Les européistes confondent Brexit et blocus continental.

12 Mai

Napoléon Bonaparte avait cru pouvoir venir à bout du Royaume-Uni en instaurant, en 1806, le blocus continental qui visait à étouffer économiquement la perfide Albion. On sait ce qu’il advint. Et pourtant, la Commission européenne s’est mis en tête d’instaurer un système du même ordre qui ferait payer au prix fort le désir d’indépendance du Royaume-Uni, décidé par le référendum du 23 juin 2016.

Comme en 1806, ce système repose sur une unité sans faille des différents pays composant l’Union européenne. Ils en donnent l’apparence depuis le sommet du 29 avril dernier. Mais pour combien de temps ?

Cr le Brexit sera  » hard « , comme l’a dit depuis le début Mme  May.  » Hard «  oui, très  » dur  » mais sans doute pas seulement pour les Britanniques. C’est ce que laissait entendre le compte-rendu du Frankfurter Allgemeine Zeitung d’un dîner, mercredi 26  avril, entre Mme  May, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur pour le Brexit, le Français Michel Barnier. Durant cette soirée, M.  Juncker a expliqué à son interlocutrice qu’on ne sortait pas de l’UE  » comme on quitte un club de golf «  et qu’il quittait Downing Street  » dix fois plus pessimiste «  qu’il n’y était entré.

Accusés par M. Juncker de vivre dans  » une autre galaxie « , les Britanniques veillaient jusqu’à présent à organiser un équilibre des puissances sur le continent qui soit favorable à leurs intérêts. Et, lorsqu’ils sont entrés dans l’UE, ce fut pour façonner une Europe à leur main, un vaste espace économique, de liberté et de sécurité : l’Europe élargie appelée à se confondre avec l’OTAN.

C’est ce magistère que contestent aujourd’hui les membre de l’UE mais en ont-ils les moyens ?

Car, à cinq semaines d’élections législatives anticipées décisives, c’est la promesse d’un raz-de-marée conservateur pour la première ministre Theresa May et un terrible coup de semonce pour les travaillistes qui s’annoncent. D’autant que, lors que des scrutins intermédiaires (élections municipales et des comtés) du 4 mai, les conservateurs ont conquis plus de 500 sièges tandis que l’opposition travailliste en a perdu plus de 400. La stratégie de Mme May, qui a transformé cette consultation en un vote de confiance sur sa position de fermeté concernant le Brexit, a donc déjà payé au-delà de toute attente.

Non seulement les conservateurs ont marqué des points sur le Labour dans leurs fiefs populaires, mais ils ont siphonné de façon spectaculaire les voix du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP, europhobe). Ce dernier, qui avait obtenu presque quatre millions de voix aux législatives de 2015, semble avoir été « tué » par le triomphe de sa revendication quasi unique : la sortie de l’Union européenne.

Fait majeur pour la suite, Mme May, qui n’avait pas fait campagne pour la sortie de l’UE il y a un an, semble avoir transformé les tories en parti du Brexit. Le divorce avec le continent, enclenché à la fin mars, sert désormais de point de ralliement aux électeurs convaincus par sa formule de campagne : elle seule possède le « leadership fort et stable » capable d’arracher aux Vingt-Sept « le meilleur accord » pour le Royaume-Uni.

Vendredi 5 mai, alors que tombaient les résultats des municipales, Mme May a de nouveau accusé « les bureaucrates européens » d’empêcher le Royaume-Uni d’obtenir un bon accord sur le Brexit. Surjouant la modestie pour ne pas démobiliser ses partisans, elle a affirmé qu’elle ne « tenait pas pour acquise » une victoire aux législatives du 8 juin.

Alors que certains élus travaillistes dénoncent son rôle de repoussoir, Jeremy Corbyn, le leader du Labour, a admis que ces résultats étaient « difficiles » et que remporter à présent les législatives constituait « un défi de dimension historique ». L’effondrement du UKIP – il ne lui reste qu’un seul élu – s’est fait au profit exclusif des tories. La formation d’extrême droite semble avoir servi de sas à des électeurs Labour anti-UE avant leur basculement vers le vote conservateur.

Quant aux LibDems, seul parti pro-européen avec les Verts, il ne réussit pas à capitaliser le vote des anti-Brexit. Même en Ecosse, qui leur est traditionnellement hostile, les conservateurs ont gagné des élus tandis que les nationalistes du SNP, qui avaient mis en sourdine leur revendication d’indépendance, conservent leur place de premier parti.

Une projection réalisée par la BBC sur la base des résultats du 5 mai anticipe désormais une victoire écrasante pour Mme May le 8 juin qui lui donnerait les moyens de négocier en position de force avec l’UE et pourrait lui permettre d’enfoncer quelques coins au sein de l’unité de façade des vingt-sept.

Les prochains mois seront donc décisifs. Mais quel rôle jouera le nouveau président de la République française dans l’affaire ? Sa précipitation à rendre visite, dès lundi 15 mai, à la chancelière d’Allemagne, Angela Merkel, n’augure rien de bon tant elle rappelle l’image du caniche Hollande au lendemain de son élection de 2012.

Le 12 mai 2017.

 

 

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