BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (24 avril 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

24 Avr

I. Encore un juge au Mur de la Honte

Le parcours judiciaire de Karim Cheurfi, le terroriste des Champs-Elysées, récidiviste ultraviolent, a en effet un goût amer.

Cette crapule meurtrière a commencé à être repéré pour radicalisation à partir de fin décembre 2016. A cette époque, il est signalé par une personne qui indique qu’il aurait la volonté de s’en prendre à des policiers, afin de venger les musulmans tués en Syrie.

Il est aussi dénoncé, à la même période, pour avoir tenté de se procurer des armes, et pour avoir voulu entrer en contact avec un individu qui serait un combattant de l’organisation Etat islamique (EI) dans la zone irako-syrienne.

En concertation « étroite » avec le parquet antiterroriste de Paris, selon le terme du procureur de Paris, François Molins, une enquête préliminaire est ouverte, le 13 janvier. Elle est confiée à la police judiciaire de Meaux (Seine-et-Marne).

Mais, « en l’absence d’éléments connus de radicalisation » préalables à ces signalements, selon le procureur, elle reste une enquête de droit commun pour « menace de crimes contre les personnes et association de malfaiteurs ».

Ces signalements et l’ouverture de l’enquête préliminaire entraînent toutefois l’inscription, courant janvier, de Karim Cheurfi au fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

Le FSPRT recense à la fois des individus considérés comme dangereux, dits dans le « haut du spectre », et d’autres, relevant de signaux plus faibles. Cheurfi est alors considéré comme faisant partie de cette seconde catégorie. Le FSPRT sert en principe aussi à désigner le service de police chargé du suivi de l’individu. Mais comme l’intéressé fait l’objet d’une enquête, il relève mécaniquement d’un suivi judiciaire. C’est donc l’institution judiciaire qui décide, et non un service de renseignement.

Dans le cadre de cette enquête préliminaire, le 23 février, Karim Cheurfi est interpellé. Mais sa garde à vue et la perquisition de son domicile ne donnent rien. L’interception de sa ligne téléphonique ainsi que l’exploitation de son matériel informatique restent vaines.

On découvre bien qu’il s’est fait livrer durant l’année écoulée, par l’intermédiaire d’achats sur Internet, des couteaux de chasse, des masques, des Serflex et une caméra GoPro. Mais aucune trace de documentation ou de consultation de sites « à caractère apologétique », selon M. Molins. Il est libéré.

C’est seulement le mois suivant que le basculement de Karim Cheurfi semble s’accélérer. Le 9 mars, l’enquête suivie par le parquet de Meaux bascule à la section antiterroriste du parquet de Paris. Une décision liée aux antécédents judiciaires de Karim Cheurfi et à sa volonté réitérée d’entrer en contact avec un combattant dans la zone irako-syrienne. Une enquête est ouverte pour « entreprise individuelle terroriste », chef d’accusation peu courant. La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est saisie.

La dangerosité de Karim Cheurfi n’est toutefois pas jugée prioritaire. Il n’est pas en contact avec la mouvance islamiste « radicale ». Les profils comme le sien sont désormais nombreux et les investigations menées ne permettent par ailleurs pas d’établir de lien formel avec un projet terroriste.

D’autant que Karim Cheurfi était sorti de prison le 14 octobre 2015 après quelque quatorze années passées derrière les barreaux, où il ne s’était jamais fait remarquer pour radicalisation. A ce moment-là, il venait de purger une dernière peine de deux ans de prison pour un vol avec effraction commis en octobre 2013 lors d’une brève période de liberté.

Il ne lui restait plus que deux ans avec sursis et mise à l’épreuve. Une condamnation faisant toutefois suite à trois autres : deux pour des violences en détention et surtout quinze ans de réclusion pour tentative de meurtre et d’assassinat sur des personnes dépositaires de l’autorité publique en avril 2001. Une haine antipolice déjà très caractérisée.

Lors de son passage à l’acte, Karim Cheurfi était toujours en sursis avec mise à l’épreuve. Cette mesure de probation incluait notamment une obligation de soin et elle devait prendre fin à l’automne. Il ne la respectait pas, sans qu’aucune mesure ne soit prise à son encontre.

A la suite de sa garde à vue du 23 février, le parquet de Meaux avait d’ailleurs saisi le juge d’application des peines après qu’a été signalé son séjour en Algérie durant un mois (du 15 janvier au 14 février) – « pour se marier », avait-il dit.

La convocation par le juge a lieu le 7 avril, soit à peine deux semaines avant la tuerie. Et lors de cet entretien, Karim Cheurfi va bénéficier d’une réelle clémence. Le juge d’application des peines décide de ne pas révoquer son sursis avec mise à l’épreuve, et préfère lui rappeler ses obligations.

Xavier Jugelé, le policier qui se trouvait au mauvais moment, au mauvais endroit, l’a payé de sa vie. Bravo M. le juge !

 

II. Sera-ce suffisant ?

Face au sentiment d’impuissance que génère la menace terroriste associée au laxisme de l’Etat (voir ci-dessus), de plus en plus de civils sont conquis par l’esprit paramilitaire. Cross-fit, close-combat et stages d’entraînement connaissent un succès grandissant.

