BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (15/16/17 avril 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

15 Avr

Le Bulletin climatique de la République française prend ses quartiers de Semaine Sainte ! Il va donc être un peu allégé pendant quelques jours avant de devoir, hélas, retrouver les combines et autres coups bas de la prochaine élection présidentielle.

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I. Souvenez-vous comment ils applaudissaient la révolution tunisienne

En janvier 2011 nos élites politico-médiatiques et culturelles avaient les yeux de Chimène pour ce qu’elles appelaient avec complaisance «  La Révolution du jasmin  » et dont elles firent croire qu’elle était le fer de lance des soi-disant  » Printemps arabes  » !

Nous avons montré à plusieurs reprises combien fut tragique leur erreur et combien sera douloureux le réveil de nos compatriotes. Après la catastrophique intervention militaire en Libye, ce fut un nouvel échec diplomatique de Nicolas Sarkozy, poursuivi avec autant de légèreté et d’irresponsabilité par François Hollande. Six ans plus tard, nous sommes face au lent effondrement politique autant qu’économique de ce pays du Maghreb et nous serons demain devant la base la plus avancée de l’islamisme radical, à seulement huit cents kilomètres de nos côtes…

La fièvre monte aujourd’hui en Tunisie après bien des illusions et même quelques attentats islamiques comme ceux du Bardo, de Sousse ou de Ben Gerdane. Et pourtant, les Tunisiens attendent désespérément une transition démocratique qui ne vient toujours pas. Les élections municipales de décembre prochain s’annoncent mal et Nidaa Tounès, le parti qui domine la coalition au pouvoir à Tunis, traverse une crise si profonde que ses déboires libèrent une cohorte d’ambitions concurrentes.

Le 2  avril, un  » Front du salut et du progrès  » s’est solennellement formé dans la capitale. Ses inspirateurs le conçoivent comme un regroupement transversal de partis, ou factions de partis, visant à détrôner l’actuelle alliance dirigeante entre Nidaa Tounès et le parti islamiste Ennahda. Ils jouent sans fard sur la peur qu’inspire à une frange de l’opinion publique l’influence prêtée aux islamistes dans l’appareil d’Etat. Selon eux, Nidaa Tounès, dont le socle est pourtant l’anti-islamisme, est devenu trop faible pour s’opposer au jeu d’Ennahda. Depuis sa victoire aux élections législatives et présidentielle de 2014, Nidaa Tounès est, de fait, rongé par des querelles d’appareils et une hémorragie de ses cadres au point de jeter un doute sur la solidité de la transition démocratique tunisienne, tant louée à l’étranger et en France en particulier.

 » Il y a une descente aux abîmes « , s’alarme Leïla Chettaoui, députée de Nidaa Tounès. Selon elle, la glissade commence véritablement au congrès du parti à Sousse, en janvier  2016, quand Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République, Béji Caïd Essebsi, prend les rênes du parti.

Il met la main sur deux fonctions stratégiques : directeur exécutif et représentant légal de Nidaa Tounès. Ce congrès consacre aussi la rupture avec son grand rival d’alors, Mohsen Marzouk, ex-conseiller spécial du président, qui claque la porte du parti avec ses soutiens pour fonder une nouvelle formation, Harakat Machrouu Tounès, à la vision  » néobourguibiste « . Le coup est dur pour le groupe de Nidaa Tounès à l’Assemblée des représentants du peuple. Une vingtaine de députés le quittent. Du coup, Nidaa Tounès perd son statut de premier groupe parlementaire au profit d’Ennahda.

La conquête de l’appareil par Hafedh Caïd Essebsi a déchaîné les passions. Le parti était déjà fragilisé par la disparition de sa raison d’être idéologique – l’anti-islamisme – rendue caduque par la formation d’un gouvernement de coalition avec Ennahda à partir de début 2015. La violente controverse autour de la  » succession dynastique «  – le fils remplaçant le père à la tête du parti – a porté le malaise à son paroxysme.

Par la suite, les défections se sont multipliées, touchant jusqu’au groupe qui avait servi de marchepied à Hafedh Caïd Essebsi lors du congrès de Sousse. Parmi ces anciens alliés devenus dissidents figure Ridha Bel Haj, ex-directeur de cabinet du chef de l’Etat. Le groupe de M. Bel Haj a tenté, fin janvier, d’écarter de la direction du parti Hafedh Caïd Essebsi. Ce dernier a porté l’affaire devant la justice. M.  Bel Haj est l’un des inspirateurs – aux côtés de Mohsen Marzouk – du Front du salut récemment constitué.

 » Le parti a perdu le contact avec les citoyens « , se désole Mme Chettaoui. Le gouvernement de Youssef Chahed, chargé de piloter des réformes sensibles sous la pression des bailleurs de fonds de la Tunisie, notamment le Fonds monétaire international, est ainsi affaibli, car il ne peut compter sur un appui partisan dynamique.  » Le gouvernement n’est pas assez soutenu « grince le député Moncef Sellami, qui a jeté l’éponge après avoir présidé un éphémère  » comité de sauvetage  » du parti.

