (Var) au nom de Marine Le Pen.

Pour eux comme pour les «  petits  » candidats – Jacques Cheminade, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jean Lassalle, François Asselineau –, leur passage devant l’AMF aura été avant tout l’occasion d’un vibrant plaidoyer en faveur de la commune,  » cellule de base de la République « , a rappelé Nicolas Dupont-Aignan, candidat (Debout la France).

Seul François Asselineau a rappelé que les pouvoirs publics ont pour projet la suppression de 15 à 20 000 communes au cours des prochaines années. Cela ne vous préoccupe pas ?

II. Adeline Hazan se moque de nous

Surpopulation carcérale, radicalisation en prison, recul des libertés… La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, a présenté ce mercredi le rapport annuel de son institution. Une imposture. A croire qu’elle est en compétition avec le Défenseur des droits, Jacques Toubon !

Elle commence par prétendre ni plus ni moins à un  « recul important des droits fondamentaux » en France en 2016 :  » Du fait du contexte sécuritaire, des lois très restrictives ont été votées en 2016. Elles cassent l’équilibre entre mesures de sécurité et droits fondamentaux. A une période où les temps sont troublés, cet équilibre doit être maintenu car sinon nous ne sommes plus dans un état de droit. » Et le danger islamiste, c’est un état de droit ?

Puis elle s’attarde sur l’une de ses idées fixes : la surpopulation carcérale qu’elle qualifie de  » mal français  » (Lire « Et nos prisons sont toujours plus remplies » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/03/15/bulletin-climatique-quotidien-15-mars-2017-de-la-republique-francaise/) :  » Au 1er février 2017, il y avait 69 077 détenus pour 58 681 places et 1 638 matelas au sol. Chez nos voisins européens, elle a baissé de 5 % entre 2015 et 2016. Depuis 25 ans, environ 30 000 places de prison ont été créées, doublant ainsi leur nombre. Pourtant, jamais la surpopulation carcérale n’a été aussi importante. Cela montre bien que la construction de nouvelles places ne suffira pas à elle seule à régler le problème. »

Nous avons déjà répondu par avance à cet argument dans un de nos récents articles sur le sujet :

 » La France a une autre particularité, bien plus conséquente que partout ailleurs. La très grande majorité des délinquants et des criminels appartiennent à des groupes ethno-culturels venus d’ailleurs (et parfois de très loin) avec des traditions de violence particulièrement prégnantes. Au point que, malgré un laxisme endémique du monde judiciaire, il est difficile de renoncer à l’incarcération de ces populations inassimilables. »

Or que nous dit Mme Hazan ?

 » La première conséquence (de la surpopulation carcérale), ce sont les conditions de détentions qui sont absolument indignes. A Nice, les femmes sont cinq dans une cellule de 11m². Dans les maisons d’arrêt en Ile de France, les détenus se retrouvent souvent à quatre dans des cellules de 9 m² ! La seconde conséquence, c’est que toutes les mesures en prison sont calculées en fonction de l’effectif théorique et non pas de l’effectif réel. Cela rend l’accès aux soins, à l’enseignement, aux parloirs familiaux beaucoup plus compliqué. La prison ne peut donc plus avoir ce rôle de réinsertion qu’elle doit avoir. Elle n’a plus qu’un rôle de mise à l’écart de la société, de privation de liberté. »

Et de nous ressortir une prétendue  fréquence excessive des incarcérations :  » La prison doit être le dernier recours. Les magistrats ne se sont pas encore appropriés les nouvelles peines prévues par la loi du 15 août 2014 (loi Taubira) comme la contrainte pénale ou la libération sous contrainte. Une fois que les gens sont incarcérés, les juges d’application des peines, compte tenu du contexte sécuritaire ambiant, sont de plus en plus inquiets et prononcent de moins en moins de libérations. Il faudrait instaurer une politique plus dynamique d’aménagement de peines. » Mais qu’entend-elle par  » politique plus dynamique d’aménagement des peines « ? Laisser en liberté des islamistes radicaux revenus du djihad en Syrie ou en Irak ? Fermer les yeux sur les racailles de banlieue qui distillent la mort à petit feu par leurs trafics de stupéfiants ?

Quant au regroupement des détenus radicalisés (pour lesquels nous proposons plutôt l’expulsion ou, à défaut, la relégation), Mme Hazan proclame évidemment son hostilité :  » Je maintiens que regrouper des personnes censées être radicalisées n’est pas une bonne solution. Même si les programmes de déradicalisation peuvent servir à quelque chose s’ils sont bien faits*. Regrouper des personnes qui présentent des difficultés, les isoler complètement du reste de la détention avec un manque d’activité totale peut créer un effet cocotte-minute« , prétend-elle sans rire.

Nous savions déjà, alors qu’elle sévissait comme maire de Reims, que cette femme était nuisible. Nous savons aujourd’hui qu’elle l’est…de plus en plus.

