Pas facile d’être enseignant de droite dans ce beau pays de France, prétendument si tolérant.

8 Mai

Ou les confidences de Sophie. Elle enseigne dans  » Un bon collège  » public de l’académie de Créteil. Très à gauche mais pas la pire.

Si elle confiait à ses collègues qu’elle vote Marine Le Pen, plus grand monde ne lui adresserait la parole en salle des profs et elle en veut pour preuve la réaction indignée qu’ont eue certains lorsqu’un numéro de Valeurs actuelles y traînait !  » Le vote FN se démocratise mais, dans certains milieux, ça ne passe toujours pas « , constate la jeune certifiée d’histoire-géographie. Elle a 29  ans, la silhouette gracile, la voix douce, les yeux discrètement maquillés. Et des idées bien arrêtées. Elle fait partie du  » socle électoral du Front national « . Celui où l’on s’engage par conviction et non pas  » pour faire barrage « . Et Sophie sait qu’ «  On ne meurt pas pour une opinion, on peut mourir pour une conviction « *.

En  2007, Sophie donnait son premier bulletin à Ségolène Royal. Son cheminement s’est fait, ces cinq dernières années, en même temps qu’elle commençait à enseigner.  » Les dysfonctionnements du système scolaire, comme ceux de la société, m’ont frappée « , raconte-t-elle. Ses élèves, assure-t-elle,  » ne savent plus écrire, confondent pays et continents, ont perdu le respect « .

Sa  » conversion «  est aussi le fruit de discussions en famille et de lectures conseillées par son père. Il est prof lui aussi, sa mère infirmière, son frère psychologue. Tous fonctionnaires. Tous votant Marine Le Pen. Alors ça l’agace quand des amis lui rétorquent que  » les gens cultivés ne devraient pas voter FN « . C’est d’ailleurs ce que se sont plus à souligner les médias et leurs compères des instituts de sondage au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République…

Récemment, à un dîner, elle a osé faire part de ses idées. C’était à propos des musulmans, dont elle estime  » le modèle de société incompatible avec notre civilisation « . La réaction fut vive, le malaise aussi.  » La discussion n’est pas possible, déplore Elisabeth. On est tout de suite taxé d’intolérance et de racisme.  » Voire même de nazisme.

Ce qu’elle pense, elle le garde donc pour sa famille et son compagnon. Et pour les réunions du collectif Racine, auquel elle a adhéré il y a un an. Destiné à implanter le FN dans le milieu enseignant – qui lui a toujours été hostile – et à l’origine du programme éducatif de Marine Le Pen, ce collectif d’enseignants proche du FN revendique un millier d’adhérents.

Un chiffre modeste, à l’échelle de 850 000 enseignants en France. Selon Luc Rouban, chercheur au Cevipof, le centre de recherches de Sciences Po, le FN reste minoritaire chez les enseignants, mais les intentions de vote progressent régulièrement et… » ça leur donne les boules « , comme disent leurs élèves.. «  Au second tour, ils sont plus de 16  % à déclarer vouloir voter FN « , détaille-t-il.

Pour Sophie, ces réunions sont  » une bulle d’air « . Elle peut,  » sans peur d’être jugée « , échanger avec des profs qui partagent la même vision de l’école. Une école qui  » reviendrait aux fondamentaux  » après  » des décennies de réformes destructrices  » : priorité au lire-écrire-compter et au français en primaire, retour à une transmission verticale, à l’autorité, au mérite, instauration de l’uniforme… Une école qui mettrait fin au collège unique,  » qui sous couvert d’égalité nivelle par le bas « , pense Elisabeth.

Si elle pouvait réécrire les programmes, elle donnerait  » moins de place aux langues, plus au français « . Et  » bien plus à l’histoire de France, plutôt qu’à d’autres civilisations, comme l’islam et la Chine des Han « . Elle montre le manuel de 5e :  » Voyez, on a quatre chapitres sur neuf qui ne portent pas sur la France !  » En 3e, elle passerait  » moins de temps sur la construction européenne « . Et ne voit  » pas d’intérêt à consacrer un chapitre à l’histoire des femmes « . Ça l’ennuie aussi que, selon elle, ses élèves  » en sachent plus sur l’islam que sur le christianisme « . Lorsque, après les attentats, l’un d’eux a pris la parole pour dire  » que l’islam est une religion de paix « , elle a répondu  » que ça dépendait des sourates du Coran qu’on choisissait « .

Si elle se dit prête à conserver l’instruction civique, elle supprimerait l’enseignement moral, une matière qui prouve selon elle «  que les programmes sont une manière de faire de la propagande « . Elle montre un chapitre intitulé  » Avoir une identité « . Il s’appuie sur l’exemple du chanteur anglo-libanais Mika et évoque ses origines, son homosexualité…  » Quel beau modèle, n’est-ce pas ?, s’exclame-t-elle, ironique. Je suis là pour former de futurs citoyens français. Là on prend un personnage qui a une double nationalité, donc pas d’identité nationale, et qui revendique des pratiques sexuelles qu’il n’a même pas choisies. C’est volontairement orienté vers le multiculturalisme, la soi-disant tolérance à outrance. « 

Au soir du premier tour, elle n’a pas eu le temps de se réjouir du score historique de Marine Le Pen. Car celui qui lui fait face incarne, pour elle,  » le pire des scénarios « . Elle avait raison…

Pauvre Sophie, elle a bien des malheurs !

* Régis Debray, L’obscénité démocratique, Flammarion, 2007.

Le 8 mai 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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