Le scandale des médecins étrangers à l’hôpital : ne vous laissez pas abuser et moins encore culpabiliser.

9 Mai
Le 18 avril dernier, François Fillon, candidat de la droite la plus bête du monde aux élections présidentielles,  affirmait ceci sur les ondes d’Europe 1 :   » Nos hôpitaux ne fonctionneraient plus s’il n’y avait pas des médecins étrangers « . Non seulement c’est une ânerie mais c’est surtout, c’est une ignominie.

Hélas, si peu nous importe ce que pense aujourd’hui François Fillon après sa déculottée électorale, il n’en reste pas moins que c’est probablement ce que pensent aussi le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, et beaucoup de ses sbires…

Voyons d’abord pourquoi c’est une ânerie.

Contrairement à ce que laissait entendre le candidat LR, ce n’est pas une pénurie de médecins qui met l’hôpital public sous tension, mais une mauvaise organisation. Le nombre de médecins pour 100.000 habitants se situe en France, dans la moyenne européenne. Depuis 30 ans le nombre de médecins en activité a quasiment doublé. Ils sont aujourd’hui, d’après le répertoire partagé des professionnels de santé, un peu plus de 220.000, répartis en presque autant de spécialistes que de généralistes. Malheureusement, certaines régions peu attractives et certaines spécialités ingrates sont toutefois effectivement délaissées. S’y ajoute un fait démographique incontournable : les départs en retraite de la génération du baby-boom non remplacés par de jeunes médecins à cause de l’absurdité du numerus clausus (Lire « En 2025… » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/06/03/bulletin-climatique-quotidien-3-juin-2016-de-la-republique-francaise/). D’où l’appel à des médecins étrangers dont les hôpitaux pourraient parfaitement se passer.

Ceux-ci représentent aujourd’hui un peu moins de 10% des médecins en activité. Ce qui, avouons-le est peu mais…excessif. Notons qu’on parle là des diplômes obtenus à l’étranger, pas de nationalité car la plupart sont devenus français. 9.000 ont un diplôme européen et 13.000 d’un autre pays, souvent l’Algérie ou le Maroc. À l’hôpital, ils sont plus nombreux, pour des raisons strictement budgétaires. Un praticien hospitalier gagne environ 5.000 euros à temps plein. Il peut augmenter notablement ce salaire s’il exerce en plus en libéral. C’est l’une des raisons qui explique que les hôpitaux publics aient du mal à recruter. Les médecins étrangers acceptent ces salaires, voire même inférieurs, dans des spécialités difficiles. Par exemple 30% des gériatres sont étrangers. Mais de nombreux jeunes médecins étrangers sont aussi recrutés pour faire fonction d’internes. Pendant ces années qui précèdent la reconnaissance de leurs diplômes, ils travaillent, comme médecins pour 1.500 euros bruts.

Quelques exemples.

A l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers, à plus de deux heures de route de Paris, de Clermont-Ferrand ou de Dijon, cela fait longtemps que le recours aux médecins étrangers s’est imposé comme la principale réponse à la pénurie. Dans cet établissement moderne et lumineux de 900 lits construit à la lisière de la ville et des champs, plus de la moitié (55 %) des 143 praticiens en poste sont nés et ont passé leur diplôme initial de médecine hors de France. Certains services, comme la néphrologie, sont même tenus à 100 % par des spécialistes présentant ce profil. Le problème, c’est que la néphrologie est une discipline particulièrement complexe et difficile qui nécessite une formation médicale de haut niveau. En d’autres termes…mieux vaut aller faire soigner ses maladies rénales ailleurs qu’à Nevers !

« Sans ces médecins, il n’y aurait eu personne d’autre. Sans eux, on ferme les hôpitaux de la Nièvre », assure Jean-Michel Scherrer, le directeur de l’établissement. Une affirmation à rebours des propositions de la candidate du Front national Marine Le Pen qui souhaite instaurer un moratoire sur l’immigration légale, puis limiter le solde migratoire à 10 000 personnes par an. Sachant que les meilleures d’entre elles pourraient alors être sélectionnées sur dossiers et, pourquoi pas, dans le milieu médical.

