La Grèce, L’Europe et Emmanuel. Et si c’était un coup monté ?

23 Mai

Il y a quelques jours seulement nous évoquions ici même l’imposture des créanciers de la Grèce et les illusions du gouvernement de ce pays (Lire « Pour Emmanuel Macron, il faut encore plus d’Europe » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/20/pour-emmanuel-macron-il-faut-encore-plus-deurope/) quant à l’aide financière qu’il attend de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Or, lundi 22 mai, les ministres des finances de l’Eurozone, réunis à Bruxelles, sont sortis de réunion au milieu de la nuit sans parvenir à l’accord attendu sur le versement d’une nouvelle tranche d’aide à Athènes, alors que le gouvernement Tsipras espérait au moins 7 milliards d’euros de prêts.

Ces sommes importantes, la Grèce en a pourtant absolument besoin pour parvenir à faire face, début juillet, à ses échéances de remboursement d’emprunts antérieurs….auprès de la Banque centrale européenne (BCE), l’un de ses trois principaux créanciers – avec le Fonds monétaire international (FMI) et le Mécanisme européen de stabilité (MES). Souvenez-vous du dessin humoristique qui égayait notre communiqué du 20 mai :

Surtout, Athènes n’a rien obtenu de concret, lundi, concernant des mesures d’allégement de l’énorme dette publique du pays (180 % de son produit intérieur brut, PIB). Alexis Tsipras, le premier ministre de la gauche radicale, promet de réduire le fardeau de la dette depuis qu’il a été élu, en janvier 2015, sans avoir réussi à obtenir jusqu’à présent de concessions significatives de la part de ses créanciers.

Les Grecs ont pourtant largement fait leur part du chemin. Ces derniers mois, pour espérer toucher d’autres prêts dans le cadre du troisième plan d’aide (86 milliards au total, décidé à l’été 2015), ils ont accepté pas moins de 140 mesures de rigueur (réformes, réduction des dépenses, augmentation des prélèvements).

« Ces réformes ne sont pas mineures, elles sont amples et profondes », a précisé, lundi, le commissaire européen à l’économie, Pierre Moscovici, évoquant, entre autres, « les administrations publiques, des privatisations, des mesures budgétaires additionnelles »

Espérant un accord à l’Eurogroupe, le Parlement grec a d’ailleurs adopté, jeudi 18 mai, une loi « omnibus » portant sur 45 des actions préconisées par les créanciers, dont une nouvelle réforme des retraites, la 14e depuis le début de la récession en 2010… Mais cela n’a pas été suffisant pour convaincre, à Bruxelles, lundi.

La vérité est que, depuis plus d’un an, les Grecs sont les otages d’un affrontement qui les dépasse largement. Il oppose principalement le FMI au très influent ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, dit le Dogue allemand. Ce dernier réclame que le Fonds, qui n’a toujours pas pris sa décision, participe enfin financièrement au troisième plan d’aide à la Grèce, pour tenir une promesse qu’il a faite devant les élus du Bundestag, à l’été 2015 !

Mais le FMI, pour des raisons à la fois politiques et de fonctionnement interne, hésite toujours et réclame, en échange de son ralliement, un allégement substantiel de la dette grecque. allégement dont les Allemands, mais aussi les Finlandais ou les Néerlandais contestent la nécessité.

Ce blocage serait responsable de la révision à la baisse, par Athènes, de sa prévision de croissance du PIB pour 2017 (passant sans surprise de 2,7 % à 1,8 %). Les incertitudes liées à l’aide grecque ont pour effet de décourager les investisseurs dans le pays. Cette situation est d’autant plus aberrante que les Grecs n’ont pas besoin de l’argent du FMI. Ils n’ont, pour l’instant, « tiré » qu’un peu plus de 30 milliards d’euros sur les 86 milliards rendus disponibles dans le cadre du troisième plan d’aide. Sans compter que, délivrés à court terme, ces prêts sont plus coûteux à rembourser pour la Grèce que ceux octroyés par la BCE et le MES…

Lundi soir, conscientes de l’urgence de la solution, les parties sont pourtant passées tout près d’un accord, l’Allemagne acceptant par exemple de n’exiger un surplus primaire grec (surplus budgétaire hors paiement des dettes) de 3,5 % du PIB que jusqu’en 2022 (au lieu de 2027). Mais le FMI aurait proposé de n’octroyer un prêt à la Grèce qu’à la fin du troisième plan d’aide (mi-2018). Redoutant un demi-accord, sans toutes les mesures de dette souhaitées, les Grecs auraient préféré repousser cette offre.

Ils comptent désormais sur le dernier Eurogroupe prévu avant leurs échéances de remboursement de juillet, le 15 juin, pour parvenir enfin à s’entendre. A moins qu’ils ne parient sur un accord au sommet entre le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui se croiseront au G7 de Taormine, les 26 et 27 mai ? Quelques heures avant l’Eurogroupe, Emmanuel Macron avait en effet fait savoir qu’il s’était entretenu par téléphone avec Alexis Tsipras pour lui affirmer sa volonté de « trouver un accord prochainement pour alléger dans la durée le poids de la dette ».

Et si tous ces prétendus atermoiements n’étaient en réalité qu’un tour de passe-passe pour donner de l’épaisseur à Emmanuel Macron face aux créanciers de la Grèce et lui permettre d’apparaître en démiurge aux yeux des peuples fascinés ?…Nous serons bien vite fixés.

Le 23 mai 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

Publicités

Une Réponse to “La Grèce, L’Europe et Emmanuel. Et si c’était un coup monté ?”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Chronique d’une imposture annoncée : combien de temps l’idylle durera-t-elle ?-« L’espace d’un matin -conseil dans l’espérance du roi | «actualitserlande - juin 25, 2017

    […] de la crise grecque, et intitulé « Et si c’était un coup monté » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/23/et-si-cetait-un-coup-monte/). Voici quelle était alors notre conclusion […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :