Il y a même des bobos noirs à Paris…

17 Juin

« Ne nous libérez pas, on s’en charge »

C’est le cri des afroféministes qui prétendent organiser à Paris un barnum réservé exclusivement aux femmes noires de la capitale, du 28 au 30 juillet prochain. Ces bécasses ont oublié que nos amies Anne Brassié et Stéphanie Bignon (membres du CER) ont publié, en 2014, un petit traité pour les femmes actuelles  que l’on a de bonne raisons de situer à l’opposé de leurs prétentions et intitulé  » Cessez de nous libérer  » ! Drôle, non ? (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/03/13/bulletin-climatique-quotidien-13-mars-2014-de-la-republique-francaise/)

Mais de quoi nous parlent les bécasses en question ? Les militantes du collectif Mwasi (« fille » ou « femme », en lingala, une langue parlée en République démocratique du Congo MAIS PAS EN FRANCE !), organisent le festival afroféministe Nyansapo, du 28 au 30 juillet à Paris et remercient Anne Hidalgo : le 28 mai, la maire de la capitale leur a offert une publicité inespérée quoi qu’attendue.

Reprenant une affirmation de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui l’avait elle-même piochée dans un communiqué de Wallerand de Saint-Just, conseiller régional Front national (FN) d’Ile-de-France (il n’y a pas de petits profits), l’élue socialiste a condamné sur Twitter « cet événement “interdit aux Blancs” », avant de menacer de demander au préfet d’en empêcher la tenue et d’envisager de porter plainte pour discrimination contre les initiatrices.

 La grande majorité des « ateliers » est effectivement réservée aux femmes noires, d’autres aux personnes noires et aux femmes « racisées » (qui disent subir l’assignation à une race) et quelques tables rondes, expositions et DJ sets seront bien ouverts à tous car il faut bien remplir….

La presse mondiale avait relayé l’affaire, le hashtag #JeSoutiensMwasi s’était hissé en tête des sujets les plus tweetés. Surtout, les réseaux sociaux avaient hystérisé les débats : pendant que les unes et les autres s’insultaient (par exemple, l’incontournable Audrey Pulsar, opposée à cette non-mixité, « emmerde » celles ou ceux qui la traitent de « nègre de maison », en revanche l’association Osez le féminisme ! soutient le collectif et juge « ridicule » la position d’Anne Hidalgo), Mwasi, accusé de communautarisme, répliquait en reproduisant le trombinoscope de la Licra, furieusement blanc, et rappelait que la municipalité a financé le festival du film lesbien et féministe, non mixte, sans barguigner.

Tout cela est pathétique mais en dit long, hélas, sur le degré de pourrissement de la société française. Ces dames afro-féministes, sans doutes bien intentionnées, seraient mieux inspirées de faire ce genre de manifestation à Dakar, Abidjan, Lomé, etc… car à Paris leurs congénères ne les voient que comme des bobos nanties ne parlant que d’une africanité fantasmée.

Pourtant, Mwasi, « collectif féministe, antiraciste, anticapitaliste, anticolonialiste » (vous apprécierez sans aucun doute cette litanie de poncifs…), qui a refusé de parler à la presse à l’exception de Paris Match, n’en espérait pas tant. Sharone Omankoy, 31 ans, qui fut à l’origine du collectif qu’elle a cofondé en 2014 avec des femmes afrodescendantes, raconte justement comment elle avait imaginé un mouvement « en phase avec son temps : Facebook, Twitter, Instagram et autres offraient la possibilité d’une cybermilitance efficace. Mwasi a compté une quinzaine de membres et quelques sympathisantes entre 2015 et 2016, je l’ai d’abord pensé comme un espace d’échanges où les femmes noires pouvaient collectivement porter des revendications sur les réalités qu’elles subissent en France, quitte à bousculer le féminisme traditionnel lorsqu’il fait l’impasse sur la question raciale. » Ou comment l’entre-soi et les réseaux médiatiques font l’évènement…à partir de rien !

Les réseaux sociaux aidaient aussi à la mobilisation. Et, le 8 mars 2015 à Paris, des femmes noires défilaient entre elles, en brandissant des banderoles spécifiques proclamant « Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule ». Ce jour-là, dit Sharone Omankoy en souriant, « nous étions enfin visibles ». Depuis, on ne voit plus qu’elles.

Désormais hors de Mwasi (« c’est bien aussi de se réapproprier sa parole individuellement »), Sharone Omankoy tient un blog, Le Kitambala agité, du nom du turban qu’elle porte noué autour de ses tresses et qui hausse encore sa grande taille (« il fait partie de moi, je trouve qu’il me donne de la prestance »). Sur Twitter, Tumblr, YouTube et une webradio, elle partage anecdotes, « lubies »,réflexions. Parfois sur des sujets personnels, parfois sur des thèmes plus politiques, comme l’accueil des femmes noires séropositives qu’elle accompagne au quotidien dans une association. Mais elle livre aussi régulièrement des chroniques musicales aux choix plutôt éclectiques : « Afroféministe, c’est pas juste un besoin de gueuler, c’est l’envie d’être heureuse… », dit-elle.

Et c’est aussi avec Internet que Nawale, née il y a vingt-trois ans de parents comoriens (sans doute un des bienfaits de la départementalisation de Mayotte par la folie de Nicolas Sarkozy) et désormais active sur Twitter ou YouTube sous l’appellation Miss Elawan, a étoffé ses convictions afroféministes : « J’en ai appris plus qu’à la bibliothèque, seule dans mon coin. Même si c’est virtuel, on échange avec de vraies personnes. » Mais qui en aurait douté ?