Ainsi, eut lieu le mois dernier en Normandie une  » D-Day Race « , course à obstacles organisée en partenariat avec l’armée.

Embarqués dans des Zodiac, les participants furent conduits au large pour ensuite se jeter dans l’eau froide et partir à l’assaut de Juno Beach, une plage mythique où 359 soldats canadiens sont tombés, le 6 juin 1944. Mixant course à pied et parcours commando, la D-Day Race réunit quelque 4 000 néoguerriers survoltés et s’inscrit dans un climat de remilitarisation, où l’esprit de corps, les plongeons dans la boue et l’imprimé camouflage (décoré de la célèbre maxime de Winston Churchill : « We shall never surrender » – « nous ne nous rendrons jamais »- ) font leur grand retour. « Engagez-vous », était-il écrit sur le site Internet de l’événement.

Dans un monde où plus aucune aventure ne semble possible alors que les dangers venus d’ailleurs s’imposent chaque jour davantage, la guerre figure désormais ce rituel ordalique où l’instant présent pourrait être rendu à son intensité par la possibilité immédiate de perdre la vie. De la guerre sans guerre, un peu comme le café sans caféine. « On vient là pour voir ce qu’ont vécu ceux qui ont débarqué ici. C’est une façon de leur rendre hommage et aussi de s’évader », explique Lucas Hottin, un cariste de 25 ans qui arbore un pantalon de combat.

Les épreuves s’enchaînent alors, faisant vite apparaître l’esprit de corps. Après s’être donné la main pour traverser un tunnel enfumé, avoir tiré en binôme des sacs de sable, sauté du haut d’un bunker, escaladé des murs de béton, les apprentis-guerriers sont invités par deux soldats à faire cinq « burpees » (pompes + sauts).

Comme la D-Day Race, les courses au succès mondialisé de type Spartan Race (créée par des marines américains) ou The Mud Day instillent dans le corps social cet esprit commando, sorte de nouvelle communion entre l’armée et la nation sur fond de dépassement de soi. Sur la ligne d’arrivée, l’animateur invite d’ailleurs les participants à aller faire un tour au stand de la marine nationale, signe de la porosité croissante entre les univers civil et militaire.

« Ce qui attire les jeunes aujourd’hui, ce sont surtout les forces spéciales. Comme il y a de plus en plus de reportages là-dessus à la télé, les gens sont influencés par ce qu’ils voient », explique le conseiller en recrutement de la Marine nationale. Ce n’est donc pas un hasard si la réintroduction du service militaire s’est retrouvée dans le programme de campagne de plusieurs candidats. « On est une génération qui n’a pas connu la vie de chambrée, du coup ça crée une envie, ajoute Jean-Charles Pagnoud, 35 ans, fondateur de la D-Day Race. Mais il n’y a pas que ça : on a tous été percutés par le terrorisme. Les ­attentats nous ont soudain rendus vulnérables, “murderable”, pour reprendre l’expression d’un journaliste anglo-saxon. »

Selon une étude de l’institut britannique Demos datant de 2016, plus de 80 % des Français pensaient qu’un nouvel attentat était probable dans les six prochains mois. L’attaque du 20 avril sur les Champs-Elysées leur aura donné raison. Pas vraiment en guerre, mais pas vraiment en paix non plus, le corps social réagit à sa manière à cet état d’urgence par une forme de mobilisation accrue de ses capacités opérationnelles. Le film Les Combattants, de Thomas Cailley (2014), restitue parfaitement ce climat où domine l’idée que, face à une menace diffuse (crise environnementale, effondrement du système financier, attaque kamikaze), il convient désormais d’être prêt.

Depuis l’attaque du Bataclan, le 13 novembre 2015, les demandes de formation aux premiers secours ont ainsi augmenté de 40 % en Ile-de-France. La Croix-Rouge a décidé de réintroduire la technique du garrot, absente de ses enseignements depuis plus de dix ans. Même s’il était déjà en progression auparavant, le nombre de licenciés en krav-maga, ­méthode d’autodéfense de l’armée israélienne, a fait un bond spectaculaire, passant de plus de 12 000 licenciés en 2013 à environ 17 000 en 2017.

« La sueur épargne le sang », peut-on lire sur le site de la Fédération nationale de close-combat, qui met en avant, dans son argumentaire, l’attaque dans le Thalys en août 2015 pour justifier l’apprentissage du corps-à-corps. Le succès du « cross fit » (une gymnastique spartiate) et plus marginalement du « tac fit » (un entraînement à base de mouvements fonctionnels pour le champ de bataille) participent également de cet esprit général d’aguerrissement. « Les gens ont compris qu’ils devaient être capables de sortir de la sidération. Le monde évolue, il faut évoluer avec lui », résume Marius, un ancien instructeur des commandos marine.

