Chronique d’une imposture annoncée.

10 Juin

Cette nouvelle chronique de notre blogue a l’ambition de montrer à nos lecteurs, au fur et à mesure de leur entrée en scène, les dures réalités du nouveau régime pour lequel plus de 66% des Français ont voté par erreur le 7 mai 2017.

Nous ajouterons hélas ainsi des souffrances supplémentaires à tous ceux qui se répètent depuis lors :  » Je suis stupide, j’ai voté Macron !  » Qu’ils nous pardonnent d’avoir eu raison avant eux…

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Un euro symbolique. C’est le prix payé, mercredi 7 juin, par la banque espagnole Santander pour absorber l’établissement financier en difficulté Banco Popular. La veille, la valeur boursière de celle qui était alors la sixième banque espagnole, avec plus de 1 700 agences et 11 000 salariés, était encore de 1,3 milliard d’euros. Mais sa situation a été jugée critique par les autorités européennes qui ont décidé d’appliquer pour la première fois le Mécanisme de résolution unique (MRU), créé en 2014 pour éviter la contagion des crises bancaires aux Etats et opérationnel depuis le 1er janvier 2016.

Minée par 37 milliards d’euros d’actifs toxiques hérités de la bulle immobilière et de la crise, incapable de freiner ses pertes (3,5 milliards d’euros en 2016), tardant à trouver une banque intéressée par son rachat, Banco Popular avait vu sa valeur boursière plonger de moitié en une semaine. L’établissement financier espagnol se trouvait « en situation de faillite ou faillite probable », a estimé la Commission européenne, notre mère à tous. « La détérioration significative de la liquidité de la banque ces derniers jours a conduit à déterminer que l’entité aurait, dans un futur proche, été incapable de rembourser ses dettes ou d’honorer d’autres engagements à leur date d’échéance », a renchéri la Banque centrale européenne (BCE).

Afin d’éviter toute contagion, le Fonds unique de résolution européen (FUR) et le Fonds de restructuration bancaire espagnol (FROB) ont lancé un « appel d’offres » pour trouver un acheteur. Santander, l’une des principales banques européennes, a été sélectionnée après s’être engagé à réaliser une augmentation de capital de 7 milliards d’euros afin de couvrir la détérioration des actifs.

Aucune aide publique n’a été concédée. Dépôts et épargnes des clients sont préservés. L’activité est maintenue.

En revanche, les quelque 300 000 actionnaires, ainsi que les détenteurs de dettes subordonnées et hybrides, ont perdu la totalité de leur investissement !

La présidente de Santander, Ana Patricia Botin, s’est félicitée d’une « opération qui fait de Santander la première banque en Espagne, la plus grande en part de marché de crédits et dépôts, avec 17 millions de clients ». Elle se donne un mois pour réaliser l’augmentation de capitaux promise, et dix-huit mois pour se défaire de la moitié du portefeuille immobilier du Banco Popular. Nous verrons bien.

Pour le ministre espagnol de l’économie, Luis de Guindos, « la décision annoncée par les autorités européennes est une bonne solution pour l’établissement, car cela implique la protection maximale des épargnants et la continuité de l’activité ». Luis de Guindos laisse entendre que c’est aussi une bonne opération pour l’Etat, puisqu’elle « s’effectue sans utiliser de ressources publiques et sans que se produise, par conséquent, une éventuelle contagion entre le risque souverain et bancaire, comme cela s’est produit dans le passé ».

En résumé, c’est une bonne nouvelle même si 300 000 actionnaires ont été ruinés d’un coup puisque la valeur de leur action est passée en un instant…à zéro.

C’est la première fois que l’on teste en grandeur nature le nouveau mécanisme mis en place en 2015 à Bruxelles et à Francfort sous l’égide de la Banque centrale européenne. Son objectif est d’empêcher que la crise d’une banque en difficulté ne s’étende à tout un pays, comme ce fut le cas en 2011 en Irlande et en Espagne, où les Etats, pour éviter la contagion, ont massivement soutenu leurs établissements en faillite. C’est ainsi que l’on est passé d’un krach immobilier à une crise des dettes souveraines. Comment ne pas applaudir ?

Avec Banco Popular, le système a fonctionné. Très rapidement, les superviseurs bancaires européens ont déclaré la banque en danger de faillite et orchestré, avec les autorités espagnoles, sa reprise par le numéro un du secteur. Comme toute entreprise, une banque est responsable de ses agissements et ses actionnaires sont solidaires. A eux de payer les pots cassés pour protéger les épargnants, pas à l’Etat et donc aux contribuables. Les comptes publics sont préservés, la compétition est plus saine et la rude école de la responsabilité, chère au cœur des Allemands, devrait préserver les acteurs de toute aventure inconsidérée.

Pourtant, il faut préciser aussi que cette approche comporte deux écueils. Le premier est le niveau d’information et de responsabilité des actionnaires. La question se pose notamment en Italie, l’autre système bancaire malade de l’Europe. Le 1er juin, Bruxelles a accepté de déroger à ses principes tout neufs, en autorisant Rome à renflouer l’antique banque florentine Monte dei Paschi di Siena, à l’occasion d’une nouvelle augmentation de capital (Lire « Banques italiennes, rien ne va plus » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/12/15/bulletin-climatique-quotidien-15-decembre-2016-de-la-republique-francaise/). Le pays a fait valoir qu’il ne pouvait abandonner à leur sort les milliers de modestes créanciers, souvent retraités, dont les obligations avaient été transformées en actions. Il fallait protéger le petit actionnaire comme le petit épargnant.

Mais ne vous y trompez pas. Tôt ou tard, se posera la question de mettre à contribution les épargnants et autres clients des banques et assurances, malgré les prétendus plafonds instaurés avant saisie de leurs économies (Lire « Faites attention à vos économies » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/11/05/bulletin-climatique-du-week-end-56-novembre-2016-de-la-republique-francaise/).

L’autre écueil est que les nouvelles règles européennes vont inciter les grands actionnaires à beaucoup plus d’exigence de rentabilité des banques, puisque le risque est devenu plus grand. Ce qui pousse inévitablement à la hausse le coût de l’argent. Ce dont personne ne se soucie puisque ceux qui paieront sont les éternels dindons des farces européennes.

Rappelez-vous qu’Emmanuel Macron et son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire sont favorables au Mécanisme de résolution unique (MRU). Donc à ses conséquences aussi, telles que nous venons de les exposer.

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À bientôt…

Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Chronique d’une imposture annoncée.”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Regain d’intérêt pour les matelas et les lessiveuses-Conseil dans l’espérance du roi | actualitserlande - juin 28, 2017

    […] qui s’installe en Italie mais touche aussi d’autres pays de l’Europe du sud (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/10/chronique-dune-imposture-annoncee/). Pour ce qui est de l’Italie, nous avions déjà montré les risques l’an dernier […]

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