Nos enfants et nos petits-enfants ont du souci à se faire pour le devenir de leur santé.

17 Juin

Hippocrate

Nous ne parlerons pas ici des conséquences dramatiques à attendre de l’usage des stupéfiants. Nous en avons déjà largement fait part ailleurs et, en particulier, à propos du cannabis et de la volonté sournoise de nos dirigeants politiques d’en facilité l’accès et la consommation (notre moteur de recherche vous permettra d’accéder à ces articles avec le mot-clé « cannabis« ).

Nous voudrions plutôt attirer l’attention sur un autre danger, que nous avons aussi déjà évoqué : les effets néfastes des perturbateurs endocriniens (Lire « Nous osons le dire : l’Union européenne est une organisation criminelle » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/02/25/bulletin-climatique-du-week-end-2526-fevrier-2017-de-la-republique-francaise/).

Des travaux récents montrent en effet combien les conséquences de l’utilisation de ces produits sont néfastes, en particulier, chez les jeunes. L’une des plus préoccupante est l’augmentation du nombre de cas de puberté précoce et d’anomalies génitales. Problèmes que connaît bien votre serviteur pour avoir fréquenté intensément l’endocrinologie gynécologique pendant quarante ans.

C’est ainsi qu’en France, le Sud-Ouest et le Centre-Est présentent une fréquence de pubertés précoces nettement supérieure à celle du reste du territoire. Cette hétérogénéité spatiale est mise en évidence par les chercheurs appartenant notamment à Santé publique France, l’agence nationale de santé publique, qui ont présenté leurs constatations lors des rencontres annuelles de l’institution mardi 30 mai. Ils ont également relevé une augmentation de plusieurs anomalies sexuelles masculines : dégradation de la qualité du sperme, cancers du testicule, position anormale du testicule (cryptorchidie). Des résultats qu’ils estiment compatibles avec une exposition environnementale à des perturbateurs endocriniens.

Présentes dans l’air, l’eau et l’alimentation, ces substances chimiques étrangères à l’organisme interfèrent avec le bon fonctionnement hormonal, entraînant des anomalies. Mais, pire, on sait aujourd’hui qu’elles peuvent être transmises à la descendance.

Qu’est-ce qu’une puberté précoce ? Alors que la première manifestation de la puberté survient en général entre 9 et 12 ans chez les filles, avec le développement des seins, et entre 11 et 13 ans chez les garçons, avec l’augmentation du volume des testicules, on parle de puberté précoce quand le développement des caractères sexuels secondaires (seins, pilosité) survient avant l’âge de 8 ans chez une fille, et du volume des testicules avant 9 ans pour les garçons. La survenue de ces signes avant 6 ans est plus rare, bien que « le développement prématuré de la glande mammaire s’observe de plus en plus chez des filles entre 3 et 7 ans », indique le professeur Sultan (endocrinologue hospitalier à Montpellier) – qui a même reçu dans son service une fillette de 4 mois avec des seins de la taille d’une orange.

« Des études épidémiologiques montrent un développement prématuré précoce de la glande mammaire, d’au moins un an voire deux », indique le professeur Sultan. Ce constat fait l’objet d’un large consensus. En 2008, un panel d’experts réunis par l’agence de protection de l’environnement et par l’académie des sciences américaines avait analysé les données disponibles pour les Etats-Unis entre 1940 et 1994 et avait conclu sans ambiguïté, dans un article publié par la revue Pediatrics à la réalité et à l’ampleur du phénomène. Depuis, d’autres études épidémiologiques ont confirmé cette tendance.

D’ailleurs, votre serviteur avait déjà observé, il y a une dizaine d’année, une fréquence anormalement élevée de la précocité du développement mammaire chez les jeunes filles mais aussi des hypermasties (hypertrophie de la glande mammaire) autour puis après l’installation de la puberté.  Cette situation est préoccupante car elle signifie une exposition plus longue et plus importante des cellules mammaires non seulement aux hormones mais aussi à certains cancérigènes non hormonaux. La probabilité de voir augmenter le nombre des cancers du sein au cours des prochaines décennies et même des générations suivantes est donc forte. Nos filles et petites filles pourront, n’en doutons pas, remercier l’industrie chimique mais aussi les organisations et les dirigeants politiques qui, par complaisance vis-à-vis des lobbys industriels, n’auront pas eu le courage de prendre les décisions préventives nécessaires.

