BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (19 avril 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

19 Avr

I. Leur bombe artisanale leur a explosé à la figure

Ceux qui ont imaginé cet outils à tripatouiller la démocratie se mordent les doigts : les primaires sont, en réalité une invention diabolique, comme on pouvait s’en douter.

Au point que François Hollande, lui-même, a vendu la mèche par quelques mots incroyables passés quasiment inaperçus.

Dans un entretien au Point paru le 13  avril, il est revenu sur la primaire organisée en janvier par le Parti socialiste (PS).  » Je pensais qu’il n’y en aurait pas parce qu’elle n’avait pas lieu d’être « , a expliqué sans fard le président de la République, qui avait pourtant laissé entendre qu’il se prêterait bel et bien à l’exercice, avant sa renonciation historique du 1er  décembre  2016. En une phrase, le chef de l’Etat a donc avoué la manœuvre qui a été la sienne durant toute l’année dernière : faire croire qu’il était prêt à se plier à une primaire à l’intérieur de son camp, alors que, en réalité, il faisait tout, avec ses proches au sein du PS, pour empêcher sa tenue et se présenter à sa propre succession directement devant les Français.

 » La primaire est totalement antinomique de la fonction présidentielle. Il est impossible d’être président et en même temps candidat à une primaire, dans les formes que nous avons connues « , précise même François Hollande. Mais que ne l’a-t-il dit avec fermeté à l’époque ? Il ne faut pas s’étonner qu’il se soit retrouvé pris à son propre piège. Et d’une primaire taillée sur mesure pour lui, calendrier et organisation compris, le chef de l’Etat a saisi – mais trop tard – que ce vote était surtout un moyen pour les déçus de 2012 de le tailler, lui, en pièces.

Du coup, l’élection présidentielle est le théâtre d’une crise politique d’une ampleur sans précédent sous la Ve  République. Les deux partis qui en constituent les forces politiques principales – Les Républicains (LR) d’un côté, lointaine émanation du gaullisme, et le Parti socialiste de l’autre – sont attaqués dans leurs fondations même, avec le risque pour chacun de leurs candidats, François Fillon et Benoît Hamon, d’être éliminés dès le premier tour. Un scénario exceptionnel de mise à mort de la traditionnelle UMPS, alors que les institutions nées en  1958 ont été justement fabriquées pour ce système biparti.

Les scrutins ouverts, organisés en novembre  2016 par la droite et en janvier  2017 par la gauche, ont mis au jour une réalité politique qui a battu en brèche une double logique institutionnelle : celle qui veut qu’un président sortant soit automatiquement candidat à sa propre succession et que le chef du principal parti d’opposition s’impose comme son représentant naturel à la présidentielle. Or, ni François Hollande ni Nicolas Sarkozy n’ont reçu cette onction. Les deux finalistes de 2012 ont été, pour le premier, empêché, pour le second, battu, au sein de leurs propres camps. Du jamais vu.

En  2012, la primaire de la gauche avait été un succès, car elle était une primaire de conquête. L’ensemble des courants du PS avaient mis un mouchoir sur leurs divergences pour chasser Nicolas Sarkozy de l’Elysée et revenir au pouvoir. Cinq ans plus tard, la situation est inverse : la primaire a été validée alors que les socialistes sont aux responsabilités. Plus de conquête à l’horizon, mais au contraire des règlements de comptes entre  » camarades « .

La primaire est dès lors devenue l’épilogue logique d’un quinquennat marqué par l’affrontement entre un président de la République critiqué pour l’abandon d’une partie de ses promesses de candidat, un premier ministre – Manuel Valls – choisi à Matignon, alors que sa ligne était ultra-minoritaire dans son propre camp, et une fraction frondeuse des parlementaires et de l’appareil du PS. L’adversaire à combattre n’était plus à l’extérieur de la gauche, mais à l’intérieur. Plutôt que de permettre l’union, la primaire a donc pris acte du divorce entre socialistes. Au point de désigner le frondeur Benoît Hamon, qui s’est retrouvé lui-même frondé, aussitôt investi, par les défenseurs du quinquennat, qui ont refusé sa victoire…

A droite aussi, les critiques dominent sur le processus qui a conduit au sacre surprise de François Fillon. La tradition gaulliste, celle de  » la rencontre d’un homme avec un peuple « , qui suppose de s’émanciper des partis, ne pouvait qu’être mise à mal par une telle présélection.  » Il faut vraiment s’interroger sur la primaire car ce n’est pas dans notre logiciel « , estime avec le recul l’entourage de Nicolas Sarkozy. Brice Hortefeux, fidèle parmi les fidèles de l’ancien président de la République, juge que les primaires  » ne sont pas la panacée « . C’est le moins que l’on puisse dire.