Interrogée le 25 avril sur TF1, la candidate du Front national avait estimé qu’il y avait « d’autres moyens de faire venir des médecins dans les endroits où il y a une désertification en matière de santé », évoquant un desserrement du numerus clausus ou un « stage d’internat de six mois dans les zones désertifiées ». Sans compter un certain nombre d’autres mesures, réellement incitatoires.

 Aujourd’hui, une ville comme Nevers, 35 000 habitants, au cœur d’un département rural, ne parvient pas à attirer ou à retenir les internes à l’issue de leurs études de médecine. Loin des CHU, des grandes métropoles ou de la mer, le faible coût de l’immobilier et la promesse d’une certaine qualité de vie ne suffisent pas. Avec 56 postes non pourvus à l’hôpital – soit environ 25 % de l’effectif total –, le directeur n’a d’autre choix que de chercher à l’étranger les praticiens qui lui permettront d’assurer la continuité et la qualité des soins. Réfléchissons aux meilleurs moyens de les lui donner.

Sur les dix derniers médecins recrutés, dans des spécialités aussi diverses que la chirurgie orthopédique, la gériatrie ou la cardiologie, sept viennent d’Algérie, du Liban, de Madagascar, du Burundi ou de Syrie… Une médecin vietnamienne est en cours de recrutement. Une honte !

A l’hôpital de Nevers, certains postes, comme l’oncologie ou la pédopsychiatrie, ne trouvent malgré tout pas preneur depuis des années. Des services entiers, comme les urgences, l’anesthésie ou la radiologie ne parviennent à fonctionner que grâce à un coûteux recours à l’intérim.

Quarante-cinq des 78 praticiens nés à l’étranger ont acquis la nationalité française, certains de longue date. Plusieurs d’entre eux, arrivés au début des années 1990, sont aujourd’hui chefs de service et des piliers de l’établissement. Et voilà comment on vide de leurs forces vives des pays étrangers qui en ont tant besoin…

Mais voilà aussi, comme on pouvait s’y attendre, pourquoi le Dr Basile Khouri, responsable du service de chirurgie orthopédique et traumatologie, originaire de Syrie, met en garde contre les « amalgames » et les « colères inutiles ». Tandis que, deux étages plus bas, en pédiatrie-néonatologie, le Dr Faouzi Benabdelmalek, le responsable du service, juge que « lorsqu’on a passé une partie de son existence en France, on se considère comme français. ». Originaire d’Algérie, il exerce à Nevers depuis 1993…Pauvre France.

Pourtant, des réserves existent dans la population. Et à juste titre : « La proportion de médecins étrangers à l’hôpital pose question, elle n’est pas toujours comprise par nos concitoyens », nuance ainsi Denis Thuriot, le maire (sans étiquette) de Nevers, qui multiplie les initiatives pour attirer et faire rester des internes dans sa ville. « Il y a des médecins étrangers avec qui ça se passe bien, et d’autres non », raconte Laurent Laboureau, le secrétaire départemental de l’Union santé CGT, en évoquant par exemple des « pratiques machistes » de la part de certains médecins, qui ont pu entraîner des tensions avec les infirmières ou d’autres médecins.

La maîtrise approximative de la langue française par certains nouveaux venus, notamment en intérim, a également pu donner lieu à des incompréhensions avec des patients voire à poser de réels problèmes médicaux. « Pour cette raison, des patients potentiels préfèrent aller vers d’autres hôpitaux », rapporte Denis Thuriot.

Hélas, dans le département, la pénurie de médecins devrait encore s’aggraver au cours des prochaines années. Selon les chiffres du Conseil de l’Ordre, 60 % des spécialistes exerçant à l’hôpital ou en libéral et la même proportion de médecins généralistes ont aujourd’hui plus de 55 ans et devraient donc prochainement prendre leur retraite. « Les départs vont s’accélérer », prédit M. Scherrer, évoquant un « cataclysme ». « En gastro-entérologie, on n’arrive pas à recruter, mais, en ville, c’est pareil, la crise est générale », confirme le Dr Abdelkader Ouazir, chef de pôle de cette spécialité. Notez cependant que cette réduction du nombre de médecins était parfaitement prévisible dés les années soixante-dix, lorsqu’ils ont commencé leurs études ! Mais, au même moment, sous les gouvernements de Jacques Chaban-Delmas, Pierre Mesmer, Jacques Chirac, Raymond Barre, etc., nos pouvoirs publics instauraient la paupérisation de la démographie médicale avec l’invention du numerus clausus. Cette idée stupide, née dans le cervelle fêlée de quelques énarques, avait comme principal objectif la baisse de la consommation médicale par la réduction drastique de l’offre…Elle oubliait que l’augmentation de l’espérance de vie (dont chacun, par ailleurs, se réjouissait), le vieillissement naturel de la population et l’amélioration du niveau de vie entraineraient inéluctablement un besoin médical accru. Elle oubliait aussi que la durée de formation des médecins étant d’uns dizaine d’années environ (et parfois plus), il faudrait patienter autant d’années avant d’observer les effets bénéfiques d’une éventuelle suppression du numerus clausus !

