BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (30 mars 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

30 Mar

I. Macron n’a pas que des ralliements

Il ne bénéficie pas que des vieux chevaux de retour du parti socialiste, avides de garder leurs places ou des tripatouilleurs du centre et de la droite parlementaire pour les mêmes raisons. Il connaît aussi quelques départs fracassants.

Le plus récent et, sans doute, l’un des plus symboliques est celui du général de division Bertrand Soubelet, ancien numéro trois de la Gendarmerie nationale.

Le ralliement de ce personnage hors du commun, annoncé au mois de février dernier, avait fait un petit peu de bruit. Bertrand Soubelet symbolisait une certaine idée de la politique de sécurité. Il s’était fait connaître du grand public fin 2013, puis en 2016 avec un livre en dérogeant à son devoir de réserve pour dénoncer les insuffisances supposées de la politique pénale du gouvernement (Lire « La preuve » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/08/04/bulletin-climatique-quotidien-4-aout-2014de-la-republique-francaise/).

Il avait depuis quitté la Gendarmerie et rejoint le fondateur d' »En Marche !« . Il était d’ailleurs venu récemment l’expliquer sur RTL. Et puis patatras. Il a donc écrit mardi 28 mars à Emmanuel Macron une longue lettre dans laquelle il explique la déception qui a été la sienne. « J’avais besoin de croire qu’une nouvelle façon de faire de la politique était en train de naître (…) Les ralliements successifs tous azimuts et symboliques à bien des égards, à commencer par ceux de l’actuel gouvernement, ne correspondent pas à ma conception du changement« , écrit-il notamment. Pas sûr qu’Emmanuel Macron appréciera !

Son départ intervient quelques jours seulement après l’officialisation du soutien de Jean-Yves Le Drian à Emmanuel Macron. Le ministre de la Défense qui n’avait pas apprécié les critiques de Bertrand Soubelet et l’avait sanctionné. Mais aussi après le ralliement du pire d’ente eux, Manuel Valls.

Mais c’est peut-être un hasard…

 

II. Qu’est-ce qui ressemble le plus à Calais en 2014 ?

C’est Calais en 2017…

Trois ans déjà depuis l’installation progressive d’un bidonville dans les dunes de la Côte d’Opale, à proximité de Calais puis, en désespoir de cause (c’est-à-dire devant l’incapacité du gouvernement de la République à interdire et empêcher l’installation de milliers de migrants illégaux au bord de la Manche d’où ils espéraient gagner la Grande-Bretagne), le démantèlement de ce bidonville et la répartition de ses occupants dans d’innombrables CAO (centres d’accueil et d’orientation) sur l’ensemble du territoire national avec la promesse gouvernementale qu’ils ne reviendraient pas à Calais. Trois ans pour rien car…les voilà qui reviennent. 

Le ministre de l’intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, a quitté ses fonctions pour tenter de maintenir un semblant de gouvernement…des affaires courantes. La préfète, Fabienne Buccio, a rendu son tablier pour prendre en charge un département normand à moindre risque. La maire de Calais, Natacha Bouchart, n’a plus d’autre pouvoir que de signer des arrêtés municipaux  » anti-rassemblement  » qui sont aussitôt suspendus par le tribunal administratif de Lille… Seuls restent debout, face aux hordes migrantes, les malheureux habitants de Calais dont plus personne n’écoute les doléances et même la colère. Jusqu’à ce que cela explose dans les urnes ou ailleurs.

Ils sont aujourd’hui, comme nous l’avions hélas prédit, plusieurs centaines à survivre dans les bosquets ou ailleurs, et à tenter encore de franchir le Channel qui les sépare du Royaume-Uni. « Erythréens ou Soudanais (NDCER: et même quelques autres) sont à Calais, et partout sur le littoral, sans aucune infrastructure d’accueil, affirme Amin Baghdouche (sic), coordinateur de Médecins du monde. Ils sont en errance, abandonnés par l’Etat. Pour la moitié d’entre eux, il s’agit d’adolescents sans famille, âgés de 15 à 17 ans. »(Lire « Le scandale des faux mineurs isolés » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/07/20/bulletin-climatique-quotidien-20-juillet-2016-de-la-republique-francaise/).

