BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (5 avril 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

5 Avr

I. Marine Le Pen fascine les Britanniques

Depuis que les sondages laissent entrevoir sa possible victoire à la prochaine élection présidentielle, les médias britanniques ont les yeux rivés sur la présidente du Front national (FN). Aucun lecteur ou auditeur attentif du Telegraph ou de la BBC n’ignore que la mère de la leader du FN a posé pour Playboy, ni que le doberman de son père ne supporte pas ses chats. Jour après jour, chacune de ses déclarations est disséquée sur fond de reportages sur une France en détresse. Mais ce sont surtout ses promesses de  » Frexit  » et de retour au franc qui retiennent l’attention.

Après le Brexit et l’élection de Donald Trump, l’arrivée du FN au pouvoir en France est couramment présentée comme une sérieuse possibilité au titre d’un  » effet domino  » actionné par le nationalisme, le rejet de l’immigration comme de la mondialisation. Encore traumatisés par le choc du Brexit qu’ils n’avaient pas anticipé, la presse et de nombreux observateurs ne veulent pas, cette fois, être pris en défaut. ! «  Le Pen a plus de chance que vous ne le pensez, avertit dans le Financial Times Sudhir Hazareesingh, politologue spécialiste de la France. L’idée prévalait jusqu’à présent que la France ne pouvait pas élire un président FN. Nous avons déjà entendu ce genre de chose chez nous.  » De fait, les Britanniques s’intéressent à Marine Le Pen presque uniquement à travers leur obsession du moment : le lien avec l’Union européenne.

Qu’il tétanise ou fascine, le parallèle avec le Brexit est omniprésent. Si cette  » candidate fasciste «  devenait présidente, «  cela rendrait théorique la question de savoir quel deal – post-Brexit – obtiendrait – Londres – , parce que cela déclencherait presque certainement la désintégration de l’Union européenne « redoute Stephen Bush, chroniqueur à l’hebdomadaire de gauche The New Statesman.

A l’inverse, la presse pro-Brexit, dominante, n’est pourtant pas loin de présenter le succès de Marine Le Pen comme une justification a posteriori du vote des Britanniques. Plus les journaux haïssent l’UE, plus ils accordent de place à la campagne du FN. La palme revient au tabloïd Daily Express qui, quotidiennement, diffuse photos avantageuses et titres flatteurs pour la candidate d’extrême droite. «  Marine Le Pen va tordre le cou à l’UE qui ne peut survivre au “Frexit” « , exultait ce quotidien le 30  mars.

Les autres journaux populaires entonnent le même credo. Prœuropéen, Emmanuel Macron les intéresse moins. Selon le site américain BuzzFeed,  «  la presse britannique prête une attention disproportionnée à la candidate de l’extrême droite « . En trois mois, 602 titres d’articles lui ont été consacrés, soit 4,5 fois plus que pour Emmanuel Macron, a recensé BuzzFeed.

Le parallèle avec le Brexit a atteint son comble lorsque Nigel Farage, ancien chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), a interviewé Mme Le Pen à Paris, le 15  mars, lors de son émission pour la station de radio LBC. Lui qui refusait de s’allier avec le FN au Parlement européen en l’accusant d’antisémitisme a diffusé largement la photo de sa chaleureuse poignée de main avec la dirigeante frontiste. Pour le plus grand plaisir de son hôte, Marine Le Pen a assuré que le Royaume-Uni «  engrange déjà les bénéfices du Brexit  » et elle a promis d’être une alliée des Britanniques dans les négociations avec l’UE.

De là à imaginer qu’un succès du FN à la présidentielle constituerait une  » divine surprise  » pour les brexiters, il y a un pas qu’aucune personnalité politique, hormis M. Farage, ne franchit publiquement. Theresa May a même exclu (pour le moment) de rencontrer Mme Le Pen. Pour Charles Bremner, correspondant du Times à Paris, une victoire de Mme Le Pen est  » peu probable « . Mais, ajoute-t-il,  » si elle faisait mentir les sondages et gagnait, son arrivée à la présidence pourrait aider la Grande-Bretagne car, en tant que partisane du Brexit, elle n’appuierait pas de demandes dures  » de l’UE à l’égard de Londres.

Mais d’autres observateurs soulignent qu’une victoire du FN produirait d’abord des effets délétères en France. La BBC anticipe «  une explosion de violence « . Quant à Robert Tombs, historien spécialiste de la France, il prévoit «  des grèves et des manifestations violentes de la part de ceux qui entendraient défendre la République contre le fascisme « .

Et s’il fallait toucher le fond pour espérer rebondir ?

II. Les soupiers* de Jacques Chirac

Depuis trois mois, une dizaine d’anciens ministres ou secrétaires d’Etat de Jacques Chirac ont rejoint Emmanuel Macron, persuadés que le candidat d’ En Marche ! allait remporter la prochaine élection présidentielle et qu’ils pourraient ainsi en retirer quelques nouvelles prébendes…

Ministre de la justice entre 2002 et 2005, Dominique Perben a fait l’éloge du programme du candidat d’En marche !, dans une tribune publiée par LeFigaro, le 22  mars. L’inénarrable Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé entre 2004 et 2005 puis ministre des affaires étrangères entre 2005 et 2007 (et perpétuel candidat à des fonctions internationales qui lui échappent toujours) , a annoncé qu’il voterait pour M. Macron, le 23  mars. Idem pour Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’Etat aux personnes handicapés en  2004, qui a franchi le Rubicon le 28  mars.

