« Monarchie présidentielle ». L’erreur de vocabulaire de M. Mélenchon.

3 Juin

La Monarchie est souvent citée en ce moment, querelle présidentielle oblige,  mais il y a erreur des partisans de la Sixième République sur le sens et la portée de ce mot et des institutions qu’elle peut définir en France. La « monarchie présidentielle » évoquée par M. Mélenchon n’est pas une monarchie au sens historique du terme, elle n’en est que la caricature, et elle semble être une monocratie quinquennale renouvelable plutôt qu’une monarchie héréditaire et successible telle que l’a connue la France et telle que les royalistes le souhaitent.

La monocratie, c’est le pouvoir d’un homme de parti qui gouverne sans autre légitimité que celle, provisoire et désormais toujours contestée, du suffrage universel, que cela soit directement ou par le biais de la représentation démocratique et parlementaire. Le président peut se croire Antigone, mais il n’est que Créon, et il manque à l’élu, parfois présenté comme « homme providentiel », cette hauteur donnée par la liberté originelle de la Couronne qu’elle doit à son mode de transmission, la succession héréditaire. Né fils de roi et « presque roi », devenu entièrement roi par l’effacement de son prédécesseur (par la mort ou le renoncement), le monarque ne doit rien aux intrigues et aux alliances électorales, et il peut, au cours de son règne, « supporter » (mais non pas soutenir, gare à la confusion !) des gouvernements de tendance différente et antagoniste de l’un à l’autre, sans être soumis à l’un comme à l’autre. L’indépendance royale, dans la Monarchie à la française, n’est pas un obstacle à la direction du pays mais une garantie de la continuité de l’État et de sa permanence malgré les aléas de la vie politique et parlementaire : un gouvernement peut tomber, avoir failli ou être en difficulté, la magistrature suprême de l’État est toujours là, visible et active. C’est une présence rassurante en des temps qui le sont moins…

Quand la monocratie personnalise le pouvoir présidentiel à l’extrême, la Monarchie le « familiarise » et le monarque incarne le pouvoir arbitral sans se confondre avec l’arbitraire et avec un parti quel qu’il soit : si le portrait du roi peut trôner dans les administrations et les salles municipales, il n’est pas une affiche électorale permanente comme le dénonçaient jadis quelques militants opposés au président du moment quand celui-ci était candidat à sa propre réélection (ce qui n’est pas le cas avec l’actuel locataire en fin de bail de l’Élysée).

La confusion entre monocratie et monarchie, confusion entretenue (parfois de bonne foi, d’ailleurs) par les partisans de MM. Mélenchon et Hamon, est néanmoins compréhensible, non au regard de la réalité historique mais au regard de l’image que certains (fort nombreux, au demeurant) se font de la Monarchie elle-même qu’ils confondent avec l’apparat que la République a récupéré sans pour autant en comprendre toujours le sens et la portée qu’il pouvait avoir sous la Monarchie absolue de François Ier à Louis XVI, voire au-delà avec la Restauration : quand la Monarchie pense le prestige comme un moyen de gouverner et de se représenter aux yeux des autres États en assumant la part de « spectaculaire utile » qui, d’ailleurs, peut survivre à travers un riche patrimoine aujourd’hui devenu attraction touristique (un des atouts de la France…), la République se l’approprie sous la forme d’avantages privés avec, parfois, quelques corruptions certaines qui émaillent la longue suite des Républiques sans s’en défaire autrement qu’en promesses et qu’en paroles… Est-il nécessaire de donner des noms ? Cette dernière décennie présidentielle a de quoi remplir encore quelques gazettes à scandales et tant d’éprouvettes à indignations…

Non, décidément, la République n’est pas la Monarchie royale : se battre « contre la Monarchie » n’a pas grand sens dans notre pays, surtout si c’est juste l’alibi pour renouer avec les mauvais précédents de la Troisième et de la Quatrième Républiques… La Cinquième, si elle peut parfois emprunter quelques aspects de la Monarchie (et parfois les meilleurs, comme un hommage du vice à la vertu) et si elle a pu vouloir, par la volonté de son fondateur, renouer avec une tradition monarchique d’autorité et de liberté de l’État, reste bien une République, malgré tout : c’est d’ailleurs ce dernier aspect-là du régime né en 1958 qui, en grignotant peu à peu les vestiges de la logique capétienne remise en valeur par le général de Gaulle, a motivé l’effacement de moins en moins discret de notre pays sur la scène diplomatique mondiale, processus accéléré depuis une décennie à travers les deux quinquennats successifs de MM. Sarkozy et Hollande.

