Chronique d’une imposture annoncée : des promesses, toujours des promesses…

26 Juin

Le candidat Emmanuel Macron, s’était engagé, au cours de la campagne électorale pour la présidence de la République, à  réduire à douze le nombre d’élèves dans les classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire, au nom de la lutte contre l’échec scolaire et les inégalités. Entendez qu’il s’agit de donner toujours plus d’avantages à ceux qui, de toute façon n’en veulent pas ou ne sauront qu’en faire puisque leurs racines et leurs cultures ne sont pas les nôtres, au détriment de nos propres enfants et petits-enfants.

Mais, à l’heure où se prépare la rentrée de septembre, la mise en œuvre de la réforme se révèle quasiment impossible pour deux raisons : comment trouver des salles disponibles dans les écoles concernées ? Et à quels enseignants faire appel ?

Le ministère de l’éducation nationale a fait le calcul : dès septembre, ce seront près de 2 500  classes de CP qui seront  » dédoublées «  en REP +, les réseaux d’éducation prioritaire renforcés. A terme, la mesure devrait concerner 12 000 classes (soit l’ensemble des CP et CE1 en REP et REP +).   » Cette promesse du président a une origine : les études menées en France et à l’étranger ont montré son efficacité, avait -défendu Jean-Michel Blanquer, tout juste nommé au ministère de l’éducation nationale le 23  mai, en visite dans une école de l’Oise. L’objectif est de parvenir à  100  % de réussite en CP. Je veux que, dès la rentrée, toute la France sente ce dynamisme autour du CP.  » Certes. Mais tout dépend des populations que vous mettez dans les classes.

Son enthousiasme, en tout cas, ne fait pas l’unanimité. Vendredi 23  juin, plusieurs écoles étaient fermées en Seine-Saint-Denis, dans le Rhône, le Var et le  Vaucluse, pour dénoncer les conditions de mise en œuvre de la mesure. Des grèves et des rassemblements sont aussi prévus dans le Tarn-et-Garonne et en Seine-et-Marne lundi 26  juin, d’après le syndicat SNUipp-FSU, majoritaire au primaire ; la Haute-Garonne avait ouvert la marche par une grève départementale le 30  mai. Et ce n’est qu’un début.

Première difficulté : les locaux. Pour dédoubler les CP, il faut multiplier le nombre de salles de classe par deux. C’est l’affaire des communes.  » En ce moment, les maires cherchent des solutions « , rapporte David Constans-Martigny, conseiller à France urbaine, une association d’élus de grandes villes. Dans 70  % des cas, les écoles concernées disposent d’espaces disponibles : des salles d’arts plastiques ou d’informatique, par exemple, qui seront transformées en salles de cours à la rentrée mais…disparaîtront en tant que telles ! Ailleurs, on réfléchit à installer des préfabriqués… Les bons vieux « Algeco » de chantier. Ou bien, pourquoi pas, à affecter deux classes de douze élèves dans la même salle, avec ou sans paravent au milieu.

Cabane de chantier pour élèves en difficulté des REP+

Marseille a choisi cette option.  » J’ai proposé de mettre en place des cloisons mobiles pour couper les salles : douze élèves d’un côté, douze élèves de l’autre, explique Danièle Casanova, adjointe au maire de Marseille chargée de l’éducation, qui a comptabilisé plus de 120 classes à dédoubler. Ce n’est pas la panacée, mais c’est la solution qui nous permet de répondre rapidement à la demande gouvernementale.  » A Paris, la mairie pourrait jouer sur deux tableaux : sur les 52 classes de CP à dédoubler, 34  seront physiquement divisées en deux ; les 18 autres se partageront la même salle. Mais sans paravent, semble-t-il.

On croit rêver mais, en réalité, c’est un cauchemar.

Seconde difficulté : trouver des enseignants. L’affaire, cette fois, de l’éducation nationale. Ici ou là, les recteurs puisent dans leur vivier de remplaçants (qui vont donc devenir encore plus rares) ou remettent en question des ouvertures de classe prévues à la rentrée – ce qui conduit, de facto, à gonfler les effectifs dans les classes autres que le CP et à nuire à nos enfants. Surtout, M.  Blanquer a beau assurer qu’il n’entend pas  » casser le dispositif “plus de maîtres que de classes” « , ce sont bien ces enseignants surnuméraires qui risquent de payer la facture.

Emblématique de la politique éducative de François Hollande, ce dispositif, mis en place en  2013, consiste à affecter un maître supplémentaire en renfort dans les écoles. Les  » maîtres plus  » interviennent à différents niveaux –  de la maternelle au CM2 –, selon les besoins. En classe, ils peuvent passer dans les rangs pour aider les élèves en difficulté, prendre en charge un petit groupe, cœnseigner avec leur collègue…Il y aura donc MOINS DE « MAITRES PLUS » !

Il existe, pour l’heure, quelque 3 200 postes affectés au dispositif qui s’applique principalement en ZEP ; près de 5 000 étaient prévus à la rentrée.  » Dans les départements qui ont peu de réseaux d’éducation prioritaire, donc peu de CP à  dédoubler, les directions académiques trouvent parfois les moyens de limiter les dégâts. A  l’inverse, dans les départements où il y a beaucoup de REP +, on constate une remise en cause brutale du dispositif « , rapporte Adrien Ettwiller, du SGEN-CFDT.

AINSI, en Seine-Saint-Denis, département mobilisé vendredi, les 113  postes de  » maître plus  » en REP + pourraient être entièrement mis à contribution pour parvenir à dédoubler les 230  classes de CP dans ces réseaux, à la rentrée. Même chose dans le Rhône, où 84 postes de  » maître plus  » seront  » redéployés « , selon Camille Bastien, du SNUipp-FSU départemental  » Pour nous, c’est la double peine, estime-t-elle. Non seulement on perd nos maîtres plus, mais on va voir nos effectifs grimper dans les autres classes et la brigade de remplacement diminuer. On ne peut pas accepter une mesure qui défavorise tous les autres élèves !  »  Au prétexte de venir en aide à d’innombrables mais inutiles « Chances pour la France« .

Dans le Nord, une institutrice  » maître plus  » depuis quatre ans, vient d’apprendre qu’elle prendra en charge une classe de CP à douze élèves à la rentrée. Elle ne cache pas sa déception :  » Le dispositif plus de maîtres, on y croyait. Il nous a permis d’ouvrir les portes de nos classes, d’engager un vrai travail d’équipe, de changer nos façons de faire… Une vraie richesse qu’on nous enlève sans nous demander notre avis !  » 

Dans une lettre commune, datée du 31  mai, un fait rare, les trois syndicats, SNUipp-FSU, SGEN-CFDT et SE-UNSA, en appellent au  » pragmatisme «  du ministre :  » Il serait prématuré de condamner cette nouvelle dynamique de travail sans recul suffisant. (…) Nos trois organisations vous demandent d’entendre les enseignants et chercheurs avant de décider de son avenir. «  Une pétition  » Pour la pérennisation du dispositif « , lancée en mai, a recueilli plus de 12 000 soutiens.  » Rendez-vous dans un, deux ou trois ans, quand les deux dispositifs – plus de maîtres et CP à douze élèves – auront été évalués, avait répondu M. Blanquer, lors de son déplacement dans l’Oise. Nous saurons les faire évoluer en fonction des résultats. « 

Encore une bonne blague mais qui nous rappelle l’adage selon lequel  » Ceux que Jupiter veut perdre, il les rend fou « . Mais, à propos…qui est Jupiter ?

Le 26 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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