Cinq mois après le démantèlement de « la jungle » (comme on l’appelait), du centre d’accueil de jour et du centre d’accueil provisoire (CAP), cette situation suscite, localement, un sentiment de déjà-vu. Elle s’apparente à celle vécue il y a trois ans, quand quelques centaines d’exilés se trouvaient dans la cité maritime de la Côte d’opale dans l’espoir de rejoindre le Royaume-Uni, sans aucun dispositif d’accueil. Ici, le spectre de la « jungle », dans laquelle survivaient plusieurs milliers de migrants (de 8 000 à 10 000, juste avant le démantèlement), a marqué durablement les esprits.

« On a l’impression de faire un bond en arrière, en avril 2014, quand il y avait entre 300 et 400 migrants à Calais », relève Gilles Debove, policier sur le secteur depuis plus de quinze ans et responsable du syndicat Unité SGP Police Force ouvrière dans la Calaisis. « Avec le démantèlement [de la « jungle »], on est revenu à la situation antérieure d’il y a deux ou trois ans », déclare Jean-Marc Puissesseau, le PDG de la Société d’exploitation des ports du détroit (SEPD), gestionnaire du port. La routine. Cela fait vingt ans qu’on en voit passer. »

Il dit toutefois être satisfait de recevoir dorénavant des SMS de ses équipes à 6 heures du matin faisant le point sur le trafic et non plus sur les problèmes rencontrés sur la rocade portuaire. Courant 2016, la situation « était plus tendue » : en moyenne, quatre-vingts intrusions par jour (2 400 par mois) étaient signalées dans les poids lourds en partance pour l’Angleterre. L’activité portuaire, fret et passagers, en était très impactée. « L’accès au port était devenu dangereux », rappelle le PDG de la SEPD. « Le drame était d’avoir une concentration d’individus près de la zone portuaire », qui est, elle, totalement sécurisée.

Le port de Calais a perdu 1,2 million de passagers depuis 2015, en raison de la crise migratoire, mais aussi des attentats en France et en Belgique. Alors que le trafic transmanche affiche une forte croissance, en hausse de 6 % sur 2016, « le port Boulogne-Calais n’a pas réussi à en prendre sa juste part, avec une croissance du fret roulant de seulement 3,38 % pour un total de 1 909 011 poids lourds », déplore Jean-Marc Puissesseau, le PDG de la Société d’exploitation des ports du détroit.

Malgré tout, aujourd’hui, « on est reparti sur des missions de surveillance, de distribution de repas, des interpellations et des mises à l’abri des mineurs, qui ne servent à rien », déplore Gilles Debove, qui dit avoir « encore aperçu des gamins le long de la rocade portuaire à 2 heures du matin ». Le policier se désole d’une situation non anticipée en amont et confie avoir le sentiment de devoir « vider le tonneau des Danaïdes ». « On va laisser mûrir la situation », prédit-il, se refusant à qualifier celle-ci de « fatalité », y voyant plutôt « une suite logique » de ce qu’il se passe en Syrie, en Irak, au Soudan, etc. Mais aussi une suite logique de l’incurie du gouvernement.

Officiellement, les pouvoirs publics disent appliquer une « tolérance zéro migrant ». « Ni points de fixation, ni squats, ni reconstitution de la jungle… », a annoncé le nouveau préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, qui a pris ses fonctions le 20 mars, rappelant que cinq cents CRS et gendarmes mobiles étaient affectés à Calais pour cette mission, « un dispositif unique en France ».

Avec l’arrivée du printemps, « ne nous voilons pas la face », prévient cependant Frédéric Van Gansbeke, président de la Fédération du commerce du Calaisis, « le Royaume-Uni n’a pas bougé, le flux migratoire continue, rien ne changera à Calais ». « Aux mêmes causes, les mêmes effets », dit celui qui, au plus fort de la crise migratoire, en 2016, était monté à Paris avec des Calaisiens crier leur ras-le-bol.

Si, depuis avril 2016, la route migratoire de la Turquie vers la Grèce s’est notablement asséchée, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), celle de la Libye vers l’Italie a connu un net regain ces derniers mois. D’autant que, comme nous le dénonçons régulièrement, les ONG prétendument humanitaires participent activement à la traite négrière qui alimente le Calaisis (Lire « Les assauts de l’Europe via la Méditerranée ne diminuent pas » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/03/25/bulletin-climatique-du-week-end-2526-mars-2017-de-la-republique-francaise/).