Pour le député européen,  » sans doute faudra-t-il s’interroger sur un système qui aboutit à ce que les deux candidats issus de primaires soient aujourd’hui, dans les intentions de vote, éliminés du deuxième tour de la présidentielle et que les deux candidats qui arrivent aujourd’hui en tête – Marine Le Pen et Emmanuel Macron – se soient dispensés de toute primaire « . Le raisonnement vaut aussi pour Jean-Luc Mélenchon, qui finit la campagne sur un nuage, après avoir refusé de se prêter au jeu de la primaire.

La question est limpide : et si on laissait les Français désigner simplement leurs dirigeants politiques sans leur imposer des choix pré-établis ? Comme dans le bon vieux temps de la démocratie, quand en plus les sondages n’existaient pas.

Et si, même, on renonçait à élire le chef de l’Etat au suffrage universel en confiant le pays au Roi, réservant les élections aux parlementaires ?…

Cette crise politique hallucinante n’aurait-elle servi qu’à prendre conscience de ces évidences, qu’elle aurait été indispensable.

Chez les sarkozystes (qui comme d’habitude n’ont rien compris à la situation), cette élection avant l’élection est vue comme  » une machine à perdre « , ne permettant pas de faire émerger le candidat ayant le plus de chances de l’emporter à la présidentielle.  » Les primaires, il va falloir s’en passer. Cela élimine les talents et favorise toujours les plus mauvais « , tranche l’un d’eux, jugeant  » pas normal que Hamon et Fillon représentent leurs camps, quand on a Manuel Valls, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy sur le carreau « . Et c’est reparti pour l’UMPS…

Au-delà de l’efficacité électorale, un autre argument majeur est avancé par ses détracteurs : la primaire pousse le vainqueur à radicaliser ses positions pendant la campagne interne pour plaire à sa base électorale, ce qui le pénalise ensuite pour rassembler largement. Ainsi, Benoît Hamon a-t-il gagné pour avoir renoué avec l’héritage utopique et critique de la gauche socialiste. Et François Fillon a été choisi sur un programme très libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan sociétal, qui parle à la droite la plus traditionnelle. Une  » vraie  » gauche face à une  » vraie  » droite, en somme.

Alors, quel avenir pour les primaires ? A gauche, personne ne prend encore le risque de les condamner à terme. Mais les fractures sont si grandes entre gauches socialiste, écologiste, communiste, mélenchoniste, ou même en partie macroniste, qu’il est difficile d’imaginer dans le futur une grande primaire réunir autant de continents à la dérive. Les socialistes eux-mêmes se préparent à un éclatement après la présidentielle.  » Il n’y a plus de camaraderie entre nous depuis longtemps. On ne peut plus faire semblant, il va falloir solder les comptes « , explique un ministre. Selon le résultat de la présidentielle, beaucoup s’attendent à une recomposition à gauche, entre un pôle social-libéral autour d’Emmanuel Macron, un pôle radical mené par Jean-Luc Mélenchon, et un pôle socialiste qui tentera de rebâtir sur les ruines de Solférino.

A droite, rares sont ceux qui défendent la poursuite du processus. Thierry Solère, qui a organisé la sélection de l’automne, est bien seul quand il explique que la primaire est  » un bon outil, car il présente deux atouts majeurs : il permet de mobiliser un camp et de trancher les ambitions en faisant émerger un candidat unique « . Mais le député des Hauts-de-Seine concède  » un défaut principal : l’entrisme « , après avoir constaté que des électeurs du Front national ou de la gauche sont venus voter à la primaire de la droite, dans l’espoir de fausser le résultat. Ce phénomène des électeurs  » stratèges  » s’est vérifié aussi lors de la primaire de la gauche, avec des sympathisants écologistes et communistes qui se sont déplacés pour favoriser Benoît Hamon contre Manuel Valls.

