Chronique d’une imposture annoncée : combien de temps l’idylle durera-t-elle ?

24 Juin

Est-ce l’effet du  » new boy «  Emmanuel Macron, comme l’a appelé le premier ministre hongrois, Viktor Orban ? Les dirigeants européens ont voulu profiter du premier Conseil européen de leur nouveau collègue de 39 ans, jeudi 22  juin à Bruxelles, pour tenter un bain de jouvence collectif et faire croire aux peuples ébahis que l’Union européenne est sortie de la crise, sur la voie des réformes et, enfin, capable d’annoncer des bonnes nouvelles. Une opération de communication rondement menée, copilotée en amont par Paris et Berlin. Nous en avions eu d’ailleurs la prémonition dans un article publié ici-même il y a tout juste un mois, à propos de la crise grecque, et intitulé « Et si c’était un coup monté » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/23/et-si-cetait-un-coup-monte/). Voici quelle était alors notre conclusion :

 » Et si tous ces prétendus atermoiements n’étaient en réalité qu’un tour de passe-passe pour donner de l’épaisseur à Emmanuel Macron face aux créanciers de la Grèce et lui permettre d’apparaître en démiurge aux yeux des peuples fascinés ?…Nous serons bien vite fixés.« 

Interrompant leur réunion à 17 h 30 alors qu’elle venait à peine de commencer, Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi les présidents du Conseil, Donald Tusk, et de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, ont tenu des conférences de presse simultanées pour vanter les  » décisions conséquentes de l’Union  européenne – UE – «  dans les domaines de la défense et de la lutte antiterroriste. Et voilà pour la phase suivante du coup monté…

D’habitude, ces échanges avec la presse n’ont lieu qu’à une heure trop tardive pour les  » directs  » TV et radio. Ce nouveau timing a permis une belle exposition médiatique, et surtout, d’escamoter les potentiels sujets de discorde, pourtant à l’agenda du reste de la journée : l’immigration, la Turquie… L’opération était concertée entre la France et l’Allemagne qui ont voulu montrer à quel point, depuis l’élection de M.  Macron, les deux pays se sont remis à travailler en concertation permanente sur les sujets communautaires.

En vérité, la brève séance de travail de jeudi se sera limitée à quelques engagements sur la lutte antiterroriste – faire pression sur les grands acteurs du Web pour qu’ils limitent la diffusion de la propagande radicale – et la relance de la défense européenne. Du pipo.

Ils ont aussi évoqué un projet phare : la  » coopération structurée permanente « , la possibilité pour des pays volontaires de mutualiser leurs efforts pour faire de l’Europe un acteur autonome et majeur. Porté par Paris et Berlin, le dossier a une forte portée symbolique mais ces modalités ne seront fixées que dans trois mois au mieux.  » Un délai très ambitieux « , souligne déjà Angela Merkel.

Car le débat n’est pas tranché. Le projet doit-il privilégier l’inclusivité (un maximum de pays associés) ou l’ambition (constituer une force militaire robuste et exigeante) ? La France préférerait la seconde option.En clair,  » il faudra accepter aussi la possibilité de perdre des vies humaines « , résume un diplomate. L’Allemagne appuie Paris, mais sans dire jusqu’où pourrait aller son engagement concret.

Qualifiant le projet de fonds pour la défense d’ » avancée réelle « , M.  Macron s’est félicité de conclusions  » à la hauteur des enjeux « . Il a rendu hommage au président Juncker, qui a œuvré en ce sens :  » Je ne viens pas devant vous pour expliquer que c’est mon œuvre « , a-t-il ainsi lancé, tout en ajoutant qu’il avait mis sur tous ces sujets européens  » du capital politique « . Ça fait plaisir et ça ne mange pas de pain…

 » Je n’ai jamais eu une conviction aussi forte que les choses vont dans une bonne direction « , déclarait de son côté Donald Tusk, le président (Polonais) du Conseil. Reprise de la croissance, ressac du populisme anti-européen et maintien de l’unité face au Brexit : les éléments de l’argumentaire étaient nombreux jeudi soir.  » Ce Conseil sera une remontada, glissait un diplomate jeudi matin. L’Europe avait perdu face aux populistes, comme le Barça face au PSG. Aujourd’hui, elle prend sa revanche.  » Mais, se sentant manifestement visée, la première ministre polonaise, Beata Szydlo, a vivement réagi aux propos d’Emmanuel Macron et de son compatriote Donald Tusk :  » La Pologne est ouverte à la coopération avec la France. Mais cela va dépendre du président Macron, s’il veut étaler dans les médias son antipathie à l’égard des pays d’Europe centrale ou bien s’il veut parler des faits. « 

L’opération de communication est habile pour le président français, qui avait soigné sa venue à Bruxelles, accordant une longue interview à un groupe de journaux européens sur son projet d’ » Europe qui protège «  jeudi matin. Il se devait de réussir ses premiers pas sur la scène bruxelloise, lui qui a mis au cœur de sa campagne son attachement à l’UE, mais aussi sa volonté de la réformer.

Emmanuel Macron entend faire précisément l’inverse de son ex-mentor, François Hollande : tout en maintenant la presse à  distance, il a peaufiné sa stratégie de communication.: tout par l’image et dans l’aura !  » La voix de la France est importante, elle peut changer beaucoup de choses, a-t-il fait valoir. Mais cela suppose qu’elle soit exemplaire, qu’elle dise clairement ce qu’elle veut et qu’elle fasse ce qu’elle dit. « 

Emmanuel Macron aura donc besoin de davantage que les belles déclarations d’intention de quelques partenaires européens intéressés pour parvenir à ses fins. Ses projets de durcir un projet de révision de la directive sur les travailleurs détachés, ou d’établir un mécanisme destiné à  surveiller les investissements étrangers au sein de l’UE, divisent déjà fortement au sein des Vingt-Huit.

Pas sûr donc que l’idylle soit de longue durée. Nous serons certainement édifiés après les élections législatives allemandes de septembre et il se peut que le réveil soit douloureux.

Le 24 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Chronique d’une imposture annoncée : combien de temps l’idylle durera-t-elle ?”

  1. Hervé J. VOLTO juin 25, 2017 à 8:41 #

    Emmanuel Macron n’est pas pire qu’un autre : ce n’est que l’homme providentiel des loges pour tomber l’identitarisme et le patriotisme et sauvegarder, la pensée unique euro-mondialiste.

    C’est nous, Royalistes Framnçais, qui n’avons pas été capable de préenter aux Français une Europe Monarchique et Chrétienne.

    Une MEA CULPA ?

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  1. Chronique d’une imposture annoncée : combien de temps l’idylle durera-t-elle ?-« L’espace d’un matin -conseil dans l’espérance du roi | «actualitserlande - juin 25, 2017

    […] Chronique d’une imposture annoncée : combien de temps l’idylle durera-t-elle ? […]

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