Des néophytes à l’Assemblée nationale. Une fausse bonne idée ?

8 Juin

251 des 524 candidats de La République en marche ne se sont jamais confrontés au suffrage universel ce qui correspond à peu près à la moitié des circonscriptions couvertes par le mouvement d’Emmanuel Macron (le reste – sur un total de 577 – étant « réservé » aux amis du président, socialistes ou Les Républicains, contre lesquels il n’y a pas de candidat En Marche !).

C’est une idée en apparence très séduisante et à laquelle nous pourrions facilement adhérer tant elle reflète un ardent désir de renouvellement du monde parlementaire, jusque-là accaparé par des professionnels de la politique. Du genre  » On prend les mêmes et on recommence  » !

Tout laisse à penser, en effet, que pour diverses raisons l’Assemblée nationale va connaître un profond renouvellement lors du prochain scrutin législatif. Existe-t-il des références de cette ampleur ? En vérité, on a peu d’exemples dans le passé d’un renouvellement d’une telle ampleur ; 1958 a été marquant, à la suite de l’échec cuisant des opposants à de Gaulle. Il y a aussi les élections de 1919 – celles de la « Chambre bleu horizon » – qui ont vu l’arrivée à la Chambre de près d’une moitié de députés anciens combattants.

Mais la question est de savoir si ce renouvellement arithmétique entraîne nécessairement un renouvellement politique : des idées nouvelles, des projets ou des comportements nouveaux.

Dans les cas précédents, la baudruche s’est vite dégonflée et il faut donc attendre. En tout état de cause, les « bizuths » de la future Assemblée seront sans connaissance et sans pratique du monde parlementaire, du règlement de l’Assemblée, des conventions non écrites et, plus généralement, de ce qu’on appelle les « mœurs parlementaires ». On verra d’abord comment cela se passe au moment de la distribution des postes de responsabilité, de la répartition dans les commissions car, jusqu’à présent, les vieilles habitudes ont toujours repris le dessus, même si elles changeaient de main.

Si on lance ces nouveaux élus sans y associer une véritable réforme des moyens et, donc, sans leur permettre d’enquêter véritablement sur la matière législative et de développer le contrôle de l’action gouvernementale, cela risque d’être un coup d’épée dans l’eau, car la technostructure, les cabinets, l’administration auront les coudées franches. La question centrale étant de savoir – puisque selon toute vraisemblance les gros bataillons proviendront d’En marche ! – s’ils vont rompre avec des comportements de « godillots » vis-à-vis d’Emmanuel Macron. Ils seront, pour la plupart, présidentialistes c’est à dire ne pas ignorer que c’est grâce à Macron qu’ils sont élus. Qui plus est, sans expérience parlementaire ou même électorale et entièrement dévoués à leur nouvelle idole, ils seront aisément contrôlables, pour ne pas dire manipulables. 

D’autant que les rapports entre l’exécutif et le législatif sont déjà empreints d’un lien de subordination. Nos élections législatives sont devenues la cinquième roue du carrosse ou, comme dans le Tour de France, la voiture-balai d’une très longue séquence électorale commencée à l’automne 2016. On a assisté à un allongement considérable du temps d’occupation médiatique par la présidentielle et, très clairement, les législatives perdent du sens.

Historiquement, l’élection législative avait le monopole républicain de la représentation nationale. C’était la seule élection démocratique de personnes qui « représentaient la nation ». Les élections exerçaient une fonction dissociative entre l’exécutif et le législatif. Seul le législatif émanait du peuple citoyen. Le président était choisi par et parmi les parlementaires, il n’était pas le représentant de la nation. Depuis 1958 et la révision de 1962 qui a instauré l’élection du président de la République au suffrage universel, le mot « représentation » a changé de sens. Aujourd’hui, celui qui est le représentant du peuple, ce n’est plus une assemblée mais un homme, le président. D’où l’oxymore stupide « monarchie républicaine ».

Depuis le début des années 2000, et l’inversion du calendrier électoral qui fait succéder les élections législatives à la présidentielle, on est passé au stade ultime de l’absorption des secondes par la première. Les députés sont devenus en quelque sorte des supplétifs. Les législatives sont une confirmation de l’élection présidentielle. D’ailleurs, le thème central de campagne des candidats ou des responsables d’En marche ! est : « Il faut donner une majorité au président. » Une expression qui aurait fait hurler les républicains de jadis ! Quoi que l’on dise sur le renouveau de l’Assemblée, d’un point de vue ontologique, la raison d’être d’une assemblée élue un mois après le président est quasiment nulle : la majorité parlementaire, quelle qu’elle soit, est là fondamentalement pour approuver ce que l’exécutif lui soumet.

En définitive, la République a inventé un paradoxe entre une aspiration perpétuelle au renouvellement et la reproduction récurrente d’un schéma qui offre la prééminence et tous les pouvoirs ou presque, dans les choix politiques, au président de la République ? Et 2017 n’échappera probablement pas au fait que l’Assemblée ne sera pas à l’image des rapports de force dessinés par l’élection présidentielle. Des forces dont le candidat a recueilli des scores significatifs, et même grâce auxquelles il s’est qualifié pour le second tour (tel le FN), ne seront presque pas représentées à l’Assemblée. C’est incontestablement un problème démocratique car où et que sera l’opposition ?

Comme nous l’avons déjà écrit ici même, le Bonapartisme* est en voie de renaître de ses cendres. On sait où il a conduit notre pays dans le passé.

Lire « À Bonaparte, Bonaparte et demi ? » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/10/a-bonaparte-bonaparte-et-demi/

Le 8 juin 2017.
Pour le CER, Jean-Yves Pons.

 

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