Les Allemands sont des pleutres. C’est le signe de leur prochaine disparition.

19 Juin

Ne vous fiez pas à la bonne santé économique (apparente) de l’Allemagne, pas plus qu’il ne faut vous laisser impressionner par la puissance de son industrie ou le succès de ses…grandes routières. Car l’Allemagne se meurt. L’Allemagne est presque déjà morte.

Curieux diagnostic, direz-vous à l’heure où elle semble pourtant chaque jour davantage faire la pluie et le beau temps au sein de l’Union européenne. En vérité, ne vous y fiez pas non plus car  » À vaincre sans péril on triomphe sans gloire  » !

Mais l’élément le plus démonstratif de notre pronostic n’est pas là. Il est dans l’avachissement du peuple allemand et son incapacité à tenir le dragée haute à sa chancelière.

A trois mois des élections législatives allemandes du 24  septembre, le match semble déjà plié : sauf surprise, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) devrait arriver en tête du scrutin, et sa présidente, Angela Merkel, sera reconduite à la tête du gouvernement pour la quatrième fois d’affilée. A 62 ans, la chancelière continue de jouir d’une popularité exceptionnelle. Selon la dernière vague du baromètre mensuel ARD-DeutschlandTrend, réalisé par l’institut Infratest Dimap les 6 et 7  juin, malgré sa désastreuse gestion de la crise migratoire, 64  % des électeurs se disent satisfaits par son action, ce qui en fait la personnalité politique la plus appréciée outre-Rhin, vingt-huit points devant Martin Schulz, le président du Parti social-démocrate (SPD), dont les chances de lui succéder s’amenuisent semaine après semaine.

Quels sont les ressorts de cette insolente popularité ? Comment Mme  Merkel, qui avait vu sa cote de confiance s’éroder en  2016, au point que plusieurs journaux évoquèrent alors son  » crépuscule « , a-t-elle retrouvé un niveau d’adhésion comparable à celui qui était le sien avant la crise des migrants de 2015 ? Pourquoi semble-t-elle épargnée par le  » dégagisme  » qui, ces derniers mois, a contraint François Hollande à renoncer à briguer un second mandat en France, a poussé vers la sortie le président du conseil italien Matteo Renzi, a favorisé l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et coûté cher à Theresa May lors des dernières élections britanniques ?

Selon les spécialistes de l’opinion, et alors que la droite populiste n’a ni homme providentiel ni programme digne de ce nom à proposer pour le pays, l’explication tient d’abord à la situation internationale.  » La politique étrangère est aujourd’hui un thème majeur de préoccupation en Allemagne, explique Michael Kunert, de l’institut Infratest Dimap. La victoire de Trump, les doutes sur l’avenir de l’Europe avec le Brexit, les tensions de plus en plus fortes avec la Turquie, la relation compliquée avec la Russie, tout cela inquiète beaucoup les Allemands.Or, dans ces domaines, l’expérience de la chancelière joue en sa faveur, et les électeurs estiment qu’elle est la mieux à même de défendre les intérêts du pays. Dans ce monde incertain, elle incarne une stabilité qui rassure.  » En d’autres termes, au lieu de réfléchir et de s’armer de courage, les Allemands se réfugient dans les bras de  » Mutti « . Car  » Mutti  » les protège. En tout cas c’est ce qu’ils croient.

Pour Mme  Merkel, qui est devenue chef du gouvernement quand George W. Bush était encore à la Maison Blanche et Jacques Chirac à l’Elysée, le contexte géopolitique agit comme un puissant antidote contre l’usure du pouvoir. En d’autres circonstances, sa longévité jouerait en sa défaveur.  Hélas, elle est devenue son principal atout.

