Chronique d’une imposture annoncée :  » la chambre introuvable  » d’Emmanuel Macron.

11 Juin

Comme prévu, La République en marche arrive largement en tête du premier tour, devant Les Républicains et le FN, le PS laminé, selon l’estimation Ipsos/Sopra Steria*.

La République en marche est bien partie pour décrocher une très large majorité à l’Assemblée nationale. Le parti d’Emmanuel Macronet son allié du MoDem ont obtenu, dimanche 11 juin, 32,2% des voix exprimées au premier tour des élections législatives. Ce score, les placent devant l’alliance Les Républicains-UDI (21,5%) et le Front national (14%), au terme d’un premier tour marqué par une forte abstention (50,2% selon l’estimation Ipsos/Sopra Steria*).

A gauche, La France insoumise (11%) confirme (de peu) son leadership sur le Parti socialiste, mais réalise un score bien plus faible que celui enregistré par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (19,58%). Le Parti socialiste ne recueille que 10,2% des voix, une défaite à l’ampleur inédite sous la Ve République pour un parti de gouvernement. Même en 1993, quand seuls 57 députés PS ou apparentés avaient été élus, le parti avait recueilli 17,40% des voix.

Affaibli par ses bisbilles avec Jean-Luc Mélanchon, le Parti communiste recueille 3% des voix, tout comme Europe-Ecologie-Les Verts (EELV). Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan enregistre 1% des voix, toujours selon l’estimation Ipsos/Sopra Steria*, et l’extrême gauche 0,8% des voix. Les autres formations politiques obtiennent un total de 3,3% des voix.

Cette première estimation dessine les contours d’une Assemblée très largement dominée par La République en marche et son allié MoDem. Ils obtiendraient entre 390 et 430 sièges, un chiffre supérieur à la majorité absolue (289 sièges). Les autres grands partis se partagent les miettes : entre 85 et 125 députés pour Les Républicains/UDI, 20 à 35 pour le Parti socialiste et ses alliés PRG/Divers Gauche/EELV, 11 à 21 pour La France insoumise et le PCF, 3 à 10 pour le Front national, et 7 à 12 pour les autres formations.

Le nouveau président de la République devrait donc avoir les mains libres pour gouverner et appliquer son programme, comme nous l’avions prévu. Sauf retournement de situation entre les deux tours, cette élection devrait parachever la razzia de La République en marche sur le paysage politique français et donner à Emmanuel Macron une majorité jamais égalée. « Les Français sont cohérents : ils nous donneront une majorité pour gouverner et légiférer« , prédisait le président à la mi-avril. Ah, s’ils savaient…

Emmanuel Macron a profité d’une configuration qui s’est vérifiée à chaque reprise depuis 1981, de Mitterrand à Hollande en passant par Chirac et Sarkozy : un président élu a toujours obtenu une majorité dans les législatives suivant son élection. Une logique institutionnelle que les premières affaires, autour de Richard Ferrand et François Bayrou, n’ont pas enrayée, en apparence. Car, ne l’oublions pas et le président de la République moins encore que nous, tous ces brillants résultats ne représentent…que 13% des électeurs inscrits ! On croirait un suffrage censitaire.

Car, souvenez-vous. Une situation analogue s’est produite lors de la seconde Restauration, en 1815. La nouvelle chambre des députés élue au suffrage censitaire les 14 et 22 août 1915 est restée célèbre sous le nom de « Chambre introuvable », expression attribuée à Louis XVIII pour dire qu’il n’aurait pu en rêver une qui fût plus favorable à son trône ! Cependant la monarchie va très vite être confrontée à une Chambre plus royaliste que le roi.

Comme celle qui se profile, elle n’était pas constituée de vieux émigrés désireux de revenir à l’Ancien Régime. Sur les 381 députés qui composent la Chambre au début de l’été 1816, on trouve 197 bourgeois d’origine et 8 anoblis de l’Empire, contre seulement 176 nobles de l’Ancien Régime ; il y a 73 émigrés ; la plupart d’entre eux avaient accepté des fonctions militaires ou civiles sous l’Empire. Parmi les bourgeois, on compte 91 hommes de loi, magistrats et avocats et 25 négociants ou industriels. De plus, les députés sont relativement jeunes par rapport aux autres assemblées. En effet, elle ne compte que 45 sexagénaires, et 130 députés ont moins de 45 ans, ce qui signifie qu’ils avaient moins de 20 ans au déclenchement de la Révolution et ont mal connu les privilèges de la noblesse antérieurs à cette époque. Chose remarquable également, il n’y a pas d’ecclésiastique dans cette chambre si soucieuse des intérêts catholiques. Enfin, ce sont, en grande majorité, des hommes nouveaux dans la politique : seuls 61 ont siégé dans de précédentes assemblées. Ce sont autant de caractéristiques qui expliquent l’impulsivité et la maladresse de cette Chambre qui finira mal…

En revanche, la Chambre introuvable d’Emmanuel Macron sera entièrement à sa main, comme nous l’avons prédit ici : « Des néophytes à l’Assemblée nationale, uns fausse bonne idée ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/08/des-neophytes-a-lassemblee-nationale-un-fausse-bonne-idee/.

