BULLETIN CLIMATIQUE QUOTIDIEN (4 mai 2017)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

4 Mai

I. Ils le disent :  » C’est le moins pire ! « 

On nous affirme que l’ampleur du groupe d’électeurs interrogés par Ipsos Sopra-Steria depuis novembre  2015 confère une grande fiabilité à ce nouveau sondage. Cette nouvelle vague, réalisée par Internet les 30 avril et 1er mai, porte sur un échantillon national représentatif de 13 742 personnes inscrites sur les listes électorales, dont 8 936 certaines d’aller voter le 7  mai et exprimant une intention de vote.

Et voici les résultats…

D’abord l’indice de participation au scrutin du 7 mai est de 76 %, en progression de 4  points par rapport à l’enquête des 16 et 17  avril. Ce sont les électeurs du premier tour de Mme Le Pen (87  %) et de M. Macron (88  %) qui sont les plus déterminés à aller voter, contre 76  % des électeurs de François Fillon (Les Républicains), 73 % de ceux de Benoît Hamon (Parti socialiste) et seulement 66 % de ceux de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise).

Les intentions de vote pour le 7  mai n’ont pas fondamentalement changé depuis que les résultats du premier tour sont connus. Lors de la précédente enquête du Cevipof, réalisée mi-avril, Emmanuel Macron, le candidat d’En marche !, était crédité de 61  % des intentions de vote dans l’hypothèse d’un duel avec la candidate du FN. A moins d’une semaine du second tour, il reste crédité de 59  % contre 41  % à Marine Le Pen. La solidité de ces choix est très forte : 91  % des électeurs qui ont l’intention de voter Macron assurent que leur choix est définitif, et 88  % des électeurs de Mme Le Pen. Mais, en vérité, les jeux ne sont pas faits.

En revanche, les profils des électorats restent très nettement différenciés (et par là même intéressants). Ainsi, celui de M. Macron est plus féminin (62  % des électrices ont l’intention de voter pour lui, contre 38  % pour Mme  Le  Pen), plus âgé (65  % des plus de 65 ans, contre 35  % à Mme Le Pen), écrasant chez les cadres supérieurs (74  % pour M. Macron) et fort dans les professions intermédiaires (67  %), ainsi que chez les électeurs les plus aisés (68 % pour les revenus mensuels net du foyer entre 3 500 et 6 000  euros, 70  % chez les plus de 6 000  euros). Il est également très dominant chez les étudiants (70  %) et fait la différence chez les moins de 35 ans (60  % contre 40  % à Mme  Le  Pen). Enfin, comme on l’a observé au premier tour, le candidat d’En marche ! s’impose dans les villes de plus de 200 000 habitants (64  % des intentions de vote en sa faveur). Emmanuel Macron est donc bien le candidat des minettes, du fric, des vieux à l’abris du besoin mais aussi des jeunes nés avec une cuillère d’argent dans la bouche mais sans racine et des villes dans lesquelles règnent les bobos ! Les sondeurs ont pourtant oublié les cosmopolites, les invertis, les médias officiels, les artistes  » comptant pour rien  » comme les « Chances pour la France « …

A l’inverse, la candidate du FN réalise des scores supérieurs à sa moyenne nationale chez les hommes (44  %) et chez les gros bataillons des actifs de 35 à 64 ans (44  %). C’est également le cas chez les agriculteurs (48  %), les professions indépendantes (45  %), les employés (46 %) et surtout les  » sans dent  » (58  %), catégories où elle devance M.  Macron. Logiquement, les intentions de vote en sa faveur sont plus fortes que la moyenne dans les tranches de revenus inférieurs à 3 500  euros (entre 43 % et 46 %). Par ailleurs, elle recueille 46  % des intentions de vote des catholiques, sans différences sensibles entre pratiquants et non-pratiquants (Lire « Mauvaise Foi » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/04/mauvaise-foi/). Enfin, comme un miroir inversé de la géographie du vote Macron, Mme Le Pen est très présente dans le monde rural (45  %) et les villes de moins de 10 000 habitants.