Quarante longues années se sont écoulées depuis sans que rien (ou presque) ne soit fait pour renverser la vapeur. Ne nous étonnons donc pas de la situation actuelle.

Et voici maintenant pourquoi c’est une ignominie.

D’abord parce que ces politiques successives néfastes dont nous avons parlé ont favorisé la désertification médicale de notre pays. En particulier de nos campagnes au profit des grandes villes. Mais cette désertification, sur laquelle tous les acteurs de la vie publique versent des larmes de crocodile, se trouve aggravée par l’appel à un nombre de plus plus grand de médecins étrangers dont les compétences souvent médiocres créent un effet répulsif chez les jeunes internes et ne les incitent pas à travailler dans de telles conditions peu rassurantes. Surtout en ces temps de judiciarisation à outrance de l’exercice médical. Ils fuient donc les lieux qui ont le plus besoin d’eux…

Enfin, il nous faut revenir sur cette  » importation  » de médecins venus d’ailleurs constater que l’herbe est plus verte que chez eux. Car elle est facile et sans risque majeur, sauf pour les patients dont personne n’a cure. Ils bouchent les trous et ils cassent les prix. Que peuvent rêver de mieux les négriers d’abord, les pouvoirs publics ensuite ? Hélas, ces médecins, même formés  » à la va-vite « , manquent cruellement à leurs pays et à leurs habitants. Ces pays qui ont de grandes difficultés économiques. Ces pays dont la croissance démographique explose. Ces pays dans lesquels règnent encore de graves maladies endémiques (tuberculose, rougeole, paludisme, drépanocytose, fièvre Ebola, sida, etc.) et n’ont pas les médecins qui leur seraient indispensables obligeant nos médecins militaires, comme au bon vieux temps de la colonisation, à assurer les soins de première urgence.

Notre pays marche sur la tête. Mais vous ne trouverez rien qui y remédie dans les programmes politiques dont on nous a abreuvés ces derniers temps.

Le 9 mai 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Le scandale des médecins étrangers à l’hôpital : ne vous laissez pas abuser et moins encore culpabiliser.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 10, 2017 à 11:23 #

    LE ROI ET LA SANTE

    Pour sauvegader la santé, il faut :

    1.Assurer la pérénité et la qualité des soins.
    2. Améliorer la santé publique.
     
    1. Assurer la pérénité et la qualité des soins.

    Confirmer le principe d’exellance dans les études médicales, adapter le nombre des médecins à la population à soigner, préserver le caractère libéral des professions de santé, conforter le rôle du médecin généraliste, maintenir la médecine en milieux rural, revaloriser le statut du personnel infirmier, améliorer le système hospitalier, encourager la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique, ouvrir de nouveaux droits aux malades Français, réserver aux seul Français l’accès en France aux emplois médicaux.

    2. Améliorer la santé publique.

    Renforcer la prévention, prendre en compte la longévité accrue de la population, maîtirser l’épidémie du SIDA, combattre la drogue, lutter contre l’importation des maladies, suborner la medecine au respect de l’éthique et de la morale Chrétiennes.

  2. conseilesperanceduroi mai 12, 2017 à 8:35 #

    Peu de commentaires pour un sujet d’importance. Pendant ce temps-là, la fièvre Ebola redémarre au Congo (https://www.sciencesetavenir.fr/sante/rdcongo-une-epidemie-d-ebola-declaree-dans-le-nord-est-3-morts_112910). Les médecins congolais qui sont chez nous ne serait-ils pas plus utiles chez eux ?

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