Ils rejoignent, entre autres, le pionnier Renaud Dutreil, ministre de la fonction publique en  2004, mais aussi Jean-Paul Delevoye, ministre de la fonction publique en  2002, Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture en  2002, Serge Lepeltier, ministre de l’écologie en  2004, Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat aux transports en  1995, qui avaient déjà amorcé le mouvement.  Des ralliements balayés d’un revers de la main par les proches de François Fillon. «  Ce n’est pas vraiment une source d’inquiétude, assure son porte-parole Damien Abad. Ce sont tous des anciens couteaux, qui ont compté à un moment donné mais qui ne font plus partie du paysage politique français.  » Un peu comme d’autres soupiers tels que Alain Minc, Bernard Kouchner ou…Pierre Bergé !

Ces personnalités sont en majorité issues du second quinquennat de Jacques Chirac, un mandat où le Corrézien affichait un tempérament  » rad-soc « , bien loin de son néolibéralisme thatchérien des années 1980. De quoi peut-être faciliter cette convergence vers le «  et de gauche et de droite  » prôné par M. Macron. «  Il y a quelque chose de l’esprit de 2002 dans ce que fait Macron. Il a une approche néogaulliste au-dessus des partis qui est plus proche du chiraquisme et du juppéisme que le thatchérisme de François Fillon « , estime M. Dutreil. Parmi ces ralliés, certains sont des nostalgiques de l’esprit originel de l’UMP. «  Depuis la fin des années 1980, dans le sillage de Simone Veil, je rêve d’un gouvernement progressiste, à la fois humaniste, social mais aussi libéral économiquement, résume Philippe Douste-Blazy. L’UMP du début, qui allait du centre à la droite, a représenté ça, avant qu’il ne redevienne le RPR à cause de la droitisation opérée par Nicolas Sarkozy puis maintenant François Fillon.  » Voilà qui est dit. Et quand on pense qu’ils s’offusquaient lorsqu’on parlait de

Pour le reste, difficile de voir une cohérence à ce mouvement car chacun a ses prétextes même si tous ont la même quête…du plat de lentilles ! Certains ont été irrités par M. Fillon. M.  Perben, concepteur du projet régalien d’Alain Juppé pendant la primaire, n’a pas vraiment apprécié les attaques contre la justice du candidat de la droite. Ou encore mieux : » Le déclic, pour moi, ça a été quand M. Fillon a évoqué ses convictions chrétiennes pour défendre la sécurité sociale, ce n’est pas acceptable « , confie Jérôme Grand d’Esnon, ex-apparatchik du RPR, devenu conseiller officieux de M. Macron, après avoir chuchoté à l’oreille de Bruno Le Maire pendant la primaire de la droite.

D’autres ont été charmés par le discours attrape-tout de l’ex-ministre de M. Hollande. «  Emmanuel Macron m’a interpellé quand il s’est mis à évoquer les gaullistes sociaux. Quand il rend hommage à Philippe Séguin, ça me parle « , glisse Mme  Montchamp. Certains sont plus opportunistes, comme Jean-Jacques de Peretti, ministre de l’outre-mer en  1995, dont le rapprochement s’explique notamment parce qu’il n’a pas obtenu l’investiture du parti Les Républicains pour les législatives….La soupe vous dis-je.

Ces œillades lancées à la droite ne doivent rien au hasard. Pour l’emporter le 7  mai, M. Macron doit mordre à la fois sur l’électorat progressiste et conservateur. A gauche, cela s’est fait naturellement, la victoire de Benoît Hamon poussant dans les bras de l’ex-ministre la frange réformiste du PS. A droite, c’est plus compliqué. Mais cela permet quand aux électeurs d’y voir plus clair.

L’ancien ministre de l’économie met les bouchées doubles pour attirer les mouches. Lors de ses meetings, il n’est pas rare qu’il mette en avant des figures de la droite. Le 4  février à Lyon, il a multiplié les références à Philippe Séguin, ce «  pupille de la nation devenu président de l’Assemblée nationale « , à Jacques Chirac, dont le discours du Vel’d’Hiv lui a fait «  éprouver de la fierté « , au général de Gaulle, à Simone Veil, à Lucien Neuwirth… Le 17  mars, à Reims, il a donné la parole à M. Aillagon,  » l’inverti de Versailles « . Le candidat a aussi parsemé son programme de mesures en forme de clins d’œil adressés à l’électorat de droite comme la suppression du RSI ou la modulation des 35  heures au sein des entreprises.

Mais, n’en doutez pas, d’autres transfuges pourraient bien encore se faire connaître. Tels les députés Edouard Philippe (Seine-Maritime) et Franck Riester (Seine-et-Marne).

* Celui qui va à la soupe ; profiteur.