En fait, contrairement à une idée reçue et évidemment fausse, ce n’est pas d’un excès de Monarchie dont souffre la France aujourd’hui mais, bien au contraire, d’une républicanisation de plus en plus accentuée des institutions, de cette déresponsabilisation contemporaine de la magistrature suprême de l’État au risque de ne plus assumer les fonctions qui devraient être les siennes : ce n’est pas, soulignons-le, une bonne nouvelle, ni pour l’État ni pour la nation et encore moins pour les peuples de France… 

Jean-Philippe Chauvin

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2017/04/11/l-erreur-de-vocabulaire-de-m-melenchon-5932013.html

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3 Réponses to “« Monarchie présidentielle ». L’erreur de vocabulaire de M. Mélenchon.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 5, 2017 à 10:43 #

    En fait, La Cinquième Répiblique peut parfois emprunter quelques aspects de la Monarchie (et parfois les meilleurs, comme un hommage du vice à la vertu) et elle a pu vouloir, par la volonté de son fondateur, renouer avec une tradition monarchique d’autorité et de liberté de l’État, reste bien une République, malgré tout : c’est une Monarchie élective, que nous appellerons Régence Républicaine…

  2. Hervé J. VOLTO juin 5, 2017 à 10:50 #

    La V° République fut conçut par le Général De Gaulle comme une Régence Républicaine dans le but d’appeller au pouvoir le Comte de Paris. Pour des raisons obscures (le Prince pas près, les américains contraires), la Monarchie n’a pu être rétablie. Mais le Président de la République, Régent de fait, possède bien tous les attributs d’un Monarque élu.

    Reste l’Article 89 de la Consitution ? le Général aurait-il pris les Princes de France pour des imbéciles ? avait-il besoin de l’opinion Royaliste pour installer la V° République ? Les Princes devraient peut-être se référer plus à Maurras qu’à De Gaulle : c’est mon opinion personelle…

  3. Hervé J. VOLTO juin 5, 2017 à 12:25 #

    EMMANUEL MACRON, jeune cadre supérieur romantique, brillant, intelligent et distingué, pur produit de l’oligarchie économique, financière et industrielle. Sa politique ne sera ses prochains cinq ans que la mise en place de l’orientation de la Commission Européenne :

    1.- Augemntation de la TVA et aibaissement des impôts sur les sociétés, ce qui apauvrira les classes moyennes encore plus et donnera aux entreprises Françaises l’illusion d’une reprise économique.

    2.- Mise en oeuvre à marche forcée de la déréglementation du travail. Démetèlement du droit du travail. Ubérisation de la société Française.

    3.- Fin du Contrat à Durée Indéterminée.

    4.- Baisse des prestations de chômage. Remise en cause du SMIC.

    5.- Augmentation de l’immigration extra-européenne et non-Chrétienne.

    6.- Braderie de l’agriculture et des industries stratégiques Françaises au profit des Etats Unis d’Amérique et de l’Allemagne.

    7.- Fusions forcées des communes (un des effets pervers de la chose sera la disparituion des paroisses catholiques et Royales de Vendée). Disparition programmée des départements.

    8.- Allignement de la France sur les positions géopolitiques et géostratégiques de Washington.

    LES FOUS DU ROI savent quand à eux que le Phantôme du Louvre est assis dans la pénombre sur un siège avec accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement que s’il regardait un match de foot, fumant un bon Havanne dont la fumée s’acccummule au plafond, déborde par la fenêtre ouverte pour s’ajouter aux nuages menaçant qui s’ammoncellent dangereusement. Et qu’il n’a plus qu’à attendre. UNE INTINCELLE…

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