Et là commencent les doutes. Si, à moins d’une semaine du second tour, M.  Macron bénéficie d’une avance sans précédent sur son adversaire (exception faite de 1969 et 2002), il est loin de susciter un véritable engouement. Ainsi, une nette majorité (60  %) des électeurs qui ont l’intention de voter pour lui déclarent le faire par défaut. La proportion est pratiquement inverse pour Mme Le Pen (59  % de vote d’adhésion).

De même, la frustration de bon nombre de Français devant ce duel de second tour est manifeste. 43  % d’entre eux souhaitent la victoire de M. Macron, 28  % celle de Mme Le Pen, mais 29  % ne souhaitent la victoire d’aucun des deux. Et, parmi ceux-ci, 32  % des électeurs de M. Hamon, 40  % de ceux de M. Fillon, 45  % de ceux de Nicolas Dupont-Aignan (Debout La France) et jusqu’à 53  % de ceux de M. Mélenchon, dont l’attitude plus que réticente à l’égard du candidat d’En marche ! pèse manifestement très lourd. Nous verrons bien dimanche 7 mai…

L’image de M. Macron s’est également dégradée au fil de la campagne. Près de la moitié (47 %) des électeurs déclarent, en effet, qu’ils n’aiment pas cette personnalité, en hausse de 6 points depuis janvier, contre 29  % qui l’aiment moyennement et un quart seulement (24 %) qui l’apprécient. Hormis ceux de Mme Le Pen, les électeurs de La France insoumise sont ceux qui aiment le moins M. Macron (60  %). Pour sa part, il est vrai, l’image de Mme Le Pen est invariablement négative : 59  % ne l’aiment pas, contre 60  % en janvier. En outre, la qualification du candidat d’En marche ! n’a pas renforcé sa stature présidentielle : 24  % des Français jugent qu’il a l’étoffe d’un président, tout juste un point de plus qu’avant le premier tour, tandis que 25  % accordent cette qualité à la candidate du FN.

Enfin, interrogé sur l’enjeu du protectionnisme, thème cher à Marine Le Pen, les Français bottent en touche et se partagent en trois catégories : 33  % jugent que la France doit s’ouvrir davantage au monde d’aujourd’hui, 35 % qu’elle doit s’en protéger davantage et 32  % ni l’un ni l’autre. La moitié d’entre eux estiment que pour favoriser l’activité des entreprises, il faut les protéger de la concurrence des pays étrangers et 43  % pensent que plus de protectionnisme contribuerait à réduire le chômage en France, contre 26 % seulement que cela l’augmenterait (et 31  % ni l’un ni l’autre).

En termes d’adhésion, d’image et de projet, Emmanuel Macron, candidat de l’oligarchie, de la finance et des médias, se prépare donc à entrer à l’Elysée sur des bases peu triomphantes et même, disons-le, extrêmement fragiles.

Réduisons drastiquement sa victoire électorale et, plus encore, son capital législatif en juin prochain et ce château de cartes s’effondrera rapidement.

 Peut-on imaginer choisir l’avenir de la France  » par défaut  » ?

II. Quelques intellectuels commencent d’ailleurs à s’inquiéter

Depuis le 23 avril, on peut constater que la qualification de Marine Le Pen, candidate du FN, au second tour de l’élection présidentielle, n’a pas suscité l’élan d’indignation ni la condamnation tant réclamés par le système, comme ce fut le cas pour son père, Jean-Marie Le Pen, après le 21 avril 2002.

Les divisions apparaissent même au grand jour, parmi les intellectuels français, certains n’hésitant pas à manifester ouvertement leur dégoût, face au choix qui leur est désormais proposé dimanche. Ainsi, dans un court texte, accessible sur Internet depuis le 26 avril, le philosophe et essayiste Michel Onfray dit, avec les mots qui lui sont chers, tout le mal que lui inspire le résultat du premier tour de la présidentielle.