Ce n’est plus de Restauration dont il s’agit. Mais de Bonapartisme. Une imposture que les Français n’auront pas vu venir, malgré nos alertes. Tant pis pour eux, mais ça leur coûtera cher.

 

Estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, « Le Point », France 24 et LCP-AN.

Le 11 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Chronique d’une imposture annoncée :  » la chambre introuvable  » d’Emmanuel Macron.”

  1. alaintexier juin 11, 2017 à 10:19 #

    « AUX URNES CITOYENS ! »
    Quand la légitimité des élus se dérobe…

    « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice » (George Orwell)

    Le rideau vient de tomber sur ce premier tour des élections législatives et, comme lors des présidentielles, la vraie nature des responsables politiques s’est affichée au grand jour…
    C’est le chef de file LR, l’inénarrable François Baroin –postulant à Matignon- qui a ouvert, dès le 5 juin, la marche des courtisans vers le Pouvoir en prônant « un désistement dans le cas d’une triangulaire où le FN serait susceptible de l’emporter », invitant la République en marche et le PS à faire de même.
    Ces alliances ineptes ne sont pas de nature à transcender les partis, mais à favoriser les arrangements entre amis pour avoir sa place au soleil… Dès lors, il en résulte, par-delà les ambitions personnelles et les jeux de pouvoir, un manque flagrant de probité et d’éthique qui détourne inexorablement des urnes, les électeurs lassés par tant de malversations, de collusions, de palinodies et de versatilités de la classe politique… Où ils attendent l’espérance, on leur offre des bilans truqués, des chiffres faux, des compromissions, des « affaires » à répétitions… Rien, dans tout cela, qui ressemble à de la volonté, de l’enthousiasme, de l’espérance, par conséquent à de l’avenir. Alors, le sondage tombe comme une pierre dans le jardin de ces messieurs : ils nous ennuient… et les abstentions se multiplient lors des consultations électorales à l’exemple de ce premier tour où plus de 50% des électeurs se sont abstenus de voter. Que devient donc leur légitimité ? Que devient celle du Parlement ?
    Ce qui manque précisément aux élus, c’est la liberté de ne pas faire comme les autres, ne pas suivre aveuglément les consignes de partis, ne pas être inféodés à des lobbies. Ce qui manque à la plupart des responsables politiques pétris d’orgueil et assoiffés de pouvoir, c’est la liberté de faire valoir leurs talents propres, d’injecter des initiatives personnelles qui tiennent compte d’avis divergents, plutôt que s’évertuer à préserver contre vents et marées leurs propres intérêts. Ils sont le symbole moderne du cynisme absolu, de l’absence totale de fidélité à leurs idées, de l’opportunisme à la puissance 10
    Ce qui lasse désormais les électeurs, c’est cette nomenklatura régnante qui se partage depuis des lustres le pouvoir. Chez elle, le courage et la droiture sont passés de mode. Les fourbes sans esprit et les intrigants moroses sont en tous lieux les favoris des oligarques.
    « Nous étions les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes ». Dans « Le Guépard » de Luchino Visconti, le Prince Salina résume avec une lucidité remarquable mais une nostalgie poignante la sève du roman de Giuseppe Tomasi qui s’adapte parfaitement à la situation présente.
    Quand entendons-nous un de ces oligarques qui nous propose l’ardeur, l’action, l’honneur, l’élan, le sacrifice, la gloire, la patrie ? Mais non, il n’est question que de combinaisons, de petites alliances qui permettent de prendre les petites places et, par-dessus tout, de réchauffer sans cesse, pour en tirer son profit et y gagner sa croûte, l’opposition et presque la haine, entre Français. Depuis fort longtemps nous manquons d’hommes politiques d’envergure capables d’affronter les pires situations sans craindre d’être mis en « minorité », d’être « sanctionnés » lors d’une consultation électorale, de se voir opposer une « mise à l’écart » ou un chantage quelconque.
    Aujourd’hui, face au péril croissant que représente l’islamisation de la France, on sait bien ce qui se passerait si, par extraordinaire miracle un homme providentiel surgissait pour le combattre… Les laquais de télévision, les scribouillards, la « bien-pensance », les « humanistes » et le « politiquement correct » le traiteraient de « raciste », du moment qu’il voudrait libérer la France. On tendrait à sa sincérité tous les pièges possibles. Au lieu de l’aider, le soutenir et l’admirer, on ne s’occuperait que de le faire trébucher, à le déconsidérer, à l’écœurer. Hélas ! On y parviendrait sans doute, car quel cœur propre peut survivre aux ignominies de la « politicaille » ?
    « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait ! » écrivait Georges Bernanos. Alors, Français ! Prenez en main votre avenir !

