Centrafrique : le pire est probablement devant eux.

22 Juin

Ceux qui nous lisent savent ce que nous pensons du drame de la Centrafrique et connaissent nos réticences vis-à-vis de l’intervention militaire française dans ce pays (Lire « Tout ça pour ça… » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/10/31/bulletin-climatique-quotidien-31-octobre-2016-de-la-republique-francaise/). Voici d’ailleurs la dernière phrase de notre article :  » Qu’allions-nous faire dans cette galère entre la peste de la guerre civile et le choléra de la guerre de religion ?« 

Or, comme on pouvait s’y attendre, la situation ne cesse de s’y dégrader. «  La haine est dans le cœur des gens « , se lamente l’abbé Gildas. Mi-mai, elle s’est abattue sur Katekondji, un quartier chrétien de cette ville contrôlée par des groupes armés rivaux, musulmans pour la plupart.  » Le pire est peut-être à venir « , ajoute-t-il.

Assis sur le pas de sa porte, l’abbé désigne un petit pont de bois qui enjambe un marigot au coin de sa mission.  » C’est comme une ligne de démarcation « , explique-t-il. Là, sur le bord de la rue en latérite, une poignée d’hommes en armes surveillent paresseusement les allées et venues des habitants. Les derniers soubresauts d’une interminable crise centrafricaine ont placé la mission à la  » frontière  » de deux quartiers musulmans tenus par de petits chefs de guerre qui ont entre leurs mains le destin de milliers de civils soumis aux revirements violents des alliances rebelles volatiles.  » S’ils décident de se battre, cela nous retombera dessus « , redoute l’abbé Gildas. Or, les motifs ne manquent pas.

Dans la cour de la mission, il y a près de 300  personnes, peu d’hommes. Les femmes sont venues se réfugier après l’offensive de rebelles musulmans contre des éléments armés chrétiens mis en déroute la nuit du 16  mai. Deux jours de pillages et de violences s’ensuivirent. Comme toujours avec ces gens-là.

Une base marocaine de la Mission des Nations unies en RCA (Minusca), déployée dans le pays depuis la guerre civile de 2013-2014, verrouille pourtant l’unique piste d’atterrissage en terre.  » Ils sont là quand tout va bien mais s’enferment dans leur base dès que ça tire « , s’emporte l’abbé Gildas. Une critique étendue à l’ensemble du pays alors que, selon le porte-parole du gouvernement, Théodore Jousso,  » les groupes armés contrôlent quatorze des seize régions de la Centrafrique « .

Cet effet de contagion a repris en septembre 2016, après quelques mois d’accalmie liée à la présence militaire internationale et la perspective de la présidentielle remportée début 2016 par Faustin-Archange Touadéra. Dans la foulée, la principale force de dissuasion déployée en RCA, le contingent français  » Sangaris « , s’était retirée du pays. Ouf ! Et depuis, le nouveau pouvoir – quasiment dépourvu de tout appareil de sécurité – brille par sa faiblesse et son indécision.

Les groupes politico-militaires issus de l’ex-mouvement Séléka, essentiellement des musulmans venus de l’est et du nord du pays soutenus par les voisins tchadiens et soudanais, et les groupes d’autodéfense anti-balaka, plutôt chrétiens et animistes, ont donc repris les armes et leurs règlements de comptes.

Ces groupes se font et se défont, nouent et dénouent des alliances à géométrie variable suivant des lignes communautaires, politiques ou religieuses, avec, en filigrane, le contrôle des ressources du pays (or, diamant, cheptel…).

Depuis longtemps, la Centrafrique n’est qu’un Etat fantôme. Aujourd’hui, il n’existe qu’à l’intérieur de la bulle de Bangui où les partis politiques ourdissent des luttes politiques stériles aiguisées par la perspective gourmande de fondre un jour sur les maigres prébendes d’un Etat décharné. Pendant ce temps, le pays implose.

A Bria, le commandant de gendarmerie en témoigne. Ici, dans cette ville de 46 000 habitants, sa  » compagnie  » ne compte que sept éléments.  » De gendarmes, nous n’avons que le nom. Sans un vélo pour nous déplacer « , se lamente le lieutenant Ngabdia. Le maire raconte aussi ce naufrage national.  » Les fonctionnaires doivent aller à Bangui pour toucher leur salaire. En temps normal, c’est une semaine en bus « , explique Maurice Balekouzou. Impossible, en ces temps d’embuscades.