 » Le belliciste BHL – Bernard-Henri Lévy – a donc gagné, et avec lui Pierre Bergé – un des actionnaires majoritaires du Monde – , locataire d’utérus d’autrui, Jacques Attali, plagiaire notoire et condamné comme tel par la justice, Alain Minc, plagiaire du précédent, Manuel Valls, traître en chef, – Bernard – Kouchner, sac de riz chez les médecins et médecin chez les sacs de riz, – Daniel – Cohn-Bendit, pédophile au siècle dernier, autrement dit tous les promoteurs forcenés d’une politique libérale qui a permis à Marine Le Pen de faire son plus gros score et d’être présente au second tour de cette élection qui n’en aura qu’un et à la famille Le Pen de passer de moins de 1 % en 1981 à près de 22 % en 2017, cherchez l’erreur ! « , déclare le fondateur de l’université populaire de Caen.

Et ce n’est pas fini. Invité le 28 avril du site de Daniel Schneidermann Arrêt sur images, l’historien Emmanuel Todd a expliqué que, pour lui,  » voter Front national, c’est voter xénophobe. Mais, pour moi, voter Macron, c’est l’acceptation de la servitude « . Dans ces conditions, le démographe, connu pour ses prises de position à rebrousse-poil, dit  » prendre le risque : je vais m’abstenir. Dans la joie « . Ce qui compte à ses yeux, c’est de préserver  » une autre France définie par le taux d’abstention « , qui serait en train d’émerger. Ou les bienfaits de la République et du suffrage universel réunis !

Débattant comme tous les dimanches, à l’antenne de RCJ, dans le cadre de l’émission  » L’Esprit d’escalier « , avec la journaliste Elisabeth Lévy, le philosophe Alain Finkielkraut a certes indiqué, le 30 avril, qu’il voterait pour Emmanuel Macron au second tour, car  » l’élection de Marine Le Pen mettrait la France à feu et à sang  » (Il oublie hélas qu’il n’y a plus d’autre solution et que le prix à payer sera encore plus lourd plus tard). Mais il a ajouté :  » Je ne voterai pas Macron de gaieté de cœur, car je ne vois rien de désirable dans la société liquide dont il est le champion.  » L’académicien a surtout tenu à souligner que, dans la période actuelle, «  on a plus à craindre de la fanatisation de la bien-pensance que de la résurgence du fascisme « .

De la même manière, Jean d’Ormesson, dans une tribune publiée, vendredi 28 avril, par Le Figaro, écrit qu’il ira voter pour Emmanuel Macron.  » Le 7 mai, nous ne nous abstiendrons pas, nous voterons avec résolution pour vous « , explique-t-il en faisant, lui aussi, du chef de file de En Marche, un terrifiant candidat PAR DEFAUT. D’autant que, pour justifier son refus du FN, l’académicien met en avant  » son programme économique et social, modèle de démagogie  » et  » son rejet de l’Europe et de l’euro  » (prouvant ainsi qu’il n’a pas tout compris à la nocivité de l’Union européenne). Dans son opinion, il n’y a en revanche pas de critique sur les valeurs morales promues par le FN.

Dans ce concert, les dernières voix qui s’élèvent pour dire qu’elles iront voter contre Marine Le Pen, pour défendre les valeurs de la République, se résument, à peu de chose près, aux Grands Prêtres du cosmopolitisme et du métissage ethno-culturel,  Raphaël Glucksmann et Edwy Plenel !

 » Contre Le Pen, nous voterons Macron le 7 mai. Ce ne sera pas pour approuver son programme mais pour défendre la démocratie comme espace de libre contestation, y compris face aux politiques du candidat d’En marche ! Tandis qu’avec l’extrême droite identitaire et autoritaire la remise en cause de ce droit fondamental est assurée « , rappelle ainsi mi-figue mi-raisin le directeur et fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, dans un éditorial, publié, lundi 1er mai, sur son site.

Rappelez-vous ce que nous ne cessons de répéter :  » Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas « .

