Le Baroque des Lumières.

1 Juil

CHEFS-D’ŒUVRE DES ÉGLISES PARISIENNES AU XVIIIE SIÈCLE

21 mars – 16 juillet 2017

 

Le Requiem de Mozart en fond sonore : belle illustration ou acte manqué ?…

Et pourtant, l’exposition que propose le Petit Palais est, tout simplement, l’une des plus belles, des plus intéressantes, et des plus utiles jamais vues. Belle, elle l’est par la qualité des œuvres exposées, mais aussi par l’intelligence de sa scénographie qui n’en fait ni trop, ni trop peu. Intéressante, car elle fait découvrir des œuvres fort mal connues bien qu’elles soient exposées dans des endroits en principe très accessibles. Et utile, surtout, en permettant de restaurer certaines peintures et en faisant connaître la richesse des églises de la capitale. Car ce patrimoine pictural est souvent menacé par le désintérêt et l’abandon. De là peut-être la notion…de Requiem !

Il y a environ 140 églises consacrées au culte catholique à Paris. Dieu le pardonnera-t-il, elles sont hélas beaucoup moins fréquentées qu’au jour de leur consécration. Bon nombre ont été bâties après le XVIIe  siècle, c’est-à-dire après que Rome, pour faire pièce aux idées protestantes, parfois iconoclastes – au sens propre du terme –, eut décidé de favoriser au contraire les images. Elles reçurent donc des décors, et des tableaux somptueux tout autant que militants.

Jean Jouvenet, La visitation de la Vierge ou Le Magnificat, 1716

Las, le temps, les violences et l’indifférence des générations suivantes se sont chargés de les ternir, jusqu’à l’oubli parfois. Il faut bien de l’abnégation, et souvent une paire de jumelles sinon une lampe torche, aux historiens d’art ou aux simples amateurs de peinture, pour distinguer quelque chose dans des toiles rarement éclairées, généralement accrochées très haut, chargées de crasse, de dépôts de fumée de cierges, et de  siècles de chiures de mouches.

Raison pour laquelle il faut saluer l’initiative du service de Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles (Coarc) de la ville de Paris et le musée municipal du Petit Palais. Après le Musée Carnavalet en 2012, ils en ont soustrait provisoirement environ 200 de leur triste sort, voire sont allés les récupérer à droite et à gauche quand leur église d’origine (la chose est advenue souvent, et pas seulement à la Révolution) avait été détruite. Ils les ont fait nettoyer ou restaurer grâce à une pléiade de mécènes qu’il convient de remercier, pour leur donner, sur ces cimaises, une nouvelle jeunesse.

Charles-Antoine Coypel, Les Pèlerins d’Emmaüs, 1748-1749

Conçue par Marie Monfort et Christophe Leribault, l’exposition permet à un public différent, sinon de trouver le chemin de la rédemption auquel ces toiles étaient primitivement destinées, du moins de redécouvrir quelques très beaux sujets peints, au XVIIIe  siècle – période durant laquelle, progressivement, la dévotion change, devient moins exubérante, comme le veut la réaction néoclassique aux excès du baroque –, par des talents aussi différents que Nicolas de Largillière, plus connu comme portraitiste que comme peintre religieux, Carle Van Loo, Charles Natoire, François Lemoyne, Jean-François de Troy, Jean Restout ou même Jacques-Louis David.

David, lui qui vota la mort de Louis XVI, lui  qui peignit l’assassinat de Marat comme on le fait d’une pietà, et qui, environ dix ans avant de contribuer à l’assassinat du Roi, réalisait un Christ en croix aux mains sanglantes, de près de trois mètres sur deux. Une belle surprise.

Jacques-louis David, Le Christ en croix, 1782

La scénographie très réussie de Véronique Dollfus ajoute beaucoup à la compréhension de l’exposition – c’est assez rare pour être loué – en reconstituant par exemple des ensembles aujour-d’hui disparus, comme ceux de la chapelle de l’hospice des Enfants Trouvés, autrefois sur l’île de la Cité, mais détruite sous le Second Empire lors des travaux menés par le baron Haussmann.

Un film fort bien fait permet de se repérer dans l’écheveau des  édifices religieux parisiens, et tout, dans l’exposition, a été conçu pour inciter à poursuivre la visite par celle des monuments survivants d’où viennent les tableaux : une exposition qui donne à ceux qui s’en sont éloignés l’envie de retourner à l’église, la chose n’est pas si fréquente .

Le 1er juillet 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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