Lui, ne sort de la mission catholique que pour aller à l’hôpital rendre visite à son frère et son jeune neveu grièvement blessé à coups de machettes lors de ces tristes journées de mai.  » Ils me cherchaient pour me tuer « , raconte-t-il. Qui, ils ?  » Les Tchadiens « , glisse-t-il en désignant le quartier Lsmi, de l’autre côté du vaste terrain vague qui s’étend devant l’entrée de la mission.

C’est de là que le «  général  » Ahmat Issa, faisait régner la terreur. Samedi 17 juin, il est tombé dans une embuscade à l’extérieur de la ville. Rencontré quelques jours avant sa mort, Ahmat Issa, ancien sous-officier des Forces armées centrafricaines (FACA) devenu rebelle, justifiait la mise à sac de Katekondji, conséquence d’une autre tuerie, une semaine auparavant, à 300  kilomètres plus au sud, à Bangassou, sur les rives d’un affluent de l’Oubangui. Une centaine de musulmans avaient alors été tués par quelque 300 à 500 combattants anti-balaka.

Ces violences ont enterré une coalition contre-nature réunissant des groupes anti-balaka et d’ex-Séléka. Les ennemis acharnés d’hier se trouvent des intérêts communs : faire pression sur le pouvoir pour, notamment, obtenir l’immunité de leurs crimes passés et une place au gouvernement. Mais à Bangassou, le plan initial, ciblé contre un de leurs ennemis communs, les Peuls de l’UPC (Union pour la paix en Centrafrique) d’Ali Darassa, a dérapé.  » Beaucoup d’Arabes, des commerçants notamment, ont péri, tués jusque dans la mosquée « , rapportait Ahmat Issa. Par Arabes, il faut entendre des Tchadiens installés en Centrafrique, certains nés ici, d’autres, nouveaux venus. C’était le vivier du  » général  » Ahmat Issa.

Comme au bon vieux temps de la traite négrière orientale et de ses revers.

Selon lui, après Bangassou, une partie des anti-balaka remontait vers Bria pour chasser la communauté musulmane de cette ville qu’elle contrôle désormais alors qu’elle ne pèse que 30 % des 46 000 habitants.  » On les a attaqués « , expliquait-il. Le porte-à-porte pour piller les domiciles ? Les civils tués ? Les centaines de maisons brûlées ?  » Celles de tous ceux qui hébergeaient les anti-balaka « , disait-il sans ciller.

Ces pseudos complices, on les retrouve aujourd’hui au camp de déplacés du  » PK3  » où 30 000 personnes s’agglutinent autour d’une base des casques bleus. En y ajoutant les infortunés regroupés dans les cours de l’hôpital et de la mission catholique, Bria compte aujourd’hui 41 000 personnes déplacées par les violences, sur une population initiale de 46 000 habitants.En plus d’être une catastrophe humanitaire, le PK3 est une poudrière où chacun rumine sa vengeance. Justifiant les violences passées, l’imam Gazouli de la mosquée du quartier tchadien appelle les hommes de sa communauté  » à défendre leur famille et leurs intérêts « .  » Je leur dis, aux jeunes, que sinon, les anti-balaka viendront brûler nos maisons et nous manger. « 

Les tensions montrent que la ligne de fracture n’est pas seulement religieuse. C’est aussi entre ex-Séléka que le torchon brûle. Pour des raisons politiques, ethniques – Goula contre Rounga ou Tchadiens – et économiques pour le contrôle de cette région diamantifère. Le tout attisé par une lutte des chefs. Ces dissensions remontent à la création de la Séléka en 2012. Mais le conflit s’envenime.

Les armes n’ont jamais autant circulé. Pendant ce temps, les 12 000 hommes de la Minusca courent après les événements, leur crédibilité et leur pouvoir dissuasif.  » A Bria comme ailleurs, on fonce droit dans le mur sans savoir comment l’éviter « , résume un diplomate étranger. Et la signature, annoncée lundi 19 juin, d’un accord de cessez-le-feu entre 14 mouvements rebelles et le gouvernement sous les auspices de la communauté catholique Sant’Egidio était reçu avec circonspection.

Bref,  » plus ça change et plus c’est la même chose . » On ne pourra jamais civiliser ces gens-là.

Le 22 juin 2017.

 

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2 Réponses to “Centrafrique : le pire est probablement devant eux.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 25, 2017 à 7:59 #

    Pourquoi taire que ce sont des Centrafricains musulmans qui font la guerre à des Centrafricains Chrètiens ?

    Quand on prend les choses sous l’angle religieux, beaucoups de choses s’éclaircissent…

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  1. Centrafrique : le pire est probablement devant eux-conseil dans l’espérance du roi – actualités.erlande - juin 23, 2017

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