L’avenir de la primaire à droite dépend largement du résultat de la présidentielle. Si François Fillon finit malgré tout par l’emporter, la primaire aura rempli sa mission.  » Elle nous aura permis d’avoir un parti rassemblé autour du vainqueur « , (même si ce rassemblement est bancal) remarque un proche de l’ancien premier ministre. En cas de défaite, la procédure sera en revanche mise au ban, et la droite confrontée à un risque d’éclatement réel.

 » On a organisé une primaire pour maintenir l’union de la droite et du centre, mais si Fillon perd, on va finir avec deux droites irréconciliables car une partie des élus et des électeurs risquent de se tourner vers Le Pen et une autre vers Macron, redoute un dirigeant de  LR.  La situation actuelle de la droite est beaucoup plus grave que lors de la division Chirac-Balladur en  1995 car, à l’époque, il n’y avait pas de vrai clivage idéologique. Aujourd’hui, le rapport au FN, à l’islam, à l’immigration ou les sujets de société, comme l’IVG, sont autant de sujets où il existe de vraies fractures au sein de la droite. « 

Au lieu de cacher la poussière sous le tapis mieux aurait valu se poser les bonnes questions et les prendre toutes à bras le corps au lieu de se laisser décérébrer par la gauche.

Droite et gauche traditionnelles sont donc aujourd’hui menacées d’implosion sous l’effet de leurs divisions internes, accentuées par les concurrences d’une droite radicale stimulée par la crise économique et démocratique, d’un macronisme transpartisan et  » attrape tout « et d’une gauche à l’ancienne portée par  » l’insoumis  » Mélenchon. Loin de les avoir apaisées, les primaires ont exacerbé ces tensions. Au point que François Hollande estime, dans Le Point, qu’ » il ne doit plus y avoir de primaires dans des partis de gouvernement, sinon il n’y aura bientôt plus de parti de gouvernement dans ce pays « . Parole de spécialiste.

Le Roi vous dis-je. Car tout le reste n’est que littérature et…magouille.

II.  » La peur va changer de camp « 

A déclaré Marine Le Pen lundi 17 avril au Zenith de Paris à propos des hordes migrantes qui se ruent à l’assaut de l’Europe en général mais de la France en particulier, prenant ainsi à contre-pied ses concurrents à la prochaine élection présidentielle. Au point que tous les commentateurs des médias officielles se sont offusqués que, à cinq jours du premier tour, elle propose un geste fort ne figurant pas dans son programme présidentiel ! Comme dans une cour d’école :  » C’est pas d’jeu. Elle avait pas prév’nu…« 

Marine Le Pen au Zénith le 17 avril

 » C’est un grand classique de revenir sur ses fondamentaux à la fin de la campagne. Tout le monde va le faire. Au premier tour, il faut rassembler son électorat « , estime Philippe Olivier, conseiller de la candidate.

Pour se faire entendre sur son sujet de prédilection, la présidente du FN s’est donné les moyens de ses ambitions. Devant plus de 5 000 personnes, la députée européenne a tout bonnement promis de mettre en place, au lendemain de son élection, un  » moratoire immédiat sur toute l’immigration légale pour arrêter ce délire, cette situation incontrôlée, qui nous entraîne vers le fond « . Une décision qui ne concernerait toutefois pas les étudiants étrangers, a-t-elle précisé.

Ce moratoire, a appuyé la candidate, doit permettre de  » faire le point de la situation, avant de mettre en place de nouvelles règles et une nouvelle régulation, beaucoup plus drastique, plus raisonnable, plus humaine, plus gérable « . De quoi rendre extatique la foule de ses supporteurs, qui a renoué avec les slogans de l’époque de Jean-Marie Le Pen en chantant en chœur :  » La France aux Français ! « 

Mais elle ne s’est pas arrêtée là dans sa charge anti-immigration.  » Moi présidente, le rétablissement des frontières sera mis en place dès le lendemain de ma prise de fonctions « , a-t-elle assuré, répétant même à deux reprises cette proposition. Dans son projet, la candidate promet d’arriver à un solde positif de 10 000 entrées légales par an, ce qui signifie que 200 000 personnes peuvent encore entrer sur le territoire – comme aujourd’hui – à condition que 190 000 autres prennent le chemin inverse. Car Marine Le Pen estime que,  » pour beaucoup de Français, l’immigration massive est une oppression « .