Elles l’ont aidée à définir le concept-clé de l’afroféminisme, celui d’« intersectionnalité », que formula la juriste américaine Kimberlé Crenshaw pour définir la conjonction de discriminations (genre, couleur de peau, classe sociale) que peuvent subir les femmes noires.

Elles l’ont éclairée sur tous ces mots-valises qu’elles affectionnent : blantriarcat (la domination masculine et blanche), mysoginoire (corrélation du sexisme et de la négrophobie), afropéenne (européennes d’ascendance africaine). Les médias en raffolent, comme ils l’ont montré avec leur…Obamania!

Mais, vous l’aurez compris, tout cela n’est que verbiage.

Christelle Oyiri, 24 ans, sera elle aussi au festival pour y mener conversation avec Casey, la rappeuse d’ascendance martiniquaise. Christelle, la volubile, revendique un féminisme « punk » tendance Virginie Despentes, en laquelle elle se « retrouve presque totalement ». Elle est DJ sous le nom de crystallmess, écrit pour le site musical Noisey, a collaboré à la chaîne télé de Vice, est membre du site Atoubaa, fondé par son amie Rhoda Tchokokam, où les femmes noires se racontent à travers des photos, des textes, des poèmes ou des podcasts sur le bien-être.

Comme presque toutes les jeunes femmes rencontrées, elle évoque l’inquiétude de ses parents face aux affirmations identitaires de leur fille. Eux qui furent souvent discrets jusqu’à l’effacement, qui encourageaient à ne pas faire de vagues et à travailler deux fois plus pour suivre les voies royales de l’éducation, craignent qu’elles ne pâtissent de leur exposition : « Mon père, lui-même anti-impérialiste, comprend mon engagement, mais il aurait préféré que je sois politisée genre bien, au PS (sic), et pas de manière communautaire, par crainte que je ne me ferme des portes. Mes frères et sœurs sont de la génération qui avait 20 ans en 1998, celle de la France black-blanc-beur : ils ont peur du communautarisme. » 

D’ailleurs, Axelle Jah Njiké le craint aussi. Militante féministe, engagée dans la lutte contre les mutilations sexuelles et les mariages forcés, cette Camerounaise qui a grandi et vécu à Paris désapprouve la non-mixité de Nyansapo, qu’elle qualifie d’assignation. « Je refuse d’être déterminée par ma communauté, tout comme je refuse d’être définie par les oppressions que j’ai pu subir », soutient celle dont la jeunesse fut parfois difficile à cause d’un grand frère à la main leste.

Les sites qu’elle a créés reflètent sa manière d’envisager l’émancipation, à la première personne: « Parce que tout commence par notre épanouissement et que le sexe est politique. Pourquoi ces jeunes filles si promptes à dénoncer la mysoginoire abordent si peu les questions de l’intime et les conditions parfois faites aux femmes dans leurs propres communautés ? » Elle regrette que « certaines entendent la quête d’identité surtout en termes de race et n’envisagent le monde que sous ce prisme. »

« Evidemment que l’on est noires, mais on ne va quand même pas se définir uniquement par ça », affirme, comme en écho, Prisca Munkeni Monnier, à l’origine de BlackAttitude Magazine, avec Catia Mota Da Cruz.

Ce fut d’abord un site Web, puis un magazine dont la première version papier est parue il y a deux ans. L’une est photographe, originaire du Congo-Kinshasa, l’autre, directrice artistique, est née de parents capverdiens. Prisca est photographe et rédactrice en chef, Catia styliste et directrice artistique. A la fois voyageuse, arty, très mode, faite de rencontres et de coups de cœur, leur revue souhaite « explorer les cultures noires et les faire dialoguer avec d’autres » en échappant aux clichés – noires, femmes, artistes – dans lesquels on veut les enfermer.

C’est aussi le désir de Chayet Chiénin, 31 ans, qui a créé et anime Nothing But the Wax, du nom du tissu hollandais qui a envahi les marchés africains et déferle cette saison dans le prêt-à-porter occidental, un blog qu’elle vient de transformer en un très élégant média en ligne. Pas plus que Prisca et Catia, la jeune femme, née de parents ivoiriens, ne veut se « définir par des cases ». Un peu à l’image de son magazine qui, au-delà de la mode et des créateurs afrodescendants, célèbre un héritage mais de manière très ouverte, « avec des images qui permettent de sortir des assignations traditionnelles », par exemple en explorant l’influence que peut avoir Frida Kahlo sur des artistes d’origine africaine : « C’est tout un monde que l’on ne voit pas dans les médias et que l’on veut mettre en lumière. Parler de beauté noire, c’est déjà politique. »

Vous remarquerez quand même la quasi-permanence des titres anglophones de leurs revues, de leurs sites ou de leurs associations…Pour des militantes de l’Afroféminisme français, c’est pour le moins questionnant et, pourquoi pas, carrément provocant.

Mais c’est sans doute pour être en adéquation avec le quartier Château-Rouge, le coeur afro-américain de Paris, où de nombreuses boutiques de créateurs et autres galeries exotiques tentent de promouvoir une gentrification colorée dont raffolent les bobos et où il est de bon ton de baragouiner la langue américaine !

C’est Harlem à Paris.

 

Le 17 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Il y a même des bobos noirs à Paris…”

  1. Hervé J. VOLTO juin 19, 2017 à 11:03 #

    Nous, les gens de couleur, on les aime quand ils sont Chrétiens: ce sont alors des frères de couleur. Les musulans, on ne les veut pas, même s’ils sont blancs.

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  1. Conseil dans l’espérance du roi: Il y a même des bobos noirs à Paris… | actualitserlande - juin 19, 2017

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