    José CASTANO
    e-mail : joseph.castano0508@orange.fr

  2. alaintexier juin 12, 2017 à 12:37 #

    LUNDI 12 JUIN 2017

    Premier tour atypique : C’EST DU BRUTAL.
    170612

    Les résultats de ce premier tour d’élections législatives devraient d’abord s’interpréter à partir des chiffres réels.

    On nous parle d’un raz-de-marée macroniste ; or, les électeurs du président élu se comptaient 8,7 millions de voix au premier tour du scrutin présidentiel, soit 18,19 % des inscrits. Ils peinent à se retrouver dans les voix de « La République en Marche ». En regard, les estimations diffusées en boucle pendant toute la soirée électorale de ce 11 juin, indiquaient comme un triomphe pour la coalition gouvernementale, En Marche + Modem, un pourcentage de 32,9 % des voix, soit moins du tiers des suffrages, appliqués à moins de la moitié de votants, 49 %, cela représente à peine 16 % des inscrits.

    Ce que signifient ces chiffres paraît donc difficilement compatible avec les commentaires que l’on a entendus, que l’on ne pouvait pas ignorer ou ne pas entendre, tant ils ont été répétés, à l’envi, sur toutes les ondes.

    Une baisse de 2 points, environ 1 million de Français qui, ayant voté Macron le 24 avril n’ont pas voté pour les candidats de son parti le 11 juin, cela ne peut pas, cela ne devrait pas, se voir présenter comme une avancée pour ce parti.

    L’électorat Macron n’a pas progressé : il a simplement moins reculé que celui des autres. Pour l’aube nouvelle d’une nouvelle époque ce n’est pas bien enthousiasmant.

    Tout le monde a évidemment noté le taux record d’abstention, à hauteur de 51 %.

    Un tel double recul, à la fois la baisse de la participation au scrutin, et la fausse perspective de l’adhésion au parti des béni-oui-oui contrairement à ce que répètent les médias ne peuvent pas être gommés d’un trait par d’autres considérations. Ce double phénomène ne devrait d’ailleurs affliger sans réserve que les admirateurs béats du régime républicain actuel et de la réforme de 1962 instituant l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct.

    Ils doivent se comprendre aussi comme l’aboutissement d’un processus particulièrement lassant, étalé depuis les deux tours des primaires dans chaque cas.

    Soulignons, et pas mal d’intervenants l’ont signalé, le très petit rôle des débats de fond sur les idées et les grands choix d’avenir. Les médias, encadrés par l’ineptie du CSA, ont grandement contribué à empêcher de tels débats.

    Parler de raz-de-marée ou de tsunami revient à confondre les basses eaux des partis, qui dominaient depuis un bon quart de siècle et qui se trouvent désormais relégués dans l’opposition, avec la montée, qui ne s’est pas produite en valeur absolue, des candidats officiels.

    On n’en pouvait plus de ce marathon harassant et les dits candidats officiels ont bénéficié de cette fatigue des citoyens.

    Pour votre serviteur, en particulier, le hasard ou la providence auront d’ailleurs voulu que se terminent en même temps,

    – pour lui : une période assez longue de convalescence ayant sérieusement ralenti le rythme de rédaction de cette chronique, l’amenant à ne pouvoir revenir au quotidien ni sur cette campagne électorale ni, non plus, sur d’autres sujets de préoccupation plus permanents.

    – et, quant aux idées remuées par les commentateurs agréés, cette séquence électorale trop longue, marquée par l’évacuation des débats qui me semblent essentiels qu’il s’agisse de la protection sociale, ou des institutions européennes.

    L’humiliation d’ensemble, infligée plus particulièrement à quelques vieux caciques du parti socialiste, – exit Cambadélis, exit Hamon, exit Aurélie Filipetti, exit Menucci, exit Guigou, etc. – ne m’a, dois-je le dire, nullement attristé.

    Le Dr Le Guen retrouve sa vraie vocation et la réinvestit dans une sorte de médecine légale pour dire les choses plus brutalement et pour affirmer que le parti socialiste est mort. Il s’y connaît sans doute en macchabées, cet excellent clinicien.

    Attention cependant c’est du brutal, en effet. Mais on se prend à rêver d’un contrecoup qui verrait les opposants à la vaguelette macronienne se redresser très vite, en se rassemblant pour barrer la route, comme sous le second empire, aux candidats officiels.

    Signature. JG Malliarakis

    http://www.insolent.fr/2017/06/premier-tour-atypique-cest-du-brutal.html

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