Dès lors, le rôle d’Ennahda, partenaire loyal et discipliné de la coalition, s’en trouve mécaniquement renforcé.  » La majorité ne tient que grâce à Ennahda « , souligne M. Sellami.  » Ennahda joue bien le jeu, abonde Mme Chettaoui. Il apparaît de plus en plus comme un parti stable et équilibré, donc légitime dans sa prétention à gouverner. «  C’est là ce qui inquiète de nombreux militants historiques de Nidaa Tounès qui avaient rejoint le parti pour contrer le projet islamiste, qualifié d’antinomique au  » modèle tunisien « .

 » Si Ennahda ne rencontre aucun contrepoids, il va inévitablement essayer de changer le modèle tunisien. La transition en Tunisie sera alors en danger « , avertit M. Bel Haj, le chef de file des opposants à Hafedh Caïd Essebsi.

Autrement-dit, ne nous faisons aucune illusion. Les islamistes, qui étaient efficacement tenus en laisse à l’époque du président Zine el-Abidine Ben Ali, vont reprendre non seulement du poil de la bête mais le pouvoir avec !

 

II. Les négriers ne s’approvisionnent pas qu’en esclaves

Le sport africain en est aussi la victime et, après le football (vous connaissez tous les nombreux camerounais et autres congolais* qui constituent l’essentiel des équipes nationales européennes et, en particulier, celle que l’on ose appeler  » Les Bleus  » – qui n’ont de bleu que le nom -), voici venu le tour du basket.

La rareté des opportunités, la rapacité des agents, la duperie des clubs européens, la crédulité des joueurs.  » Le chemin que j’ai dû prendre devait être ce qu’il est, afin de me donner une vision de la façon dont je pouvais changer les choses pour les futures générations « , dit aujourd’hui un joueur du Orlando Magic, Bismack Biyombo.

La saison régulière, qui vient de s’achever, a révélé au basket américain un phénomène camerounais, l’intérieur de Philadelphie Jœl Embiid, prétendant au titre de rookie (joueur débutant) de l’année. Elle a attesté du talent du Grec d’origine nigériane Giannis Antetokounmpo, physique détonnant, star des Milwaukee Bucks à seulement 22 ans. Elle a confirmé le brio de Masai Ujiri, manageur général nigérian des Toronto Raptors, troisièmes de la conférence Est.

Au-delà de ces personnalités, 14 joueurs nés en Afrique foulaient cette saison les parquets du meilleur championnat du monde. Un chiffre en progression constante, mais encore loin de celui des Européens (61) et, surtout, peu représentatif des talents que le continent renferme, estiment les spécialistes.

L’histoire de Bismack Biyombo aide à comprendre le retard pris par le basket africain. Le joueur d’Orlando débute à 13 ans avec ses amis sur un playground sans filet et en plein soleil ; à cet âge-là, les joueurs occidentaux sont déjà sous la conduite d’entraîneurs diplômés.

Entre le Congo et la NBA, Biyombo a croisé : un agent qui lui promet le Qatar et l’emmène au Yémen, un entraîneur portugais qui le place dans un petit club espagnol pour 500  euros par mois, un nouvel agent qui lui réclame 10  % de ses revenus pour le restant de sa carrière (les deux hommes sont en procès), un club de première division espagnole, Fuenlabrada, qui lui réclame 2 millions de dollars en cas de recrutement par une franchise NBA – soit quatre fois le montant réglementaire.  » On a profité de moi « , résume cette montagne de 2,06  mètres et 116  kilos.

Le Belge Jacques Vandescure, d’origine congolaise, sillonne les terrains d’Afrique depuis dix ans, pour former des joueurs ou au service de franchises NBA comme les San Antonio Spurs et les Washington Wizards. Lorsqu’il s’agit de décrire le comportement de certains Européens en Afrique, il ne s’embarrasse pas de circonvolutions : «  On est encore dans un esprit de colonialisation. Le continent, malheureusement pour lui, regorge de talents. Il est encore trop faible et on vient l’écraser, ce qui l’empêche de se développer correctement.  » Décidément, quand ce ne sont pas les négriers des grandes entreprises européennes aidées par des ONG prétendument humanitaires qui vont récupérer des esclaves africains jusque dans les eaux territoriales libyennes, ce sont les agent véreux de club sportifs qui pillent l’Afrique de ses sportifs de haut niveau…

 » Il y a des agents spécialisés dans l’extraction d’enfants dans des conditions très, très douteuses « , dénonce Jacques Vandescure, énumérant les exemples de pratiques immorales. Un agent faisant signer un contrat antidaté à un mineur ; des stages de détection intensifs où les joueurs dorment à cinq dans un petit appartement ; des dates de naissance falsifiées pour augmenter la valeur marchande du joueur, etc.

L’Espagne est particulièrement montrée du doigt. En  2012, sa fédération a créé à Dakar (Sénégal) une  » Casa España « , où des enfants suivent leur scolarité et bénéficient d’une formation au basket-ball. Une manière, selon le président de la Fédération française, Jean-Pierre Siutat, de  » piller «  le continent :  » C’est un aspirateur à talents. Il y a en Espagne 200  joueurs et joueuses venus d’Afrique, et chaque sélection, dans les catégories de jeunes, abrite un Africain ou une Africaine. «  Le Congolais Serge Ibaka, l’un des meilleurs défenseurs de NBA, est l’exemple le plus célèbre de ces naturalisations opportunistes.