Frédéric Van Gansbeke prétend, en le déplorant, que « la solution qu’on préconisait, et qui était la moins mauvaise, à savoir l’édification d’un vrai camp aux normes HCR dans le secteur du Calaisis », parallèlement au camp de la Linière à Grande-Synthe, n’ait pas été retenue (mais oubliant l’effet «  appel d’air  » automatique de ce genre de décision). Il craint surtout « que les Calaisiens n’aient pas la patience d’il y a deux ans », observant « une radicalisation sensible des propos », et se dit « très inquiet » au vu de l’absence de « gestion de la situation au niveau politique ». Entendez que ces bonne âmes redoutent plus que tout ( y compris le salut de la France) que les Calaisiens donnent en masse leurs voix…au Front national !

D’ailleurs, les « leaders d’opinion sont devenus des suiveurs d’opinion qui ont capitulé devant le Front national et n’osent plus faire de pédagogie », avance Vincent Coninck, chargé de mission du Secours catholique, qui regrette la disparition, avec la fermeture du guichet de demandes d’asile à Calais au moment du démantèlement, d’« une véritable culture de l’asile » : celle-ci, assure-t-il, se traduisait par « des demandes traitées rapidement » et avait fait « la preuve qu’on peut amener les gens à renoncer au Royaume-Uni ». Menteur ! (Lire « A Calais, Bernard Cazeneuve leur a chipé leurs jouets » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/11/25/bernard-cazeneuve-leur-a-chipe-leurs-jouets/).

« Nous vivons une situation unique que personne d’autre ne vit », souligne Gilles Debove, aux yeux de qui « l’inertie construit le clivage entre la population et les exilés, et la montée des extrêmes ». « Ce fossé se traduira dans les urnes », prédit-il. Au premier tour des élections régionales de décembre 2015, Calais, située dans la deuxième région la plus pauvre de France selon l’Insee, avait voté à 49,1 % en faveur de Marine Le Pen (FN), soit 17,4 points de plus que son score des élections européennes de 2014.

Les nouvelles arrivées de migrants ont contribué à tendre les relations entre la mairie et les associations. Début mars, la maire de Calais, Natacha Bouchart (Les Républicains), qui refuse un « appel d’air » et en appelle « à la responsabilité du gouvernement », a signé un arrêté anti-rassemblement sur plusieurs secteurs de la commune, dont la zone industrielle et le bois Dubrulle, où les associations distribuaient des repas aux migrants une fois par jour.

Cet arrêté a été suspendu le 22 mars par le tribunal administratif de Lille, à la satisfaction des associations, qui ont repris les distributions…dès le lendemain. Mais l’« affaire » a laissé des traces : « C’est dramatique d’en être à se réjouir d’être autorisés par le législateur à donner à manger à des gens qui vivent dehors !, déplore Vincent Coninck. On revit l’après-Sangatte [hangar en bord de mer qui abritait des migrants et qui avait été fermé en décembre 2002]. » Le drame, selon lui, est de « ne raisonner qu’en termes de flux et non en termes de politique d’accueil ».

Mais comment lui faire comprendre que NOUS N’EN VOULONS PAS car ils n’ont rien à faire chez nous. Rien.

 

III. Brexit : nous entrons enfin dans le vif du sujet

Les Britanniques l’ont fait, pourquoi pas nous ?

L’activation du Brexit, mercredi 29 mars, va ouvrir une période de négociations prévue pour durer deux ans. Un compromis n’est pas certain, tant les points de vue divergent, en particulier sur les questions-clés. Mais, sachez-le, Theresa May, la Première ministre de Sa Majesté, n’en a cure.

L’article 50 du traité de Lisbonne prévoit que les négociations en vue du départ d’un Etat membre « tiennent compte du cadre de ses relations futures avec l’Union ». Londres et Bruxelles interprètent différemment cette disposition. Tandis que l’Union européenne (UE) estime que le divorce lui-même doit être soldé – au moins dans ses grands principes – avant que des discussions sur les futures négociations commerciales puissent démarrer, les Britanniques insistent pour que ces deux énormes dossiers soient discutés de front.

Pour le chef négociateur Michel Barnier, pas question de parler commerce avant d’avoir réglé trois questions : le futur statut des expatriés européens, les contributions budgétaires restant dues à l’UE par le Royaume-Uni et le statut de la nouvelle frontière extérieure de l’Union en Irlande. Car Bruxelles redoute que les Britanniques n’en profitent pour jouer sur tous les tableaux en même temps, ne prennent par exemple en otage la question des 3,2 millions d’Européens installés au Royaume-Uni pour décrocher des concessions sur les sommes restant dues à l’Union…Ce qui serait de bonne guerre.