Peu coutumière des coups d’éclat diplomatiques, la chancelière a su prendre, dans ce domaine, des initiatives populaires. Ainsi de sa nette prise de distance à l’égard des Etats-Unis après le sommet du G7, en Italie, fin mai. Un positionnement qui lui permet aujourd’hui, selon une recette qui lui a souvent été profitable, de priver ses adversaires du SPD d’une thématique qui leur est chère, en l’occurrence l’antiaméricanisme, en la reprenant elle-même à son compte…

De la même façon qu’en 2015 elle avait ouvert grandes les portes de son pays au déferlement des migrants venus du Proche-Orient et pénétrant par la route dite des Balkans (faisant ainsi le malheur de tous les pays dévastés par ces nouvelles invasions barbares) avant de jouer à la vierge effarouchée ou à l’épouse trahie après les viols en série et les attentats islamistes meurtriers de 2016 qu’elle avait contribué à favoriser. Au point que cette question a aujourd’hui quasiment disparu des médias allemands. Et lorsqu’elle resurgit, la chancelière s’évertue à montrer qu’elle a tiré les leçons du passé ! Fini l’époque des selfies avec les réfugiés : désormais, Mme  Merkel ne manque pas une occasion de rappeler que la réduction des flux migratoires est sa priorité, sans pour autant renier sa politique. Mais sans dire non plus comment elle compte le faire.

Plus faux-cul, tu meurs !

Cet équilibre semble pourtant payant puisqu’en quelques mois, la chancelière a réussi à faire taire les critiques de la droite conservatrice, en particulier de la CSU bavaroise, hostile à l’ouverture des frontières, tout en conservant son crédit auprès de ceux qui avaient approuvé sa politique d’accueil. C’est le cas des électeurs écologistes qui, s’ils élisaient directement le chancelier, seraient 52  % à voter pour Mme  Merkel et seulement 38  % à préférer M. Schulz.

Le dernier facteur, enfin, est lié à la situation économique.  » Les Allemands considèrent que leur économie va mieux qu’en  2005, quand Merkel est arrivée au pouvoir, et qu’elle est dans un meilleur état que celle des autres grands pays européens, et cela profite naturellement à la chancelière « , observe M.  Kunert. Ce sentiment, largement partagé, explique pourquoi le choix fait par M.  Schulz de mettre la  » justice sociale «  au cœur de sa campagne ne s’impose pas dans le débat public.  » Merkel apparaît comme celle qui a protégé l’Allemagne de la crise financière de 2008 et de la crise de l’euro de 2013 : la sécurité qu’elle incarne sur le plan diplomatique a son pendant sur le terrain économique « , analyse Manfred Güllner, ancien conseiller du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder et directeur de l’institut Forsa.

Mais à quel prix ! Les pays de l’Europe du sud sont exsangues, la Grèce s’effondre doucement, dans l’indifférence générale, sous le joug du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, la France fait encore un peu illusion mais ne le doit qu’au racket fiscal opéré par ses dirigeants alors que sa croissance s’effondre et sa dette explose…

Appréciée, y compris par les électeurs du SPD, dont 24  % souhaitent qu’elle reste chancelière plutôt que de voir M. Schulz lui succéder, Mme  Merkel semble ainsi répondre aux aspirations d’une société qui se voit comme un îlot de prospérité et de stabilité dans un monde turbulent. Et qui, pour cela, préfère l’expérience à l’expérimentation.

On se croirait au Congrès de Vienne où l’on s’amusait tant…

Certes moins populaire que dans la première moitié de son troisième mandat, quand il lui arriva d’atteindre 75  % d’opinions favorables, Mme  Merkel n’obtiendra peut-être pas, le 24  septembre, son score de 2013 (41,5  % des voix). Mais l’avance de près de quinze points de la CDU/CSU sur le SPD lui permet d’envisager l’issue avec sérénité. Une telle configuration sondagière explique sans doute pourquoi elle a choisi, jusqu’à présent, de se concentrer sur sa tâche de chef de gouvernement, sans faire de meeting ni encore esquisser de programme, à la différence de M. Schulz. Comme si être chancelière était son meilleur argument de campagne pour espérer le rester.

Jusqu’à quand ? Car il faudra bien se réveiller un jour.

Le 19 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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