Drogues : alerte rouge.

25 Juin

C’est un tableau toujours plus affligeant que dresse le rapport mondial sur les drogues 2017, publié jeudi 22 juin par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et dont nous avions donné un premier aperçu dans l’un de nos récents articles intitulé  » L’usage récréatif, l’autre nom de la toxicomanie  » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/?s=opiacés&submit=Recherche).

Le rapport estime ainsi que plus de 250 millions de personnes, soit environ 5 % de la population adulte mondiale, auraient consommé des drogues au moins une fois en 2015. Plus inquiétant encore : environ 29,5 millions d’entre elles, soit 0,6 % de la population adulte mondiale, présentent des symptômes de dépendance et nécessitent un traitement.

Les auteurs soulignent plus particulièrement la percée des nouvelles substances psychoactives qui se développent et se diversifient « à une vitesse effrayante » et, plus encore, la « crise » des opioïdes, qui était l’objet principal de notre article en référence. Au total, les stupéfiants ont entraîné 190 000 décès prématurés dans le monde en 2015, parmi lesquels les opioïdes portent une lourde responsabilité puisqu’ils en sont la première cause. Leur production et leur consommation explosent : sur 255 millions d’usagers de drogue dans le monde, 35 millions ont eu recours à ces substances au cours de l’année 2015, soit 2 millions de plus que l’année précédente.

Le phénomène est double : il concerne à la fois les toxicomanes usagers de drogues dures dérivées du pavot – opium, héroïne, morphine, etc. – et les patients qui tombent dans de sévères dépendances pour avoir pris de façon répétée des médicaments à base d’opioïdes de synthèse, généralement des antidouleur ou des antitussifs. Si l’épidémie est mondiale, elle touche plus gravement les Etats-Unis.

Qu’ils se présentent sous forme de sirops contre la toux (codéine), de comprimés antalgiques (dextropropoxyphène et tramadol), de produits anesthésiants (morphine), en solution buvable et injectable, les opioïdes présentent des risques élevés de développer des crises de manque (crampes, sueurs, anxiété, impression de ne plus rien contrôler), avant que la dépendance ne soit diagnostiquée.

La consommation abusive d’opioïdes s’avère la plus nocive pour la santé : elle est à l’origine de 70 % des dommages graves (maladies infectieuses, dépendances et décès prématurés) chez les usagers de drogues. Pour donner la mesure des méfaits de leur impact dans la société, l’ONUDC indique qu’au total, 12 millions d’années de vie en bonne santé ont été perdues à cause des opioïdes rien qu’en 2015.

« On trouve à la fois des substances placées sous contrôle international – notamment de l’héroïne –, et des médicaments soumis à prescription, qui sont soit détournés de leur destination légale soit contrefaits à grande échelle », explique l’ONUDC. Et c’est bien ce mélange des genres caractéristique des prises d’opioïdes qui rend particulièrement complexe la réglementation en la matière. Dans certains pays, aux Etats-Unis en particulier, les patients-consommateurs ont facilement accès à ces médicaments. En France, certains multiplient les ordonnances et les visites à de multiples pharmacies pour se procurer leur dose.

« Le problème tient au fait que le marché pharmaceutique et le marché noir s’alimentent l’un l’autre », déplore pour sa part Ruth Dreifuss, présidente de la Commission globale sur les politiques en matière de drogues, une organisation constituée d’anciens chefs d’Etat et secrétaires des Nations unies qui à pour mission de réduire les préjudices causés par les drogues au niveau international. « Pour mener une politique de prévention plus efficace, il faudrait cesser la publicité pour ces médicaments dangereux pour la santé et arrêter la prise systématique d’antalgique à la moindre douleur ressentie », propose-t-elle.

Les opioïdes « offrent » en outre toute une palette de mode de consommation. Certains pilent des comprimés avant de les mélanger à d’autres substances et s’injectent cette mixture directement à travers la peau. Résultat : les cas d’infection sont nombreux.

C’est ainsi que, dans le monde, 1,6 million des usagers de drogues injectables vivent avec le VIH et 6 millions avec l’hépatite C ! Sans compter la tuberculose qui frappe de plein fouet la population toxicomane. Enfin, les mauvais mélanges peuvent être mortels, « l’usage de différents opioïdes synthétiques associés à d’autres substances psychoactives provoque de nombreux décès », prévient l’ONUDC.

Le directeur exécutif de l’ONUDC, Yuri Fedotov, formule le souhait que les Etats sauront « compliquer la tâche des criminels » en restreignant l’arrivée de certains de ces produits sur le marché. Et freiner ainsi la « tragique augmentation des surdoses d’opioïdes ». Mais les auteurs du rapport s’inquiètent, eux, de voir la production mondiale d’opium exploser. Elle a augmenté d’un tiers en 2016 par rapport à l’année précédente. L’amélioration des rendements en Afghanistan y est pour beaucoup, sous la houlette des talibans (le pays est le principal producteur de pavot à opium dans le monde). Ils savent très bien pourquoi ils le font : alimenter leurs caisses d’une part, détruire l’Occident d’autre part. Ajoutez à cela les mensonges sémantiques des utilisateurs et de leurs complices médiatiques (lorsqu’ils osent nous parler d’usage « récréatif » en lieu et place de toxicomanie) ainsi que la lâcheté des pouvoirs publics (qui prétendent aujourd’hui dépénaliser l’usage des stupéfiants*) et l’on aboutit irrémédiablement à cette tragédie.

Le secteur des drogues ne cesse de toute façon de se diversifier. L’ONUDC lance une deuxième alarme sur la multiplication des nouvelles substances psychoactives (NSP). Une fois encore, ils notent que l’apparition incessante de ces molécules de synthèse va bien plus vite que la réglementation et, pour l’heure, les données scientifiques sur le sujet sont quasi inexistantes, leurs effets mal connus.

Il en au moins en tout cas, le fentanyl, qui s’est fait récemment remarquer. Cette substance psychoactive de types opioïde fait actuellement des ravages aux Etats-Unis. Quarante fois plus forte que l’héroïne, c’est elle qui a causé la mort du chanteur Prince, décédé le 21 avril 2016 d’une surdose. La Commission des stupéfiants des Nations unies l’a placée « sous contrôle » ! Vous apprécierez sans doute l’efficacité de la démarche.

* Lire « Certains ont choisi Emmanuel Macron ? Ils ont donc voté pour la légalisation progressive de l’usage du cannabis » : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/05/25/certains-ont-choisi-emmanuel-macron-ils-ont-donc-vote-pour-la-legalisation-progressive-de-lusage-du-cannabis/

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