Légion d’honneur : c’est déjà trop tard !

8 Juin

Subitement, si l’on en croit quelques journalistes et autres vierges effarouchées de la République, certaines attributions de l’Ordre national de la Légion d’honneur serait incompatibles avec les motifs qui présidèrent à l’instauration de cette décoration par Napoléon Bonaparte, en 1804 et tels qu’ils sont énoncés dès les premières lignes de son Code : « La Légion d’honneur est la plus élevée des distinctions nationales. Elle est la récompense des mérites éminents acquis au service de la nation, soit à titre civil, soit sous les armes. » Un long article paru dans le quotidien Le Monde du mercredi 7 juin en témoigne (http://abonnes.lemonde.fr/enquetes/article/2017/06/06/legion-d-honneur-le-revers-de-la-medaille_5139157_1653553.html).

Est-il besoin de rappeler que le Conseil dans l’Espérance du Roi n’a pas attendu les larmes de crocodile de ces hypocrites pour dénoncer l’errance des pouvoirs politiques successifs dans leurs attributions de l’Ordre national ? Nous n’avons cessé en effet de suggérer vigoureusement, et à plusieurs reprises, aux Légionnaires français de renvoyer à la Grande Chancellerie leur titre de nomination ou de promotion ainsi que leur décoration dès lors que cette distinction était attribuée à des personnalités indignes d’y figurer à leurs côtés (Lire par exemple « La République des copains et des coquins« : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/10/31/bulletin-climatique-quotidien-31-octobre-2014de-la-republique-francaise/  ou encore « Renvoyez vos Légions d’honneur » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/01/02/bulletin-climatique-quotidien-2-janvier-2015de-la-republique-francaise/).

Est-il surtout nécessaire de rappeler que nos critiques furent à l’origine de l’instauration de l’ordre royal du Mérite sous le vocable de Sainte Jeanne d’Arc, le 1er août 2012* (et d’en rappeler, à cette occasion, deux des considérants :

4. Considérant que les critères qui déterminent aujourd’hui la promotion dans l’un ou l’autre des deux ordres nationaux actuels récompensant ces mérites (ordre national de la Légion d’honneur et ordre national du Mérite) ont perdu leur pertinence autant que leur lisibilité, au point de bafouer les principes mêmes qui ont amené à leur instauration;

5. Considérant que l’obligation faite, depuis le décret de juillet 2008, d’une égale parité entre les hommes et les femmes auxquels sont attribuées ces récompenses est à la fois inique et stupide, le sexe n’étant ni une qualité ni un défaut et n’offrant droit à aucune faveur particulière ) ?

Les belle âmes dont nous parlions plus haut viennent, par on ne sait quel miracle, de découvrir, dans l’attribution du fameux ruban rouge, aussi bien le fait du prince (ce qui ne nous dérangerait pas si nous étions en monarchie) que…un nombre incroyable de trafics d’influence ! Ils viennent même, enfer et damnation, de découvrir que Bachar Al-Assad, le président Syrien, avait été fait grand-croix de la Légion d’honneur par Jacques Chirac (qui manifestement ne ratait aucune occasion de se planter)…Alors, là, ils n’en peuvent plus.

Pourtant, personne ne s’est ému, par exemple, de la promotion de Pierre Bergé à la dignité de grand-officier en 2015 ! Ni, bien sûr, des innombrables pseudo-artistes « comptant-pour-rien » et autres joueurs de balle au pied. Sans parler de quelques Excellences de la République, tel Kofi Yamgnane, un copain de François Hollande, ancien secrétaire d’Etat à l’intégration mais poursuivi pour trafic d’influence…

Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent : que d’émotion !

Alors, ces ouvriers de la onzième heure appellent le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, à….mettre de l’ordre dans l’Ordre ! Au nom des lucides parole de Jules Renard : « En France, le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière. »  Le Conseil dans l’Espérance du Roi ne disait rien d’autre, il y a déjà cinq ans….

Un ouvrage passionnant de Béatrice et Michel Wattel (Les Grand’Croix de la Légion d’honneur, de 1805 à nos jours, éditions Archives & Culture, 2009) révèle les noms de quelques responsables d’importance dans l’Histoire autant que le déshonneur qui entache l’Ordre : Benito Mussolini élevé à la dignité de grand-croix en 1923, deux ans après qu’il eut fondé le Parti national fasciste. Un insigne qu’il gardera, même après être devenu le complice d’Hitler. Mais aussi Nicolae Ceaucescu, Bokassa, Omar Bongo, Mobutu… Tous décédés le ruban à la boutonnière. Bref, une foire internationale aux breloques. Hélas, « Les décrets d’attribution de la Légion d’honneur aux étrangers ne sont pas communicables et les procédures disciplinaires sont confidentielles », fait pourtant savoir la grande chancellerie, au titre de la confidentialité inhérente à la politique extérieure de la France. 