 » Elle n’est pas une chance pour la France, c’est un drame pour la France. Elle n’est une chance que pour mes concurrents, comme MM.  Mélenchon, Hamon ou Macron « , a-t-elle déclaré, sous-entendant à juste titre qu’une logique de vote communautaire profiterait aux représentants de la gauche. Plus tard dans son discours, la candidate du FN a carrément estimé que les  » Français d’origine étrangère «  sont considérés par certains candidats comme de la  » chair à voter « . Elle aurait pu ajouter que beaucoup des immigrés non naturalisés sont aussi les esclaves des négriers du secteur économique.

Cette offensive au clairon de Marine Le Pen vise à polariser le débat autour du thème de l’immigration lors de la dernière semaine de campagne. En  2015, un mois avant le premier tour des élections régionales, la présidente du FN avait réclamé l’expulsion des migrants qui déferlaient sur l’Europe par la route des Balkans à l’appel d’Angela Merkel. Et trois ans plus tôt, en  2012, elle avait déjà suscité un débat conflictuel sur l’abattage rituel, à quelques semaines du scrutin présidentiel. C’était de bonne guerre et Ô combien important.

Mais la candidate du Front national n’a pour le moment suscité que pas ou peu de réactions de la part de ses concurrents. Y compris lorsque son propos semblait à même d’éveiller des débats. Mais il est vrai que ces gens-là ne sont ni courageux ni téméraires !

 » Il y a une volonté de la part de nos adversaires de ne pas répondre, s’étonne Jérôme Rivière, membre du comité stratégique de campagne de Marine Le Pen. Marine a parlé de la France comme d’une université du djihadisme, et personne ne reprend, alors que c’est une position très forte.  » Idem lorsqu’elle a mis en cause  » 1 000 Roms « , lors d’un déplacement à Denain (Nord), en janvier, pour expliquer tout de go l’insécurité que subit la commune.

Pour être certaine de marquer les esprits, lundi, la présidente du FN a articulé son propos sur l’immigration avec un passage sur la sécurité et le terrorisme.  » Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, français grâce au droit du sol (…). Avec moi, il n’y aurait pas eu les terroristes migrants du Bataclan et du Stade de France, ils ne seraient pas rentrés dans notre pays « , a-t-elle affirmé. Et la candidate frontiste de s’alarmer de l’évidente  » porosité entre le terrorisme et la délinquance « .

C’est clair, Marine Le Pen lit assidument les articles du CER…

 

III. La panique les gagne

Alors que les dirigeants d’entreprise s’étaient peu exprimés au cours de la campagne, les voilà qui sortent du bois. Plus de 220 d’entre eux, dont beaucoup soutiennent Emmanuel Macron, ont signé une tribune publiée mardi 18  avril dans Le Monde, le Journal Officiel de la lutte finale. Tout en évitant d’appeler de façon explicite à voter pour le candidat d’En marche !, ils invitent à  » renverser la table « , sans céder aux extrêmes. Ben voyons…

Quant à Pierre Gattaz, le président du Medef, il a prévenu, lundi 17  avril, sur Lemonde.fr :  » Voter pour Mme  Le Pen ou M.  Mélenchon serait, selon moi, mettre en grand danger l’environnement de nos entreprises, des plus petites aux plus grandes.  » Comprenez que les actionnaires ont déjà le vertige (Lire « Un grand classique pré-électoral, l’effondrement de la Bourse » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/04/18/un-grand-classique-pre-electoral-leffondrement-de-la-bourse/).

Le 13  avril, déjà, afin d’éviter  » ce drame absolu «  d’un second tour opposant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, Thierry Breton, le PDG de l’entreprise de services numériques Atos, abandonnait en rase campagne François Fillon pour Emmanuel Macron !!! Ça ne s’invente pas.