Les clubs ne sont pas en reste, qui font traverser la Méditerranée aux meilleurs jeunes du continent avant leur majorité.  » L’Espagne ratisse très bien le terrain, mais ce n’est pas forcément positif. Elle a un rôle de pesticide « , confirme Jacques Vandescure.  Le pays, triple champion d’Europe, profite surtout du vide. Les franchises NBA disposant d’un observateur sur le continent se comptent sur les doigts d’une main. Les clubs français sont, pour le moment, plus discrets – les meilleurs Africains de Pro A sont passés par des universités américaines.  » Les recruteurs et les sponsors ne s’ennuient donc pas à aller jusqu’en Afrique : ils vont voir ce qui se passe en Espagne, où jouent 80  % des bons espoirs africains. Le temps qu’un joueur dispute une compétition, comme l’Afrobasket – championnat continental – , le piège a déjà été posé. « 

Mais la Fédération française a passé, en  2015, des accords de coopération avec dix pays africains dans une logique prétendument inverse de celle de l’Espagne, assure Jean-Pierre Siutat :  » Nous souhaitons aider au développement du basket sur leur territoire en formant, soit en France, soit sur place, des entraîneurs, des dirigeants, des arbitres.  » Mais il oublie de dire qu’une fois formés en France…les joueurs d’origine africaine y resteront !

La fuite des meilleurs jeunes joueurs est décrite comme le drame du basket africain. Vétéran du championnat de France de Pro A, le Sénégalais Maleye Ndoye  (Paris-Levallois) a eu l’opportunité de rejoindre une université américaine à l’âge de 20 ans, après avoir fait ses preuves dans le championnat local. Désormais, il voit  » les joueurs partir avant 16 ans, sans être prêts, simplement parce qu’ils sont très grands « . Le taux d’échec est colossal, y compris au niveau extra-sportif. Et, là, on les jette.

Si ce besoin d’expatriation existe, c’est que le nombre et le niveau des entraîneurs est insuffisant pour faire progresser ces talents bruts. Particulièrement à une époque où le jeu est de plus en plus rapide, où la virtuosité technique est largement partagée, et où les meilleurs espoirs européens et américains ont des entraîneurs particuliers.

La connaissance du jeu est certes plus aiguë qu’il y a une dizaine d’années, grâce à l’irruption des matchs de NBA sur les téléphones portables et les exercices pratiques consultables sur les plates-formes vidéo. Mais encore faut-il disposer de moyens d’entraînement de qualité, ce qui n’est le cas nulle part en Afrique, hormis en Angola, phare du basket africain.  » Tout ce que les jeunes basketteurs tiennent pour acquis – des terrains, des ballons, des chaussures – n’est pas facilement trouvable en Afrique « , déplore Will Voigt, sélectionneur américain du Nigeria.

Bismack Biyombo fait construire à Goma, dans le Nord-Kivu, le premier terrain couvert de RDC, un pays quatre fois plus grand que la France. Comme beaucoup de joueurs de NBA d’origine africaine, à l’instar des  » Français  » Nicolas Batum et Boris Diaw, il organise chaque été dans son pays des camps d’entraînement, trop éphémères pour progresser, mais suffisants pour éveiller au basket un continent qui ne jure que par le football. Biyombo a déjà pu intégrer dans les lycées et universités américaines une vingtaine de Congolais.  » Qu’ils jouent en NBA est le cadet de mes soucis. Le plus important, c’est que le basket puisse leur apporter une éducation de qualité, car l’Afrique a besoin de citoyens instruits. « 

Comme cela fut longtemps le cas pour le football, les fédérations de nombreux pays africains souffrent de problèmes de gouvernance et peinent à organiser les matchs de leur sélection nationale ou à faire en sorte que leurs meilleurs joueurs disputent les grandes compétitions.  » L’absence de transparence dans l’allocation des ressources est un obstacle majeur, déplore Will Voigt.  Beaucoup de gens ont envie de s’impliquer pour le basket africain mais hésitent, car ils ne savent pas où leur argent va atterrir. « 

Quant à la FIBA, la Fédération internationale, elle n’investit sur le continent qu’avec parcimonie, laissant la charge du développement du jeu à la NBA. Elle se heurte aussi au désintérêt des gouvernements pour son sport. Vendredi 14  avril, la RDC a annoncé qu’elle n’accueillerait finalement pas l’Afrobasket, prévu en août prochain, en raison de la  » conjoncture nationale et internationale « .

Elle n’est pas belle la vie aux pays des sportifs-kleenex ? Et, pendant ce temps-là, les Français se demandent pour qui voter à la prochaine élection présidentielle.

* Lire « Du bleu clair au bleu foncé…« : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/10/04/du-bleu-clair-au-bleu-fonce-la-palette-de-lequipe-de-france-de-football-senrichit/

 

Le 15 avril 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

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