 

III. Quand les racailles de banlieue rackettent le BTP

Dès le mois d’octobre 2015, nous publiions un article très documenté sur le racket des entreprises du BTP par des racailles des quartiers nord de Marseille que les autorités et leurs complices médiatiques persistent à appeler des «  Chances pour la France  » (Lire « Mais ce n’est pas tout ! » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/10/26/bulletin-climatique-quotidien-26-octobre-2015de-la-republique-francaise/). Depuis, les mises en examen se sont succédées et, comme nous pouvions nous y attendre, la justice est passé…avec la modération dont elle est capable lorsqu’il s’agit d’acheter le paix sociale maghrébine.

Ces malfrats ont osé se présenter comme des Robin des Bois des quartiers nord de Marseille, voulant apporter du travail dans des cités où le chômage sévit plus fort qu’ailleurs quand il s’agissait  de chantage à l’emploi, de racket de contrats de gardiennage et d’extorsions commises en  2014 et 2015 sur des entreprises en charge de la construction de la L2, une rocade autoroutière, et de la réhabilitation des cités Picon et Busserine.

Rafik Zeroual, gérant d’une société de sécurité opaque, Hadj Abdelkrim Bensaci, un homme de main aux méthodes violentes, Halid Compaoré, chauffeur de bus, médiateur autoproclamé au sein de la cité, ainsi que Karim Ziani, l’incontournable responsable de l’association sportive de la Busserine, n’ont été condamnés qu’à des peines allant de trois à cinq ans de prison et à des amendes de 30 000  euros à 50 000 euros. Sans déchéance de la nationalité française et, bien sûr sans renvoi immédiat en terre de razzia c’est-à-dire au pays de leurs ancêtres.

L’accusation avait souhaité des condamnations exemplaires, à l’image d’un dossier que les professionnels du BTP et la justice ont présenté comme le fer de lance d’une nouvelle politique contre cette criminalité auparavant rarement dénoncée. La procureure Sophie Mercier l’a décrite comme «  une gangrène, un système reposant sur des sociétés de sécurité recourant massivement au travail dissimulé « .

La loi du silence avait été brisée par les responsables de la société L2 Construction, victime le 26  janvier 2015 de l’incendie criminel d’une foreuse et de deux pelleteuses, aussitôt suivi de la présentation d’un devis pour assurer le gardiennage du chantier.

Mais les parties civiles, cadres des majors du BTP cités comme témoins ne se sont pas présentés à l’audience. «  Le contexte du procès, la confrontation avec des personnes auxquelles sont reprochés des faits douteux m’expose bien au-delà des fonctions que j’assume  » (en clair :  » J’ai la trouille ! « ), a écrit au tribunal le responsable d’une société d’économie mixte. Il avait été confronté à «  une absence de choix  » au moment de recruter Télésurveillance gardiennage intervention, la société de Rafik Zeroual pour assurer la sécurité d’un de ses chantiers.

Ce même responsable avait rapporté qu’en janvier  2014, «  un chef de chantier avait été pointé avec une arme à feu « . En toile de fond, des témoignages lus à l’audience: sur le chantier de démolition d’un immeuble bloqué par un groupe de personnes, un responsable s’était entendu lancer : «  Ou tu nous embauches ou tu nous donnes des enveloppes.  » Ailleurs à la Busserine, un individu avait menacé : «  Je ferme le chantier, personne ne travaille. Si j’en vois un travailler, je le fume. « 

Quartiers nord de Marseille

Soupçonnés d’aller jusqu’à incendier des engins pour convaincre les entrepreneurs de recourir aux services de leur société de sécurité, les prévenus se sont défendus d’avoir monétisé cette peur pour se voir attribuer des marchés de sécurité à même de garantir la paix sociale. «  Les gens du quartier, on ne les prend pas en considération, c’est des Arabes des quartiers Nord, il y a des grands travaux devant chez eux mais pas d’emplois pour eux « , a ainsi glissé Karim Ziani. Pour nous ce serait : RETOUR IMMEDIAT AU BLED.

Se voyant opposer les procédures d’embauche mises en place par Pôle emploi et les entreprises travaillant au pied des immeubles de la Busserine et de Picon, ainsi que les clauses d’insertion à l’emploi dans les marchés de l’Agence nationale de rénovation urbaine, les prévenus n’ont évidemment pas convaincu de leur volonté d’aider les jeunes à décrocher du travail.

«  Ils se gargarisent avec hypocrisie de leurs origines pour instrumentaliser une population en difficulté « , s’est élevée la procureure Sophie Mercier. Soulignant que Halid Compaoré était invité à des réunions de concertation en préfecture et à la fédération du BTP, la magistrate a estimé qu’il voulait «  gagner de l’argent en se drapant dans un habillage de médiation sociale « . La paix sociale, a-t-elle ajouté, «  ne s’achète pas, elle se construit en sanctionnant les actes qui lui portent atteinte « . Elle n’a pas été entendue par le tribunal qui, une fois de plus, a rendu un verdict de complaisance.

Et de nouveaux magistrats inscrits sur notre  » Mur de la Honte « .

 

Le 5 avril 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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