A quelques jours du premier tour d’une élection présidentielle aux allures de pochette-surprise, ces mises en garde successives illustrent le malaise grandissant des milieux d’affaires.  » La grande majorité des candidats a un discours anti-européen, cela doit nous interpeller « , s’inquiète Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef chargé de l’économie.

 » Jusqu’à présent, j’avais senti beaucoup moins d’engagement qu’en  2012 « , constate un dirigeant qui avait soutenu François Hollande à l’époque. Pour lui,  » l’offre politique est beaucoup moins lisible, même si les patrons sont attirés par les deux candidats qui défendent l’entreprise, François Fillon et Emmanuel Macron « . Entre eux deux, leur cœur balance.  » Je rêve de Macron qui porterait le programme de Fillon « , avoue un indécis.  » Cette fois, ce qui les gêne pour s’engager, c’est l’absence de gagnant évident « , ironise un patron qui avait soutenu, en son temps, Nicolas Sarkozy.

Signe des temps, l’Association française des entreprises privées (AFEP), qui organisait à chaque campagne des échanges informels entre les principaux candidats et ses membres, s’en est abstenue pour ce scrutin. Un terrible aveu d’impuissance quand les lobbyistes traditionnels sont éclipsés par les réseaux sociaux, devenus les vrais (dé) faiseurs de roi.

Après avoir dévoilé une lettre écrite à ses 4 500 salariés dénonçant le programme de Marine Le Pen, le patron de l’entreprise de recyclage Paprec, Jean-Luc Petithuguenin, a reconnu depuis, sur Franceinfo, se faire  » insulter tous les jours sur les réseaux sociaux « .

Dans ce climat délétère, il faut donc une bonne dose de courage ou d’indépendance pour s’exposer à la vindicte populaire. Henri de Castries a attendu de quitter la présidence d’Axa pour s’afficher derrière François Fillon :  » Quand j’étais en activité, je m’étais fixé pour règle de ne pas intervenir publiquement au profit d’un seul candidat, car il y a une différence entre le patron salarié et le patron propriétaire : ce dernier est plus libre de s’engager. « 

Les actionnaires exigent des dirigeants qu’ils soient concentrés sur la performance de leur entreprise et l’augmentation de leurs dividendes.  » Mon candidat, c’est Total « , martèle d’ailleurs Patrick Pouyanné, le numéro un du groupe pétrolier français. Ce qui ne l’empêche pas d’alerter sur les conséquences de  » cette campagne d’autodestruction «  pour l’image de la France.

Cette obligation de réserve explique en partie la discrétion des patrons qui plébiscitent en privé le programme économique de François Fillon, mais condamnent les affaires. Seuls Stanislas de Bentzmann (Devoteam), Viviane Chaine-Ribeiro (Talentia Software) ou encore Alain Afflelou assument leur soutien. Les plus libres de s’engager, les entrepreneurs et autres start-upers, eux, rallient en masse Emmanuel Macron,  » l’un des rares hommes politiques à ne pas avoir vécu toute sa vie aux crochets de l’Etat « , selon l’un de ses sympathisants. Et, surtout, celui qui leur en a promis le plus…

D’où un profond renouvellement de génération avec l’apparition de nouvelles têtes d’affiche.  » Je suis frappé par la disparité des profils de patrons qui nous rejoignent « , relève Gaël Duval, membre du premier cercle de M.  Macron et créateur du site JeChange.fr. Et celui-ci d’évoquer, à côté des créateurs d’entreprise, des dirigeants de PME régionales, mais aussi des piliers de l’économie sociale, comme Catherine Barbaroux, ancienne présidente de l’ADIE, première association de microcrédit en France, et Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, numéro un de l’économie sociale et solidaire.

Pour M.  Borello, pas question d’imposer ses choix en interne –  » d’ailleurs un membre du directoire, Nicolas Hazard, fait partie de l’équipe de Benoît Hamon « , dit-il.  » J’ai pris des dispositions pour que les salariés puissent se présenter aux élections « , ajoute celui qui, se plaçant dans la perspective d’un second tour face à Marine Le Pen, prévient qu’il appellera  » à voter contre le Front national… même si c’est Mélenchon.  » C’est dire à quel point ils ont perdu la tête !