 Voici, en tout cas, ce que montrent les travaux de l’Agence nationale de santé publique.

Sur la période 2011-2013, Joëlle Le Moal et son équipe (Santé publique France), en collaboration avec Julianne Léger et Jean-Claude Carel (hôpital Robert Debré, AP-HP), ont comptabilisé 3 519 cas de puberté précoce apparaissant chez des fillettes avant 8 ans, soit en moyenne 1 173 cas par an (2,68 cas pour 10 000). Dix fois plus que chez les garçons de moins de 9 ans : 352 cas en 2011-2013, soit en moyenne 117 cas par an (0,24 cas pour 10 000).

La puberté précoce est vite repérée du fait des modifications physiques apparaissant nettement plus tôt qu’attendu chez des enfants. Dans la plupart des cas, en particulier chez les filles (avec notamment des poussées mammaires, l’apparition de poils pubiens, le début des règles), il n’existe pas de cause connue. Des traitements peuvent bloquer la puberté jusqu’à un âge plus normal. C’est en étudiant la base de données des remboursements de l’Assurance-maladie que les chercheurs ont recensé les pubertés précoces traitées.

Parce qu’elle correspond avant tout à une mise en place d’un dispositif de surveillance et non à un travail pour élucider les causes des phénomènes observés, l’étude ne permet pas de conclure sur l’origine de l’hétérogénéité spatiale de l’incidence des pubertés précoces. Des entretiens conduits auprès de pédiatres endocrinologues dans cinq régions différentes ne sont pas en faveur de pratiques médicales discordantes qui auraient expliqué les différences géographiques.

Les épidémiologistes ont été frappés par la similarité de la répartition géographique des cas pour les filles et les garçons. Le fait de retrouver le même schéma de fréquence de l’anomalie selon les régions suggère des mécanismes communs aux deux sexes., ce qui tend à évoquer des facteurs de risque communs. « On ne peut pas exclure d’autres facteurs comme le surpoids et le rayonnement UV, connus pour favoriser les pubertés précoces, mais c’est un argument à l’appui de l’hypothèse d’une exposition environnementale à des pesticides ou à des émissions industrielles. Nous allons réaliser une analyse à une échelle plus fine pour préciser cela et également utiliser les données plus anciennes », commente Joëlle Le Moal.

Les chercheurs entendent en effet confronter les indications géographiques aux familles de cultures (viticulture, céréales…) pour lesquelles les produits utilisés et les expositions à des perturbateurs endocriniens varient. Ils souhaitent construire ainsi une panoplie d’indicateurs de la santé reproductive à l’échelle de la France entière. Cela permettra de suivre l’évolution et de juger de l’efficacité des politiques de prévention qui pourront être mises en œuvre dans ce domaine.

Nul doute que nous aurons donc à reparler de cet inquiétant phénomène.

Le 17 juin 2017.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la Santé publique.

 

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2 Réponses to “Nos enfants et nos petits-enfants ont du souci à se faire pour le devenir de leur santé.”

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  1. Conseil dans l’espérance du roi:Nos enfants et nos petits-enfants ont du souci à se faire pour le devenir de leur santé. | actualitserlande - juin 19, 2017

    […] Nos enfants et nos petits-enfants ont du souci à se faire pour le devenir de leur santé. […]

  2. Combien de couleuvres Nicolas Hulot avalera-t-il avant de quitter le gouvernement ?-conseil dans l’espérance du roi | actualitserlande - juillet 5, 2017

    […] Le texte adopté n’a toutefois pas évolué par rapport à la version présentée le 30 mai par la Commission – mais non mise au vote en raison de la vacance du pouvoir en France. Or cette version avait suscité une mise en garde de trois sociétés savantes : l’Endocrine Society, la Société européenne d’endocrinologie et la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique (Lire « Nos enfants et nos petits enfants ont du souci à se faire pour leur santé » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/17/nos-enfants-et-nos-petits-enfants-ont-du-…). […]

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