Les Britanniques, de leur côté, connaissent le couperet prévu par l’article 50 : deux ans après la notification, le 28 mars 2019, faute d’accord et sauf prolongation accordée par le Conseil européen, le Royaume-Uni sera exclu du club. C’est le fameux « saut de la falaise » évoqué quotidiennement par les médias, qui rétablirait des frontières douanières pour les marchandises comme pour les personnes et ferait éclater tous les mécanismes de coopération (transports, énergie, santé, etc.).

Pareille impasse est considérée comme catastrophique par quelques économistes. Mais Theresa May en brandit la menace en répétant que « pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord ». Son ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, va plus loin : il assure qu’un défaut d’accord serait « parfaitement OK » car Londres retrouverait alors sa liberté de signer des accords de commerce avec le monde entier, en particulier le Commonwealth.

Les Européens donnent l’impression de ne pas prendre ces menaces très au sérieux : elles sont de fait assez classiques en début de négociations, quand les parties tentent de s’impressionner mutuellement. Ils anticipent plutôt que la pression des milieux d’affaires sera suffisante pour encourager Londres à conclure avec Bruxelles.

Quant à la facture qui sera présentée aux Britanniques, les dirigeants européens prétendent qu’il n’est pas question de « punir » les Britanniques. Pourtant, les Vingt-Sept en font une question de principe : le Royaume-Uni ne peut partir sans terminer de verser les sommes auxquelles il s’est engagé dans le cadre des programmes pluriannuels du budget de l’UE. Bruxelles réclame aussi, entre autres, qu’ils continuent pour un temps au moins à contribuer au paiement des retraites des fonctionnaires européens (spécialement des Britanniques).

Ce chèque britannique pourrait atteindre 55 à 60 milliards d’euros, même si Bruxelles s’est bien gardée de confirmer un chiffre pour l’instant. Si Londres refuse de payer, les 27 membres restant dans l’UE devront mettre la main à la poche à sa place, et cette perspective est un puissant ferment d’unité. À moins que ce ne soit la mèche qui enflamme la bombe à retardement de l’implosion de l’UE…

Liam Fox, ministre britannique du commerce extérieur, a qualifié d’« absurde » l’idée qu’une facture soit présentée au début des négociations et la commission sur l’UE de la Chambre des lords a estimé qu’en l’absence d’un accord final, l’UE n’aurait aucun moyen juridique pour réclamer un paiement. Une hypothèse que Theresa May retient apparemment : elle n’a jamais exclu d’avoir à acquitter les dettes du Royaume-Uni, même si cette perspective alimente régulièrement les « unes » outragées des tabloïds.

Les Européens ont conscience que l’opinion publique britannique n’a pas été préparée à de telles sommes, et ils n’ont pas envie de mettre Theresa May dans une situation politique difficile en l’exigeant d’elle immédiatement et dans son intégralité. Pour éviter que la négociation n’achoppe sur cette question, Ils sont prêts à des concessions : à en négocier à minima le montant et/ou à proposer un étalement des paiements.

Enfin, plus de trois millions de ressortissants des 27 Etats de l’UE sont établis au Royaume-Uni. Theresa May se refuse à garantir la pérennité de leur droit au séjour post-Brexit, tant que les 1,2 million de Britanniques vivant dans un autre pays membre ne bénéficieront pas d’une assurance réciproque. Les expatriés au Royaume-Uni se sont rués en masse sur les incertaines procédures d’admission au statut de « résident ». Ils craignent d’être utilisés comme monnaie d’échange dans la négociation.

Bruxelles et les 27 Etats membres ont aussi des opinions publiques à ménager, tout particulièrement la Pologne, dont près de 800 000 ressortissants vivent au Royaume-Uni. Les Européens veulent proposer à Londres que leurs ressortissants présents au Royaume-Uni au moment du Brexit puissent continuer à jouir de leurs prestations sociales (retraites, allocations sociales) sans être discriminés par rapport aux Britanniques. Les mêmes conditions seraient faites aux Britanniques résidant ailleurs dans l’Union avant le prononcé du divorce.

Bref, les négociateurs ne vont pas manquer de pain sur la planche mais il n’est pas si sûr que l’UE n’aura pas à manger son chapeau.

Le 30 mars 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.


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