 » J’assume. J’ai donné 7 500  euros par an à En marche ! C’est mon choix personnel et je n’appelle pas mes salariés à le suivre « , embraye Jean-François Rial, le fondateur de Voyageurs du monde. En revanche, il a aussi alerté ses salariés sur les dangers d’une victoire de Marine Le Pen, qui entraînerait «  une baisse de 20  % du pouvoir d’achat des Français consacré aux voyages « . Un chiffre inventé de toutes pièces mais peu importe, « calomniez, calomniez…«   Ajoutant en prime :  » Et si des clients se sentent offusqués, je n’ai pas de problème à ce qu’ils nous quittent. Voter FN est incompatible avec les valeurs de respect, de diversité et d’ouverture vers les autres cultures que nous prônons.  » Faut-il rappeler à Jean-François Rial cet excellent aphorisme de Jean Mistler :  »

 » Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux. « 

 » Les rares patrons qui s’expriment sont peu représentatifs « , balaie Mikael Sala, président de Croissance bleu marine, rassemblant des économistes et des patrons proches du FN. Ce dirigeant de la société de conseil MS Phœnix préfère dénoncer la désindustrialisation ou les dégâts sur l’emploi et les entreprises provoqués par la directive européenne sur les travailleurs détachés.

 » L’écrasante majorité des artisans et dirigeants de PME partage nos idées « , assure-t-il. Leurs noms ?  » Ce sont des gens qui travaillent, aiment la France et défendent leur entreprise, mais ils ne veulent pas se mettre en avant « , précise Thibault de la Tocnaye, conseiller régional FN de la région PACA, dirigeant d’une société fabricant des lunettes 3D.

Mais, en privé, ces dernières semaines, certains dirigeants de grandes entreprises se disaient prêts à prendre position entre les deux tours, pour justement appeler à voter contre le FN. L’hypothèse d’un second tour Mélenchon-Le Pen a donc amené certains d’entre eux à anticiper. Et si ce scénario se matérialisait ?  » Les marchés parleront avant nous « , soupire un de ces timides.

LES MARCHÉS ! Toujours les marchés. Mais les gens, les femmes et les hommes du pays réel, qu’en font-ils ?

IV. Mais « La France ne peut pas mourir, car le Christ aime encore les Francs » (Henri, comte de Chambord)

Charles VII

Une vie, une politique

Voici que paraît une nouvelle biographie du roi victorieux, sous la plume de Philippe Contamine.

En voici le résumé : « Durant la majeure partie du XVe siècle, en Occident, les royaumes et les peuples, les princes et les aristocraties subirent de violentes turbulences. La France, en particulier, en fut à ce point de connaître un moment deux rois concurrents. Que Charles de Valois, devenu Charles VII, l’ait emporté pour finir n’était pas écrit d’avance. Il eut à répondre à au moins trois défis : se faire obéir, construire sa légitimité, l’emporter militairement.

Dieu, Jeanne d’Arc, le beau Dunois et Jacques Coeur contribuèrent sans doute à les relever. Mais Charles, l’un des premiers rois dont il est possible de connaître et d’apprécier la personnalité, n’était pas le prince falot parfois décrit et décrié, se laissant porter par le hasard et par son entourage. Taiseux, obstiné, passablement instruit, il sut mener la nef royale sur une mer démontée.

En près de quarante années de règne (1422-1461), il s’adapta aux circonstances, tira parti des conflits entre les princes, s’appuya sur ses « bonnes villes » et aussi sur la papauté, créa des institutions administratives et militaires efficaces. Innovation appelée à une longue postérité, l’apparition publique d’une favorite royale, sous les traits avenants d’Agnès Sorel. Avec Charles VII émerge aussi une forme de sentiment « national ». La biographie conçue par Philippe Contamine est résolument politique, au sens que revêt ce mot précisément à cette époque. Sont ici mis en lumière les pratiques du pouvoir, les mécanismes de son fonctionnement, sa conception et ses représentations. »

Armoiries de Charles VII

« Charles VII. Une vie, une politique », Philippe Contamine, Perrin, 2017, 560 p.

Le 19 avril 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

 
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