III. Quant à  » la droite la plus bête du monde « …

Elle avance comme un canard sans tête ! A grand renfort de communiqués et d’interviews, tout le monde donne son avis sur le second tour de l’élection présidentielle, qui opposera dimanche 7 mai le chef de file d’En marche !, Emmanuel Macron, à la candidate du Front national (FN), Marine Le Pen.

Sans concertation ni coordination. Au milieu de ce maelström, deux grands blocs semblent s’éloigner inexorablement au sein du parti Les Républicains (LR). Et c’est tant mieux. D’un côté, les  » modérés  » qui font de la défaite de la candidate d’extrême droite une priorité. De l’autre, les  » durs  » qui n’hésitent pas à critiquer l’ancien ministre de l’économie en se projetant à juste titre vers les élections législatives.

Comme le symbole d’une digue en train de lâcher, le ralliement du président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, à Marine Le Pen a donné le signal.

 » Soi-disant gaulliste mais en réalité pétainiste, Dupont-Aignan doit être battu aux législatives et dans sa commune. Vrai collabo « , a écrit sur Twitter, avec arrogance, Dominique Bussereau, président du conseil départemental de Charente-Maritime. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a défini M. Dupont-Aignan, héritier revendiqué du gaullisme malgré son départ de l’UMP en 2007, comme une  » imposture « . La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a évoqué son  » honneur perdu « . Fermez le ban !

Retiré sur son Aventin, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a donné le ton à cette droite prétendument modérée dans un billet de blog écrit au vitriol contre  » la trahison de Dupont-Aignan, l’attitude ambiguë de Mélenchon, l’effondrement du PS, les finasseries de certains de mes propres “amis” politiques « . Dans ce texte où il se pose en défenseur de l’Union européenne, l’ancien premier ministre  » appelle solennellement à résister à la tentation de tout casser, de renverser la table  » en votant pour M. Macron afin d’écarter la victoire de Mme Le Pen qui serait, selon lui,  » un séisme géopolitique, un désastre économique, (…) une défaite morale « . Ni plus ni moins. Mais, si Alain Juppé avait la moindre crédibilité…ça se saurait.

L’urgence absolue pour cette partie de la droite est donc de faire campagne contre le FN. Dimanche, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Christian Estrosi, et la députée de l’Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet ont lancé un site Internet, Riposte républicaine (sic). En recyclant un travail déjà engagé pendant la campagne de François Fillon – dont le candidat de la droite s’était peu servi –, ils décryptent le programme du FN. Dans une première note, ils listent les conséquences du projet économique de Mme Le Pen, notamment sur le pouvoir d’achat des ménages.

De l’autre côté de la fausse droite, les héritiers revendiqués du sarkozysme enjambent le second tour de cette élection présidentielle. Déjà concentrés sur les législatives, ils ne font pas du tout campagne en faveur d’un front républicain. Au contraire.

Figure de proue de cette droite dure, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, continue à assumer l’idée d’un vote blanc ou d’une abstention. Comme si une courte victoire de M. Macron l’arrangeait. Un président affaibli laisserait à la droite l’espoir d’imposer une cohabitation.  » Je refuse que la seule réponse de ma famille politique soit de se rassembler derrière Macron. (…) Je ne participerai pas à une coalition autour de Macron, car nous ne partageons pas les mêmes convictions « , a déclaré M. Wauquiez à Valeurs actuelles, dimanche 30 avril. Même s’il a indiqué, le soir du premier tour, qu’il voterait  » à titre personnel  » en faveur de M. Macron (comprenne qui pourra), le maire de Troyes, François Baroin, partage la même stratégie.

L’échéance est donc bien le temps des prochaines élections législatives. Si la fausse droite n’arrive pas à remporter une majorité de sièges, le groupe LR à l’Assemblée sera probablement coupé en deux entre ceux prêts à voter des textes d’un éventuel gouvernement de coalition et ceux qui seront dans une opposition systématique.

Ces derniers ne tarderont pas à faire comme Nicolas Dupont-Aignan !

 

Le 4 mai 2017.

Jean-Yves Pons, CJA.

 

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