La vie quotidienne des Grecs ne s’améliorera pas de sitôt.

16 Juin

Bruxelles et les Gauleiters de la Grèce ont beau se gargariser de l’accord signé hier entre le gouvernement grec et ses créanciers, rien ne va changer dans la vie quotidienne du pays. La population est exsangue et le restera. La raison en est fort simple : le nouveau prêt accordé à la Grèce ne servira, une fois encore, qu’à…rembourser ses créanciers sans permettre la moindre amélioration de la misère qui ronge le pays depuis sept ans !

Et ce n’est pas la satisfaction affichée aujourd’hui même par le président de la République française ( » C’est un bon accord « , a-t-il déclaré) qui va nous convaincre.

Les Européens ont donc annoncé qu’Athènes, pour avoir ces derniers mois largement rempli sa part du contrat, bénéficiera dans les semaines qui viennent d’un nouveau prêt de 8,5 milliards d’euros, prélevés sur l’enveloppe d’un troisième plan d’aide agréé en août 2015 et d’un montant total de 86 milliards d’euros.

Sous tutelle de ses créanciers – Fonds monétaire international (FMI), Banque centrale européenne (BCE) et Mécanisme européen de stabilité (MES) – depuis maintenant sept ans, la Grèce a continué depuis début 2017 à se réformer à marche forcée, allant même au-delà des mesures exigée initialement.

Ainsi, le gouvernement Tsipras a accepté une quatorzième réforme des retraites et une énième révision de l’impôt sur le revenu, des mesures d’austérité supplémentaires de presque 5 milliards d’euros exigées par le FMI et devant s’appliquer après la fin du plan d’aide, à partir de 2019 ! De quoi serrer de quelques crans supplémentaires la ceinture de ses compatriotes.

Athènes devrait ainsi pouvoir rembourser sans encombre des créances de la BCE arrivant à échéance début juillet et disposer de suffisamment de ressources pour payer ses arriérés de paiement au secteur privé grec. « L’accord de ce [jeudi] est plus que mérité », a estimé le commissaire à l’économie Pierre Moscovici.

En revanche, l’Eurogroupe a de nouveau botté en touche en ce qui concerne des allégements de l’énorme dette grecque (plus de 320 milliards d’euros, près de 180 % de son produit intérieur brut, PIB) à partir de la fin du plan d’aide. Les ministres des finances européens font miroiter cet argument depuis bientôt deux ans mais ne donnent jamais suite.

Ils prétendent aujourd’hui qu’ils seraient prêts à envisager une extension des maturités de la dette grecque (un étalement des paiements) de quinze ans supplémentaires et n’exigent plus, à partir de 2022, qu’un surplus primaire (surplus avant paiement des dettes) « proche » de 2 %, ce qui donnerait enfin un peu de marge de manœuvre aux finances publiques grecques. Mais ce ne sont encore que des promesses alors qu’il est évident que la Grèce ne peut en aucun cas s’en sortir sans un réaménagement significatif de sa dette. Et tout de suite. Le gouvernement d’Alexis Tsipras aurait mieux fait de nous entendre lorsque nous affirmions, en 2015, que le salut pour son pays ne viendrait que d’un « Grexit« .

Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a annoncé que le Fonds allait enfin participer au troisième plan d’aide avec une enveloppe de 2 milliards d’euros de prêts, mais qui ne sera versée qu’à condition que la dette soit jugée soutenable. Et le serpent se mord la queue…

D’ailleurs, Christine Lagarde a bien résumé l’état d’esprit général, lançant en fin de réunion : « Personne ne prétend qu’il s’agit de la meilleure solution, mais c’est la deuxième meilleure solution, en tout cas elle n’est pas mauvaise. » Quel humour !

Les Européens sont-ils pour autant parvenus à résoudre définitivement le « problème » grec ? Loin de là. Le Premier ministre Alexis Tsipras réclamait depuis des mois des engagements rapides sur un allégement de la dette, ce qu’il n’a donc que très partiellement obtenu. Mais « au moins, on ne va plus en parler dans les six prochains mois, ce qui permettra de passer les élections fédérales allemandes [fin septembre] », confiait un diplomate proche des discussions. Car la clé du problème est là : les élections législatives allemandes.

Personne n’en doute plus, il s’agissait aussi, lors de cette réunion à Luxembourg, d’éviter une nouvelle crise aiguë en versant à Athènes les sommes nécessaires avant ses échéances de juillet, tout en repoussant à plus tard une décision sur la dette hellène. Le sujet est toujours impopulaire en Allemagne, et le ministre Wolfgang Schäuble (dit le Dogue allemand) voulait absolument l’escamoter pendant la campagne électorale.

Si l’agenda allemand a largement pesé sur l’Eurogroupe, « tout le monde a fait des efforts, allant jusqu’au bout de ce que chacun pouvait se permettre politiquement », estime un diplomate bruxellois. De fait, le FMI a accepté de rejoindre le plan d’aide, même s’il estime que les promesses de réduction de la dette grecque par les Européens ne sont toujours pas suffisantes. Le fonds a trouvé la pirouette d’un accord « de principe » pour s’en sortir par le haut. On verra bien plus tard…

Quant à l’action du ministre français de l’Economie, Bruno Lemaire, elle reste ambiguë bien qu’il ait fait un déplacement à Athènes, lundi, et multiplié les contacts avec son homologue allemand. La seule idée originale proposée par la France est celle d’un mécanisme d’indexation des remboursements grecs sur le niveau de la croissance du pays qui a été retenue dans les conclusions de l’Eurogroupe et sera étudiée. Gardons-nous cependant de tout optimisme dans ce domaine tant la situation est verrouillée depuis longtemps par les Allemands qui n’ont qu’une idée en tête : exclure la Grèce de la zone euro. Que ne se sont-ils montrés plus prudents au moment de son admission alors qu’ils savaient pertinemment que les comptes du pays avaient été rendus faussement présentables par des banquiers internationaux peu scrupuleux ?

La démarche française ne s’inscrirait-elle pas, plutôt, dans une entreprise de promotion et de valorisation du nouveau président de la République comme nous l’évoquions dans un récent article ? (Lire « Et si c’était un coup monté ? » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/23/et-si-cetait-un-coup-monte/). Car Bruno  Lemaire compte bien avancer sur une des promesses de campagne du président français : la relance de l’intégration politique de l’union monétaire. Il a annoncé en mai, conjointement avec M. Schäuble, un « groupe de travail » sur le sujet. Mais il a conscience qu’il sera impossible de progresser sur une thématique aussi épineuse dans les mois qui viennent, s’il faut en même temps gérer une énième crise grecque…

En vérité, les Grecs sont les otages d’une interminable épreuve de force entre le FMI et l’Allemagne qui n’a plus rien à voir avec leur intérêt, voire même celui des autres Européens. Alors, si Emmanuel Macron s’en mêle en cherchant à tout prix une alliance avec Angela Merkel, ils ne sont pas près de voir le bout du tunnel. 
Le 16 juin 2017.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.
 

 

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