Alors que les clubs de tir font le plein, les « boot camps » sont devenus le nouvel outil à la mode pour consolider l’esprit d’entreprise. Très en vogue dans les écoles de commerce, ces stages de renforcement inspirés de l’armée américaine ont même fait l’objet d’un récent partenariat entre le Medef et le ministère de la défense. En ­tenue de combat, de grands patrons ont été conviés à suivre un authentique stage commando pour parfaire leur « gestion du stress », leur « résilience face à l’épreuve », leur « esprit d’équipe » et leur « capacité à exprimer leur leadership dans un univers méconnu ».

Dans un contexte économique et social chaotique, l’armée figure désormais cette structure où l’on apprend à conserver ses capacités d’action intactes malgré le stress. C’est à ce savoir-faire que Fabien Gardanne, PDG de la société de traitement du bois ACEH, a voulu faire ­appel pour motiver ses commerciaux : « Dans le travail, on finit souvent par s’installer dans un confort dont on a du mal à sortir. Pour pousser mes gars à se dépasser, je les ai inscrits à un stage organisé par des anciens des forces spéciales. On a toujours l’image du militaire bourrin, or ils savent très précisément activer les ressorts qu’il faut pour amener les gens à trouver de nouvelles ressources. Pendant trois jours, on a couru, rampé, fait des pompes, on s’est battus à mains nues… A la fin du stage, quand ils ont reçu leurs médailles, beaucoup avaient les larmes aux yeux. Le mois qui a suivi, le chiffre d’affaires a ­augmenté de 20 %, et le soufflé n’est toujours pas retombé. »

L’armée a même fini par représenter le sanctuaire de valeurs humaines bafouées. Dans un monde structurellement individualiste, le commando serait ce groupe humain forgé dans les épreuves où la solidarité ne se dément jamais. Fondateur de Boot Camp Girls, un club de « cross training » parisien où les filles s’endurcissent et ­apprennent à se défendre, Matthieu Noudelberg voit dans ces valeurs militaires une réponse aux excès égotistes des individus : « Chez nous, les filles portent toutes la même chasuble noire. Du coup, elles ne se regardent pas, ne se comparent pas. On travaille en binôme, avec un esprit d’entraide. Si l’une manque de souffle, l’autre essaiera de l’épauler. C’est comme à l’armée. Si ton binôme se prend une balle, tu ne vas pas le laisser mourir sur le champ de bataille. » Quant au bivouac, il matérialise désormais un idéal d’existence frugale, ascétique, presque un repos de l’esprit en ces temps d’hyperchoix. « Vos repas sont même servis sous forme de rations ! », peut-on lire sur le site qui fait la promotion d’un week-end boot camp.

Intéressant changement de paradigme, non ? Mais sera-t-il suffisant face à ce qui nous attend avec Macron ?

 

III. Ils sont venus, ils sont (presque) tous là…

Ou l’entre-soi de l’oligarchie

Du Fouquet’s à La Rotonde il n’y a qu’un pas ! Hier dimanche 23 avril, tard dans la soirée, le candidat d’En marche ! a tenu à célébrer sa qualification avec ses amis et ses proches dans cet établissement historique du 6e arrondissement de Paris.

Autour du champagne, de nombreuses personnalités avaient rejoint l’ancien ministre de l’Economie, tels Jacques Attali, François Berléand, Stéphane Bern, Daniel Cohn-Bendit, l’écrivain Erik Orsenna ou encore l’actrice Line Renaud, etc. Manquaient ceux qui étaient absents de Paris mais qui seront bientôt auprès de lui pour les conseils en tout genre et surtout pour recueillir quelques retours sur investissement ou autres prébendes !

Plusieurs observateurs ont comparé cette soirée avec celle de Nicolas Sarkozy au Fouquet’s, le 6 mai 2007, au soir de sa victoire à l’élection présidentielle. A l’époque, le choix de l’établissement par l’ancien chef d’Etat avait créé une vive polémique, certains dénonçant déjà à l’époque les prémices d’un quinquennat « bling-bling« .

 » Cette fête à la rotonde est assez indigne dans une situation politique où l’extrême droite est qualifiée pour le second tour « , a twitté David Cormand, secrétaire national d’EELV. Ça commence mal…

« Quand Marine Le Pen est à Hénin-Beaumont, Emmanuel Macron est à La Rotonde, brasserie des élites parisiennes, quel contraste », a complété François Meunier, président du groupe FN à Antony (Hauts-de-Seine).

« J’ai vu une espèce de Fouquet’s de substitution hier, l’original était sans doute fermé », a déclaré quant à lui avec humour Florian Phillipot, vice-président du FN, sur France 2, lundi matin.

D’ailleurs, dès lundi matin, les démonstrations d’allégeance au chouchou des médias et de la finance internationale se sont multipliées. De Nathalie Kosciusko-Morizet à…François Fillon en passant par Christian Estrosi et Xavier Bertrand . Mais aussi de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne à Martin Schulz, ancien président du Parlement européen et candidat à la chancellerie allemande, en passant par Pierre Moscovici et Michel Barnier sans oublier…le recteur de la Grande mosquée de Paris !

Si, avec cela et si c’était nécessaire, les Français ne comprennent pas où vont les mener Emmanuel Macron et ses amis, c’est à désespérer de l’avenir de notre pays.

 

Le 24 avril 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

 

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