Le président de la République devra également se pencher sur les grands-croix français afin, là aussi, de faire taire moqueries et soupçons de copinage. Fin mai 2017, ce cénacle illustre  comptait 74 membres vivants sur les 75 autorisés. En avril, pour la dernière promotion de son quinquennat, François Hollande avait pu mixer ses préférences : un conseiller d’Etat honoraire, François Bernard, et un fidèle ami de Jacques Chirac, l’homme d’affaires François Pinault. Pour la promotion du 1er janvier 2014, le président socialiste avait suscité quelques sourires narquois en élevant à la dignité de grand-croix Bruno Roger, patron de la banque Lazard, qu’il décorera personnellement le 17 juin 2014. « Deux ans après le discours du Bourget où il avait expliqué que son ennemi était la finance, nous avons été plusieurs à trouver succulente cette petite initiative », raconte un ami du récipiendaire, présent au cocktail.

Mais il y a des résistants. L’économiste Thomas Pickety par exemple et aussi Irène Frachon, la pneumologue de Brest qui a révélé en 2009 la toxicité du Mediator, le médicament des laboratoires Servier accusé d’être responsable de la mort de 1 500 personnes. La lanceuse d’alerte a stoppé net les tentatives de celles et ceux qui œuvraient pour qu’on la lui remette : « Ce ruban rouge, c’est la fierté et l’identité de la nation. Je ne peux pas appartenir à l’ordre de chevalerie qui a honoré Jacques Servier », décédé le 16 avril 2014, à l’âge de 92 ans. Le 7 juillet 2009, dans la salle des fêtes de l’Elysée, Nicolas Sarkozy élevait ainsi à la dignité de grand-croix son « cher Jacques », dont il fut l’un des avocats d’affaires. Jacques Servier mourra, lui, un peu plus tard, avec sa grand-croix.

Rappelons ici les principes. Après l’étude, par ses services, des dossiers de légionnaires pressentis, chaque ministre transmet des propositions (sous forme de mémoires) au grand chancelier de l’ordre de la Légion d’honneur – le général d’armée Benoît Puga depuis le 1er septembre 2016.

Ce dernier préside le conseil de l’ordre, une assemblée de dix-sept sages qui instruit les demandes et en prononce la « recevabilité » ou l’« ajournement ». Les noms des heureux élus sont ensuite soumis au grand maître, à l’Elysée, qui signe les décrets à paraître au Journal officiel.Fermez le ban !

Mais ce circuit vertueux ne concerne que les candidats « nommés ou promus », c’est-à-dire ceux décorés pour la première fois (les chevaliers) ou ceux qui accèdent à un grade supérieur (officier ou commandeur). Pour les deux titres les plus prestigieux (grand officier et grand-croix), on parle d’« élévation ». « Ce petit distinguo est fondamental car il sort du droit commun les dignités et donne officiellement la main à l’Elysée pour les titres de grand officier et de grand-croix. Leur attribution relève donc, comme les textes l’indiquent, du fait du prince », commente Olivier Ihl, professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et auteur de l’essai Le Mérite et la République (éditions Gallimard, 2007).

Les témoignages au creux de l’oreille d’anciens sages du conseil de l’ordre ne font que confirmer la longue mise hors circuit des dix-sept gardiens du temple : « Pour les dignités, ça venait d’en haut, du Château. On n’était pas du tout dans le coup… », dit l’un. « Mais oui, ça se traitait à l’Elysée, qu’est-ce que vous croyez ? », répond un autre.

D’ailleurs, les recherches effectuées dans  les dossiers individuels des légionnaires sont difficiles. « Les mémoires de proposition, c’est-à-dire l’évaluation du mérite qui conduit à la décoration, ne sont pas joints », témoigne Olivier Ihl, confronté à ce désert documentaire pour l’une de ses recherches. « La grande chancellerie est l’une des institutions les plus secrètes de la République », regrette-t-il. Grands-croix étrangers, grands-croix français… Emmanuel Macron se satisfera-t-il de la confortable opacité qui les entoure ? 

Là encore, nous serons fixés avant longtemps.

Le 8 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA, Conseiller aux affaires intérieures, à l’ordre public et à l’organisation du territoire.

 

* Lire in extenso notre Consilium Consulte :
 
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