* Lire à ce propos « Le commerce juteux de la déradicalisation bidon« :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/03/14/bulletin-climatique-quotidien-14-mars-2017-de-la-republique-francaise/

III. Les nouvelles provocations d’Olivier Py

Le directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, a dévoilé, le mercredi 22 mars, le programme de la 71e édition qui se déroulera du 6 au 26 juillet (Lire « Jusqu’où le Festival d’Avignon nous  mènera-t-il ?« : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/07/05/jusquou-le-festival-davignon-nous-menera-t-il/).

Cette édition 2017 est aussi celle des 70 ans du festival créé par Jean Vilar en 1947. Trois axes provocateurs la structurent : un vent d’air chaud venu de l’Afrique subsaharienne ; une bourrasque féministe, chère à Marie NDiaye, qui entend faire son chemin dans le bastion papal d’Avignon ; enfin une attention particulière portée au théâtre d’aujourd’hui.
Ajoutons-y, pour sauver la mise, la présence des mythes – grecs, mais pas seulement – comme structures inaliénables de nos vies et de notre théâtre.

C’est ainsi que l’ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes se fera avec Antigone, de Sophocle, mais telle que la voit Satoshi Miyagi, le metteur en scène japonais qui, en 2014, avait enchanté le Festival avec son Mahabharata. Suivons tout d’abord ce fil des maîtres, qui va être tendu tout au long de cette édition. Après Miyagi, c’est l’Allemand Frank Castorf qui entrera en scène, avec Le Roman de Monsieur de Molière, d’après Mikhaïl Boulgakov.

Puis ce sera le Flamand Guy Cassiers, avec deux spectacles : Le Sec et l’Humide, d’après le livre de Jonathan Littell sur le fasciste belge Léon Degrelle, et Grensgeval (Borderline), sur un texte d’Elfriede Jelinek, Les Suppliants, inspiré d’Euripide. Ensuite il y aura la Britannique Katie Mitchell, qui revient à Avignon avec les acteurs du Toneelgrœp d’Amsterdam, en mettant en scène Les Bonnes, de Jean Genet. Au même moment, du côté de la danse, c’est Israel Galvan qui arrivera dans la Cour d’honneur, avec sa Fiesta. Et bien d’autres dont deux belles surprises. D’abord le retour, après une très longue absence, d’un autre grand artiste, le marionnettiste géorgien Rezo Gabriadze, avec son spectacle devenu mythique dans toute l’Europe de l’Est, Ramona. Et aussi Juliette Binoche, accompagnée par Alexandre Tharaud, avec un hommage à Barbara.

Mais l’Afrique s’invitera dès le début du Festival, avec Unwanted, une pièce de Dorothée Munyaneza sur le génocide rwandais, et plus particulièrement sur les femmes qui ont été violées pendant cette période, et sur les enfants qui sont nés de ces viols… Du continent viendra encore un fort programme de danse contemporaine. De la musique, avec Basokin, par les Basongye de Kinshasa, ou encore Rokia Traoré, Manu Dibango et Angélique Kidjo. The Last King of Kakfontein, par Boyzie Cekwana, venu d’Afrique du Sud. Et encore Kalakuta Republik, de Serge Aimé Coulibaly, hommage au grand Fela, saint patron musical de toute l’Afrique centrale.

La star malienne Rokia Traoré

Mais, en matière de surprise, Olivier Py a fait encore plus fort : une des grandes invitées de cette édition 2017 sera… Christiane Taubira. En chair et en os. Olivier Py a osé demander à l’ancienne ministre de la justice si elle aurait envie de concevoir une «  leçon de démocratie  » en quatorze épisodes…Voici ce qu’en dit le directeur du festival.  » Christiane Taubira, une grande amoureuse de la poésie, je l’avais croisée au Centre pénitentiaire du Pontet où elle était venue voir la représentation des détenus. Et l’idée qu’elle soit maître d’oeuvre de ce grand feuilleton m’est venue. Comme cette idée était complètement folle… elle lui a plu ! Nous avons parlé ensemble de ce que pourrait être ce feuilleton, l’idée centrale était de trouver le moyen de montrer qu’il n’y a pas, entre le politique et le poétique, une frontière bien définie mais, au contraire, que certains combats n’ont été gagnés que par l’éloquence, par la force de la parole. On a voulu remettre la parole éloquente au centre de la vie politique. Anne-Laure Liégeois organisera ce grand feuilleton en 14 épisodes, soit 14 heures de montage de textes avec des auteurs comme Condorcet, Aimé Césaire, Toni Morrison, André Malraux, Victor Hugo… Ce sera avec 40 amateurs, des comédiens du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, d’autres de la troupe d’Anne-Laure Liégeois. Avec Christiane Taubira, on a travaillé dans l’idée que l’on pouvait faire une leçon de démocratie mais uniquement s’il y avait un éblouissement stylistique. Cette marche pour les droits se terminera à chaque fois par un poème « . Si avec ça vous n’êtes pas convaincus !…

Ces malades ont le pouvoir culturel depuis trop longtemps. Il est urgent que cela change.

Le 24 mars 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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